Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

La lecture de l'ouvrage de Loubet Del Bayle auquel fait allusin Pierre Nord, un peu ancien, car il date de 1970 demeure tout aussi passionnante.
La lecture de l'ouvrage de Loubet Del Bayle auquel fait allusin Pierre Nord, un peu ancien, car il date de 1970 demeure tout aussi passionnante.

La lecture de l'ouvrage de Loubet Del Bayle auquel fait allusin Pierre Nord, un peu ancien, car il date de 1970 demeure tout aussi passionnante.

( Un peu de fatigue due à une grippe méchante, et à une opération de la cataracte – gênante pour la scrutation – , me contraint à ralentir le rythme du Scrutateur, et à modérer le rythme de parution des articles. Mais cela ne durera pas, que l'on se rassure ( ou le regrette ).

Pour ce jour, j'ai retenu un article d'Eric Zemmour dans le Figaro sur un livre de Philippe Nord : Le new deal français, qu'il recommande à notre attention. Et l'on sait que Zemmour a le diagnostic sûr.

 

Le Scrutateur.

 

__________________________________________________________

 

L'héritage oublié des «non-conformistes»

 

http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2016/02/10/31001-20160210ARTFIG00284-l-heritage-oublie-des-non-conformistes.php?m_i=D%2B_D8ZpLi7clBrAHpKwU4u8Qap2rux5bxJCivQ0DYsB7oeyT06mrzx_QdVA%2BeV6TcRxLapsfOHc8NIjW5bQh4pOh50N4uLhDryeSILDP&a2=20160216214159&a3=763-2244490-886247

 

LA CHRONIQUE D'ÉRIC ZEMMOUR - Un universitaire américain revisite la période qui va des années 1930 à la Libération. Avec Vichy au milieu et non à part. Sans tabous ni complexes. Édifiant.

 

L'ombre et la lumière. Le Mal et le Bien. La Collaboration et la Résistance. L'Occupation et la Libération. Pétain et de Gaulle. Vichy et la République. Nous avons pris l'habitude, depuis la Révolution française, de lire notre Histoire avec les lunettes héroïques et manichéennes du grand soir qui sépare l'avant et l'après, le passé honni et l'avenir radieux. Longtemps l'«Ancien Régime» a joué le rôle de repoussoir. Nous avons rejoué le même numéro avec Vichy. Avec encore plus de grandiloquence et de manichéisme. Les seuls qui aient osé transgresser ce tabou se sont servis de la diabolisation de Vichy pour déconstruire la République: historiens antiracistes qui relèvent les mesures xénophobes prises avant guerre ; étudiants de Mai 68 qui désacralisent l'autorité de De Gaulle en le comparant à Pétain ; ou libéraux dogmatiques qui croient voir partout la marque de Vichy dans l'étatisme social français. À quelques exceptions, nos historiens marchent droit. Et nos intellectuels, nos politiques, sans parler de nos médias, suivent au pas. Il faut être un historien américain, et de l'université de Princeton, pour poser des questions qui n'ont pas droit de cité dans l'intelligentsia française.

Les «non-conformistes», une génération contre la fatalité et la décadence

Que nous dit Philip Nord? «Contre les menaces nées au XXe siècle: le fascisme, le communisme et la société de masse sur le modèle américain», la France ne sait pas comment se défendre. Le libéralisme politique et économique de la IIIe République s'avère impuissant et conduit la France à la stagnation économique et à la déroute militaire. Une génération se révolte contre la fatalité et la décadence. Une élite de polytechniciens et d'anciens élèves de Sciences Po veut rompre avec le «parlementarisme stérile» et le «laisser-faire dépassé» ; ils rêvent d'imposer un «antilibéralisme autoritaire» et un étatisme régénérateur. Ils sont natalistes et familialistes, dans un pays dont la démographie déjà faible du XIXe siècle a été décimée par l'hécatombe de 1914. On les appelle les «non-conformistes». Ils aiment les chiffres et ont des lettres. Ils seront les technocrates flamboyants qui redresseront le pays après-guerre. Ils sont pétris d'un patriotisme vibrant et de valeurs chrétiennes. «La France qu'ils vouent aux gémonies est une version caricaturale de la IIIe République, un monde de paysans et de boutiquiers à l'esprit étroit prisonniers de leur individualisme et préoccupés de leur sort.»

