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Publié par Edouard Boulogne

(Même à gauche, le procès en sorcellerie intenté récemment à Patrick Devedjian  pour des propos tenu au sujet d'une femme politique, suscite  la colère et une légitime inquiétude.
C'est ce qui ressort d'un article paru dans le site Respublica, d'une gauche qui n'a pas encore sombré dans les marécages de la "royalitude" et que le Scrutateur publie en s'associant à ces propos de bon sens).

 L'affaire Devedjian et le haineusement correctP-Devedjian.jpg

 

Insignifiante, l'affaire Devedjian ? De la plus haute importance, au contraire. Passons sur l'injure faite à Anne-Marie Comparini (le député a présenté ses excuses) et sur le choix du terme, aussi grossier que banal dans le milieu politique (souvenons-nous que longtemps l'ancien et le nouveau Président ne se donnèrent que du « grand c… » et du « petite cr… »). L'essentiel est ailleurs : ce qui est à l'œuvre, sous nos yeux, et que nous avons tant de mal à voir, c'est la mutation des modes de diffusion de la haine dans notre société.

 

Première mutation : nous sommes passés de Warhol à Lynch. De l'espoir d'obtenir son quart d'heure de célébrité à la certitude de subir son quart d'heure d'infamie. La miniaturisation des matériels audiovisuels, leur sophistication croissante comme la chute de leur prix de commercialisation, mettent n'importe quelle conversation privée à la portée des mouchards (mini-caméra, smartphone, oreillette WIFI ou Bluetooth, etc.). Dans la rue, au restaurant, au bureau, dans les transports, les toilettes publiques… Partout. L'hiver dernier, à New York, le chauffeur d'une compagnie m'annonce, par souci de légalité, qu'une webcam nichée dans le rétroviseur filme la course et la transmet en temps réel. « Raison de sécurité. » Je n'ai jamais réussi à la localiser. Indécelable. Imaginons maintenant un député, une femme d'affaires, un acteur lâchant sur la banquette arrière d'un taxi indélicat un mot terrible au sujet de ses électeurs, ses clients, ses fans…

 

Exécution garantie. Sans même mentionner les traquenards (entretiens filmés en caméra cachée, appels enregistrés, repas pièges) dont la seule finalité est de provoquer un dérapage et de l'immortaliser… C'est ainsi et il faut en prendre acte : la soif de lynchage couplée aux prouesses technologiques vont progressivement réduire à néant le concept même de « propos privés ».

 

Deuxième mutation illustrée par les malheurs de M. Devedjian : la principale source d'information de nos concitoyens encourage la caricature et l'acharnement. Résumons : une majorité croissante de Français va puiser ses infos sur Internet ; la quasi-totalité consultent les deux mêmes moteurs de recherche (Google, Yahoo) ; en matière non commerciale, ces moteurs donnent comme dix premiers résultats les pages les plus consultées, c'est-à-dire les plus « croustillantes ». Dans le monde virtuel, Patrick Devedjian est désormais certain d'être abouché à l'injure qui lui aura échappée. Pour toujours ? Pour longtemps. De cela aussi, il nous faut prendre acte : on nous avait promis que la Toile serait Le Paradis du Tintoret, pleine de variétés, foisonnante de détails et riche de nuances… Elle fonctionne en réalité comme le sculpteur César : elle fracasse, concasse, et il ne reste bientôt plus qu'une compression. Devedjian ? « Salope ».

 

Pour finir, cette polémique a mis en évidence, une fois encore, la mutation de nos sociétés vers ce que j'ai appelé le « haineusement correct ». Pour faire lapidaire : qui n'insulte pas un homme blanc insulte une portion entière de l'humanité. Si je profère à l'encontre de Nicolas Sarkozy les remarques les plus basses, jusques et y compris sur son physique, je ferais tiquer, pas davantage. J'aurais été inélégant avec un individu, voilà tout. Si, en revanche, je me permets les mêmes propos à l'encontre d'une femme ou d'un musulman, sans du reste m'attacher à leur particularité, alors le surmoi collectif considèrera sans examen que j'ai manqué de respect aux femmes ou aux musulmans en général. Il n'y a là nul complot, nul terrorisme intellectuel, juste une évolution collective : dans notre lutte contre le racisme, nous sommes souvent incapables d'en finir avec la représentation raciste qui veut que seul le mâle occidental soit authentiquement un individu. Anne-Marie Comparini se fût-elle appelée Jean-Marie, personne n'aurait bronché, et la Toile n'aurait pas frémi d'une ridule. Mais c'est une femme, et c'est donc « au nom des femmes » que Ségolène Royal lui a apporté son soutien.

 

Il ne faut par conséquent pas prendre l'affaire Devedjian à la légère. Elle est annonciatrice de ce que désormais nos sociétés, officiellement tolérantes et apaisées, accepteront en matière de haine collective. Tout « écart » commis à portée de l'une des extensions de l'Internet pourra être fatal.

 
 
David Martin-Castelnau Grand reporter à L'Optimum, auteur des Francophobes (Fayard, 2002).

 

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Pascal 07/07/2007 16:34

Je vais faire court, et haut :Devedjian a dit vrai, et c'est bien fait.Quant à Ségogolaine, elle foutue, cuite. Elle n'ira nulle part et le pire c'est qu'au PS on a tout ounlié du pacte écologique. La preuve : des éléphants (normalement herbivores) bouffent de la dinde ... ou du cabillaud.Pardon Edouard :)