DSK et les mouches, par Edouard Boulogne.

Publié le par Edouard Boulogne

 

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« Ce ne sont que des mouches à viande un peu grasses. Il y a quinze ans qu'une puissante odeur de charogne les attira sur la ville. Depuis lors, elles engraissent ».

Jean-Paul Sartre.

 

Dominique Stauss-Kahn dans le box des accusés à New York.

Le visage est défait, la posture humble.

Il y a seulement deux jours le même homme respirait la confiance en soi-même, l'assurance. Il était encore, pour trop de Français, la force tranquille, l'incarnation du BIEN.

Et c'était normal. N'était-il pas un homme de gauche?

Il y a quelques mois le ministre Eric Woerth était « livré aux chiens », pour reprendre l'expression devenue célèbre de ce grand honnête homme ( il présidait la gôche ) de François Mitterrand, que toute la camarilla socialiste célébrait il y a moins d'une semaine.

Non l'avenir n'est à personne. L'avenir est à Dieu.

Dans le Scrutateur, j'accordai peu de place au lynchage médiatique d'Eric Woerth. Plus par mépris des hallalis que par une quelconque complicité «  de droite » avec un homme qui était moins, à mes yeux un homme de droite, qu'un homme du système. ( Voir mon article sur ce site : Êtes-vous de droite ou de gauche?) .

Un système où trop d'hommes sont interchangeables, où la droite et la gauche ne sont plus que des leurres pour gogos, où un homme d'honneur ne se reconnaît pas.

Dès 1880 Nietzsche avait décrit cette idéologie molle, poisseuse qui pointait le bout de son gros groin obscène : «  Quand on leur parle de bonheur, ils nous regardent, et puis ils clignent de l'oeil ».

Woerth aussi bien que DSK sont des adeptes de cette idéologie nihiliste où rien n'est vrai, où rien n'est plus beau que rien? Où l'essentiel est de posséder le pouvoir, et les moyens de le prendre et de le conserver : l'argent, Mammon! le dieu qui n'a pas eu à ressusciter parce qu'il n'est jamais mort, et qui est pour l'instant le dieu sinon de tous, du moins des « larges masses populaires » comme disait ce grand « humaniste » de président Mao, et des pseudos élites qui prétendent le représenter, à Pékin comme ailleurs. .

Mais de temps en temps la machine à profit, et à jouir s'enraye. Un grain de sable hérité des temps anciens ( « abominablement moral ou religieux » ) vient tout bloquer.

C'est ce qui arrive aux USA, ou des reliquats d'un héritage (certes un peu trop puritain à mes yeux), tout en composant avec Mammon, au nom de l'audimat, s'empare de DSK, coupable ( présumé ) d'un viol, et le traite comme « n'importe qui ». Les contorsions de notre gauche française sont à cet égard d'un certain comique, ou d'un comique certain.

« Quoi faire ça à Dominique , un homme si bien habillé, si souriant, si maître de soi, si...! ».

Tout d'même! Tout d'même! Tout d'même »!

Je ne voudrais pas, toutefois, faire d'ironie trop pesante. Dans mon article de dimanche, à l'aurore, apprenant la nouvelle, j'ai appelé à la lucidité, certes, et à la compassion.

Je ne suis pas l'homme des lynchages, je ne me vois pas participant à un pogrom. Dans les chasses à courre, je suis du côté du traqué. «  Quand le sanglier tombe et roule dans l'arène....allons! Allons! les chiens sont rois » écrivait le poète Emile Barbier.

Barbier est trop sévère pour les chiens. La ruée des journalistes autour de Strauss-Khan , notre propre adhérence aux écrans TV où nous sommes scotchés sur cette affaire me fait plutôt penser aux mouches de Jean-Paul Sartre que j'ai cité en exergue.

  Ces messieurs s'ébrouent, bombillent, vrombissent, avec volupté.

Il y a là sans doute du voyeurisme éternel des gens. Mais probablement bien plus encore.: le ressentiment de certains à l'égard d'un homme qui, nonobstant ses défauts, voire ses tares, est intelligent, tellement « classe », alors que nous!

Puissance du ressentiment!

Mais déjà pointe un nouveau sentiment, que doit redouter plus que tout DSK s 'il n'est point encore complètement englué dans la lubricité et/ou le culte du Veau d'or. Et ce sentiment est la pitié, la dangereuse pitié. Giraudoux, perspicace, avait démasqué la pitié, l'une de ses formes en tout cas :

« Les gens, disait-il, ont pitié des autres dans la mesure où ils auraient pitié d'eux-mêmes ».

Moi aussi j'ai regardé Strauss-Kahn au tribunal. J'ai constaté sa mine défaite.

Je me suis abstenu d'en avoir pitié. Cet homme, quoiqu'on en pense par ailleurs, n'est pas ordinaire. C'est un politique d'envergure. Les politiques sont aussi des comédiens, et des battants.

Il y a des comédies de l'abattement. Il s'agit de susciter la pitié de ceux que l'on méprise. Déjà l'on prépare la revanche.

Donc pas d'apitoiement petit bourgeois, comme pas d'acharnement misérable. Quoiqu'il arrive, et même s'il se trouvait, par miracle, comme l'espère ( feint de l'espérer ) le petit Benoit Hamon, s'il devait advenir que DSK fut exonéré des accusations portées contre lui, je ne voterais pas pour lui en 2012.

Mais mon refus ne porterait pas sur sa personne de « pauvre homme » ( «  allez, venez milord, ne pleurez pas milord »), mais contre le système de valeurs décrépites et vénéneuses, que jusqu'ici, il a incarné avec trop de brio.

 

Edouard Boulogne.

 

 

 

 

 

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