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Publié par Edouard Boulogne

Madame Toni Morrisson.

Madame Toni Morrisson.

Un jeune coureur cycliste, vainqueur d'une étape du Tour, déclarait fièrement avoir « donné tout ce qu'il avait dans les tripes ». L'expression, pour être devenue banale et quotidienne, n'en est pas moins malheureuse. Mais on ne demande pas à un adolescent sportif d'être membre de l'Académie.

De même d'ailleurs qu'à tant et tant de ces journalistes qui constellent les journaux télévisés et antennes de radios de liaisons fatales, et de barbarismes messéants.

Mais un écrivain, une écrivain  « e », devraient nous épargner de telles incongruités.

Telle cette jeune femme qui, toujours sur les antennes de la TV officielle, parlant, à l'occasion de la mort de Toni Morrisson, cet écrivain noir, américaine, qui vient de mourir, qui avant même Maryse Condé avait reçu le prix Nobel de littérature s'écriait, au bord des larmes, en une formule digne de l'émission « pop, pop, pop » sur France inter : «Toni Morrison exprima avec ses tripes, la souffrance du peuple noir ».

«Avec ses tripes » ? Pourquoi pas «avec son coeur », ou « de toute son âme ». C'eut été plus congruent. Me semble-t'il !

Mais, nous sommes près de deux siècles après que Victor Hugo, cet « écrivain impeccable » (dixit Charles Baudelaire qui en espérait une bonne critique pour Les fleurs du mal) , lui qui écrivait si merveilleusement, capable de réciter l'Ennéide de Virgile par cœur, émaillant le roman de Notre Dame de Paris, de formules latines de son cru, (je viens de le vérifier par une relecture, après 60 ans!) ait écrit par pure démagogie romantique ces vers bien remarquables autant qu'irresponsables : 

 

« Alors, brigand, je vins ; je m'écriai : Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?
Et sur l'Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses
jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d'alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l'encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l'essaim blanc des idées »

 

Hugo, s'il revenait, constatant la mise en œuvre de son programme purement rhétorique, s'exclamerait sans doute à l'écoute de nos petits génies contemporains, ses enfants putatifs, ce que larmoyait ce chef d'un pays d'Europe centrale devant le défilé des troupes nazies dans sa capitale : « je n'avais pas voulu cela ». Mais le mal est fait, il chemine, il s'avance, de bouche en bouche il est porté.

Comme disait Molière « Tu l'as voulu Georges Dandin », on lancerait bien à Hugo un mérité « tu l'as voulu, démago » !

Moi qui suis réac, jusqu'au fond de l'âme, je voudrais qu'on épargne , quoique l'on pense de ses positions politiques (plutôt « gauchos ») madame Toni Morrison, que l'on cesse de suggérer que ses écrits ne valent pas tripette.

Du moins dans l'extrait d'interview que je livre ci-dessous. (Le Scrutateur).

 

 

« Pour autant, aujourd'hui, dans la communauté noire américaine, on entend de plus en plus d'intellectuels, d'artistes et plus largement de membres de la classe moyenne dire qu'on est allé trop loin dans cette revendication identitaire, qu'elle nuit désormais aux Noirs...

Oui, il y a par exemple ce mouvement de peinture contemporaine qui s'appelle Post-Black, signifiant ainsi que ces artistes ne veulent plus être définis seulement par leur race. C'est vrai, beaucoup de Noirs, parmi la classe intellectuelle notamment, ont perdu leur intérêt pour les questions identitaires et pour tout ce qu'ils considèrent comme une façon de penser trop étroite. Et chez les gens qui ont besoin de cette identité, c'est le signe que quelque chose manque. Il ne s'agit pas du tout de dévaloriser la contribution de la culture noire, mais pour moi, c'est un plus, parce que cette culture est diffusée partout. Prenez le jazz ou le hip-hop, ces formes sont partout aujourd'hui. Certains des meilleurs musiciens de jazz que j'ai entendus sont japonais. Cela arrive avec ce qu'on appelle les classiques, ils voyagent, ils sont réappropriés par d'autres cultures. Il n'y a aucune raison que d'autres expressions culturelles ne voyagent pas. Mais il est vrai que plus riches sont ces cultures en elles-mêmes, plus elles ont de valeur aux yeux des autres. Alors, oui, je comprends les deux côtés de cette dispute, même si elle est vaine. Et, évidemment, je comprends très bien – je suis bien placée ! – combien il peut être pénible de « devoir » être représentatif de sa culture, de sa race.

 

 

 

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