Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne




25 octobre 2007
Chevalier de Saint-Georges ! Victimisation et oubli ! Daniel Marciano !


(J’emprunte à notre ami Jean-Claude Halley cet article sur le chevalier de St-Georges, dont il est le hérault en Guadeloupe, et bien au-delà, article qui rappelle certaines vérités et remet bien des pendules à l’heure. E.Boulogne). Rappelons les coordonnées du blog de J-C Halley, qui figurent d’ailleurs, pour les lecteurs attentifs, parmi nos liens : http://halleyjc.blog.lemonde.fr


Ce texte de Daniel MARCIANO est véritablement de référence. Avec sa méticulosité habituelle, il laisse tomber un moment la fiction pour une analyse logique et pertinante du phénomène Saint-Georges. Son site mérite le détour.
ch-de-st-Georges.jpeg
http://www.chevalier-de-saint-georges.fr/1437.html

Victimisation et oubli ?

Presque invariablement, ceux qui découvrent la vie et l’œuvre du chevalier de Saint-Georges sont frappés d’admiration devant ce héros d’exception. On peut dès lors comprendre que certains «  fans  inconditionnels » de cet éclatant Chevalier voudraient - consciemment ou non - détenir le droit exclusif d’en parler. 

L’histoire de cet enfant, né d’une mère esclave qui devient l’un des personnages les plus talentueux et adulés du XVIIIe siècle ressemble fort à un conte de fées, avons-nous dit dans notre commentaire biographique.

Ceux qui ont cherché à mieux connaître ce fabuleux personnage déplorent fort justement les mauvais traitements dont il fut parfois victime. Cependant,  la vie de Saint-Georges n’a pas vraiment été une litanie de persécutions raciales ou un long martyrologe comme on le dit trop souvent. Il convient de veiller à ne pas tomber dans le travers du « militantisme » ou du « politiquement correct ».

Est-il pensable, comme l’affirment biographes et rédacteurs de commentaires sur maints sites Web que Bonaparte se soit préoccupé, de près ou de loin, d’interdire que l’on joue des partitions de Joseph Bologne après avoir rétabli l’esclavage sur les îles à sucre en 1802? Peut-on penser qu’il se soit préoccupé d’occulter les mérites de Saint-Georges ? N’avait-il pas bien d’autres choses à faire ? Est-il vrai qu’il importait alors de montrer que l’intelligence et l’esprit créatif des Noirs étaient inférieurs à ceux des Blancs ? Saint-Georges était-il « inépousable » à son niveau social dans le contexte de l’époque?  A-t-il vraiment été oublié pendant près de deux siècles ?

Nous allons essayer de répondre à ces questions, en acceptant par avance que ceux qui liront éventuellement ces lignes ne partagent pas ces réserves. Tout d’abord, loin de nous le désir d’occulter les marques de discrimination ou les humiliations dont il fut la cible.

Nous rappellerons qu’en 1762 Guillaume Poncet de La Grave, procureur du Roi à  La Table de Marbre de l’Amirauté de Paris, met en œuvre - avec un excès de zèle administratif – préfiguration, toutes proportions gardées, des doctrines du IIIe Reich - une ordonnance royale de recensement de tous les affranchis originaires des îles américaines vivant en France. C’est ainsi que Nanon et Joseph sont impérativement sommés de se présenter devant sa juridiction.

Nul n’ignore que Poncet des La Grave est un raciste viscéral qui justifie l’esclavage et dénonce les propriétaires de plantations qui reviennent en France avec leurs serviteurs noirs avec les risques de « défigurer la nation française » pour citer ses propres paroles.
Comment passer sous silence le déni de justice subi par Saint-Georges lorsque les musiciens et les mélomanes les plus avertis de Paris estiment qu’il est l’homme le plus compétent pour diriger L’Académie Royale de Musique et lui donner un nouvel essor ? Comment ne pas être indigné qu’il soit récusé à ce poste à la suite d’une cabale des divas de cette institution, arguant que « leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient jamais d’être soumises aux ordres d’un mulâtre » ?

