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Publié par Edouard Boulogne

Crinières grises mais esprits vifs: ces aînés qui flamboient.
Crinières grises mais esprits vifs: ces aînés qui flamboient.
Crinières grises mais esprits vifs: ces aînés qui flamboient.

( Il y a trois jours que j'ai reçu ce texte d'un auteur anonyme, ( très probablement un de ces p'tits jeunes qui ne respectent plus rien....ni personne ) que je me suis jusqu'ici abstenu de publier. Par Modestie? Par Pudeur? Par Prudence? Sans doute par une conjonction de ces trois vertus.

Je me décide aujourd'hui par ce que le texte comporte de vérité. Mais aussi parce qu'il n'y a pas toujours de vice à se faire plaisir, surtout quand le texte comporte sa part de vérité. PSC ).

 

Le Scrutateur. ).

 

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Jean d’Ormesson est Immortel depuis plus de quarante ans. Reçu à l’Académie française en 1973, il vient de publier, l’année de ses 90 ans, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle. Son livre caracole en tête des meilleures ventes.

Le philosophe et sociologue Edgar Morin, 94 printemps au compteur, n’hésite jamais à tweeter ses humeurs sur l’actualité. En 2015, il publie un livre sous son seul nom – le très personnel L’aventure de la méthode – mais en déclare trois autres en collaboration. Et ses interventions dans la presse ne se comptent plus. A croire que cet intellectuel qui a publié son premier ouvrage en 1946 – oui, vous avez bien lu, L’An zéro de l’Allemagne a été publié en 1946 – est un démiurge.

 

Et ils sont légion ceux qui à plus de 75 ans sont toujours pertinents dans le débat scientifique, intellectuel, culturel ou politique en France. Ils s’appellent encore Hélène Carrère d’Encausse, Michel Serres, Philippe Sollers, Jack Lang, Hubert Reeves, Yves Coppens, Max Gallo, Jacques Delors, sans oublier notre Jean Ziegler national, qui avec ses 81 ans n’est pas le moins tonitruant de ces «jeunes hommes».

 

«Jeunes hommes». L’antiphrase est utilisée à tour de bras lorsqu’on présente ces penseurs aux «crinières grises et neurones verts». Elle dit deux choses. Par l’ironie de la suggestion, une manière d’admiration affectueuse à cette longévité active. Mais surtout le peu de femmes de cette noble cohorte de sages. Comme la trace d’une époque où ces dames parvenaient difficilement à se faire une place dans le monde de la pensée.

Les hôpitaux sont meilleurs! Soit, mais une fois les progrès de la médecine qui ont allongé la durée de vie salués, comme le souligne avec humour Bernard Pivot, il faut encore se poser la question de l’omniprésence de cette population intellectuelle âgée et des idées qu’elle véhicule. Tout en prenant garde de ne pas confondre vieux penseur et vieille pensée. Il suffit de lire Edgar Morin pour s’en convaincre.

 

Commentateur ou intellectuel?

 

Il n’empêche, la vie intellectuelle française est-elle à ce point dominée par les anciens qu’elle étouffe le renouveau des talents? La génération suivante, celle des sexagénaires, qui en philosophie s’est vendue comme les «Nouveaux philosophes», est marquée par une certaine homogénéité. A l’instar d’Alain Finkielkraut, elle n’occupe pas moins le devant de la scène avec son bagage «néoréactionnaire». Soit une pensée de droite marquée par la nostalgie d’un «c’était mieux avant» en réaction à une société qui peine à nommer la complexité des maux qui la rongent.

Pour Gisèle Sapiro, sociologue et historienne des idées, le vieillissement social

l’explique. Le grand public affectionne les «notables» – nos grands anciens à qui la durée a donné de fait du crédit – et les polémistes qu’elle adore détester. La génération des sexa «néocon» est constituée plus de commentateurs de l’actualité que de penseurs. Ils ont parfaitement intégré, en bons intellectuels médiatiques, que l’essentiel est avant tout d’afficher sa différence.

 

La fin des maîtres à penser…

 

Faut-il être inquiet pour la pensée en France, quand les petits nouveaux ont l’âge d’Alain Finkielkraut? «Je ne crois pas que les anciens étouffent les nouveaux talents», analyse Bernard Pivot. Ce témoin attentif de quarante ans de vie intellectuelle en France, sans contredire notre constat, croit en la force du talent et de l’intelligence que rien n’empêche d’éclore. Et de citer l’exemple de l’économiste Thomas Piketty, qui à l’entame de ses 40 ans a déjà marqué les esprits dans sa discipline.

