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La pensée du jour.

 

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Notre identité antillaise.

 

 

Qui suis-je?


Sur un plan personnel en apparence rien de plus simple. Ma carte d'identité en témoigne. Je suis un être humain (mammifère de l'ordre des primates, à main préhensile, à cerveau développé riche en neurones (+ ou -!!!), à station verticale, capable de pensée, etc), de sexe masculin ou féminin. J'appartiens à telle famille dont je porte le nom (mais pourquoi celui du père plutôt que de la mère, ou vice versa?), de race blanche, ou nègre, ou jaune, ou métissée, etc.


Un rien de réflexion me montre que la réalité n'est pas si simple.


Mon frère est déjà bien différent de moi. Nous ne pensons pas les mêmes choses de ceci de cela. Nous n'aimons pas les mêmes livres, (ou moi, pas les livres du tout!), la même musique, les mêmes jeux, les mêmes sports.

Il en est ainsi même pour les vrais jumeaux, nés du même œuf. Ces petits êtres poreux ne connaissent jamais tout à fait les mêmes expériences, qui les imprègnent, les façonnent.

Déjà, disent les spécialistes, dans le ventre de sa mère, le petit être en gestation reçoit mille empreintes qui font qu'à sa naissance (sociale) au neuvième mois (en général) de la grossesse, il n'est pas qu'une cire vierge mais déjà un centre actif, sélectif, ordonnateur de ses impressions.

Ces impressions, il les reçoit d'un milieu, physique, mais surtout social.

Les soins qu'il reçoit, les sons qu'il entend, l'équilibre (ou le déséquilibre!) familial, entre autres choses, l'enserrent, le pétrissent.


Mon identité est humaine, donc sociale, culturelle.


Ma couleur, fait partie de mon identité. Mais l'identité d'un Africain du Kenya, n'est pas celle d'un Congolais, ni d'un Somalien, ou d'un Sénégalais, et encore moins d'un Noir Antillais (qui diffère d'ailleurs déjà selon qu'il est Jamaicain, Cubain, Guadeloupéen ou Martiniquais).

Idem pour les Blancs, différents selon qu'il sont Afrikaners, Australiens, Allemands, Français, Polonais, Chiliens, Canadiens, ou...békés! Etc, etc.

Dans mon identité, il faut donc faire entrer la variable fondamentale de la culture.


Mon identité personnelle est indissociable de mon identité culturelle, c'est-à-dire de cet ensemble de traits culturels, propres à un groupe ethnique (langue, religion, art, etc.), qui lui confèrent son individualité, le sentiment de son appartenance à un groupe.


Et même à plusieurs groupes.


Car enfin il y a une identité française. Elle participe de plusieurs autres « identités », humaine, européenne, (mais aussi africaine, asiatique, et de toutes ces cultures que son histoire l'a conduite à rencontrer, (et à s'en enrichir, dans tous les sens du terme!), catholique, protestante, païenne, etc.


Cette identité est plurielle et ouverte.


Plurielle, car l'unité française n'est pas raciale. Ouverte, car la France s'est constituée (et il ne m'est pas possible de dire comment sans retracer ici toute l'histoire de notre pays) par la fédération et unification non niveleuse d'une multiplicité d'autres cultures, celte, latine, occitane, sans parler de celle, éponyme, des Francs, etc.


Il y a des cultures fermées, et il y a des cultures ouvertes, dont l'être est, tout entier, d'accueil et d'ouverture.

C'est ce que disait jadis Malraux «  Quand la France a-t-elle été grande? Quand elle n'était pas retranchée sur la France. Elle est universaliste (…). Il y a des pays, comme la Grande Bretagne – et c'est peut-être leur honneur – d'autant plus grands qu'ils sont plus seuls. La France n'a jamais été plus grande que lorsqu'elle parlait pour les hommes (...) ».


Bien entendu, il ne s'agit pas de donner dans je ne sais quel angélisme.

L'identité française, avant comme après la Révolution ne s'est pas faite sans heurts, sans combats, dans l'irénisme des anges. « La France fut faite à coups d'épées » écrivait Charles de Gaulle.

Elle se fit bien au delà des frontières et des rivages d'Europe, et par exemple chez nous aux Antilles.

La Guadeloupe, la Martinique (pour ne parler que d'elles), sont des créations françaises.


Nos deux îles sont des cultures qui se sont constituées depuis bientôt quatre siècles, dans le moule français. Peu à peu se sont forgées les identités collectives (culturelles), et la gestation ne fut pas de tout repos, n'alla pas sans drames, spasmes et secousses. Les facteurs qui concourent toujours à la naissance des peuples ( mélange inextricable d'intérêts matériels, d'ambitions, d'idéaux spirituels également) nous forgèrent lentement et différemment (malgré leur proximité, à bien des égards, et pas seulement géographiques, Guadeloupe et Martinique ne sont pas identiques).


