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Publié par Edouard Boulogne

Creole-Guy-H-M-.jpg ( Ce livre est fondamental pour s'instruire sur les créoles, ces langues pleines de sève, et de promesses. Il est l'oeuvre d'un des meilleurs spécialistes mondiaux du sujet qui nous occupe ).

 

 

Sur son site de facebook Laurent Fuentès publiait récemment une video de quelqu'un dont j'ai cru comprendre qu'il s'agissait du Recteur de la Réunion. Ce monsieur insistant sur l'importance des langues, sur le fait qu'elles sont des interprétations diverses de la richesse infiniment complexe du monde, prônait l'indispensable survie de nos langages, et, parmi ceux-ci, de nos créoles qui sont plus que des baragoins. Ce discours m'a plu, et j'ai voulu le compléter par la publication , en commentaire, de l'article ci-dessous, que vous lirez peut-être. Mais il s'est avéré trop long pour l'espace imparti aux commentaires de facebook. Le voici donc par une autre voie.

Il s'agit d'un texte que j'avais écrit, il y a déjà un certain nombre d'années pour la revue Guadeloupe 2000, et repris en chapitre d'un de mes livres : Libres paroles, un abécédaire politique.

Je le réédite dans le Scrutateur pour ceux que le sujet intéresse.

 

 

img460.jpg  ( Cet ouvrage est encore disponible en librairie. Boutique de la presse ).

  La maladie infantile du créole.

 

 

L’annonce par le ministre de l’éducation de la création d’un CAPES de créole, suscite chez nous les passions. Dans France Antilles par exemple, monsieur Patrick ZAMORE n’applaudit pas. Ses arguments ne sont peut-être pas tous recevables, mais il faut saluer le courage de celui qui résiste à ce qui, pour certains, n’est qu’un effet de mode, mais pour d’autres une arme de subversion, fournie par le mirobolant Jacques Lang et le gouvernement socialiste aux séparatistes guadeloupéens les plus tenaces.

Dans France Antilles encore, quelques jours après, c’est Laurent FARRUGIA qui répond à Patrick ZAMORE. Pour lui le CAPES  de créole : c’est tout bon. Il écrit : « Le créole n’est pas une invention machiavélique de l’Etat français. Il fut inventé par le peuple. L’Etat tenta de le détruire, mais n’y parvint pas. Il est donc pour la Guadeloupe tout entière un symbole de résistance, un titre de noblesse, et non point une honte ou une infamie ».

M. FARRUGIA a certes progressé depuis l’époque de son militantisme au parti communiste, où l’on appliquait avec ferveur la maxime de LENINE sur « le mensonge, arme la plus éprouvée du combat bolchevique ». Mais du passé (proche) demeure, au moins, un pli. Sur le créole, il ne dit pas toute la vérité. ( Note du 07 octobre 2011 : Le ton est un peu polémique. Je précise que je ne nourris pas d'animosité personnelle contre M. L.Farrugia, cet ancien collègue, que ses erreurs - de mon point de vue- n'empêche pas d'être quelqu'un d'intéressant et d'estimable )

 

 

(1)Bref rappel historique.

 

 

L’une des spécificités de la nation française est de n’être pas fondée sur la race. La France est une vieille nation, œuvre, d’abord, d’une dynastie royale. C’est autour des capétiens et de l’Ile de France que se constitua le royaume de France, par le pacte féodal.

En l’an mille, ce que nous appelons aujourd’hui la France est encore un désordre politique multiforme, et multilingue.

Par un patient travail, en alternant  les pactes, les alliances, les savantes combinaisons politiques par mariages princiers, sans oublier la force ( « la France fut faites à coups d’épées » disait de Gaulle), se construisit le royaume de France. Son principe d’unité fut la foi jurée au roi.

Breton ou Aquitain, on pouvait ignorer le français (parlé par une minorité, dans le nord [les pays de langue d’oïl] ) et rester fidèle à la France en la personne de son roi.

Mais autour de celui-ci on éprouva la nécessité d’une unification plus forte, par une politique linguistique appropriée que symbolisa la promulgation par François 1er, en 1539 de l’édit de Villers-Cotterêt, prescrivant que désormais les ordonnances et les jugements des tribunaux seraient libellés en Français et non plus en latin.

         Mais une profonde diversité continuait à caractériser la France.