Mais d’autres, tout autant positifs, font le pari que ces intellectuels ne sont que les figures crépusculaires du vieux système médiatique. La nouveauté, selon l’historien des idées François Cusset (dans L’Obs sur les nouveaux intellos), est que les activistes de tous bords et engagements attacheraient moins d’importance aux noms propres qu’aux concepts que chacun peut s’approprier. «Nous apprenons à vivre sans maître à penser et ce n’est pas plus mal», résume-t-il.

 

Bernard Pivot: «La longévité se manifeste partout: écrivains et

intellectuels n’y échappent pas»

 

A 80 ans, Bernard Pivot pourrait figurer dans notre répertoire des crinières grises et neurones verts. Mais celui qui préside le jury du Goncourt depuis 2014 tient surtout à son étiquette de journaliste. Il ne se considère pas comme un intellectuel. Bernard Pivot a néanmoins joué un rôle central dans la pensée francophone en animant, de 1975 à 1990, l’émission Apostrophes, puis Bouillon de culture, jusqu’en 2001, sur la chaîne publique France 2. Interview d’un témoin attentif.

Les intellectuels du 3e âge, voire du 4e, sont plus que jamais présents.

 

Partagez-vous ce constat?

De plus en plus de gens, dans tous les domaines, vont durer. C’est la conséquence du rallongement de l’espérance de vie et de l’amélioration de la santé. Les PDG aussi veulent rester et continuer même après l’âge légal de la retraite. Leurs boîtes sont alors contraintes de passer par les statuts de l’entreprise pour les garder ou s’en séparer (rires). C’est un phénomène qu’on observe partout. Il y a peu, on a encore vu travailler l’actrice Gisèle Casadesus à l’âge de 100 ans. La longévité se manifeste partout: les

écrivains et les intellectuels n’y échappent pas.

 

Est-ce le signe de leur vitalité ou d’un manque de relève?

 

Jean d’Ormesson a 90 ans, Edgar Morin a 94 ans… Beaucoup d’intellectuels et

d’écrivains âgés se manifestent encore, votre constat est exact. Mais il y a aussi tous ceux qui sont entrés dans le silence depuis un certain temps. Michel Tournier, décédé en début d’année, ne faisait plus rien depuis dix ans. La vitalité intacte de certains ne dit rien de ceux qui disparaissent.

Cette vitalité des anciens empêche-t-elle l’éclosion des jeunes?

Les éditeurs sont toujours à la recherche de nouvelles plumes, de nouveaux écrivains, de gens qui sortent des sentiers battus afin de proposer du neuf. Les gens du monde de l’édition sont enclins à la découverte de nouvelles voix, de nouveaux philosophes. Si un nouveau talent apparaît, il s’impose tout naturellement. Regardez l’économiste Thomas Piketty : il a à peine 44 ans. Dans le monde de l’économie, c’est le haut du pavé. Il a éclos en étant très jeune. Si on interroge les économistes de 60 et 70 ans, ils se plaindront peut-être de ce jeune homme qui leur fait de l’ombre et à qui ils avaient fait une place. Non, je ne crois pas que les anciens étouffent les nouveaux.

Dans cette génération des plus de 75 ans, il y a très peu de femmes...

Il y en a tout de même quelques-unes, comme Hélène Carrère d’Encausse. Mais c’est la résultante d’une époque: les femmes de cette génération étaient moins nombreuses à pouvoir se tourner vers la philosophie, vers le travail de la pensée.

Est-ce encore le cas aujourd’hui?

Je ne peux vous dire. Il y a certainement dans les paroisses philosophiques de nos universités et de nos hautes écoles des femmes, ou des jeunes, qui publient et qui travaillent sur les idées de demain. Avec mon activité pour le Prix Goncourt, ce monde là m’échappe en partie. Mais j’en conviens, on entend toujours les mêmes voix d’hommes.

L’expliquez-vous?

Je reste persuadé qu’on arrive toujours à s’imposer à la force du poignet et de

l’intelligence. Mais sans doute les jeunes penseurs et écrivains d’aujourd’hui sont plus disséminés, plus solitaires qu’il y a quarante ans. Quand les «Nouveaux philosophes» débarquent dans les années 70, il y a un effet de groupe qui permet une identification aisée pour les médias (rires). La presse est paresseuse! (ndlr: en 1977, Pivot avait invité BHL et Glucksmann pour un «Apostrophes» resté célèbre: «Les nouveaux philosophes sont-ils de gauche ou de droite?»)

Cette paresse qui me fait vous appeler pour analyser le sujet des «crinières grises»?

Oui, je ne fais plus Apostrophes depuis des années. Peut-être faudrait-il aussi appeler un jeune critique littéraire qui puisse nous expliquer à nous, lecteurs, quelles sont les voix nouvelles qui méritent d’être appuyées. Mais je sais comment fonctionne le système médiatique: il y a des gens qui font vendre, qui font de l’audience. Michel Houellebecq, Michel Onfray, Alain Finkielkraut et d’autres ont toujours un effet positif sur les ventes. Cela induit sans doute une surexposition médiatique par rapport à leur portée réelle.