 (Voir commentaire La Cabale de l’Opéra)

Que dire encore de la Marquise de Créquy qui dans ses Souvenirs émet des propos empreints de fiel en faisant référence à l’assaut d’armes entre Saint-Georges et D’Eon à Carlton House en présence du futur Roi d’Angleterre.
Qu’on en juge :
« C’est grand deuil et grand’pitié de voir un gentilhomme français (D’Eon), un chevalier de l’ordre de Saint-Louis, un vieillard employé par la couronne et connu de l’étranger, qui spadassinait comme sur un théâtre et contre un mulâtre, avec un histrion d’escrime, un gagiste de manège, un protégé de Madame de Montesson ! »

A n’en point douter, Saint-Georges  a parfois été une victime de la méchanceté et de la bêtise humaines mais il ne convient pas de s’apitoyer sur son sort « from start to finish » comme cela s’est fait et a été aveuglément repris.

Au siècle suivant Félix Mendelsshon, tout comme Saint-Georges et bien d’autres, est victime lui aussi de marques d’intolérance et de discrimination, maladies endémiques toujours vivaces sous toutes les latitudes.

Lui aussi est un personnage d’exception. Il est beau, aimable et excelle dans tout ce qu’il a entrepris. Remarquable dessinateur et aquarelliste, il a une vaste culture littéraire et philosophique. Il maîtrise le latin, l’anglais et l’italien. Pianiste virtuose, chef d’orchestre et compositeur de génie, il suscite l’admiration de tous les mélomanes d’Europe. Robert Schuman déclare « qu’il est le Mozart du XIXe siècle » et il ajoute « Je contemple Mendelssohn comme une cime élevé vers laquelle j’aspire. C’est un véritable Dieu ».

Pressenti pour diriger le Berlin Singakademie, Mendelssohn en sera écarté, au profit de Karl Rungenhagen. Bien que ses parents se soient convertis au luthéranisme, on lui reprochera ses origines juives alors qu’il a été Maître de Chapelle de Frédéric Guillaume IV, roi de Prusse.

Plus près de nous, lors de l’élection présidentielle de 2007,  le Président du Front National osa dire qu’il était pour le moins regrettable que Nicolas Sarkozy puisse briguer la magistrature suprême vu ses origines hongroises.

Outre le fait que certains aient parfois reproché à Saint-Georges de ne pas être du « meilleur teint », il n’est pas surprenant qu’un personnage aussi doué et charismatique n’ait pas eu que des amis… si tant est que l’envie et la jalousie sont des composantes de l’humaine nature.

Les faits étant ce qu’ils sont, Joseph a reçu une éducation de jeune aristocrate ; il a eu une adolescence protégée par son père, Georges de Bologne, et Texier La Boëssière, son maître d’armes et père spirituel, durant les six années où il a vécu sous son toit. Par ses talents, sa bonté, sa modestie et son charme, il a suscité l’admiration des « Grands » de l’époque et des dames de la cour ; il a été l’ami des rois et des princes ; il a fait jouer sa musique dans les capitales de l’Europe ; il a dirigé les plus grands orchestres de l’époque et notamment « Le Concert de la Société Olympique », l’une des fondations du Grand Orient de France dont le Grand Maître était le fils du duc d’Orléans, le futur Philippe-Egalité, qui fut l’ami indéfectible de Saint-Georges.

Tout comme d’autres musiciens et compositeurs de son époque – Wolfgang Amadeus Mozart, Giovanni Viotti, Rodolphe Kreutzer, François-Joseph Gossec, Etienne Méhul ou Luigi Cherubini, Joseph Bologne était franc-maçon, membre de « La Loge Olympique de la Parfaite Estime », et membre officieux de « La Loge des Neufs Sœurs » dont Voltaire était un membre éminent.

Alors que Joseph n’a pas encore 18 ans, son père acquière pour son fils une charge de contrôleur ordinaire des guerres, office qui lui donne le titre d’écuyer et lui confère le droit de faire partie de la noblesse d’épée.
Ch-de-St-Georges.jpeg
En retrouvant le testament notarié de Georges de Bologne, incluant Nanon et Joseph dans son testament, Pierre Bardin a prouvé que Georges de Bologne aimait son fils et avait de la considération pour Nanon, la mère de son enfant.

