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Publié par Edouard Boulogne

 

INTERVENTION CHRISTIAN VIVIES AU CONGRES DU 07/05/09 A BASSE-TERRE




Monsieur le Préfet, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs.


Monsieur le Président Gillot, je vous remercie pour votre invitation.

Je participe à ce débat à titre de leader d'opinion, autrement dit je ne représente

aucune organisation et mes propos n'engagent que moi.

Ce statut me procure une liberté de parole qui me permettra de dire ce que je pense

sans tabou, avec sincérité et naturellement dans le respect de tous.

Mon intervention se fera en 2 temps.

D'abord pour tenter de donner un sens à la crise qui a violemment secoué la Guadeloupe en ce début d'année et à partir de là indiquer les principes fondamentaux qui, de mon point de vue, doivent accompagner tout projet de société pour la Guadeloupe.

Pour paraphraser un auteur contemporain, je dirai que le mouvement récent à secoué le cocotier Guadeloupéen. De cette remise en cause générale de la société guadeloupéenne, 4 thèmes principaux ont émergé et ont tour à tour alimenté la réflexion des Guadeloupéens et les commentaires des médias :

1. Le pouvoir d'achat

2. La quête identitaire

3. Les tensions ethniques

4. Et l'évolution statutaire

D'heure en heure, chacun de ces thèmes supplantait l'autre dans l'actualité au point

que nos compatriotes sont aujourd'hui quelque peu désorientés et ne savent plus

très bien de quoi on parle et où on veut les emmener.

Essayons de clarifier les choses.

Ma conviction est qu'il existe pour l'opinion publique guadeloupéenne une hiérarchie

parfaitement établie quant à l'importance qu'elle accorde à chacune de ces 4

questions.


Je suis pour ma part convaincu que le problème le plus important pour les Guadeloupéens et qui a largement assuré le succès du mouvement est celui du pouvoir d'achat. De quoi s'agit-il ?

Mesdames et Messieurs, depuis une vingtaine d'années, nos compatriotes

guadeloupéens pratiquent un exercice de plus en plus inconfortable voire dangereux

de grand écart entre leurs revenus et leur envie de consommer.

Certes les revenus évoluent mais seulement - si j'ose dire - au rythme de l'évolution

normale de l'économie, même si un rattrapage lent se dessine avec nos

compatriotes métropolitains et qui est le résultat de différents dispositifs spécifiques

mis en place par les différents gouvernements.

Mais face à ce revenu qui évolue tranquillement, l'offre de consommation se

développe de façon exponentielle parce que nous vivons dans une société de liberté

et parce que les nouvelles technologies de la communication mettent tous les

produits et tous les achats à la portée de tous.

Pour combler le différentiel, pendant un temps, les Guadeloupéens ont utilisé le crédit à la consommation, de plus en plus accessible à tous.

Mais comme vous le savez, quand on fait un crédit n°2 pour payer le crédit n°1, on a vite atteint les limites de l'exercice et c'est le cas malheureusement aujourd'hui, pour bon nombre de nos compatriotes.


Deuxième problème : la quête identitaire.

Chacun conviendra qu'il s'agit là d'une question fondamentale qui se pose chez nous

avec d'autant plus d'acuité que notre société est diverse dans ses origines et que

l'émergence des histoires des civilisations et des expressions culturelles

correspondantes n'a pas été favorisée par le système colonial car jusqu'en 1946, le

mot d'ordre était l'assimilation.

Cette période est révolue. « Nos ancêtres les Gaulois », c'est fini et désormais, au

sein de la République, chacun peut revendiquer son histoire, ses racines, ses

origines, sa religion et sa culture.

C'est à cela qu'il faut appeler les Guadeloupéens, en les aidant dans cette démarche initiatique.


Troisième problème en cause, les tensions raciales.

Mesdames et Messieurs, je vois dans cette assemblée quelques cheveux blancs qui

me laissent penser que certains d'entre vous ont vécu, comme moi, les événements

de mai 67.

Souvenez-vous « que de violence ! » en mai 67. Nous n'avons pas vécu cela en

2009 et j'affirme que depuis mai 67, nous avons parcouru un long chemin sur la voie

de l'échange, du respect mutuel et de la tolérance.

Certes, je ne prétends pas que nous sommes arrivés au bout de la route et je sais qu'il reste encore un long parcours à faire ensemble mais l'avenir est tracé pour construire une communauté diverse et pacifiée et même si je n'ai aucun titre ce soir pour représenter la communauté des Blancs Pays, je sais que dans son immense majorité, elle salue la mémoire douloureuse du Peuple Noir de la Guadeloupe et elle se situe résolument dans cette démarche pacifique car nous sommes tous des enfants de Dieu et nous avons plus besoin d'amour que de violence.