De propriétés personnelles en colonies, de colonies en départements français, nos vieilles terres se sont voulues profondément françaises, tout en étant elles-mêmes. Autre et Même.


Mais parallèlement à ce désir d'unité, de fraternité, non réducteur, depuis quelques décennies ont surgi dans notre vie sociale et politique, des facteurs de dispersion, de démembrement.

L'affaiblissement de la France (et de l'Europe) suite aux deux guerres mondiales, la crise morale qui s'en est suivie, la guerre idéologique menée durant les  années 1920 à 1990 par le communisme pour la conquête du monde à partir, surtout, de l'URSS, ont créé des mouvements séparatistes, en France, et notamment chez nous aux Antilles.

On s'est efforcé de faire paraître l'unité nationale comme un carcan oppressif. Et la diversité qui était une richesse est devenue un indice de fragilité.


Tout le battage actuel autour de l'idéologie des identités culturelles, prétendument opprimées, de la Guadeloupe ou de la Martinique est une conséquence des mouvements subversifs révolutionnaires du siècle dernier.

Il faut y voir aussi, l'ambition de la montée de certains groupes sociaux (intellectualisés) qui aspirent au pouvoir pour leurs castes, comme cela s'est constamment vu en Afrique durant ces dernières décennies, au mépris des intérêts et des aspirations réelles des populations.

Jean-François Revel (in La connaissance inutile, p. 18, éditions Grasset) a bien décrit le phénomène : «  La revendication de l'« identité culturelle » sert d'ailleurs aux minorités dirigeantes du tiers monde à justifier la censure de l'information et l'exercice de la dictature. Sous prétexte de protéger la pureté culturelle de leur peuple, ces dirigeants le tiennent le plus possible dans l'ignorance de ce qui se passe dans le monde et de ce que le monde pense d'eux. Ils laissent filtrer ou ils inventent au besoin, les informations qui leur permettent de masquer leurs échecs et de perpétuer leurs impostures ». (Sur Le Scrutateur voir notre article "Le noirisme").


Or, ici, dans les départements d'outre mer, la culture créole, est répétons-le, d'origine essentiellement française comme le faisait remarquer St-John Perse, comme en témoigne (entre autres) l'œuvre réelle de Césaire (par delà ses palinodies politiciennes et conjoncturelles).

Notre culture, et je n'insiste pas, puisqu'un autre article doit y revenir dans les tout prochains jours, est une synthèse non achevée entre des apports européens, africains, asiatiques, dans une matrice française. (Voir l'article Qui est Guadeloupéen?).

 

 

http://www.lescrutateur.com/article-30100085.html


L'identité culturelle guadeloupéenne existe, elle est celle d'une province française originale, complexe, une et multiple, homologue, en cela, à la culture nationale française. Le blanc créole que je suis, et par présence familiale continue sur cette terre depuis le XVII siècle, n'est plus identique à l'arrière grand père d'île de France, à l'arrière grand mère normande qui débarquèrent en 1658 à Marie-Galante. Sa proximité, parfois tumultueuse, mais pas uniquement, heureusement, avec les Guadeloupéens descendants d'Africains, ou Indiens des Indes, fait qu'il peut parler, sans paradoxe, ironie, ni aliénation d'aucune sorte de « ses ancêtres Africains », comme d'autres, mélanodermes, et dans le même sens, sans plus d'aliénation pourraient parler de leur « ancêtres les Gaulois » s'ils n'en étaient empêchés par un véritable terrorisme intellectuel. (Entre parenthèses, le scrutateur, dont la première scolarité remonte aux années 1940, ne se souvient pas d'avoir jamais appris, avec ses camarades Noirs « nos ancêtres les Gaulois », mais « notre pays est la France. Elle s'appelait autrefois la Gaule, et ses habitants étaient les Gaulois »! La nuance est d'importance).


Il y a donc des cultures ouvertes, notre culture nationale française en est un magnifique exemple, et notre culture régionale créole ouvre à cet égard de magnifiques possibiltés. Et il y a des cultures fermées, comme celle qui prétendent se fonder sur une seule variable, celle de la race par exemple. L'hitlérisme, et le noirisme en sont les modèles « exemplaires ». Comme il y a des personnalité individuelles pauvres, fermées, coupées de tout ce qui n'est pas leur petit moi rabougri et craintif.

 

Domota


Il est important de réfléchir à ces données avec précaution, et la plus grande attention.

C'est le terrain miné que travaillent avec le plus de ferveur rageuse les idéologues qui menacent la Guadeloupe.

 

Vivent la Guadeloupe, la Martinique, la France!


Edouard Boulogne.

 

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http://www.lescrutateur.com/article-30607807.html


 

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