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La pensée du Jour.

 

 

( Les recherches historiques les plus récentes, et les plus complètes, détruisent l'image, créée par l'historiographie républicaine d'un homme à l'esprit simplet, féru de serrurerie. Cette image fut celle de l'école àla Jules Ferry,celle qu'ont intériorisé la majeure partie d'entre nous dès l'école primaire.

Louis XVI fut un intellectuel, féru de connaissance scientifique, soucieux de justice. Mais il n'était pas armé, par son caractère pour être le monarque des temps difficiles. En août 1792, quand les extrémistes de la Révolution voulurent envahir le palais des Tuileries, ils poussèrent au-devant d leur troupes, une foule d'enfants, et de femmes. Au capitaine de la garde suisse qui lui demandait des ordres pour disperser l'émeute, le roi répondit : «  tirer sur des femmes et des enfants? Vous n'y pensez pas »§

Dès lors son sort était fixé.

Bien longtemps après dans une étude d'une grande profondeur, publiée en 1951, l'écrivain Albert Camus écrivait ce beau texte que je livre aux lecteurs du Scrutateur, en cette date du 21janvier 2011.

E.Boulogne.

 

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21 janvier 1793.

 

 

 

Le 21 janvier, avec le meurtre du roi-prêtre, s'achève ce qu'on a appelé significativement la passion de Louis XVI. Certes, c'est un répugnant scandale d'avoir présenté comme un grand moment de notre histoire l'assassinat public d'un homme faible , et bon. Cet échafaud ne marque pas un sommet, il s'en faut. Il reste au moins que, par ses attendus et ses conséquences, le jugement du roi est à la charnière de notre histoire contemporaine. Il symbolise la désacralisation de cette histoire et la désincarnation du dieu chrétien. Dieu jusqu'ici se mêlait"1 à l'histoire par les rois. Mais on tue son représen­tant historique, il n'y a plus de roi. Il n'y a donc plus qu'une apparence de Dieu relégué dans Je ciel des principes *.

Les révolutionnaires peuvent se réclamer de l'Évangile. En fait, ils portent au christianisme un coup terrible dont il ne s'est pas encore relevé. II semble vraiment que l'exécution du roi, suivie, on le sait, de scènes convulsives de suicides ou de folie, s'est déroulée tout entière dans la conscience de ce qui s'accomplissait. Louis XVI semble avoir, parfois, douté de son droit divin, quoiqu'il ait refusé systématiquement tous les projets de loi qui portaient atteinte à sa foi. Mais à partir du moment où il soupçonne ou connaît son sort, il semble s'identifier, son langage le montre, à sa mission divine, pour qu'il soit bien dit que l'attentat contre sa personne vise le roi-christ, l'incarnation divine, et non la chair effrayée de l'homme. Son livre de chevet, au Temple, est l'Imitation. La douceur, la perfection que cet homme, de sensibilité pourtant moyenne, apporte à ses derniers moments, ses remarques indifférentes sur tout ce qui est du monde extérieur et pour finir, sa brève défaillance sur l'échafaud solitaire, devant ce terrible tambour qui couvrait sa voix, si loin de ce peuple dont il espérait se faire entendre, tout cela laisse imaginer que ce n'est pas Capet qui meurt, mais Louis de droit divin, et avec lui, d'une certaine manière, la chrétienté tem­porelle. Pour mieux affirmer encore ce lien sacré, son confesseur le soutient dans sa défaillance en lui rappelant sa « ressemblance » avec le dieu de dou­leur. Et Louis XVI alors se reprend, en reprenant le langage de ce dieu : « Je boirai, dit-il, le calice jusqu'à la lie ». Puis il se laisse aller, frémissant, aux mains ignobles du bourreau ».

 

Albert Camus.

( In L'homme révolté, pp. 152-154 ).

 

 

I. La Vendée, guerre religieuse, lui donne encore raison.

I. Ce cera le dieu de Kant, Jacobi et Fichte.

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