De plus, Saint-Georges n’a pas été tenu à l’écart par Elisabeth, l’épouse légitime de Georges, puisqu’elle prend Nanon et Joseph sous sa protection lorsqu’ils s’enfuient de la Guadeloupe après l’altercation duelliste de Georges qui tue l’époux de l’une de ses cousines au cours d’une beuverie chez l’oncle Samuel.

P. Bardin nous apprend aussi que Saint-Georges a eu de bonnes relations avec sa demi-sœur, Elisabeth-Bénédictine de Bologne et son époux, Etienne Levelu de Clairefontaine, qui se porteront « caution et solidaires dudit Saint-George, envers les personnes qui lui prêteront 12 000 livres pour ses affaires ».

Même lorsque le Roi renonce à nommer Saint-Georges à la direction de l’Académie Royale de Musique à la suite du placet des divas, Louis XVI saura lui rendre hommage en décidant de ne nommer personne et de confier la gestion de cette prestigieuse institution à l’un des intendants et trésoriers de ses « menus plaisirs ».

Sylvie Chalaye, professeur à l’Université de Rennes, a fait rééditer en 2001 chez L’Harmattan Le chevalier de Saint-Georges, texte de théâtre de Roger de Beauvoir, créé au Théâtre des Variétés  en 1840. Dans son introduction, elle écrit notamment :

« Saint-Georges est le premier héros noir à dépasser sa condition de nègre, le seul qui tienne la dragée haute aux Blancs et qui ne suscite ni la pitié, ni la peur, le premier à n’être ni une victime ni un monstre, mais qui a tout pour séduire les dames et rendre jaloux les hommes, même la beauté et l’élégance, caractères sans précédents dans l’histoire de la représentation des Noirs au théâtre. »

Roland Brival, un écrivain guadeloupéen, a publié un roman, chez JC Lattès en 1991 et, tout au long de son récit de 224 pages, il fustige Joseph Bologne. Il l’accuse d’avoir eu une vie somptueuse, faite de galanteries, de privilèges et d’honneurs, et de n’avoir pas eu une réelle compassion pour la misère des captifs africains sur les îles à sucre.

Gabriel Banat, auteur d’une biographie qui fait autorité - intitulée The Chevalier de Saint-Georges, Virtuoso of the Sword and the Bow - publié en 2006 par Pendragon Press, Hillsdale New York -  écrit au chapitre 22, page 231 :

« Ses perspectives de mariage étaient fort minces. Où qu’il puisse aller, épouser une femme blanche lui était interdit et prendre une épouse d’ascendance africaine tout comme lui, aurait signifié la perte de son statut social, de sa ‘caste’, de tout ce à quoi il était parvenu au cours de sa vie, en affrontant tous les préjugés qui se dressaient devant lui. »

Certes, il est concevable que les dames de la cour qui l’admiraient ou que certaines aristocrates qu’il a pu séduire, n’aient pu songer à avoir une relation officielle durable avec lui.

Dire qu’il était difficilement épousable est une affirmation excessive. L’institution du mariage n’était-elle pas alors, plus que de nos jours, une alliance entre deux familles, une association entre deux partis de naissance, d’éducation et de fortune correspondantes ? Ces considérations reviennent à satiété dans de nombreuses œuvres de « La Comédie Humaine » d’Honoré de Balzac.

Il est un fait que la fille de la princesse de Lamballe ou celle du duc de Polignac n’aurait pas davantage pu épouser le fils Durand ou Dupont, voire un héritier de petite noblesse, eût-il le teint plus clair que celui du chevalier de Saint-Georges.

Alexandre Dumas, le père de l’auteur des Trois Mousquetaires, qui deviendra général d’Empire, n’est-il pas dans une situation tout à fait semblable à celle de Saint-Georges ? Tout comme celui-ci, il est originaire des Antilles. Né à Jérémie, il est le fils de Marie-Cesette Dumas, une esclave africaine, et d’Alexandre-Antoine Davy de la Pailleterie, officier du Royal-Artillerie, noble français déchu, propriétaire d’une fort modeste plantation de canne à sucre à la pointe ouest de l’île de Saint-Domingue.

