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Publié par Edouard Boulogne

Croissance en baisse : les dessous d'une crise économique et sociale à venir en Guadeloupe l

Voiçi une nouvelle tribune libre de l'économiste (et ancien directeur d'une banque antillaise, monsieur Jean-Marie NOL que Le Scrutateur remercie de nous avoir envoyée. Chaque lecteur peut donner son avis sur les analyse de monsieur NOL dans la rubrique des commentaires de nôtre blog. (LS).

 

La crise sanitaire du COVID 19 nous ouvre une occasion inédite de remettre en cause les diktats économiques qui ont été constitués en lois d’airain lors de ces dernières décennies de départementalisation , au premier rang desquels la primauté de la croissance avec pour moteur la consommation .... Clé de l'emploi et de la croissance en Guadeloupe , élément de différenciation sociale, la consommation a fait l’objet d'une grande variété d'analyses mais trop souvent sous un prisme idéologique JXux yeux de certains penseurs qui dénoncent le cercle infernal de la surconsommation et de la vie chère, c'est le moment de prendre du champ avec l'idéologie néo-libérale qui gangrène les fondements même de notre mode de vie. Et partant de ce constat ils en ont fait une question politique.

Aujourd'hui en Guadeloupe, le fait est que pour certaines personnes toujours prêtes à attiser les braises d’un nouveau conflit social, nous serions en présence d'un inquiétant épisode d'acmé, c'est à dire de la phase d'une maladie où les symptômes sont au plus haut degré d'intensité.

En quelque sorte, une apogée, un point culminant de la colère, de la détresse et de la désespérance du territoire guadeloupéen présentement confrontée à une crise inédite. Pourtant les chiffres et les faits démentent ce tableau noir dressé par les organisations syndicales qui s’apprêtent à de nouveau ruer dans tes brancards par une mobilisation de rue avec bien entendu en arrière pensée un remake de la crise sociale de 2009 .

Pour bien comprendre la problématique de la croissance économique en Guadeloupe, il convient d'abord de la définir et surtout faire une comparaison avec un territoire sensiblement identique à celui de la Guadeloupe à savoir la Martinique. La croissance économique désigne la variation positive de la production de biens et de services dans une économie sur une période donnée, généralement une longue période. En pratique, l'indicateur le plus utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut (PIBjqui détermine en quelque sorte la richesse produite par le pays. Dans cette optique, on peut considérer que la consommation et l'investissement sont les moteurs de la croissance.

Il est assez fréquent de voir recourir à des indicateurs qui mettraient en évidence une avance de la Martinique au regard de la Guadeloupe et des autres DOM. Cette approche est désormais battue en brèche par une étude de L’Insee qui verse, dans une récente publication quelques éléments au dossier :

Evolution du PIB par habitant (€)

2015 2016 2017 2018

Guadeloupe (1) 19 857 20 369 21 521 22 427

Martinique (2) 22 902 23 096 23 515 24110

Rapport (2)7(1) 115,3% 113,4% 109,3% 107,5%

L’écart en faveur de la Martinique qui se réduit de moitié en 4 ans, est la conséquence d'une

divergence de l’évolution du PIB des deux territoires :

Evolution du PIB (millions d’€)

2015 2016 2017 2018

Guadeloupe (1) 8 474 8 567 8 931 9 139

Martinique (2) 8 572 8 506 8 538 8 582

Rapport (2)7(1) 101,2% 99.3% 95,6% 93,9%

Evolution des taux de croissance du PIB en volume

2016 20172018

Guadeloupe 1,1% 4,3% 2,3%

Martinique -0,8% 0,4% 0,5%

Le différentiel de croissance est élevé. Dès 2016, te PIB de la Guadeloupe est supérieur et l’écart

s’accroît

L'explication de la performance guadeloupéenne tient au moins pour partie, à une productivité

apparente du travail plus élevée :

PIB par emploi (€)