Ils ont pour nom Pierre Laroque, Michel Debré, Alfred Sauvy, Paul Delouvrier, Félix Gaillard, Maurice Couve de Murville, Jean Monnet, ou encore Jean Vilar et Louis Jouvet. Et d'autres moins connus. Ils se cherchent et ont du mal à trouver leur voie. Ils tâtonnent, expérimentent, innovent, se fourvoient aussi parfois. «Qu'ils soient vichystes, résistants, et parfois vichystes passés à la Résistance, ils s'attellent à façonner le modèle post-libéral dont ils rêvent depuis si longtemps pour la France.»

«Dans les années trente et dans les premières années de la guerre, l'affirmation de ce principe “ni droite ni gauche” penche plutôt vers la droite ; à la fin des années quarante et par la suite, elle incline plutôt vers la gauche»

Ils auront pour patrons successifs Daladier, Pétain, de Gaulle. Ils seront de droite, ils seront de gauche. Ils ne seront ni de droite ni de gauche. «Dans les années trente et dans les premières années de la guerre, l'affirmation de ce principe “ni droite ni gauche” penche plutôt vers la droite ; à la fin des années quarante et par la suite, elle incline plutôt vers la gauche.»

D'où une continuité insoupçonnée sur ce plan. «Le plan Monnet n'est pas le premier du genre. Vichy a initié deux projets de même nature… La fondation Carrel préfigure l'Ined d'Alfred Sauvy, qui a entretenu des liens avec la fondation et recrutera parmi les anciens de la fondation… Le SNS de Vichy deviendra l'Insee à la Libération. L'Idhec, une création de Vichy, poursuit ses activités ; la Sofira devient la Sofirad ; le Studio d'essai, le Club d'essai… Le Haut Comité de la population de Daladier laisse place au Comité consultatif de Vichy, auquel succède, l'après-guerre venu, le Haut Comité consultatif de la population et de la famille…»

Notre universitaire américain n'a pas la plume légère ni capricante; mais sa pensée est roide et subtile. Il ne dit pas que tout vaut tout ; il ne méconnaît pas les dérives autocratiques et antisémites de Vichy ; il en montre les origines, les injustices, les souffrances, et les limites. Mais contrairement à celui qu'il nous présente curieusement comme son «maître», Robert Paxton, Philip Nord, lui, ne fait pas des discriminations antisémites le cœur de la politique de Vichy. Il remet dans le contexte, explique sans justifier.

Les vrais affrontements dans l'Histoire sont ceux entre générations. Pas entre la droite et la gauche, encore moins entre le bien et le mal

Sa formidable idée est d'ouvrir le champ de vision, de traiter tout à la fois de politique familiale, d'économie, mais aussi de cinéma et de radio. Ce spectre large permet de montrer l'ambition d'une génération - celle des années 1930 - qui s'efforce d'arracher la France à la malédiction de la machine et de la massification, au nom d'une éthique chrétienne et d'un élitisme culturel. «À sa manière, Vichy édifie un État culturel. La culture commerciale qui existait sous la IIIe République - le théâtre de boulevard, le cinéma sous influence hollywoodienne, les jingles radiophoniques - est rejetée. Toute cette entreprise se révèle plus innovante et plus fructueuse qu'il n'est de bon ton de l'admettre. La sauvegarde de pans entiers de l'appareil culturel vichyste après la guerre en est sans doute la preuve la plus troublante.»

Les vrais affrontements dans l'Histoire sont ceux entre générations. Pas entre la droite et la gauche, encore moins entre le bien et le mal. Leçon terrible qu'on tire de la lecture de notre universitaire américain. Le combat décisif du XXe siècle ne fut donc pas entre Vichy et la République, ni entre de Gaulle et Pétain, ou même de Gaulle et Monnet, mais entre cette génération de «non-conformistes» des années 1930, et celle qui lui a succédé, dans les années 1960, et qui, tout aussi «non conformiste», a détruit l'édifice de ses aînés sous les coups de l'individualisme et du consumérisme. Qui a déconstruit l'héritage de la Libération au nom de la prétendue lutte contre Vichy. Qui a jeté dans les oubliettes son éthique chrétienne et familiale et son élitisme culturel en prétendant en conserver les protections sociales. Sans comprendre que c'est un tout. Le tout d'une génération, d'une Histoire, d'une nation.

Le New deal français, Philip Nord, Perrin, 399 P., 25 €.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article