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Publié par Edouard Boulogne

Le créole à l'école?

 

 

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J'avais assisté à la brillante soutenance de "thèse de doctorat en anthropologie de l'éducation", de madame Paulette Durizot Jno-Baptiste, en janvier 1995,dans le grand amphithéâtre de la faculté des sciences, à Fouillolle.

         C'est le résumé de ce travail de plus de mille pages (un résumé substantiel puisqu'il comprend près de 400 pages denses) que Paulette Durizot a publié aux éditions l'Harmattan, avec une préface élogieuse de l'ancien recteur Bertène Juminer.

         Le créole est une vieille langue, en gestation et croissance depuis plus de 350 ans, dans toutes les terres (les Antilles, mais aussi l'océan indien)où la France a exercé son action civilisatrice et colonisatrice au 17 ème siècle.

         Il fut une langue maternelle, non la seule pour certains, de tous les travailleurs des unités de production de l'économie d'alors, les " habitations", quels que soient leurs statuts sociaux.

         Après l'abolition de l'esclavage, sous la troisième République surtout, pour des raisons complexes, qui sont d'ailleurs évoquées dans l'ouvrage, et qui ne se limitent pas aux territoires de l'outre mer français mais qui touchent toute l'étendue du territoire national, le créole est mal vu à l'école, volontiers proscrit.

         Plus récemment, des idéologues ont tenté, depuis les années 50, et plus particulièrement dans les années 1980,de faire du créole une langue nationale, opposée au Français. Tout cela venait entraver une approche scientifique, anthropologique et pédagogique sereine de la question du créole.

         Enseignante, femme de terrain, Paulette Durizot Jno-Baptiste s'est lancée hardiment et courageusement dans cette entreprise : dépassionner un débat miné. Il nous semble, quelles que soient les réserves que l'on peut formuler ici et là sur son important travail, qu'elle a atteint son objectif.

         Le créole n'est pas, comme l'avaient voulu les idéologues séparatistes une langue "nationale" guadeloupéenne opprimée par le méchant colonialiste français. Elle est la langue de tous les Guadeloupéens, toutes ethnies confondues, qui entendent bien rester Français mais qui veulent aussi s'assumer, dans l'ensemble national, comme créoles. Les frictions entre langue créole et langue française à l'école s'expliquent par des raisons de politique nationale qui ont fait s'affronter aussi en Europe, le Breton, et les autres langues régionales de l'hexagone avec la politique éducative de la 3 ème République (qui eut aussi ses mérites qu'il ne faut pas oublier à l'heure où la France , en proie aux idéologues marxisants qui règnent sur la pédagogie depuis 1946 et Langevin-Wallon, bat les records européens de l'illettrisme).

         L'ouvrage savant et minutieux de notre auteur, aide à comprendre ce qui est en jeu, prend en compte les diverses sensibilités en présence, y compris la nôtre, celle du Scrutateur et de son public, auparavant abondamment exprimées dans les  colonnes de la revue Guadeloupe 2000

         Paulette Durizot Jno-Baptiste écrit que "nous sommes peut-être passés d'une part d'un français imposé à un français accepté et d'autre part, d'un créole honteux à un créole valorisé".

         Cela est vrai et nous parait de bon augure. Mais le résultat est encore incertain. Nul doute que son ouvrage ne contribue à le confirmer.

 

Edouard Boulogne.

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