Faut-il lier le vieillissement de la population intellectuelle à la droitisation de

l’intelligentsia française?

Je n’ai pas l’âme politique… Quand la gauche est au pouvoir et qu’elle déçoit, on entend davantage les penseurs de droite. Voire les polémistes. Aujourd’hui, il est plus difficile pour les intellectuels de gauche de se faire entendre, mais je ne crois pas que la pensée de gauche soit morte. Il y a toujours eu un balancement. Du temps du général de Gaulle, on entendait beaucoup les intellectuels communistes. Aujourd’hui, il y a peut-être un effet de masse à droite avec une pensée d’extrême droite qui s’ajoute à la pensée de droite.

Lors de la mythique dispute entre Camus et Sartre, au début des années 50, les deux hommes ont l’un 40 ans et l’autre 50 ans. N’est-ce pas curieux aujourd’hui de se dire que les deux monstres sacrés étaient si «jeunes»?

L’espérance de vie était moins importante, l’époque différente. En effet, ces deux monstres qui allaient tous deux obtenir le Prix Nobel étaient des intellectuels, des philosophes et des romanciers tout le temps sur la brèche. Ils participaient du processus de changement de société. Ils étaient engagés. Nous avons en 2016 deux Prix Nobel, avec Patrick Modiano et Jean-Marie Le Clézio, qui ne sont pas du tout dans cet engagement constant. Jean-Marie Le Clézio porte un beau combat pour la cause amérindienne, mais ce n’est pas comparable! Camus et Sartre, et il faut encore ajouter

François Mauriac – autre intellectuel français important et aussi Prix Nobel – écrivaient et prenaient position toutes les semaines sur la France et sur le monde.

 

Jean Starobinski: «La pensée n’est pas un privilège mais un devoir»

 

«Est-ce que ça me fait plaisir? Mais c’est un immense plaisir de voir paraître

simultanément une somme presque complète de mes travaux! J’ai laissé faire les maisons d’édition. Il y a aura des surprises, même pour moi…» 95 printemps, et toujours l’enthousiasme en embuscade. Jean Starobinski continue de subjuguer ceux qui composent le gotha érudit et lettré francophone: deux recueils vont paraître, l’un chez Gallimard, l’autre au Seuil, et une partie de son oeuvre devrait être rééditée ce printemps chez Robert Laffont.

Faut-il encore présenter «Staro», ancien professeur de l’Université de Genève?

Historien des idées, médecin, psychiatre, critique, docteur ès lettres, spécialiste du XVIIIe siècle et docteur honoris causa de moult universités prestigieuses… Autant de lourdes casquettes qui ne font pas ployer d’un iota la tête du savant genevois. «Rivegauchiste obstiné» comme il se dépeint lui-même, l’âge venant, il ne quitte que rarement son appartement de Champel, situé à quelques centaines de mètres de l’endroit où il est né. Entre ces murs cossus qui semblent peiner à digérer la quantité phénoménale de livres qu’il leur impose, le chercheur remet encore et encore l’ouvrage sur le métier. «En ce moment, je me penche avec bonheur sur la révision de textes anciens. Il y a toujours des motifs de recherches qui me séduisent et pour lesquels je décide de tenter l’aventure. Surtout que certains peuvent se traiter par petites touches

choisies…» répond-il avec modestie. Du travail d’impressionniste qui n’en reste pas moins impressionnant.

S’il est contraint et forcé de rester plus souvent en compagnie de ses livres, il demeure attentif à la rumeur du monde. «Mes centres d’intérêt me conduisent à m’intéresser au présent. J’ai pour objectif de parvenir à compléter une édition augmentée de mes travaux sur la mélancolie. Dès lors, je garde un oeil et une oreille sur ce qui se fait en psychiatrie, notamment dans le domaine de la thérapeutique chimique et psychanalytique de la dépression.». Car l’homme fait encore et toujours référence. Au point d’être parfois sollicité pour donner son avis sur telle ou telle publication.

«Quelquefois, pas très souvent, et j’en suis soulagé! Je suis toujours touché de

recevoir les livres d’écrivains. L’émotivité ne diminue pas avec l’âge et j’ai très fort la perception de ma responsabilité. L’émotion ne doit pas être prohibée, il ne faut pas se cantonner au confort organisé autour de soi. Et ne jamais oublier que la pensée n’est pas un privilège de classe ou de caste, mais un devoir à accomplir avec le plus de pertinence ou d’efficacité possible.»

(TDG)

(Créé: 27.02.2016, 11h14)

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