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Publié par Edouard Boulogne

Etrange obsession ce jour, par Le Scrutateur.
Etrange obsession ce jour, par Le Scrutateur.

Ce jour, dès l'aube, à l'heure où s'entrouvrent les paupières, comme cela m'arrive parfois, et sans savoir immédiatement pourquoi, j'ai éprouvé la sensation étrange d'un « je ne sais quoi », à la fois triste et pacifiant, presqu'agréable, d'une aube inhabituelle, et point navrante. Et tout-à-coup j'ai eu l'intuition du phénomène. C'est la cause, c'est la cause Ô mon âme ( que vous me permettrez, lecteur, de garder par devers moi ).

Le café ne put dissiper l'émotion, ni l'ambiance douce-amère. Défilaient en ma conscience, les souvenirs, … des souvenirs ; et comme je suis ( je le fus plus encore, jadis, naguère, in illo tempore ! ) un grand lecteur, se mirent à défiler dans ma mémoire, « ce beau navire » nous dit Apollinaire, certaines des belles pages sur le temps, que j'aimai, aime encore ( peut-être parfois davantage ) et que je décidai, du moins pour trois ou quatre d'entre elles de partager avec vous.

Je vous livre donc sans lien organique entre leurs pensées, trois grands auteurs s'exprimant sur mon obsession de ce jour , et tous poètes : Baudelaire, Proust et Maurras.

 

Le Scrutateur.

____________________________________________

 

( I ) Baudelaire : L'horloge.

 

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: «
Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! — Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; Souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!»

 Charles Baudelaire



 

 

 

( II ) Charles Maurras (1868-1952).

 

Charles Maurras est plus connu comme philosophe de la politique que comme poète. ( Je lui ai consacré, Il y a trop longtemps, hélas! un travail universitaire ). Mais il fut aussi un grand poète. Maurras perdit la foi religieuse à l'âge de 14 ans, des suites des atteintes d'une surdité qui devait l'affecter durement. Il revint à la foi de son baptême dans l'hiver de sa vie. Ce poème exprime admirablement ce combat en lui, de l'ombre et de la lumière. C'est ce poème que Raoul Follereau qui tant se bâtit pour l'amélioration du sort des lépreux dans le monde, a fait graver sur sa pierre tombale.


( A ) La prière de la fin.

 

Seigneur, endormez-moi dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.
Ce vieux cœur de soldat n’a point connu la haine
Et pour vos seuls vrais biens a battu sans retour.

Le combat qu’il soutint fut pour une Patrie,
Pour un Roi, les plus beaux qu’on ait vus sous le ciel,
La France des Bourbons, de Mesdames Marie,
Jeanne d’Arc et Thérèse et Monsieur Saint Michel.

Notre Paris jamais ne rompit avec Rome.
Rome d’Athène en fleur a récolté le fruit,
Beauté, raison, vertu, tous les honneurs de l’homme,
Les visages divins qui sortent de ma nuit :

Car, Seigneur, je ne sais qui vous êtes. J’ignore
Quel est cet artisan du vivre et du mourir,
Au cœur appelé mien quelles ondes sonores
Ont dit ou contredit son éternel désir

Et je ne comprends rien à l’être de mon être,
Tant de Dieux ennemis se le sont disputé !
Mes os vont soulever la dalle des ancêtres,
Je cherche en y tombant la même vérité.

Écoutez ce besoin de comprendre pour croire !
Est-il un sens aux mots que je profère ? Est-il,
Outre leur labyrinthe, une porte de gloire ?
Ariane me manque et je n’ai pas son fil.

Comment croire, Seigneur, pour une âme que traîne
Son obscur appétit des lumières du jour ?
Seigneur, endormez-la dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.

 

Charles MAURRAS


( B ) Maurras encore dans son livre : « L'avenir de l'intelligence ».


 

« Mais rien n’est possible sans la réforme intellectuelle de quelques-uns. Ce petit nombre d’élus doit bien se dire que, si la peste se communique par simple contagion, la santé publique ne se recouvre pas de la même manière. Leurs progrès personnels ne suffiront pas à déterminer un progrès des mœurs. Et d’ailleurs ces favorisés, fussent-ils les plus sages et les plus puissants, ne sont que des vivants destinés à mourir un jour ; eux, leurs actes et leurs exemples ne feront jamais qu’un moment dans la vie de leur race, leur éclair bienfaisant n’entrouvrira la nuit que pour la refermer, s’ils n’essaient d’y concentrer en des institutions un peu moins éphémères qu’eux le battement de la minute heureuse qu’ils auront appelée sagesse, mérite, vertu. Seule l’intelligence, durable à l’infini, fait durer le meilleur de nous. Par elle, l’homme s’éternise : son acte bon se continue, se consolide en habitudes qui se renouvellent sans cesse dans les êtres nouveaux qui ouvrent les yeux à la vie. Un beau mouvement se répète, se propage et renaît ainsi indéfiniment. Si l’on veut éviter un individualisme qui ne convient qu’aux protestants, la question morale redevient question sociale : point de mœurs sans institutions. Le problème des mœurs doit être ramené sous la dépendance de l’autre problème, et ce dernier, tout politique, se rétablit au premier plan de la réflexion des meilleurs.

Je comprends qu’un être isolé, n’ayant qu’un cerveau et qu’un cœur, qui s’épuisent avec une misérable vitesse, se décourage, et tôt ou tard, désespère du lendemain. Mais une race, une nation sont des substances sensiblement immortelles ! Elles disposent d’une réserve inépuisable de pensées, de cœurs et de corps. Une espérance collective ne peut donc pas être domptée. Chaque touffe tranchée reverdit plus forte et plus belle. Tout désespoir en politique est une sottise absolue. »


 


 

( III ) Marcel Proust

 

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.”

 

 

 

 


 

 

Etrange obsession ce jour, par Le Scrutateur.
Etrange obsession ce jour, par Le Scrutateur.

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Ch.Etzol 26/04/2017 00:53

Pour apporter une petite touche musicale,la "danse des heures" de la Gioconda de Ponchielli et "Pace,pace,mio dio" de la force du destin de Verdi.Mais dans les deux opéras, la voix sublime de LA DIVA. (l'auteur n'est pas assez forte pour joindre les morceaux à son commentaire)
Le poème de Maurras,tout de simplicité et de confiance fait penser à certaines oeuvres de Gabriel Fauré.

Maintenant, pour faire "Rome antique" comme aurait dit autrefois une amie, je joins ces quelques vers que la mémoire m'autorise encore :
"Ô temps suspend ton vol
Et vous, heures propices
Suspendez votre cours!
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours Lamartine

Qui a dit "l'amitié c'est créer des liens" ? Ma mémoire me joue encore des tours ...
Mais bon anniversaire au tisserand ; que ses jours conservent la beauté

maxette Boulogne 25/04/2017 19:38

ANNIVERSAIRE?!? dans ce cas puisse-t-il être joyeux ... sinon bonne journée tout de même Max7

Edouard Boulogne 25/04/2017 20:35

C'est bien l'anniversaire. Merci de tes voeux.

Claude Houel 25/04/2017 18:15

Profitons avec délice de cette belle culture française qui,selon micron,n'existe pas.
Profitons-en avant le grand remplacement promis.
Pensée émue pour tous ces étrangers qui,nombreux et chez eux l'honorent encore, comme nous ne savons plus le faire,ils seront bientôt orphelins et ils nous faudra aller chez eux pour retrouver nos racines.