En 1661, 122 ans après l’édit de Villers-Cotterêt, Jean Racine (l’auteur de Phèdre et d’Andromaque) parcourt la France en voyage d’agrément. Il séjourne à Uzès, dans le Gard, chez son oncle Sconin, vicaire de l’Archevêché. De là il écrit  à Paris, « je vous jure que j’ai autant besoin d’un interprète qu’un moscovite en aurait besoin à Paris…Ayant besoin de petits clous à broquettes pour ajuster ma chambre j’envoyai le valet de mon oncle en ville et lui dit de m’acheter deux ou trois cents de broquettes. Il m’apporta incontinent trois boites d’allumettes. Jugez s’il y a lieu d’enrager dans de semblables malentendus ».

La situation restait largement identique, à cet égard, en 1789, à la veille de la Révolution.

Avec l’effondrement de la royauté le principe d’unité national ne fut plus la foi jurée, et la personne royale, mais la volonté populaire. La nouvelle classe dirigeante estima, à tort ou à raison, que si le peuple veut toujours son bien, il ne le voit pas toujours. Il fallait de toute urgence l’éclairer, pour l’empêcher de quitter le droit chemin.

         La langue française était celle de Paris, centre de la révolution et des idées nouvelles. Elle était aussi celle des idéologues républicains. Il fallait dés lors qu’elle devint, et dès que possible, la langue du plus grand nombre. Tel fut, dès 1792, le sens de la politique gouvernementale en matière d’enseignement des langues.

A la Convention Nationale le 18 décembre 1792, le député Lauthenas  s’exclame : « il faut que les intérêts de la République soient maintenant connus de tous ses membres : et ils ne peuvent l’être comme il convient, qu’en rendant la langue nationale parfaitement familière à tous. Partout où les communications sont gênées par les idiomes particuliers, qui n’ont aucune espèce d’illustration et ne sont qu’un reste de barbarie des siècles passées, on s’empressera de prendre tous les moyens nécessaires pour les faire disparaître le plus tôt possible ».

         Dans le même sens, le 30 septembre 1793, l’abbé Grégoire (l’ami des noirs) déclarait au Comité de l’Instruction publique : « Les connaissances utiles, comme la douce rosée, se répandront sur toute la masse des individus qui composent la nation ; ainsi disparaîtront insensiblement les jargons locaux, les patois de six millions de Français qui ne parlent pas la langue nationale. Car, je ne puis trop le répéter, il est plus important qu’on ne pense en politique d’extirper cette diversité d’idiomes grossiers, qui prolongent l’enfance de la raison de la vieillesse des préjugés ».

         On le voit la répression des langues régionales, n’est pas une invention de « l’Etat français colonial », comme le disent des ignorants (ou des gens qui feignent l’ignorance à des fins subversives !) ; elle est le fait des éléments révolutionnaires les plus durs (l’extrême gauche), pour couper les « masses populaires »de leurs cultures trop liées avec la conception des choses propres à l’ancien régime monarchique.

         Quand le 17 octobre 1793 est publié le décret de la Convention décidant que les enfants doivent apprendre « à parler, lire et écrire en langue française » dans toute la République, ce n’est pas, dans l’esprit du législateur ( qui, au moins en intention, prétend travailler à l’émancipation des hommes), pour aliéner, et asservir, mais pour libérer. (La première abolition de l’esclavage aura lieu peu après en 1794).

         C’est cette politique qui sera (à tort ou à raison) développée dans toute la France, et dans l’outre-mer, sous la Troisième République et les débuts de la Quatrième.

         Oui, les enfants étaient punis, par leurs maîtres et par leurs parents, (eux-mêmes souvent illettrés), pour avoir parlé à l’école, ou même à la maison en patois breton ou créole. Et cette répression (dans l’esprit de leurs auteurs en tout cas), n’avait pas la volonté machiavélique d’asservir à un quelconque colonialisme.

         C’était d’ailleurs encore tout récemment l’avis d’antillais cultivés comme le philosophe Yves Leborgne (par ailleurs souvent éloigné des positions soutenues par Guadeloupe 2000). Dans l’ouvrage collectif  Les Antilles dans l’impasse1 il parle du créole comme à l’origine ayant été imposé aux esclaves par le maître. Il écrit : « très vite, l’esclave , l’affranchi, démuni des moyens économiques de résistance au lendemain de l’abolition de l’esclavage, a entrepris de poser en termes de conquête de la langue française, le problème de sa promotion sociale, le problème de sa valorisation culturelle ».

