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Publié par Edouard Boulogne

LE CHIEN ET LES CHACALS

Voici un excellent pastiche de Jean de La Fontaine que l'illustre fabuliste eût apprécié sûrement, au grand « dam » des chacals de tous pays.

Chacals.jpg

 

 

 

Du coquin que l’on choie, il faut craindre les tours

 

Et ne point espérer de caresse en retour.

 

Pour l’avoir ignoré, maints nigauds en pâtirent.

 

C’est ce dont je désire, lecteur, t’entretenir.

 

Après dix ans et plus d’homériques batailles,

 

De méchants pugilats, d’incessantes chamailles,

 

Un chien estoit bien aise d’avoir signé la paix

 

Avecque son voisin, chacal fort éclopé

 

A l’allure fuyante, que l’on montroit du doigt,

 

Qui n’avoit plus qu’un œil, chassieux de surcroît,

 

Et dont l’odeur, partout, de loin le précédoit.

 

Voulant sceller l’événement

 

Et le célébrer dignement,

 

Le chien se donna grande peine

 

Pour se montrer doux et amène.

 

Il pria le galeux chez lui,

 

Le fit entrer, referma l’huis,

 

L’assit dans un moelleux velours

 

Et lui tint ce pieux discours :

 

« Or donc, Seigneur Chacal, vous êtes ici chez vous !

 

Profitez, dégustez, sachez combien je voue

 

D’amour à la concorde nouvelle entre nous !

 

Hélas, que j’ai de torts envers vous et les vôtres,

 

Et comme je voudrois que le passé fût autre !

 

Reprenez de ce rôt, goûtez à tous les mets,

 

Ne laissez un iota de ce que vous aimez ! »

 

L’interpellé eut très à cœur

 

D’obéir à tant de candeur.

 

La gueule entière à son affaire,

 

Il fit de chaque plat désert

 

Cependant que son hôte affable

 

Se bornoit à garnir la table.

 

Puis, tout d’humilité et la mine contrite,

 

En parfait comédien, en fieffée chattemite,

 

Il dit : « Mais, j’y songe, mon cher,

 

Nous voici faisant bonne chère

 

Quand je sais là, dehors, ma pauvrette famille :

 

Mes épouses, mes fils, mes neveux et mes filles,

 

Mes oncles et mes tantes que ronge la disette,

 

Toute ma parentèle tant nue que maigrelette.

 

Allons-nous les laisser jeûner jusqu’au matin ? »

 

« Certes non ! » répliqua, prodigue, le mâtin,

 

Qui se leva, ouvrit, et devant qui passèrent

 

Quarante et un chacals parmi les moins sincères.

 

Sans tarder cliquetèrent les prestes mandibules

 

Des grands et des menus, même des minuscules.

 

Ils avoient tant de crocs, de rage et d’appétit,

 

Ils mangèrent si bien que petit à petit

 

Les vivres s’étrécirent comme peau de chagrin

 

Jusqu’à ce qu’à la fin il n’en restât plus rien.

 

Ce que voyant, l’ingrat bondit :

 

« Ah ça, compère, je vous prédis

 

Que si point ne nous nourrissez

 

Et tout affamés nous laissez

 

Tandis que vous allez repu,

 

La trêve entre nous est rompue ! »

 

Ayant alors, quoi qu’il eût dit,

 

Retrouvé forces et furie,

 

Il se jeta sur son mécène,

 

Et en une attaque soudaine il lui récura la toison,

 

Aidé de toute sa maison.

 

Puis, le voyant à demi-mort,

 

De chez lui il le bouta hors.

 

Et l’infortuné crie encore

 

«La peste soit de mon cœur d’or ! »

 

Retenez la leçon, peuples trop accueillants :

 

À la gent famélique, point ne devez promettre.

 

Ces êtres arriérés, assassins et pillards

 

Marchent en rangs serrés sous le vert étendard.

 

Vous en invitez un, l’emplissez d’ortolans,

 

Et c’est jusqu’à vos clefs qu’il vous faut lui remettre.

 

XXX

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guillaud 09/10/2012 01:01


Bonjour,


Comme vous l'écrivez, ce texte Le chien et les chacals est un excellent pastiche de La Fontaine (je veux parler de la forme, et non du fond qui appartient au jugement de chacun).


Excellent, certes, mais avec quelques erreurs de versification (notamment quelques alexandrins à 13 pieds) qu'aurait évitées le célèbre fabuliste.


Peut-on connaître l'auteur ? Ces mois-ci, plusieurs sites ou blogeurs affirment que c'est une fable inédite de La Fontaine, et il peut être bon de les démentir.


Bien cordialement


Jean-Louis Guillaud

Edouard Boulogne 09/10/2012 02:13



Malheureusement je n'en connais pas l'auteur. Cette fable n'est pas de la Fontaine, mais s'en inspire. Il est regrettable que certains la présentent comme du grand jean de La Fontaine.
J'avis mis en garde dans les quelques lignes de présentation, en précisant qu'il s'agissit d'un pastiche. 


EB. 



Marcel Corbeau 17/09/2012 21:17


Bravo à ce talentueux pasticheur. À titre purement anecdotique, et sur le même sujet, La Fontaine a écrit "La Lice et sa compagne" (Livre II, fable 7)


 







LA LICE ET SA COMPAGNE











...............Une Lice (1) étant sur son terme (2),
Et ne sachant où mettre un fardeau si pressant,
Fait si bien qu'à la fin sa Compagne consent
De lui prêter sa hutte, où la Lice s'enferme.
Au bout de quelque temps sa Compagne revient.
La Lice lui demande encore une quinzaine.
Ses petits ne marchaient, disait-elle, qu'à peine.
               Pour faire court (3), elle l'obtient.
Ce second terme échu, l'autre lui redemande
               Sa maison, sa chambre, son lit.
La Lice cette fois montre les dents, et dit :
Je suis prête à sortir avec toute ma bande,
               Si vous pouvez nous mettre hors.
               Ses enfants étaient déjà forts.


Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette.
               Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête,
               Il faut que l'on en vienne aux coups ;
               Il faut plaider, il faut combattre :
               Laissez-leur prendre un pied chez vous,
               Ils en auront bientôt pris quatre.


 






(1) Lice : femelle de chien de chasse, destinée à faire race (Richelet)
(2) sur le point de mettre bas
(3) pour abréger