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Publié par Edouard Boulogne

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http://lecercle.lesechos.fr/presidentielle-2012/221144601/presidentielle-obama-et-sarkozy-face-aux-memes-defis

 

LE CERCLE. (par Yannick Mireur) - Plus encore que d’ordinaire, les élections présidentielles de 2012 seront, en France comme aux Etats-Unis, un moment crucial car elles détermineront comment chaque pays relèvera le défi de sa compétitivité internationale.

Elles seront aussi, au-delà de la situation économique, un moment politique où une direction collective est donnée à une nation, où le facteur de la confiance en soi est essentiel. Sur ces deux fronts la France et les Etats-Unis se ressemblent car les deux pays, les seuls parmi les grandes démocraties à désigner leur chef suprême au suffrage universel, font face aux mêmes défis avec deux présidents élus sur une aspiration à la rupture aujourd’hui en quête d’une réélection.

Identité nationale et réforme furent en 2007 la réponse du candidat Sarkozy au mal-être d’un pays économiquement stagnant et inquiété par son adaptation à la concurrence allemande et internationale. En 2008, une Amérique psychologiquement épuisée par l’erreur irakienne et l’antagonisme idéologique de sa vie publique choisissait un improbable candidat, aussi novice que cérébral, qui sut insuffler un élan collectif comparable à celui qui porta Ronald Reagan. Il s’agissait de rassurer les classes moyenne et ouvrière et de restaurer le rêve américain d’une vie meilleure pour la génération suivante, ainsi que l’unité nationale. Cependant, chaque président fut l’otage de la crise, privé de la liberté nécessaire pour conduire les réformes envisagées. Aux Etats-Unis, un obstacle supplémentaire continue de contraindre la politique présidentielle, la bipolarisation partisane et l’obstructionnisme d’une opposition elle-même préemptée par une frange militante qui donne le ton, notamment aux primaires.

Identité et unité se retrouvent au programme des réélections respectives car la France reste malade du retentissant échec de l’intégration, et les Etats-Unis d’une charge idéologique qui survit largement à la présidence Bush, selon des ressorts que l’Europe ne comprend pas - tout comme l’Amérique ne comprend pas la perspective d’une présidence socialiste française à contretemps des exigences de notre époque.

Les deux pays font face à l’usure de leurs modèles et doivent, comme les autres démocraties industrielles, ajuster leur contrat social et l’équilibre entre Etat et marché, question centrale du XXe siècle que les économies émergentes et le vieillissement replacent au cœur du débat sur la richesse des nations. En France comme aux Etats-Unis, les présidents sortants sont à la recherche d’une alchimie singulière où la justice économique et sociale et l’appel à l’unité nationale devront enrayer le doute, et engager une reconquête sur les sombres perspectives induites par la crise. Au vrai, Obama est à l’avantage, rasséréné par la remontée de l’emploi et plus encore par l’âpre division du camp adverse, et l’enfermement mental d’une droite modérée tétanisée par les diatribes de la coalition religieuse et anti-étatiste. Cette situation politique ne pourra que nuire au leadership américain si une réélection d’Obama en novembre devait s’accompagner d’une perte du Sénat le même mois. La refonte du parti républicain est la condition d’une vie politique plus fonctionnelle, elle est nécessaire aussi pour que l’Amérique surmonte ses difficultés économiques et recadre son leadership. Obama a beaucoup accompli, mais la crise et l’opposition restreignent considérablement sa marge d’action.

A Osawatomie, dans le Kansas de ses racines blanches, là où Theodore Roosevelt avait prononcé un discours fondateur en 1910, Obama a le 5 décembre dernier articulé un axe essentiel de la campagne à venir, la défense de la classe moyenne. C’est là le pendant du discours sur la réindustrialisation et la France des usines. La différence majeure est que la responsabilité individuelle plus que la redistribution par l’Etat est aux Etats-Unis le moyen de parvenir à l’objectif, et que l’on y accepte le risque autant que l’on voit dans l’échec une possibilité de rebond. Se référant une nouvelle fois à son devancier républicain, Obama reprend aussi le fil de l’unité nationale qui a guidé son discours en 2008, comme le président néogaulliste français puise dans les grandes figures de la gauche tel que Jean Jaurès, pour briser les lignes.

En 2012 comme en 2007-2008, la France et les Etats-Unis sont confrontés aux mêmes défis de l’équité et de la compétitivité. Le chemin qui mène à la réélection se ressemble, celui d’une synthèse progressiste conciliant identité et modernité, et d’une reconquête sur soi qui se nomme confiance.

 

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