         Face à l’idéologie nouvelle du tout créole, du créole opposé au français ( et cette opposition est la volonté tenace des promoteurs actuels du « tout créole », malgré leurs dénégations démenties par tout leur comportement par tout leur être), Yves Leborgne déclare que somme toute, et sans renier le créole que tout le monde connaît, il est plus utile d’apprendre avec le français, l’espagnol ou l’anglais : « c’est, dit-il, littéralement de la fantaisie que de croire que les rapports que nous aurons avec Cuba, pays socialiste, vont se nouer en créole(…..), de l’utopie que de croire que les rapports de l’université de Fouillole et celle de Trinidad  vont avoir lieu en créole.(…. )On ne fera pas de cours de gynécologie en créole. On ne fera pas de cours d’agriculture en créole ».

         Il faut en finir avec ce mensonge du créole « langue jugulée » par la France à des fins de « domination coloniale ». Il faut se guérir de ces légendes répandues par le séparatisme, cette névrose.

 

(2)Le retour du refoulé .

 

Je suis de ceux qui se réjouissent de l’existence de la langue française, et de la nation française qui lui est liée historiquement. Oui, nous parlons une belle langue, précise, élégante, tellement propre à l’analyse, à l’expression fine des idées les plus abstraites et des sentiments les plus élevés.

Et puis c’est la langue, aussi, d’une nation qui reste puissante dans le monde, et par laquelle nous nous sentons protégés, promus, dans ce monde de la mondialisation en cours, impitoyable aux faibles, aux petits, aux isolés.

Mais l’homme créole que je suis n’est pas opposé, il s’en faut, à une défense et illustration du parler créole.

 

 

Grammaire-creole-.jpg ( L'ouvrage pionnier en la matière, d'un prêtre savant et généreux,  au temps où en Guadeloupe "savant" et généreux" n'était pas antinomique à la fonction cléricale.  Fidèle abonné, en son temps, à la revue Guadeloupe 2000, ce Saintois était aussi un vrai Guadeloupéen ).


L’une des richesses de la France, est son extrême diversité, ethnique, culturelle, géographique. Dès lors que les particularités locales ne sont pas exaltées contre l’unité nationale, pourquoi ne les chérirait-on pas ?

Les révolutionnaires ont eu souvent la main lourde, il est vrai. La nécessaire unité est-elle incompatible avec la diversité. N’a -t-on le choix qu’entre l’émiettement de la nation ou l’uniformisation jacobine ?

Très tôt, des vœux ont été formulés dans le sens de la prise en considération des valeurs provinciales. Ces appels à l’assouplissement du corset jacobin sont souvent venus de milieux traditionalistes, ou de droite.

         Ainsi, dès 1870, a-t-on pu lire cette pétition, tellement actuelle, lancée par trois personnalités, dont un certain Charles de Gaulle, grand-oncle du général  Lisons plutôt : « Ne pouvons-nous demander (pour les idiomes provinciaux) qu’ils restent les idiomes de la poésie et de la conversation, qu’ils soient conjointement avec le français la langue de l’école primaire ? N’est-ce pas un immense avantage pour un peuple que de parler deux langues ? (…..)La question du reste est grave. Il s’agit ici des intérêts de plus d’un tiers de la France. La sagesse en politique ne consiste-t-elle pas à résoudre les questions avant qu’elles aient passionné l’opinion publique ? Celles des langues locales se posera tôt ou tard. Evitons les haines, les tiraillements de clocher à clocher. Que l’administration, en renonçant franchement, radicalement, aux abus du système centralisateur, achève de dissiper les derniers soupçons et d’enlever leurs prétexte aux récriminations ».2

 

(3)Raison garder. 

 

Malheureusement, la défense du créole est accaparée bruyamment par les séparatistes antillais. Ils feignent, au mépris de l’histoire d’assimiler la langue régionale à une langue étrangère à la France, quant au contraire elle est issue pour l’essentiel du français, et d’idiomes régionaux français du 17 ème siècle, ce qui explique que l’on ne parle le créole que là où des colons français s’installèrent à cette époque, en Guadeloupe et Martinique, en Haïti, aux Seychelles, à l’île Maurice, à la Réunion où il n’y avait d’ailleurs personne, nul indigène, etc.

