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Publié par Edouard Boulogne

 

Un lecteur ami, et facétieux, a su que l'anniversaire du Scrutateur tombait le 25 avril, et que ce vendredi sonnerait mes 72 ans. Il m'envoie un texte, de Bernard Pivot, qu'il présente ainsi : « Modeste cadeau pour notre jeune scrutateur ... et ses vieux lecteurs!

Que Dieu lui prête longue vie ».

« Jeune scrutateur » me fait plaisir, même s'il faut lire le propos «  cum grano salis », avec un grain de sel. En tout cas je remercie mon non moins jeune lecteur, et lui confirme que son choix est excellent, et que j'approuve et m'approprie le propos de l'illustre Bernard

 

Le Scrutateur.

 

Légende des photos.

 

Je ne suis pas exagérément narcissique, mais je voudrais offrir à mes amis que cela pourraient intéresser, quelques photos étalées dans le temps.

 

En voici les légendes :

 

1 ) 1957 : un qui ne sait pas encore qu'il sera scrutateur, mais qui est déjà « gâteux ». Du moins à l'égard du roi des animaux, qui n'est pas le lion, bête comme tout, mais le plus sage et le plus intelligent de tous. Ici un ancêtre de Catus Scrutatorix.

 

2 ) 1965, à Paris, sur une tour de Notre Dame, une apparition, celle du spectre d'un ancien familier des lieux, selon Victor Hugo : le célèbre Quasimodo !

 

3 ) 1965 encore, toujours à Paris. Un bal costumé. Comme dans la fameuse soirée qui hallucina Meaulnes, le héros d'Alain Fournier, le Scrutateur ( encore en herbes ) crut voir, en cette soirée là, s'interpoler les siècles et les époques. C'est ainsi, qu'au même moment il fut «  aux prises », lui d'Artagnan ( évidemment ! ), sous Louis XIII, et....Lucrèce Borgia ( XV/ XVI ème siècle ), et qui, en 2014, est toujours, en elle-même, telle que l'éternité ne la change pas !

 

4 ) Oh! Les années sont passées. Là nous sommes en février 2014. LS qui n'a aucune idée des changements que peut apporter le temps à la machine corporelle, s'est brisé une vertèbre après une chute due à son imprudence. Le visage porte les marques de la fatigue, non d'un agacement qui viendrait de ce que le photographe aurait en appuyant sur le bouton de l'appareil prononcé une obscénité, du genre : François Hollande est un « male boug ». En tout cas la scrutation, ralentie, ne s'interrompit pas.

 

5 ) Ce cliché date de quelques jours. Je ne ferai pas de commentaire.

 

 

 

 

Un texte de Bernard Pivot, extrait de son  livre paru en avril 2011.   

Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est  désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible,  c’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif  vigoureux qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a  commencé et l’on sait encore moins quand ça  finira.
Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre  naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si  appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi.  Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si,  si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de  désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu le  regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge  qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté,  même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus  jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents,  louangeurs, mais impitoyables.
 

 

Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de  l’âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains,  surtout des débutants. “Avec respect”, “En hommage respectueux”,  “Avec mes sentiments très respectueux”. Les salauds! Ils croyaient  probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de  respect? Les cons! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel  comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix  ans de plus !
 

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune  fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler.  Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais  vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.
 -- “Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée.  J’ai pensé que”…
-- Moi aussitôt : «Vous pensiez que…? 
-- “Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous  ferait plaisir de vous asseoir”.
– “Parce que j’ai les cheveux blancs”?
– “Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous  êtes plus âgé que moi, çà été un réflexe, je me suis  levée.-- “Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que  vous”?
–"Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question  d’âge”…
-- “Une question de quoi, alors?”
– “Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je  crois”…»

J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste  généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour  lui offrir un verre.


Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du  possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux  spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au  rêve.
Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures  exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous  attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et  l’utopie.

La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est  une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en  écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart,  soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur,  musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même  étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas  pressés.
Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe,  soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se  monte encore notre capital. En années? En mois? En jours? Non, il ne  faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais  comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut  jouir sans modération. Après nous, le déluge? Non,  Mozart.


 

 

Sixième photo : Bernard Pivot.
Sixième photo : Bernard Pivot.
Sixième photo : Bernard Pivot.
Sixième photo : Bernard Pivot.
Sixième photo : Bernard Pivot.
Sixième photo : Bernard Pivot.

Sixième photo : Bernard Pivot.

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Commenter cet article

Cactus 26/04/2014 17:59

La vieillesse n'est ni une "ennemie" ni un "naufrage " il suffit de l'apprivoiser.
Votre humour et vitalité intellectuelle vous épargneront de toute déchéance.

Olindi 25/04/2014 02:39

Je vous souhaite une très belle journée d'anniversaire. Vous avez bien plus d'humour et de vivacité intellectuelle que beaucoup de jeunes qui sont fatigués et blasés avant d'avoir vécu. Et surtout, quelle culture !! Chapeau Monsieur !