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Publié par Edouard Boulogne

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J’avais  6 ans au début des « événements ». Je n’en savais rien de clair, mais je voyais les amis de mon frère ainé en revenir, parfois blessés dans leur corps et toujours frappés dans leur consciences.
Ils ne parlaient de ces mois d’ Algérie qu’avec une infinie gravité et de longs silences suspendaient leurs phrases.
Je comprenais que quelque chose de très lourd se jouait, la bas, et aussi en France.
Lourdeur et gravité, blessures et consciences.
Voilà, pour moi, quatre des composantes du  film « L’ennemi Intime » de Florent Emilio Siri, sur un scénario de Patrick Rothman.
Réalisateur et scénariste ont, à l’évidence, tenté de rester le plus objectifs possible par rapport aux implications politiques et le plus équitables possible par rapport aux enjeux humains.
On sait, d’emblée, que le mauvais n’est pas toujours le même et que le bon ne sait pas comment le rester….
Le jeune lieutenant Terrien (Benoit Magimel), rejoint son poste avancé dans les montagnes de Kabylie. Il ne connaît rien à la guerre. Il trouve, à la tête du commando le sergent Dougnac intelligent et expérimenté (Albert Dupontel). Celui-ci lui apprendra ce qu’est la guerre d’embuscade, de coups de main, de « corvées de bois », le nettoyage au napalm, la guerre où les civils sont autant les otages des deux camps que les plaques tournantes du renseignement et du chantage à la terreur et où les prisonniers de quelques bords qu’ils soient, doivent parler…Car, c’est la guerre qu’il a déjà menée en Indochine avec d’autres officiers de carrière, raidis dans leurs convictions comme le commandant Vesoul ( Aurélien Recoing), ou le capitaine Berthaut (Marc Barbé).
Hommes et officiers de la petite troupe ont une mission : traquer et trouver Sliman un chef du FLN. Nous suivons ces hommes dans leur progressions chaotiques sur le terrain, au cours des escarmouches avec l’ennemi si proche, quand ils trouvent  tous les habitants d’un village massacrés par les fellaghas, et nous les découvrons, eux aussi, capables de la même ignominie. Nous venons à côtoyer les soldats français-algériens qui ont combattu pour la France en 39-45 et qui se trouvent pris en étaux, ne pouvant plus se définir que comme des « soldats », ayant perdu famille, pays et croyance…
Terrien, au fil des jours sinistres, perd ses repaires alors que Dougnac, lui, sombre dans le dégout de lui même. L’horreur et la violence ont eu raison de  leur équilibre  et de tous leurs repaires.
Blessures et consciences.
J’ai rencontré un ancien combattant de la guerre d’Indochine, puis commando marine pendant la guerre d’Algérie, il me confiait : «On ne savait vraiment plus où était le bien et le mal » Il  était fier  que la marine française ait, quasiment, réquisitionné ses navires, comme « l’Aromanche »  pour rapatrier les harkis de la DBFM (demie brigade de fusiliers marins) et leur famille et les ait ainsi sauvés… Une lueur dans le brouillard épais…
Le film a été tourné au Maroc, dans le Moyen Atlas. Les prises de vue sont excellentes, les combats crédibles, les acteurs ont une belle présence. Mention toute particulière pour Lounes Tazairt (Saïd) et Mohamed Fellag ( Idir).

Quelques regrets : 
- A la question posée par Terrien «  Pourquoi les Algériens n’ont-ils pas le statut de Français ? » Aucune réponse. Et pourtant, il faut le dire : contrairement au Maroc et à la Tunisie qui étaient des protectorats, l’Algérie, département français, refusait aux Algériens de souche les mêmes droits et devoirs que les Français venus de Métropole.
- Est-il vraiment possible de faire croire que les soirées des soldats, dans le poste dangereux et reculé, se soient résumées à des beuveries et des clowneries grotesques… ?

Quelques erreurs aussi :
- Les transmissions radio étaient loin de fonctionner aussi bien sur le terrain,
- Les opérations aériennes se préparaient longtemps à l’avance et ne pouvaient être déclenchées à la demande.
- Quant à l’annonce en exergue du film, que le FLN aurait proposé de  négocier dès 1952, elle semble un peu hasardeuse….

Ceux qui ont combattu en Algérie penseront peut-être que ce film était inutile.
Pour nous, plus jeunes, qui ne connaissons que des poncifs ou de la  propagande de tous bords, ce film nous permet de saisir à travers des images sobres et fortes et des personnages bien campés, la complexité, l’ineptie, l’incompréhension, l’aveuglement qui a prévalu, pendant ces années de guerre, au plus haut de la hiérarchie politique dans les deux camps.
Aveuglement qui a transformé des hommes simples en instruments de mort.

                                                                             Marie Deval
« L’Ennemi intime »
Film : Français
Genre : Drame, Guerre
Durée : 1h48
Réalisateur : Florent Emilio Siri
Avec Benoit Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing, Marc Barbé, Eric Savin, Mohamed Fellag, Lounès Tazairt, Abdelhafid Metalsi, Vincent Rottiers…
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R
j'ai lu nmbre de critiques sur ce film pas encore passé en guadeloupe je note parmi les acterus albert dupontel, acterur inspiré et complexe qui, j'en suis certain, sera considéré un jour comme un égal de Raimu ou Jules Berry, pouvant passer du tragique au comique
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