2015 2016 2017 2018

Guadeloupe (1) 66 307 68 392 71 210 71 537

Martinique (2) 64 717 65 572 66 110 65 911

Rapport (2)7(1) 97,6% 95,9% 92,8% 92,1%

La différence entre les PIB globaux de Martinique et de Guadeloupe s'explique par les problèmes politiques et administratifs de la CTM (collectivité territoriale de la Martinique) mais surtout par des différences d'évolution de la qualité du climat social qui s'est profondément dégradée depuis la crise sociale de 2009 en Martinique qui a vu fuir les investisseurs pour la plupart "békés" paniqués par les attaques dont ils fait l'objet et qui ont donc procédé au rapatriement massif de leurs investissements sur la Guadeloupe. On voit bien l'importance du climat social dans les facteurs de hausse de la croissance en Guadeloupe à partir de 2014 . Cette problématique exige que l’on doit changer quelque chose de notre modèle économique et social actuel. et donner la priorité à l'investissement dans la production, et c'est maintenant qu’il faut penser aux efforts qu'il faudra faire demain pour redresser autant que faire se peut une production focale déjà passablement sinistrée, mais qui offre encore des perspectives de stabilité au niveau des investissements et de vigueur économique future.

Fr,ranchement pour les guadeloupéens, s’ils veulent conserver leur niveau de vie à la sortie de cette crise, il va falloir instaurer un meilleur climat social, voire travailler plus et surtout polémiquer beaucoup moins s'ils veulent faire mentir le propos que nous avions affirmé précédemment à savoir que la Guadeloupe , «une fois la crise sanitaire passée, répondra à la crise économique voire très certainement sociale et à l’appauvrissement général qui va intervenir».

Pour inverser la tendance du décrochage de la croissance, il faut nécessairement avant tout anticiper et comprendre le scénario de la crise de la croissance qui se profile en Guadeloupe !

La crise économique est d’ores et déjà à nos portes avec bientôt son lot de faillites d’entreprises et de chômeurs. Alors, dans les jours et les mois qui viennent, que risque-t-il de se passer pour l'économie la Guadeloupe ?

Certains économistes de l’IEDOM pensent que l’on pourrait en effet avoir affaire en Guadeloupe à un scénario d’une « courbe en V », c’est-à-dire une forte chute de l'économie qui est suivi d'un rebond important, effaçant ainsi les conséquences les plus graves de la crise dite du coronavirus. Mais pour ce qui me concerne , on pourrait à l'inverse imaginer plutôt une courbe en L : chute brutale mais brève de l’économie avec une diminution du produit intérieur brut (PIB) d’environ 10 % et stagnation tout en bas. La projection est difficile, mais nous pouvons déjà dire que ce sera une crise économique doublée d’une crise financière et faire le point sur les éléments à notre disposition pour mieux appréhender ce scénario en L.

D’abord sur le plan économique nous assistons actuellement en Guadeloupe à la conjonction d’un double choc. D’un côté de nombreuses entreprises ne peuvent plus produire (-90% dans l’hôtellerie restauration, 35% dans le bâtiment et les transports par exemple), c’est le choc de l'offre. De l’autre, la consommation des ménages est en beme sauf pour les biens de première nécessité, c’est le choc de la demande.

Depuis le 17 mars, selon l'INSEE, une baisse de 27% de l'activité économique est observée en Guadeloupe. Quatre secteurs sont principalement frappés. Le tourisme est le plus sinistré avec -90% d’activité pour l’hébergement-restauration, le COVID 19 est arivé en fin de pic tourististique.

Pour l’aérien, c’est quasi nul.

Toutefois, l’industrie agro-alimentaire a été moins impactée, répondant aux besoins essentiels de consommation.

C'est donc une situation inédite à laquelle nous faisons face, et que les chefs d'entreprises Antillais avec leur gestion à flux tendu, n'avaient pas anticipé. Et pour cause, l’activité des entreprises se déploie en Guadeloupe dans un environnement protégé c’est à dire dans le cadre d'une économie sous cloche. De fait, les effets de la crise du coronavirus seront atténués et ce même si l’on peut vraisemblablement miser sur une explosion du chômage dans les mois et les années qui viennent.

