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Publié par Edouard Boulogne

« Après moi le déluge ! »
(devise administrative)

 

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En 2011 après Jésus-Christ, Dieu visite de nouveau Noé (enfin, un de
ses descendants : Charles-Jules Noé) :
« Une fois encore, la terre est devenue invivable : non seulement
elle est surpeuplée, mais ses habitants sont de plus en plus
insupportables. Construis donc une arche, rassemble un couple de
chaque être vivant ainsi que quelques humains de qualité si tu en
trouves, et dans six mois, j’ouvre les vannes : je t’envoie quarante
jours et quarante nuit de pluie, et je noie tout. »
Six mois plus tard, Dieu prend la précaution de voir où en est
Charles-Jules Noé et ne voit qu’une pâle ébauche de construction
navale :
« Mais, mon brave Noé, tu ne seras jamais prêt. Tu as vu où tu en
es ? Je t’avais pourtant donné six mois : dès demain il va
commencer à pleuvoir. Qu’est-ce que tu as fichu pendant tout ce
temps ?
- Pardonne-moi, Père tout puissant, j'ai fait tout mon possible mais
les temps ont changé : on est plus à l’époque de Bon papa…
J'ai commencé aussitôt que tu me l’as dit, mais l’administration m’a
dit que le chantier n’était pas aux normes. En poutre, l’inspecteur
me fait des ennuis au sujet du système d’alarme anti-incendie, qui
ne serait pas aux normes.
Mes voisins ont créé une association parce que la construction de
l'échafaudage dans ma cour viole le règlement de copropriété et
obstrue-leur vue. J'ai dû recourir à un conciliateur pour arriver à un
accord, à condition que je satisfasse aux directives des services de
l’urbanisme. Ces derniers m’ont obligé à réaliser une étude de
faisabilité, puis à déposer un mémoire sur les coûts des travaux
nécessaires pour transporter l'arche jusqu'à la mer. J’ai eu beau leur
expliquer que la mer allait venir jusqu'à nous, ils m’ont dit que les
textes ne prévoyant pas cette éventualité je devrais avoir recours
aux procédures agréées.
La coupe du bois a été arrêtée à la suite des plaintes de diverses
Associations pour
la Protection de l'Environnement sous le triple motif que je
contribuais à la déforestation, que mon autorisation donnée par les
Eaux et Forêts n'avait pas de valeur si elle n’était validée par le
Ministère de l'environnement, et que mon projet menaçait l'habitat
de plusieurs espèces animales.
J'ai eu beau expliquer qu'il s'agissait, au contraire de préserver ces
espèces, on m’a fait valoir que je n’avais aucune qualité pour
prétendre à un projet qui n’était pas reconnu par les agences
chargées du développement durable.
J'avais à peine commencé à rassembler les couples d'animaux que
la SPA et WWF me sont tombés sur le dos pour acte de cruauté
envers les animaux parce que je les soustrayais contre leur gré à
leur milieu naturel et que je les enfermais dans des conditions de
promiscuité incompatibles avec les moeurs de la plupart des
espèces, et que la captivité d’animaux ne pouvait se faire sans la
caution préalable des services vétérinaires.
Quand j’ai exposé le principe du déluge, l’agence gouvernementale
pour le Développement Durable a exigé une étude de l'impact sur
l'environnement de ce fameux déluge, selon les normes ISO 7008.
Dans le même temps, j’ai dû répondre aux courriers du Ministère du
Travail qui me reprochait de violer la législation en utilisant des
travailleurs bénévoles. Je les avais pourtant embauchés pour ne pas
devoir me battre contre les Syndicats qui, m'ayant interdit
d'employer mes propres fils, exigeaient que je n’utilise que de la
main d’oeuvre qualifiée – étrangère le cas échéant – et, dans tous les
cas syndiquée. Compte tenu de la pression exercée par l’Inspection
du travail sur ce dernier point, vous comprendrez, mon Dieu, que
j’aie cherché d’autres filières…
Enfin, en plus de l’amende dont j’ai dû m’acquitter, l’URSAFF a exigé
de moi toutes les charges sociales afférentes à cette main d’oeuvre
bénévole, puis le Fisc a saisi tous mes avoirs restants, prétextant
que je me préparais à fuir illégalement le pays. De leur côté, les
m’ont menacé de me poursuivre pour "tentative de franchissement
de frontière en possession d'espèces protégées ou reconnues
comme dangereuses".
Pour me remettre de toutes ces contrariétés, j’ai dû prendre un
verre ou deux, et, en traversant la rue, je me suis fait verbaliser pour
ivresse sur la voie publique.
Aussi, pardonne-moi, Père tout puissant si je suis un peu car j'ai
manqué de persévérance et ai-je – je le confesse – complètement
laissé tomber ce projet et ne suis pas en mesure de m’acquitter le la
mission dont tu m’as chargé. »
Aussitôt les nuages se dissipèrent, un arc-en-ciel apparut et le Soleil
se mit à luire avec un éclat que Charles-Jules Noé ne lui avait
jamais vu :
« Père tout puissant, renoncerais-tu à détruire le monde ?
- Ne nous donnons pas ce mal, mon bon Noé : l’administration s’en
charge. »

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