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Publié par Edouard Boulogne


LES DEUX RATS BOULANGERS.

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Deux rats, < Sans Queue > et < Pas d'Oreille >, connaissaient la disette. Ils ne trouvaient rien à se mettre sous la dent car les hommes s'étaient organisés. Aucune nourriture ne traînait, tout était bien enfermé, mais, surtout, il y avait les pièges que les deux compères redoutaient le plus. Chacun de son côté, ils avaient déjà failli être décapités par le même type de piège, en voulant manger un morceau de fromage qui semblait avoir été abandonné. Naturellement méfiants, leurs prompts réflexes leur avaient permis d'échapper à une sorte de guillotine actionnée par un ressort, mais l'un avait perdu presque toute sa queue et l'autre une grande partie de son oreille : c'est de là qu'ils tenaient leurs noms. Une autre fois, <Sans Queue>9 apercevant une friandise au fond d'une sorte de cage, avait, en cherchant, trouvé un petit boyau où il progressa; au bout, il sentit le sol se dérober sous lui et put heureusement se raccrocher à un barreau pour éviter de tomber au fond de la cage. Il y avait aussi les poisons qu'ils avaient certes pu détecter jusqu'à maintenant; et enfin les chiens et les chats dont l'odorat très développé permettait à ces vieux ennemis de les repérer et de les traquer. Ils ne leur échappaient qu'en s'engouffrant dans des cavités très exiguës. La vie devenait vraiment impossible pour eux et ils avaient faim. Un jour, ils pénétrèrent dans une boulangerie et s'aperçurent qu'aussi bien les sacs de farine que les pains et pâtisseries étaient dans un entrepôt fermé par une porte en fer qu'ils ne pouvaient ronger. Le départ du personnel devait être récent car le four était encore brûlant. En furetant, ils trouvèrent un sachet en papier dans lequel il y avait la valeur de quelques cuillères de farine. < Sans Queue> dit : « Fou la chau, nous té ké pé fè pin ( le four est chaud, nous pourrions faire du pain ). » < Pas d'Oreille > rétorqua: « Me pa ni d'io ; nous pé ké ni asé fôse pou wouvè wobiné la ( mais il n'y a pas d'eau, nous n'aurons pas assez de force pour ouvrir le robinet ). » Après réflexion, < Sans Queue > eut une idée : « En nou mêlé farine la èvè pissa ( mélangeons la farine avec du pipi). » < Pas d'Oreilles> dit alors: « Hé ben, en nou esayé ( hé bien essayons). » II se mit le premier en position au dessus de la farine qu'ils avaient étalée sur le papier ( mais il n'y eut que quelques gouttes de pipi ) ; < Sans Queue > l'encourageait : « Fôsé kompè fôsé ( un effort compère un effort ).
< Pas d'Oreille > redoubla d'efforts et, soudain, c'est un gros
< pet > qui arriva BROOM ! ! ! La farine fut soufflée et projetée sur nos deux compères qui devinrent tout blancs.

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 Découragés, ils restèrent un certain temps abasourdis car la farine était perdue. Au moment où, ayant repris leurs esprits, ils allaient quitter les lieux, un bruit se fît entendre ; ils se cachèrent et virent arriver un ouvrier de la boulangerie qui ouvrit la porte de l'entrepôt pour prendre un objet qu'il avait oublié. Profitant de la porte ouverte, les deux compères entrèrent après lui, avec précaution et restèrent enfermés lorsqu'il partit. Seuls dans cet entrepôt, ils s'assurèrent d'abord qu'il n'y avait pas de piège et dévorèrent tout ce qu'ils purent pour rattraper la longue période de jeûne qu'ils avaient traversée. Lorsqu'ils furent repus, ils sombrèrent dans un profond sommeil. Hélas ! le lendemain, lorsque l'entrepôt fut ouvert, ils dormaient encore et il leur aurait fallu sortir rapidement; mais leurs réflexes étaient diminués et ils se laissèrent prendre par les ouvriers qui allaient les noyer en les plongeant dans un seau d'eau. C'est alors que, les réflexes revenus, <Sans Queue> dit : « Nou ka mode ( nous mordons) », et, les deux en même temps, ils mordirent cruellement la main de ceux qui les tenaient ; profitant de la confusion qui s'ensuivit, ils s'évadèrent, prêts à vivre d'autres aventures. 

L.P




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