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Publié par Edouard Boulogne

Souvenirs d'un "vieux" blanc créole. 

Ayant lu il y a quelques jours, sur le Scrutateur, l'article consacré au traitement quasi esclavagiste réservé en Guadeloupe par de mauvais Guadeloupéens à des originaires de Sainte Lucie, mon vieil ami (et plus jeune que moi) Roger Remblière, m'envoie ces quelques pages et me laisse libre de les publier. Les voici :

 ( 1950 : Récolte de la canne en Guadeloupe).


 

Cher Edouard,
 
J'ai lu avec attention  l'article qui signalait la présence "glauque" de Ste Luciens en Gpe
et je m'interroge autour de cette question parce que je pense être en mesure de dire quels ont été les rapports de certains de ces ressortissants et en particulier celle que nous appellions "FILO" (diminutif affectueux de Filomène) que j'ai toujours connu sur l'habitation, dont j'ai la photo, mais je ne sais pas si ce serait bien utile.
 
Ce que j'aimerai dire, relater, et témoigner en hommage à mon père, géreur d'habitation puis inspecteur de centres agricoles composés d'habitations dans l'organisation de la SIAPAP DARBOUSSIER, et en particulier des centres des ABYMES et de MORNE-A-L'EAU, à qui la commune des ABYMES en reconnaissance à nommé l'une de ses rues,
C'est que de nombreux ressortissants de Ste Lucie et d'ailleurs ont travaillé dans les champs...
 
Nous les appellions "MOUNE OTE BORD" parce qu'ils s'exprimaient en employant des tournures de phrases intelligibles mais pas usuelles avec des accents anglais.
Je pense qu'en Guadeloupe, nous employons "OTE BORD" (d'un autre camp) pour désigner à coup sur l'ANGLAIS ADVERSAIRE.
 
Si je ne peux pas dire avec précision comment ils avaient été amenés à séjourner parmi nous, je savais qu'en décembre le plus souvent mon père s'en allait accompagné parfois
de mon oncle, Abdon de ROZIERES, pour une dizaine de jours à Saint-Martin où ils concluaient en partie hollandaise des contrats d'EMBAUCHE de 50 à 100 HOMMES accompagnés ou non de leur famille pour le temps de la récolte à venir...
Mon père et mon oncle revenaient avec des contats qu'il doit être possible de retrouver, contrats liant l'USINE DARBOUSSIER à prendre en compte leur voyage aller et retour,
les héberger en leur fournissant les matériels indispensables au coucher, à la cuisine, au repas et à l'hygiène ; leur conditons de travail étaient mentionnées clairement : coupe au paquet ou à la tonne ; avec obligation de respecter dans la mesure du possible un jour par semaine d'arrêt de travail pendant lequel ils pourraient se livrer à l'exercice de leur foi religieuse...
 
Cette pratique était rendue obligatoire et s'était amplifiée depuis la départementalisation à cause du peu d'angouement de la très grande majorité des guadeloupééns même quand ils étaient logés par et sur l'HABITATION car déjà ils aspiraient à percevoir des "MANDATS" de fonctionnaires...
 
A l'inverse ces forts gaillards "MOUNE OTE BORD" s'en allaient aux champs avant la cloche
le plus souvent antonnant des cantiques (bien sur en anglais)...
Ils avaient la réputation d'être de farouches travailleurs et il n'était pas rare les samedis de paye d'assister à de sacrées prises de gueule entre ressortissants des deux communautés
et d'assister à des bagarres...
Il leur était reproché d'avoir une plus forte paye et de manger le pain des guadeloupéens
ce qui conduisait dès la fin de la récolte des cannes à l'exception d'un infime nombre d'entre
eux à retourner chez eux malgré la rugeur de leur régime (couronne d'Angleterre)...
 
Je dois avoir beaucoup d'autres choses enfouies dans les fins fonds de moi-même au
moment où j'ai décidé de vivre en France métropolitaine...
 
Voici ces quelques pages, cher Edouard, que je livre à ton appréciation pour une publication éventuelle. Elles témoignent d'une époque qui disparait, et qui n'avait pas que de mauvais côtés. Il est vrai qu'elle était celle de la jeunesse.
Mais rien à voir avec ce reportage récent sur les Saintes Luciens exploités d'aujourd'hui.
Bien à toi,

Roger Remblière.
 
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moinet 08/07/2012 11:18


mon frere je te salut car je suis fiere davoir un grand frere