Cela ne l’empêche nullement de rencontrer en 1789, Marie-Louise Labouret,  une charmante jeune fille de dix-huit ans dont le père est propriétaire de l’Hôtel de l’Ecu à Villers-Cotterets, après avoir été premier maître d’hôtel du duc d’Orléans et de l’épouser trois ans plus tard. De leur union naîtra l’un des auteurs les plus connus de la littérature française.

Dans sa biographie, Pierre Bardin mentionne que les mariages interraciaux sont théoriquement interdits. Dans les faits, ce n’était pas le cas et il cite notamment un certain « Pierre Hector, natif de la Martinique qui sert pendant dix-huit ans au Royal Etranger. Il se mariera à Niort, paroisse Saint-André, le 2 décembre 1765  avec Anne Caisse. Trois enfants naîtront de cette union. L’acte de mariage comporte les signatures de tous les officiers du régiment, dans lequel sert le capitaine Pierre Philippe Pinel du Manoir, d’une ancienne famille guadeloupéenne. »

Au fait, sait-on tout d’abord si Saint-Georges a vraiment souhaité se marier ? Peut-on affirmer aussi catégoriquement qu’il était inépousable ? Cette compassion pour le célibat forcé de Saint-Georges est reprise à l’unisson par plusieurs biographes ou des rédacteurs de livrets qui accompagnent les CD des œuvres du Chevalier.

Ainsi sur le livret du « Quatuor Antarès » présentant quatre enregistrements de quatuors de Saint-Georges  ainsi que le Quatuor à cordes en si bémol Majeur K.V. 159 de Mozart, nous pouvons lire :

« La pire des humiliations est sans doute l’impossibilité, chaque jour confirmée, de fonder un foyer. Malgré son talent et sa naissance quelle noble famille accepterait d’accueillir en son sein un homme à la peu noire ? »

Pour les besoins de la démonstration, on cite L’Amant Anonyme, titre du seul opéra de Saint-Georges qui nous soit parvenu. L’auteur du commentaire souligne que Valcour, le héros de cette œuvre lyrique – dont le livret a été écrit par Mme de Genlis et non par Saint-Georges -  n’osant déclarer son amour à Léontine, chante son désespoir par ces mots: « Aimer sans pouvoir le dire ».  Ce leitmotiv a été repris au premier degré en assimilant Valcour à Saint-Georges.

Bien sûr, on omet de préciser que dans cette histoire, Léontine, l’objet de sa flamme, déçue par la trahison de son époux, a fait le serment de ne plus jamais aimer. « Rien ne peut toucher mon cœur », proclame-t-elle au moment où le rideau se lève. Et l’on s’abstient aussi de rappeler que l’amour finit par triompher : « Quel trouble m’agite ! Ma tendresse sera sans cesse le prix d’un si fidèle amour. Plus de larmes, mon cœur est à vous sans retour… » chante Léontine, enfin sensible à la délicatesse et à la constance de Valcour.

Autre point discutable : la musique de Saint-Georges a-t-elle été mise « à l’index » par Bonaparte ? Aucun document officiel ne l’atteste. Ne serait-il pas facile de citer un grand nombre d’écrivains, académiciens ou Prix Nobel de littérature, des musiciens ou des artistes, célèbres et glorifiés de leur temps, désormais connus que de quelques spécialistes?

Dans son Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, mentionne plaisamment le caractère si souvent éphémère de la gloire des auteurs et des artistes. Au début de la pièce, Rostand fait dire à un bourgeois - venu avec son fils à l’Hôtel de Bourgogne pour y assister à une représentation de La Clorisse, pièce de « Monsieur Balthazar Baro » - qui, reconnaissant des « Immortels de l’Académie » parmi les spectateurs, s’exclame avec exaltation :

Mais… j’en vois plus d’un membre!
Voici Boudu, Boissat et Cureau de la Chambre,
Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud…
Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau !

Laure Tressens et Vincent Podevin-Bauduin, auteurs d’une monographie, intitulée Le Fleuret et l’Archet, publiée lors d’une exposition à La Guadeloupe pour célébrer le 200e anniversaire de la mort de Saint-Georges, sont plutôt d’avis que «  Saint-Georges fut avant tout un musicien de son époque… La musique des années 1770-1790 se caractérisait par sa légèreté et son charme et le romantisme qui devait triompher par la suite préférait, aux concerts galants, les grands développements des symphonies… »

Pierre Bardin est lui aussi d’avis que « sa musique subit le même relatif oubli que celles écrites par Vivaldi, Bach, Mozart, Rameau ou J.M. Leclair (ce dernier véritablement oublié), supplantées dans le goût du public, et c’était normal par Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin ou Berlioz.»