Il importe donc dans la partie qui se joue, de garder son sang froid et de ne pas faire le cadeau aux séparatistes de la défense légitime du créole. Mais il faut aussi raison garder.

         Le créole doit subsister. Il doit même être l’objet d’une promotion. Car ce n’est pas en rougir que de constater que malgré tout ce qui en fait le charme la saveur, le pittoresque, il n’est pas encore une langue très évoluée de culture. Et tant pis pour les excités qui feront semblant de s’émouvoir à mon propos. Que des écrivains, des linguistes, des enseignants qualifiés (vaste programme) se consacrent à une telle tâche, voilà qui est souhaitable. Je ne doute pas de leur succès, auprès d’amateurs plus nombreux qu’on ne le croit, si cette défense et illustration du créole est libérée de l’aigre et maladive revendication séparatiste, sa pire ennemie.

         Dans le journal Le Monde du 4-5 avril 1976, M. Pierre Viansson-Ponté écrivait : « on n’imagine guère, à une époque où la langue française est elle-même menacée, agressée,  écrasée parfois, et partout en recul, de rendre le breton et l’occitan, et les autres langues autochtones, obligatoires dès l’école primaire et dans la vie de chaque jour ».

Il ne faut donc pas se voiler la face, le créole n’a de chance de subsister que dans le cadre national français, avec son statut de langue régionale, richesse pour l’ensemble de la nation, et pour des volontaires, dans l’esprit que j’ai défini plus haut.

         Il y a dit-on dix à onze millions de créolophones dans le monde. Ils sont dispersés, essentiellement dans la caraïbe, et dans l’océan indien, et n’oublions pas l’importante minorité créole de métropole. Le créole de la Réunion n’est pas celui des Seychelles qui n’est pas celui d’Haïti, qui n’est  pas celui de la Martinique qui se distingue de celui de la Guadeloupe.

         M. Patrick Zamore a mis le doigt sur un aspect capital du problème en demandant, ironiquement si M Jack Lang, ou M. Christian Paul inscriront leurs enfants à un Capes ou une agrégation de créole.

         On devine la réponse, toute considération sur la valeur intrinsèque du créole mise à part. Qui apprendra le créole, et pourquoi dans le monde tel qu’il est, celui des réalités. ?         On n’apprend une langue étrangère, en général, pour acquérir un métier, découvrir et conquérir des marchés économiques, etc. Quel intérêt aura le créole à cet égard pour des étrangers qui n’auraient pas avec lui d’attaches affectives et culturelles ?

         Si le français est menacé, par la langue du mondialisme, c’est-à-dire l’anglo américain, qu’adviendrait-il du créole ?

         Le créole ne peut-être sauvé que par l’éradication de sa maladie infantile : le séparatisme antillais.

         Ce séparatisme moribond, il y a un an, et qu’ont lamentablement relancé, les petits calculs mesquins de politiciens qui ne voient que dans le chantage et l’alliance avec des minorités violentes, le moyen de s’extirper des affaires judiciaires où les ont plongés leur goût immodéré des grands et des petits profits ?

 

Pour approfondir.

·        Revue Etudes Créoles : CAPES créole (s), le débat (Volume 24, n° 01 (Diffusion l’Harmattan).

·        Les Antilles dans l’impasse (Collectif, sous la direction de Daniel Maragnès. Editions L’Harmattan).



1 Aux éditions Caribéennes et l’Harmattan, pages 114 à 119.

2 Cité dans la revue Histoire Magazine N° 2 de février 1980, pages 34-35.

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Henri Konchita 08/10/2011 14:33



Bonjour Missié l'Escrutateur


Le créole réunionnais en a une résonnance très boloko. On aurait dit un créole parlé par des oreilles qui sortent de débarquer.


Pourquoi est-ce que Missié Farruggia ne préfère pas parler la langue omerta de ses origines siciliennes ?


Et pourquoi le ministre de l'éducation n'en a pas passé li-même un CAPES Taire ?


Au lieu de faire ces jaktèl-la il aurait dû veiller le français en France, là même là où beaucoup de mounes disent qu'il est menacé par une langue mizilmane.


Roille papa ! La guerre des créillolles a déjà pété !


http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/images/2011/10/08/141600_fag_12497_04_07_01.jpg


Au voir, Henri Conchita