Les guadeloupéens surtout syndicalistes ne veulent pas voir la réalité économique en face. C’est ce déni de réalité qui les empêchent de se rendre compte qu’ils sont les derniers enfants gâtés de la France et de l’Europe.

Mais nonobstant l’importance de l’épargne en Guadeloupe, cela risque de ne plus durer justement à cause de la crise financière . Plus les guadeloupéens tarderont à agir pour mettre en place un nouveau modèle économique et social, plus leur modèle de la départementalisation aura de chance d’exploser. Et surtout le temps ne travaille pas en notre faveur, d'autant que notre malheur risque de survenir par des causes plus culturelles et identitaires qu’économiques.

Progressivement d’opérateur économique en agent économique, les impayés vont se propager, et le circuit économique risque d’être complètement bloqué, tant qu’une reprise de l’activité n'apparait pas.

Bref si l’épisode d’épidémie dure, alors il faut s’attendre à ce qu’il cause des dégâts irrémédiables à l’économie. Si elle se prolonge, des choses se casseront, des entreprises feront faillite, et le redémarrage serait beaucoup plus lent. Un cycle de faillites affecterait inévitablement l’emploi et donc la consommation et l’investissement, moteurs indispensables de la croissance, et de fait s’opposerait à toute reprise de l'économie guadeloupéenne .

Dans le malheur, il y a décidément une spécificité créole , un lourd malaise . Celui-ci prend parfois des formes paradoxales. La priorité de la santé sur l’économie a été exigée, puis maintenant contestée. Nous ne sommes pas le pays de Descartes, nous sommes le pays de kompé zamba et kompé lapin . Nous n’aimons pas les pouvoirs, aucun pouvoir et en particulier pas le pouvoir politique. Nous n’aimons pas être gouvernés, ni semoncés, moins encore bousculés et sûrement pas dupés. Le citoyen des Antilles françaises est le plus critique de l'outre-mer Français - Et c’est déjà un défaut des Français dans leur ensemble - mais aussi le moins gouvernable. Ici, la contestation est devenu un rite et le rejet de l'autorité , une religion séculière.

Mais tout ceci à nos yeux est préjudiciable à la croissance et cette posture risque de mettre à mal à terme le pays Guadeloupe. Nous privilégions la forme et l’émotion au détriment du fond. C’est là une vision à courte vue. Aussi, les choses doivent changer, et pour ce faire, il faut rapidement s’inspirer d'un autre modèle culturel, économique et social pour arriver à redynamiser l’économie après la crise et stimuler enfin l’esprit d’entreprise et mobiliser l’épargne en direction d’une économie de production exogène. Nous en avons la possibilité avec l'aide d'une bonne catharsis , mais pour autant nous devons retrouver cette ambition du travailler plus et du goût de l’effort, voire refonder un esprit d'unité et non se perdre dans une guerre picrocholine .

 

Jean-Marie NOL. Economiste.

 

 

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C
Rarement est évoquée la conséquence pour la Martinique, de son choix il y a 15 ou 20 ans
En fait, il n'est pas surprenant d'apprendre que
"La différence , (favorable à la Guadeloupe)entre les PIB globaux de Martinique et de Guadeloupe s'explique par les problèmes politiques et administratifs de la CTM (collectivité territoriale de la Martinique) .
Comme quoi les choix politiques ont une plus grande importance qu'on ne croit sur l'évolution économique d'un pays ou d'une région.
Les guadeloupéens pourraient en tirer leçon pour l'avenir
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M
Depuis le 17 mars, selon l'INSEE, une baisse de 27% de l'activité économique est observée en Guadeloupe. 17 mars ???.
J'aime beaucoup : "Nous privilégions la forme et l’émotion au détriment du fond." Ainsi le mouvement de la semaine dernière ne concerne que l'immédiat, déjà connu en 2002 pour les délais de paiement, sans que le fond soit traité !
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