Il est faux toutefois de clamer que Saint-Georges a été oublié au XIXe siècle car son souvenir perdure bien après sa mort. Son nom et ses exploits paraissent dans plusieurs romans de Balzac, notamment dans

La maison du chat qui pelote 1829, Le Bal de Sceaux 1830 et Le Cabinet des Antiques  (1839). Alexandre Dumas, quant à lui, met Saint-Georges en scène dans La pièce d’eau des Suisses , chapitre IX,  du Collier de la Reine, publié en 1849 :

« Parfois un cri d’admiration part du milieu de l’assemblée. C’est que Saint-Georges, le hardi patineur, vient d’exécuter un cercle, si parfait, qu’un géomètre en le mesurant n’y trouverait pas un défaut sensible. »

Ce tableau brossé, Marie-Antoinette va apparaître en traîneau pour une scène où la glace risque de se briser et le comte de Taverney, son chevalier-servant, va se précipiter en patin pour la sauver, dans le jardin versaillais.

Plusieurs autres grands romans de d’Alexandre Dumas tels que Joseph Balsamo (1846) ou Ange Pitou (1849), mentionnent Saint-Georges. En outre, dans ses Mémoires, Dumas parle de l’inimitié entre son père et le Colonel Saint-Georges.

Roger de Bully, dit Roger de Beauvoir, publie fin 1840 un roman de fiction historique à succès, intitulé Le Chevalier de Saint-Georges  lequel – n’en déplaise à ceux qui le dénigrent - est un roman dans la veine des œuvres d’Alexandre Dumas. Ce roman  fera d’ailleurs l’objet de plusieurs réimpressions au cours du siècle.

Au cours de l’année 1840, ce même Roger de Beauvoir fait jouer au Théâtre des Variétés une adaptation théâtrale de son roman en signant ce texte avec Anne-Honoré-Joseph Duveyrier dit Mélesville, auteur de théâtre et metteur en scène reconnu.

(Voir un commentaire sur cet ouvrage dans l’essai Vérité et Fiction)

En 1841, Louise Fusil publie  ses Souvenirs d’une Actrice et parle avec admiration du charisme de Saint-Georges qui fut son partenaire.

En 1922 Lionel de La Laurencie, dans son Ecole Française du de violon de Lully à Viotti, consacre un long développement à la vie et à l’œuvre musicale de Saint-Georges.

Chose intéressante, de même que nous devons à Antoine La Boëssière et à Henry Angelo, deux professionnels de l’escrime, quelques pages sur la personnalité de Saint-Georges et surtout son habileté exceptionnelle comme fleurettiste, Joseph Bologne est cité par presque tous les maîtres d’armes des XIXe et XXe siècles, auteurs de traités ou de livres sur l’histoire de l’escrime.

Les plus grands noms de la maîtrise de l’escrime française Augustin Grisier ou J.J. Posselier dit Gomard, les érudits de l’histoire de l’escrime, Arsène Vigeant, Gabriel Letainturier-Fradin ou plus près de nous Pierre Lacaze, Président d’Honneur de l’Académie d’Armes de France, William M Gaugler, universitaire, archéologue et diplômé maître d’armes dans son ouvrage The History of Fencing, Laureate Press, 1998, Croiser le Fer par Pascal Brioist, Hervé Drévillon et Pierre Serna, éditions Champ Vallon, 2002 ou Richard Cohen dans By the Sword, Random House,  2002, pour ne citer que quelques uns des auteurs et de leurs publications, aucun n’omet de mentionner la virtuosité de ce Chevalier hors du commun qui a l’aura d’un escrimeur de légende.

Ces dernières années, de nombreux ouvrages biographiques lui ont été consacrés. Un nombre croissant d’instrumentistes et de chefs d’orchestre choisissent ses compositions pour leurs programmes

Les œuvres de Saint-Georges ont fait l’objet d’une importante discographie, de plusieurs films documentaires et d’un opéra sur un livret d’Alain Guédé. Récemment, un ballet a été créé à La Havane sur une sélection de musiques de Saint-Georges. Une multitude de sites web ont été créés.

