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Publié par Edouard Boulogne

Les histoires de l'oncle Louis.


(  Un lecteur du Scrutateur, m'a envoyé un lot de contes, et de petites histoires, souvent inspirées du patrimoine créole, que je publie avec le plus grand plaisir.  Ce Site est le vôtre, et vous êtes, je le rappelle invités à l'enrichir au gré de votre humeur, et de votre caractère, dans l'esprit qui est le sien et qui est  défini en haut à gauche de votre écran. Mille mercis à l'oncle Louis. Le Scrutateur).

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< UN BON   PAPA>


II était une fois un grand- père que ses petits enfants appelaient< Bon Papa > tant il les gâtait. Il prenait leur défense auprès de sa femme appelée aussi < Bonne Maman >, mais qui n'était pas aussi indulgente, surtout lorsqu'un de ses petits enfants salissait ou brisait quelque chose : comme, lorsqu'une fois, ils avaient brisé une vitre en jouant à la balle dans le jardin, une autre fois un vase en jouant à cache-cache dans la maison, ou bien encore, lorsque l'un d'eux, ayant une envie pressante, était entré dans la chambre où il n'y avait personne, celle de < Bon Papa >, et avait fait son besoin sur le plancher au niveau de la tête du lit; comme il n'avait rien sous la main, il s'était essuyé dans la moustiquaire.
< Bon Papa >, en l'apprenant, avait dit, avec un bon sourire, à
<  Bonne Maman > qui voulait sévir: « Ma Chère, tu vois bien que c'est son affection pour moi qui l'a fait choisir ma chambre et ma moustiquaire » et il avait ajouté, comme il le faisait d'ailleurs dans les autres cas: « Mais chérie, il est préférable qu'ils le fassent ici, chez nous, que chez nos voisins < LAÏCHONCA >.
Il avait l'originalité d'écrire avec des plumes d'oies ou de canards qu'il taillait lui-même et lorsque ses petits enfants s'emparaient de ces plumes pour jouer aux indiens, il leur pardonnait et en taillait d'autres. Il y avait une seule chose qui l'irritait, c'était de voir les enfants s'exposer au soleil sans chapeau ; il avait alors des colères terribles et devenait menaçant. Mais son caractère jovial reprenait vite le dessus et il pardonnait dès que les chapeaux étaient mis. Il avait grand plaisir à mener ses petits enfants visiter la propriété Monléon et faisait tout ce petit monde s'entasser dans la < manman pouin deuil >, sorte de carriole tirée par son cheval appelé < BOÏARD >. Il s'assurait d'abord que chacun avait son chapeau et, pour donner à < BOÏARD > le signal du départ, faisait claquer son fouet. Il faisait aussi un claquement de langue encourageant, lorsque le bon cheval ralentissait son allure. Sur la propriété, il y avait toujours des arbres fruitiers en rapport et c'est avec délices que les enfants mangeaient, suivant la saison: les mangues, goyaves, quénettes, pommes-lianes, frambroises, pommes-malaca, sapotilles, pommes-surettes, oranges, letchis, corossols, prunes-mombins, mandarines, caramboles, figues-pommes, figues-sucrées et bien d'autres fruiis. . Il y avait aussi les cocotiers dont <Bon Papa> envoyait cueillir les noix par son dévoué <Babouram> en grimpant lestement aux arbres . Celui-ci qui aimait beaucoup les enfants avait vite fait, une fois les meilleures noix cueillies, de percer un trou en tête et ceux-ci pouvaient alors boire une délicieuse eau de coco; ensuite, pour leur permettre de se régaler avec la crème, il ouvrait les noix vidées d'un coup de coutelas. Il coupait aussi des tiges de cannes à sucre qu'il épluchait pour que les enfants en mâchent les fibres succulentes. Enfin, lorsqu'ils en avaient assez, ils allaient cueillir des calebasses naines dont, après les avoir laissé sécher, ils se servaient pour fabriquer des petits gobelets et des petites gourdes. Ils savaient aussi, en les vidant et en y introduisant des graines de Job (blanches) ou d'Eglise (rouges), réaliser des petits< chachas > pour rythmer les chansons créoles. Lorsque l'heure du retour arrivait et que tout ce petit monde jacassant était monté dans la < manman pouin deuille >, <Bon Papa> trouvait sur le plancher des nœuds de gros bambous avec lesquels il faisait des <chales dévirés> (torches), et aussi des tiges de bambous nains pour réaliser de petites flûtes. Sans qu'il le lui ait dit, <Babouram>, pour lui faire plaisir, était allé les couper et avait aussi rempli le coffre d'une provision de cocos, cannes et des autres fruits qu'aimaient les enfants. Le trajet de retour se faisait dans une bonne humeur entretenue par des chants que <Bon Papa> entonnait et les faisait rythmer par un des enfants au moyen d'un <chacha>. Il aimait beaucoup s'adonner aux plaisirs du jardinage et décida un jour de planter des fraisiers. Très vite il remarqua que les fraises étaient plus belles lorsque les plants étaient alignés contre les bordures en ciment qui entouraient les plates-bandes. Il soignait ces plants avec amour pour avoir la joie de donner à goûter les fruits à ses petits enfants qui se régalaient. Un jour, il ne trouva rien à récolter, alors que la veille les plants étaient encore bien pourvus de fruits matures.

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D'une fenêtre située à l'étage de la maison, il surveilla le jardin et, le lendemain, à l'aurore, il vit une poule manger toutes les fraises qui avaient mûri pendant la nuit. Il prit alors une carabine à air comprimé avec laquelle il apprenait à tirer aux enfants et, visant la poule, (c'était un excellent tireur), lui logea un petit plomb dans l'arrière-train. Elle s'enfuit en criant : <AYAYAILLE ! ! !> en poule, c'est à dire : <KWÏEK ! ! ! KWIEK ! ! ! > et ne retourna jamais plus dans le jardin. Le <Bon Papa> put alors recommencer à offrir à ses petits enfants les belles fraises dont ils raffolaient. 


L P.

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