Le quatrième thème évoqué est celui de l'évolution institutionnelle ou statutaire. C'est une fausse bonne idée que le Gouvernement Français voudrait nous faire avaliser pour soulager le budget de l'Etat.

Cette évolution vers l'indépendance, le peuple guadeloupéen n'en veut pas.

Qu'elle soit lente ou rapide, qu'elle soit directe ou camouflée derrière des formules

d'autonomie ou des articles divers, nous n'en voulons pas car elle ne correspond en

rien à nos objectifs de progression de pouvoir d'achat et de relations harmonieuses

entre nos communautés.

Pour nous en convaincre, il suffit d'ailleurs de regarder ce qui se passe autour de

nous.

Le choix est clair : ou nous choisissons l'aventure de l'indépendance, ou nous restons parfaitement intégrés à la France et à l'Europe et dans moins de 10 ans, nous aurons atteint le niveau économique standard européen, c'est-à-dire l'un des plus élevés du monde.

Par ailleurs, Mesdames et Messieurs, pendant cette crise et de façon transversale à ces 4 thèmes, sont apparus 2 handicaps majeurs de la société guadeloupéenne que tout projet guadeloupéen devra s'efforcer de traiter sous peine d'être voué à l'échec.

Le premier concerne l'immense fossé voire l'incompréhension qui existe entre un

secteur Public hypertrophié et hyper protégé et un secteur Privé exposé, risqué et

fragile.

Il faut apprendre à la Guadeloupe ce qu'est le monde de l'entreprise privée qu'elle ne

connaît pas et qu'elle ne reconnaît pas et les entrepreneurs doivent prendre des

initiatives dans ce sens.

Le deuxième handicap concerne la difficulté pour un grand nombre de Guadeloupéens de se comporter en gens responsables :

Le chef d'entreprise qui s'achète une grosse voiture alors qu'il ne paye pas ses cotisations sociales,

Le fonctionnaire qui pratique l'absentéisme systématique,

» L'administration qui paye ses agents alors qu'ils étaient en grève,

Le syndicat qui empêche une entreprise de fonctionner contre la volonté de la majorité de ses salariés,

L'élu qui insulte un représentant de l'Etat,

» Et le représentant de l'Etat qui se laisse insulter sans réagir.


Tous ces gens, toutes ces organisations, tous ces services ont eu, dans ces

circonstances, un comportement irresponsable.

D'ailleurs, pendant cette crise, jamais je n'ai entendu quiconque remettre en cause

sa propre action et son propre comportement. C'est toujours la faute des autres et

c'est toujours les autres qui doivent nous procurer ce que nous voulons.

On refuse l'assistanat dans les discours publics mais on l'accepte largement dans les

négociations.

Mesdames et Messieurs les leaders politiques, quel que soit le projet guadeloupéen, il va vous falloir traiter cette question avec courage et détermination.


En conclusion de mon intervention, je voudrais recommander à ceux qui ont en charge d'élaborer un projet de société pour la Guadeloupe,

1°)De créer la CAPAG (la Commission d'Amélioration du Pouvoir d'Achat des Guadeloupéens). Elle serait composée de 4 membres titulaires :

- 1 représentant de l'Etat

- 1 représentant de la Région, qui en assurerait la présidence

- 1 représentant des syndicats de salariés

- 1 représentant des organisations patronales

Elle serait dotée de moyens forts pour lui permettre d'atteindre son objectif qui consisterait à ouvrir toutes les pistes d'amélioration du pouvoir d'achat dans la rigueur scientifique, dans la concertation et dans l'intérêt général afin que dans moins de 10 ans, nous ayons atteint le niveau standard de pouvoir d'achat européen.

2°) De doter les associations culturelles de moyens multipliés pour leur permettre de poursuivre, de façon accélérée, la quête identitaire déjà largement entamée.

38) De laisser se poursuivre tranquillement les échanges et s'établir les relations harmonieuses entre les différentes ethnies de notre communauté, sans intervention particulière du secteur public.

4°) De considérer avec beaucoup de recul et de circonspection les propositions d'évolution statutaire.

5°) Et enfin, pour répondre aux 2 handicaps majeurs que j'évoquais précédemment, de tenir aux Guadeloupéens un discours courageux de responsabilité, de construire toutes les passerelles et de favoriser tous les échanges possibles entre le secteur public et le monde de l'entreprise privée.

Je vous remercie de votre attention.


Christian Viviès.

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