En 2002,  la Municipalité de Paris a décidé de débaptiser la rue Richepance - général qui a participé à la reconquête de l’île de Saint-Domingue après l’insurrection des esclaves menée par Toussaint-Louverture - en rue du Colonel Saint-Georges.

Un spectacle équestre produit par Bartabas, célèbre écuyer, et intitulé Un Africain à la cour – sur un texte de Claude Ribbe, l’un des biographes de Saint-Georges -  a été présenté à Versailles en 2004 et fait l’objet d’un DVD.

Madame Catherine Pizon, Principale du collège V. Hugo de Saint-Yorre (Allier), et son équipe pédagogique ont élaboré un projet pluridisciplinaire autour du chevalier de Saint-Georges tout au long de l’année scolaire 2006-2007. Ce projet couronné par un spectacle théâtral, joué par les élèves du collège les 10 et 11 mai 2007  - dans le cadre de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage - a remporté un vif succès.

Dernier point et non le moindre, plusieurs cinéastes en France et aux Etats-Unis essaient actuellement de trouver des partenaires financiers pour produire le premier long métrage sur Saint-Georges, sujet digne d’une production à grand spectacle dans la veine d’Amadeus de Milos Forman ou de Farinelli de Gérard Corbiau
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Luc Nemeth 15/05/2008 16:57

Je me demande s'il n'y aura pas eu un malentendu : ce n'est pas Georges Marchais qui m'amenait, mais Saint-George (1745-1799). Chacun, à titre personnel, est libre de privilégier telle ou telle facette du talent de ce personnage, ou telle période de son existence. Mais, dès lors qu'il s'agit d'une notice affichée sur un site accessible au grand public, on prive le public d'un élément important en ne mentionnant pas la présence de Saint-George aux côtés de la Révolution, qui outre son rôle concret (qui ne fut pas négligeable, lorsque Lille menaça de tomber entre les mains des Autrichiens lors de la trahison de Dumouriez), joua un rôle symbolique important, à travers l'épisode de cette Légion de volontaires de couleur.

Edouard Boulogne 16/05/2008 03:47


Bon! Eh bien si certains ignoraient que l'aristocrate Joseph de St-Georges, comme bien d'autres, tels Mirabeau ou le triste duc d'Orléans, avaient penché pour la révolution, les voilà au courant,
grâce à vous et ....au Scrutateur.
Puisque vous vous interessez au grand Joseph, je vous suggère de visiter le blog Guadeloupe Attitude, qui lui consacre très souvent des pages passionnées. Vous le trouverez facilement en cliquant
parmi les liens du Scrutateur.
Merci pour votre collaboration interessante et ...tenace!
EB.


L. Nemeth 14/05/2008 11:40

Laissons de côté ce... Livre noir de la Révolution française, livre militant au service de la cause catholique-intégriste, et venons-en à votre affirmation concernant Saint-George : "Il se rallia, et, peut être pour des raisons nobles à la Révolution française, dans ses commencements". Je laisserai ici également de côté votre suspicion concernant les raisons des autres, et pour vous dire que l'on peut difficilement soutenir un point de vue plus contraire à la vérité, concernant Saint-George. Car ce qui fit la grandeur de votre compatriote (que je considère aussi comme étant le mien) fut précisément l'honnêteté intellectuelle avec laquelle, lui qui au commencement était porteur d'une conception très modérée -du type "monarchie à l'anglaise"-, et qui à titre personnel avait tout à perdre dans une radicalisation de la Révolution, alla jusqu'au bout de sa logique lorsqu'il comprit, au vu de l'intransigence de la vieille caste dirigeante, qu'il n'y avait pas d'autre choix -et que "1789 sans 1793", çà ne marchait pas, n'en déplaise aux crédules lecteurs de François Furet et consorts. Et en cela le parcours de Saint-George est d'autant plus remarquable qu'il s'oppose radicalement -le mot n'est pas trop fort- à la quasi-totalité de son proche entourage (Philippe-Egalité, Dumouriez, etc.).

