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Publié par Edouard Boulogne

Gabriel Lisette assez mal servi hier soir, 29 février, sur Guadeloupe 1 ère.
Gabriel Lisette assez mal servi hier soir, 29 février, sur Guadeloupe 1 ère.

Le 29 février dans l'émission Droit dans les yeux, l'homme politique guadeloupéen Gabriel Lisette était présenté aux téléspectateurs à l'occasion de la publication, aux éditions Nestor, d'un livre de M. Carme Blerol, présent sur le plateau.

L'auteur était assisté d'un monsieur Pagésy, et d'un africain vivant à la Guadeloupe.

Malgré des ennuis de vue ( qui m'ont conduit d'ailleurs à repousser de 24 heures le présent article ) j'avais tenu à suivre cette émission qui m'a beaucoup déçu en ce qu'elle ne nous a pratiquement rien appris sur Gabriel Lisette en dehors des déclarations du chauffeur de ce Guadeloupéen digne d'intérêt.

Est-ce parce que la parole n'a pratiquement pas été donnée à l'auteur du livre, qui malgré ses 92 ans ( c'est une ancienne ceinture noire de judo, tout d'même ! ) semblait capable d'articuler d'autres propos plus représentatifs de M. Lisette, que : « il était quelqu'un de très remarquable, au point que en Côte d'Ivoire, en visite chez le président Houphouet-Boigny, ses petits enfants pouvaient bondir sur les fauteuil du salon du chef de l'Etat, ce qui n'était pas le cas de tout le monde » ( sic ).

Les assistants de M. Carme Blérol n'étaient guère plus inspirés. Il a été question notamment de l'Afrique « qui est un grand pays, composé de plusieurs pays ».

De cette Afrique « qui est le continent de l'avenir, dont le taux de croissance est supérieur de huit fois à celui de la France à la quatrième année du « règne » de M. François Hollande.

Ah vraiment?

Il ne s'est trouvé personne pour faire remarquer que l'Afrique n'est pas un pays, mais un continent immense, que l'Afrique du nord n'est pas spécialement identique à l'Afrique du sud ( au sens géographique du terme ), et que le nord et le sud n'ont pas grand chose de commun avec ce que nous appelons aujourd'hui l'Afrique sub saharienne, en gros l'ex AEF et l'ex AOF ainsi que les territoires anciennement britanniques, ou belges, ou portugais, et que si le Nigéria est actuellement en pleine croissance, son taux de croissance ne saurait être mis sur le même plan que ceux de ces « pays » que sont le Niger ( l'un des pays les plus pauvres du monde ), ou le Tchad.

Très amateur tout cela. C'est un peu comme si l'on avait dit que l'Asie est un pays, fait d'autres pays. Mais peut-on sérieusement nier les extrêmes différences entre la Chine et l'Inde, ou encore le nord de ce continent qui de l'Oural à Vladivostok est...russe !

 

Gabriel Lisette né en 1920, au Panama, semblait destiné, à en croire une voyante, à devenir le chef d'un Etat, comme elle l'avait prédit à son père, d'origine Guadeloupéenne ( et dont le père avait lui-même été le premier maire noir d'une commune de la Guadeloupe au XIX ème siècle ).

Le jeune Gabriel, adolescent, revint quelques années en Guadeloupe dans les années 1930, où il fut un brillant élève. Vers 1970 j'interrogeai mon père sur lui. Il me répondit qu'il l'avait connu au lycée Carnot de P-à-P, que c'était « un garçon très intelligent, mais pas très sympathique », propos accompagné d'une moue furtive, mais très claire.

Plus tard, quand M. Lisette revenu de certaines de ses illusions sur l'Afrique, ( où il fut pourtant tout près de réaliser la prédiction de la voyante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Lisette ), décida de revenir au Pays-Guadeloupe pour y devenir au moins maire de Sainte-Rose et peut-être député de notre département, c'est alors que je fis personnellement sa connaissance en assistant à une dizaine de réunions, ( qu'il animait ) du parti gaulliste qui se tenaient rue Schœlcher, dans une grande maison en bois qui n'existe plus, à deux pas du collège Fengarol.

Réunions peu intéressantes en ce qu'elles étaient purement politiciennes, et ne m'apprenaient rien sur l'homme Lisette qui n'accomplit pas ses ambitions locales d'ailleurs.

Pourquoi? La question a été à peine effleurée à la télévision, et sans que l'on y ait apporté l'ombre d'une esquisse de réponse.

Mon hypothèse est que Sainte-Rose n'était pas ( dans les années 70 ), un grand Etat ). Et que la personne Lisette, né au Panama, et, sauf la brève période que j'ai évoquée, avait toujours vécu loin de son île. Il avait perdu le contact avec « mon peuple » comme aiment à dire nos hommes politiques.

La politique est un service. Un service des autres, plus que de soi-même. Du moins elle le devrait.

L'hypertrophie du MOI, est, quelque soit le brio intellectuel que l'on peut posséder ( parfois, et beaucoup moins que ne croient les prédateurs politiques ) un écueil redoutable.

A l'échec Guadeloupéen de Gabriel Lisette, il n'est pas interdit de penser que cette réponse à un interviewer apporte une ébauche de réponse : « Non. Je n'éprouve pas le besoin de retourner là-bas pour reprendre des forces. La force, elle est en moi ». ( souligné par le Scrutateur ).

