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Publié par Edouard Boulogne

Paroles de ministres. Dis, lecteur, pourquoi tu tousses ?
Paroles de ministres. Dis, lecteur, pourquoi tu tousses ?

 

Nous avons eu maintenant suffisamment de temps écoulé depuis l'installation du nouveau gouvernement pour commencer à nous faire une certaine idée sur « les changements » (si changements il y a) opérés par Emmanuel Macron.

Une certaine presse insiste, on pouvait s'y attendre, sur l'arrivée de Roselyne Bachelot au ministère de la culture qui nous est présentée comme une grande dame hautement cultivée amatrice de grande musique et notamment d'opéra. Les mauvais esprits diront qu'Adoph Hitler adorait l'opéra et notamment Wagner. Comme je ne suis pas un « mauvais esprit » je passe, et de même sur le fait que devenue un temps bouffonne sur les petit écrans, Roselyne avait juré, croix de fer, croix de bois, qu'elle ne s'engagerait jamais plus sur le terrain de la politique.

La même « bonne » presse s'exclame sur la nomination de l'avocat (dit Acquitator) Eric Dupont-Moretti au ministère de la justice. Pendant quelques jours cet acteur tonitruant a jeté aux visages des téléspectateurs son venin, et déployé ses tentacules de poulpe, me rappelant le souvenir d'une lecture faite au CM2 (je ne me souviens plus de l'année!) d'un beau texte de Victor Hugo : 

 « Une forme grisâtre oscille dans l'eau, c'est gros comme le bras, et long d'une demi-aune environ; c'est un chiffon; cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n'aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s'ouvre, huit rayons s'écartent brusquement autour d'une face qui a deux yeux; ces rayons vivent (…) c'est une sorte de roue; déployée, elle a quatre ou cinq pieds de diamètre (…) Ce monstre est celui que les marins appellent poulpe, que la science appelle céphalopode (…) Dans les îles de la Manche on le nomme la pieuvre ».

A ceux de mes lecteurs qui se seraient laissés surprendre par « la forme oscillante » de discours ministériels, je dis gare, gare, gare !

Gare au charme vénéneux qui émane de certains monstres, surtout quand ils avocassent.

Oui, surtout quand les avocassiers donnent dans le genre politicien où les sophistes grouillent avec délice dans les sophistications auxquelles le grand Platon au siècle quatrième d'avant nôtre ère avait avec une particulière finesse dressé l'immortel portrait et dont un spécialiste de la pensée antique, Victor Brochard avait donné la meilleure des définitions possibles : « Les sophistes anciens trouvaient le moyen de défendre des thèses contradictoires avec des arguments qui paraissent d'égale valeur. Ce qu'ils accomplissaient volontairement et avec conscience, nous le faisons à chaque instant, sans nous en rendre compte, sous l'influence de la passion ».

L'on voit donc le cousinage très étroit qui lie les politiciens de toutes les époques, et les praticiens de l'avocasserie.

Ne nous laissons pas prendre en défaut par leur babil. Surtout quand ils sont devenus ministres par la grâce d'un prince.

Car, me revient un très ancien souvenir, c'était sur la fin de la quatrième République (vers 1957) un ministre était en visite de travail en Guadeloupe, et j'écoutais d'une oreille assez distraite Radio Guadeloupe. Le ministre était au bourg des Abymes. Soudain il fit une citation de Paul Valéry, qui me plût (St-John-Perse n'avait pas encore eu son prix Nobel).

Puis le maire de la commune (des années avant Frédéric Jalton) lui répondit. Un très brave homme, que j'eus le plaisir de connaître bien des années plus tard. Il n'était pas grand grec et eut l'intelligence de ne pas vouloir rivaliser avec son visiteur sur le plan des citations fourre-tout. Mais je me souviens de son entrée en matière qui me le rendit aussitôt sympathique : « Les discours sont des sottises, ce seraient paroles essquizes, si ce fut un miniss qui parla ».

Je dédie ces paroles à tous ceux qui auraient la naïveté de prendre trop aux sérieux nos éminences politiciennes aimassent-elles l'opéra, où l'ambiance parfois survoltée, toujours malsaine des cours d'assises, et des empoignades politicardes. (Le Scrutateur).

A écouter cet intéressant échange sur SUD Radio :

https://www.youtube.com/watch?v=B8eLNQSVuuw

 

 

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Ch ETZOL 15/07/2020 21:22

On a la galerie qu'on peut. Souhaitons leur de ne pas entrer dans les records des ministères ou secrétariats les plus courts de la Ve république :
Neuf jours après sa nomination au secrétariat d'Etat au Commerce extérieur, Thomas Thévenoud a annoncé sa démission à cause de "problèmes de conformité avec les impôts". Il devient ainsi le ministre le plus éphémère de la Ve République, égalant le record de Léon Schwartzenberg en 1988.

Schwartzenberg, ministre délégué à la Santé du gouvernement Rocard, avait été poussé à la démission lui aussi neuf jours après son entrée en fonction, en juillet 1988, après des déclarations controversées sur la toxicomanie.

Le record précédent avait été tenu par Jean-Jacques Servan-Schreiber, ministre des Réformes du gouvernement Chirac, qui était resté au gouvernement 13 jours, en juin 1974, démissionnant ou démissionné pour son hostilité aux essais nucléaires français dans le Pacifique.

En avril 1967, Edgard Pisani était resté 14 jours ministre de l'Equipement et du Logement. Il avait claqué la porte du gouvernement Pompidou estimant ne pas avoir les moyens de sa politique.

Finalement ,les thèmes n'ont pas changé ... N'est-ce pas JP Chevènement qui avait assuré : "un ministre, çà ferme sa g...... ou çà démissionne ?