Edouard Boulogne 14/05/2008 17:34


Pourquoi donc "laisser de côté" le "Livre noir de la Révolution française"? Parce qu'il vous dérange?Vous me dites qu'il émane de la "cause des
catholiques intégristes". Première erreur puisque, par exemple, l'un des co auteurs est Pierre Chaunu, lequel est ...protestant! Il est vrai que ce livre est édité par les éditions du Cerf, qui
appartiennent à l'ordre des Dominicains. Mais pourquoi ces gens là n'auraient-ils pas ledroit d'éditer, et de participer à la vie intellectuelle française?
En vous lisant j'ai pensé aussitôt à un débat des années 70 entre Alain Peyrefitte et Georges Marchais, grand admirateur de la Révolution française, et plus encore de sa fille spirituelle (si j'ose
dire!) la Révolution russe de 1917. Comme Peyrefitte lui demandait si les livres de Soljenytsyne seraient publiés en France au cas d'une prise du pouvoir en France du PCF, Georges Marchais lui
répondit que oui, évidemment, "s'il trouvait un éditeur"( sic ). Ceci avec sa faconde habituelle, et son tranquille cynisme de Secrétaire général du PCf et d'ancien travailleur volontaire dans l'Allemagne nazie, durant les années noires.
Plus loin encore, vous parlez des "crédules lecteurs de François Furet et consorts"
Quel mépris, monsieur pour ceux qui ne pensent pas comme vous. Et quel toupet de parler de Furet comme vous le faites, un historien de première grandeur, faillible évidemment comme chacun, mais qui
a surtout le tort inexpiable d'avoir d'abord été communiste, d'avoir d'abord adhéré à la vulgate qui sert de pensée aux militants qui parlent de pensée, quand ils ignorent le b a ba de ce qu'elle
peut signifier, et, pire encore d'être revenu de son erreur, et de l'avoir déclarée publiquement. Lisez donc son ouvrage "Penser la Révolution française" 'Folio-Histoire) ou encore ce maître livre,
nécessaire au déniaisement des apparatchiks : "Le passé d'une illusion" (Robert Laffont-Calman-Lévy).
Mais revenons à St-Georges! Notre illustre compatriote ( nôtre, en effet, à moi en tant que Français antillais de Guadeloupe, à vous en tant que Français de je ne sais où dans l'hexagone) est
d'abord un artiste, un musicien de premier ordre. C'est cela qui lui vaut de passer à la postérité, et rien d'autres; ni ses idées qui méritent évidemment d'être prises en compte, mais qui ne le
distinguent pas de tant d'autres membres de l'intelligentzia de son époque; ni ses talents d'épéiste, grands, mais comme celui d'autres pairs, ni ses succès féminins qui le rendraient presque banal
au temps de Choderlos de Laclos, ou de madame de Tencin.
Saint-Georges eut ses raisons, bonnes ou mauvaises, de rejoindre le parti d'une révolution modérée (ou qu'il croyait telle). Dans l'air du temps, chez les intellectuels (un beau livre à lire, autre
exercice de déniaisement, c'est celui qui relativise la "classe" des intellos, parlant de ceux du 20è siècle, de droite et de gauche, c'est celui de Michel Winock : Le siècle des intellectuels,
éditeur le Seuil) flottait une bienveillance assoupie pour les "idées nouvelles". Notre Joseph en fut sûrement influencé.
Evoquera-t-on le racisme pour justifier son attitude? Peut-être. Rappelons que ce racisme ne l'empêcha pas d'accéder à tous les salons de ce temps, de devenir un intime de la reine
Marie-Antoinette. Et s'il fut empêché d'assumer de hautes responsabilités à l'opéra de Paris(à cause du bronzage de son épiderme), ce ne fut pas avec l'accord du roi, le pauvre Louis XVI, qui le
défendit, et empêcha que le poste ne fut pourvu faute d'y voir siéger son protégé St-Georges.
Vous savez, monsieur, les raisons d'empêcher de parvenir ne date pas d'hier, le 18è siècle n'en a pas le monopole. De tous temps les médiocres et les jaloux se sont coalisés contre les hommes de
talents ou de génie. "A voir le monde tel qu'il est, disait (à peu près, et je cite de mémoire) Chamfort, il faut que le coeur se brise ou se bronze".
St-Georges fut-il rejeté, à l'opéra, parce que noir, ou parce que les minables avaient besoin, faute de mieux, d'un alibi démagogique?
De nos jours l'exclusion par alibi n'a pas disparu. D'autres formes d'exclusion que le seul "racisme" sont invoqués pour dissimuler les vrais motifs du "ressentiment" éternel ferment des
intolérences et des injustices.
Bien des auteurs par exemple sont disqualifiés en tant que "crédules", "naïfs" ou catholiques" ou , horresco referens! en tant que catholiques "intégristes". (les salauds!!!!!!!!).
Je termine cette lettre que je vous dois d'avoir écrite, et de cela vous remercie en vous priant de recevoir les sincères salutations de votre très humble serviteur.
Edouard Boulogne.