Oui, l'orgueil est un défaut parfois rédhibitoire. Même en politique ! .

Lirai-je l'ouvrage de M. Carme Blérol? Peut-être, si l'éditeur m'en fait un service de presse.

Je le voudrais bien. Mais le temps passe, s'étire, se restreint, et il y a tant de livres passionnants à lire, et à relire, pendant qu'il en est encore temps.

Et puis, contrairement à ce qui a été suggéré, Lisette a déjà fait l'objet d'études. Notamment dans l'ouvrage de Michel Baron paru en 1988, et que j'ai relu ce matin ( voir les photographies d'illustration de cet article.

Michel Baron est un universitaire, de la gauche soixante-huitarde qui dans l'avant propos de l'ouvrage se présente ainsi : « Déjà 20 ans. (donc en 1988, où écrit l'auteur. Note du Scrutateur ).

Les gaz lacrymogènes nous faisaient verser des larmes amères. Dans un raccourci dont j'ai parfois honte aujourd'hui, nous assimilions, de manière ô combien hâtive, C.R.S. et S.S. (cela rimait si bien ! ), nous prati­quions allègrement les « ismes », nous étions du maoïsme, du trotskisme, du spontanéisme. J'en passe et des meilleurs !...

Et nous étions aussi, cela faisait partie du « package », du tiers mondisme.

Cela signifiait souvent une adulation pour les gens du tiers monde, sans nuances. Du moment qu'« ils » étaient noirs ou jaunes, ils étaient fatalement « bien », exploités, et détenteurs de la pureté révolutionnaire, nouveau prolétariat, nous conduisant à la terre pro­mise... ( on le voit 28 ans après rien n'a changé dans les medias français et dans l'université. Note du scrutateur )

L'histoire, cette entreprise de pompes funèbres géné­rales, a, depuis, bien enterré nos illusions : le meilleur n 'est pas toujours sorti des indépendances... » ( page 7 ). ( Aaah? Naïve question de LS ).

L'ouvrage a le mérite de donner à plusieurs reprises et longuement la parole à son modèle.

Vous en trouverez un extrait en annexe à mon propos.

 

Le Scrutateur.

 

__________________________________________________________________

 

Michel Baron : « J'ai envie de vous poser une question d'actualité qui est la conséquence de tout ce que vous me racontez là; Ces derniers mois la presse a fait assez souvent état des activités de l'ARC ( alliance révolutionnaire Caraïbe, du sinistre Luc Reinette. Note du Scrutateur ), et de l'arrestation de ses dirigeants. Pensez-vous que l'indépendance soit une vue de l'esprit ou quelque chose en marche ?

*

Gabriel Lisette : La France avait, et pratique encore, la politique assimilationniste que nous venons d'évoquer, acceptée pendant très longtemps par les élites des vieilles colo­nies.

Je crois que, personnellement, j'aurais été contre cette départementalisation ambiguë, d'ailleurs refusée par Paul Valentino, l'un des plus illustres « résistants » de la Guadeloupe, qui fût le représentant de cette colonie à l'Assemblée consultative d'Alger.

J'aurais préféré le statut de territoire d'Outre-Mer qui eut facilité une politique équilibrée de développement économique et de progrès social.

A partir de la départementalisation, on a trop négligé d'associer l'acteur économique de base à la politique de développement économique du pays. La réforme fon­cière n'a pas été menée à bien. On ne s'est pas davantage soucié de la promotion de l'artisanat et la formation de techniciens de haut niveau, qui auraient pu constituer un atoût dans l'environnement caraïbe, n'a jamais été prise ni compte.

Aussi les Antilles Guyanne, ces «vitrines de la France » aux portes des Amériques, ne sont que des pré­sentoirs fragiles.

Si demain les Antilles Guyanne accédaient à l'indépen­dance, la situation seraient dramatique car, en l'état de la précarité de la solidarité internationale, la chute inéluc­table du niveau de vie entraînerait de graves désordres sociaux. ( souligné par LS ).

Déjà, en l967 je développais cette analyse dans un essai « de l'Economie au Choix politique ».

la revendication de l'indépendance marque un net recul, mais, pour être bénéfique, cette pause requiert que le pouvoir central et les responsables locaux avancent résolument dans la politique de déconcentration et de décentralisation, en mettant en œuvre tous les moyens du développement, et d'abord financiers.

Je veux, ici, insister sur le fait que l'une des voies pour remédier au « mal-développement » des Antilles est, certainement, l'engagement volontariste du secteur de l'Economie sociale. J'ajoute qu'il faut faire vite, très vite.

 

Michel Baron : Dans cette vie mouvementée qui fut et qui est encore la vôtre n 'éprouvez vous pas, tel le géant Antée, le besoin de toucher votre terre pour retrouver des forces et pour­suivre la route ?

 

Gabriel Lisette : Non. Je n'éprouve pas le besoin de retourner là-bas pour reprendre des forces. La force, elle est en moi.

Bien sûr, j'ai plaisir à me rendre aux Antilles car c'est mon pays, mes sources.

J'y retrouve un environnement auquel je suis attaché, mais j'y retourne pour continuer à servir mes compa­triotes : la Mutuatité ,et l'Economie sociale étant deve­nues la bible du retraité que je suis aujourd'hui ».

 

 

Gabriel Lisette assez mal servi hier soir, 29 février, sur Guadeloupe 1 ère.
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