La pensée du jour : "Vieux loups" de la politique, par Edouard Boulogne.

Publié le par Edouard Boulogne

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Nous sommes en pleine effervescence électorale. Les esprits s'échauffent. Nous-mêmes, au Scrutateur, nous trempons nos plumes dans l'acide, à l'occasion. Sans doute la politique est-elle chose importante. Nos choix engagent, sûrement, mais moins peut-être que nous ne le croyons, ou feignons de le croire, notre avenir, et, selon la formule consacrée, celui de nos enfants.

Faut-il cependant adhérer de trop près à TOUT ce que nous disons?

Gardons nous-en.

Teintons d'humour notre propos. C'est, pour ma part ce que je m'efforce de faire, en tempérant telle pointe, peut-être exagérément polémique, d'un excès vraiment...« excessif » ( ! ) et par là même, relativisant, petit clin d'oeil entendu, à ma « victime », qui lui suggère : «  vous voyez, ne me prenez pas tout à fait à la lettre », ou d'un dessin emprunté à quelques bande dessinée, dont nous avons, jadis, ou naguère, lui et moi, sans nous connaître pour autant, partagé l'humour.

J'aimerais que cet état d'esprit, que je considère comme une marque de civilisation, une capacité de rire ou de sourire de soi, qui dénote une longue expérience, à l'échelle individuelle, une longue histoire, pensée et réfléchie, à l'échelle collective ( « vieux peuple recru d'Histoire » disait de Gaulle de la France ), soit partagé par le plus grand nombre possible de nos concitoyens.

Et cela n'est possible que par la culture, la vraie, la culture générale.

http://www.lescrutateur.com/article-21603390.html

Ce pour quoi je regrette la suppression de l'épreuve de culture générale au concours d'entrée à Sciences-Po. Car, qu'est-ce que Sciences-po, sans la culture générale? Une grammaire de textes de lois, un exercice, somme toute très pauvre, de lecture de projets de lois, sans perspectives autres qu'administratives, une formation d'exécutants plus ou moins studieux, mais sans jugement personnel, faute d'avoir frotté sa pensée contre celles des meilleurs esprits, et ceci sur les problèmes les plus graves, et les plus humains, qui touchent aux fins dernières de l'homme, et permettent de distinguer une société humaine d'une fourmilière.

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"Oui, il faut frotter sa pensée contre celle d'autrui" ( Montaigne ).

Alors seulement nous pouvons distinguer les problèmes, les hiérarchiser, les juger à une aune autre que celle de la seule efficacité.

Alors seulement nous pouvons nous voir nous-même, nous juger, être fier ou honteux mais aussi comme autre chose qu'un simple rouage.

Alors seulement nous pouvons rire ou sourire de nous même, et ainsi nous libérer de notre masque social, du rôle que nous attribue notre place dans la machine sociale, et ainsi être libre.

Mes lecteurs réguliers commencent à connaître mes auteurs préférés. Ils savent qu'à côté des « grands auteurs » consacrés, j'ai une prédilection pour ce genre assez typiquement français des moralistes. Non pas de ces gens assommants qui vous font la morale à tout propos : les pères fouettards de la pensée. Mais de ces auteurs qui réfléchissent sur les moeurs, les décortiquent, les analysent sous toutes les coutures, démasquent les faux semblants, et les hypocrisies : Montaigne, Chamfort, Vauvenargues, Jean Cau, Philippe Murray, Blaise Pascal, le duc de Saint-Simon, Paul Valéry, etc.

Ah! oui, Paul Valéry, dont, (mais vous le savez déjà, car j'en radote ! ) qui nourrit de longues soirées de mes vingt ans.

 

C'est de Paul Valéry que j'ai retenu deux ou trois pensées pour illustrer, aujourd'hui, cette chronique de La pensée du jour.

 

D'abord, tiré de ses Regards sur le monde actuel, ce propos sur la politique :

 

«  On ne peut pas faire de politiquesans se prononcer sur des questions que nul homme sensé ne peut dire qu'il connaisse. Il faut être infiniment sot ou infiniment ignorant pour oser avoir un avis sur la plupart des problèmes que la politique pose ».

 

C'est simple, c'est écrit en français, chose si rare de nos jours où l'on préfère la langue de bois, laquelle permet de mieux cacher sa pensée, ou … son absence.

 

Ou celle-ci encore ( de pensée ) qui à l'heure des face à face télévisés, calmera peut-être les humeurs folles de certains militants :

 

«  Entre vieux loups, la bataille est plus âpre, plus savante, Mais il y a certains ménagements ».

 

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Cette pensée me revint en mémoire, en 1965, en pleine élection présidentielle, à l'occasion d'un débat, entre le féroce François Mitterrand, ( candidat contre de Gaulle ) et le redoutable Alexandre  Sanguinetti ( gaulliste ).

L'affaire eut lieu en public, dans une grande salle du Vème arrondissement, devant une foule surchauffée.

Moins un débat, qu'une joute, qu'une de ces luttes apparemment destinées à se terminer très mal entre ces deux orateurs, également cultivés, extraordinaires orateurs et débatteurs.... et comédiens!. Une de ces luttes à mort, comme entre deux loups mâles, pour la conquêtes des femelles, et la soumission de la meute.

Grâce à Valéry, ce soir là, moi, l'ardent gaulliste, flairant l'arnaque, je ne vouai pourtant pas François Mitterrand aux souffrances éternelles de l'enfer.

Bien m'en prit d'ailleurs, puisque j'appris ensuite que les deux compères, après le match, nul après coup, car ils se valurent bien ce soir là dans le talent, l'invective, et la parfaite mauvaise foi, mais les militants, vous savez ne sont pas toujours très lucides, ( Valéry n'est pas assez lu ), que nos deux loustics donc, en coulisses loin du regard de la salle, s'étaient congratulés, avant d'aller dîner d'une soupe à l'oignon, dans un petit restaurant des Halles qui se situaient encore au lieudit, où se dresse aujourd'hui le Centre Georges Pompidou.

Oui, la vraie culture, à défaut de triompher jamais, peut désarmer, parfois, le fanatisme. Ce n'est pas si mal.

 

Ma dernière référence, ce soir, car vous n'y couperez pas, lecteurs, une, ou d'autres fois, vous ne perdez rien pour attendre, est consacrée à l'histoire, qui souvent est liée, vous le savez bien à la politique.

 

«  L'historien fait pour le passé ce que la tireuse de cartes fait pour le futur. Mais la sorcière s'expose à une vérification et non l'historien ».

 

Utile, non? À l'heure des commémorations en tout genre, et des actes de « mémoire ».

 

Edouard Boulogne.

 

PS : Je dédie cet article au jeune « politique » guadeloupéen Jean-Philippe Courtois, qui, hier à Capesterre belle-eau, en Guadeloupe, a manqué de peu devenir conseiller général de canton. Je ne sais pas pour qui j'aurais voté, car je ne suis pas Capesterrien. Mais dans le rôle du louveteau challenger, à la TV, l'autre soir, il a montré face au vieux loup titulaire du poste, et député maire, d'évidentes qualités de débatteur. Et s'il tient les promesses du groupe de jeunes auquel il appartient, les « Inckoruptibles », cela est intéressant pour la Guadeloupe qui a un évident besoin de relève. 

Publié dans Littérature.

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Gligli Bwa 27/03/2012



sceptissimo 27/03/2012


Sainte SARKOZINNE ,patronne des menteurs

Oupédisa 27/03/2012


Indémodable ! (Les paroles sont écrites en dessous le cadre de visualisation )


http://www.youtube.com/watch?v=EwihrHBe1OM