PS : Les piques et perfidies de la polémique n'empèchent pas l'estime non feinte.
Je vous suggère d'écouter du Chevalier la Symphonie Op.XI, n° 1 en sol majeur, et tout particulièrement l'allegro assai, dont je raffole.
Ainsi cette superbe musique nous aura réuni par delà nos divergences.


Luc Nemeth 13/05/2008 15:31

Bonjour. Oui : "Saint-George a été l'ami des rois et des princes " ; et "il a fait jouer sa musique dans les capitales de l'Europe". Tout cela (qui serait déjà remarquable, même s'il ne l'avait acquis bien plus difficilement encore à cause de la couleur de sa peau), il n'y a pas à le lui enlever. Mais cela fut peu de choses, à ses yeux, quand se présenta une Révolution qui posait en principe fondateur l'égalité des hommes. Ce fut bien lui, et non un autre, qui prit la tête d'une légion de volontaires de couleur dite le plus souvent Légion noire, de son vrai nom Hussards américains et du Midy, mais que parfois aussi les archives de l'époque mentionnent sous le nom de Légion Saint-George. Mais de tout cela, l'article ci-dessus, ne dit mot. Il y a quelque abus, à dénoncer le "politiquement correct", quand on le reproduit à son tour...Cordialement

Edouard Boulogne 13/05/2008 18:37


Le Scrutateur avait emprunté au blog de notre ami Jean-Claude Halley un article de M.Marciano, sur le Chevalier de St-Georges. J'avais trouvé cet article intéressant. Il n'avait sans doute pas la
prétention d'être complet sur l'éminent musicien.
Cela dit, cher monsieur, la grandeur de notre compatriote n'implique pas qu'il ait eu raison sur tout et que chaque pensée, chaque engagement de sa part oblige à l'assentiment.
Il se rallia, et, peut être pour des raisons nobles à la Révolution française, dans ses commencements, comme bien d'autres qui .... en moururent, place de la Révolution, de la Victoire, ou
ailleurs.
La Révolution française fut un évènements grandiose, comme une éruption volcanique. Le bien dont on peut la comptabiliser (et qu'une certaine vulgate scolaire prend seul en compte ne doit pas
dissimuler ses parts de ténèbres et de fureur sanglante.
Cela commence à se savoir, et la glace commence à se rompre sous les efforts d'historiens, qui pour des raisons diverses, bonnes ou mauvaises (il arrive que le "diable" porte pierre) font surgir
des vérités que ne voulait pas savoir un Clémenceau par exemple quand il prétendait pour en justifier les "bavures" que "la Révolution est un bloc".
Ceux qu'intéressent, par delà l'histoire officielle,  les  petits et grands faits occultés pourront lire utilement l'ouvrage collectif récemment publié aux éditions du Cerf sous la
direction  de Renaud Escande : Le livre noir de la Révolution française.
Enfin, si Le Scrutateur se réclame d'une pensée libre, non soumise aux oukases du politiquement ou historiquement correct, il n'a pas la dérisoire prétention des lobbies de ce politiquement
correct, d'avoir toujours raison, et d'être comme de purs esprits désincarnés au dessus de toute critique.
Le Scrutateur.


renaud dourges 30/10/2007 22:23

une petite erreur dans cette article : roland brival n'est pas guadeloupéen mais martiniquaiscordialement