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Publié par Edouard Boulogne

Christine Kelly, cette journaliste, chroniqueuse, écrivain dont la Guadeloupe est fière.

Ecrivain, journaliste, la cinquantaine alerte, un visage fin, au sourire distancié teinté d'ironie fraternelle, telle est Christine Kelly, une Guadeloupéenne dont nous pouvons être fiers. Patricia de Sagazan dans Valeurs Actuelles en brosse un portrait à la fois enthousiaste et nuancé. (LS).

 

Christine Kelly, l'ex du CSA qui arbitre les débats d'Éric Zemmour

 

(https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/christine-kelly-lex-du-csa-qui-arbitre-les-debats-deric-zemmour-119276 ).

 

En partageant l'affiche avec Éric Zemmour, elle anime l'émission la plus explosive du Paf. Leur tandem inattendu dans Face à l'info, sur CNews, gravit le Tourmalet des audiences télé, jusqu'à déséquilibrer le peloton de tête longtemps dominé par BFM TV et LCI.

Leur duo fonctionne comme un “buddy movie”. Si ce genre cinématographique mettant en scène deux héros aux antipodes est un cliché, la ficelle se révèle tout aussi efficace sur un plateau télé. Qui de mieux qu'une ancienne membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour arbitrer les propos du “polémiste”, antiféministe revendiqué et dont l'extrême vigilance au sujet de l'islam et de l'immigration lui vaut de réguliers signalements auprès de ladite instance ? Face au volcanique Zemmour, Christine Kelly figure la tempérance. La rondeur de l'une contrecarre les angles à vif de l'autre. « Tout ce que je sais est que je ne sais rien », aime à revendiquer Christine Kelly, opposant volontiers une docte ignorance socratique au puits sans fond des connaissances d'un Zemmour. « Lorsque les débats s'envolent vers des hauteurs stratosphériques ou se transforment en bataille de locutions latines, elle les fait redescendre au niveau des téléspectateurs », analyse-t-on dans la régie de l'émission. Au vu des scores d'audience (539 000 téléspectateurs le jeudi 30 avril), notamment en ces temps de crise sanitaire où les chaînes d'information en continu sont particulièrement regardées, ce casting était de toute évidence « une idée géniale », se félicite-t-on à la direction de CNews.

Lors des premières émissions, on entendait du plateau les cris des manifestants anti-Zemmour au pied de la tour !

Avant de s'imposer en programme-phare de la chaîne, l'émission a connu des débuts chaotiques. Quinze jours avant la “première”, Éric Zemmour est l'invité vedette de la “convention de la droite”, raout organisé par les amis de Marion Maréchal. À la tribune, face à un parterre de fans, il inaugure les festivités avec un discours musclé contre l'islam et le progressisme. Qualifiés de « nauséabonds » par le Premier ministre, ses propos, retransmis en direct sur LCI, ont fait l'objet de quelque 400 saisines auprès du CSA. Vent debout, la sphère médiatico-politique s'insurge et réclame la tête du “facho” au bout d'une pique. Avant même son lancement sur CNews, Face à l'info se voit déjà menacée.

« Lors des premières émissions, on entendait du plateau les cris des manifestants anti-Zemmour au pied de la tour », se souvient Christine Kelly. Habitué à être vilipendé, le chroniqueur, lui, n'en a cure. Comme le 30 avril dernier, où après avoir été violemment insulté par une « islamo-racaille », Zemmour, refusant toute forme de victimisation, s'est rendu sans mot dire sur le plateau de CNews. « J'ai l'habitude des insultes et des menaces, j'ai une carapace. Mais je comprends très bien que l'on puisse être déstabilisé » , analyse le polémiste. Parce qu'en s'acoquinant avec l'incarnation du diable pour ceux qui “pensent bien”, la journaliste s'est embarquée bien malgré elle dans une vraie galère. Un cauchemar même. Les premières semaines sont éprouvantes. Tout ce que les réseaux sociaux comptent de procureurs s'enflamme dans ce tribunal 2.0. Chroniqueuse chez Cyril Hanouna - son ami et le parrain de son association K d'Urgences, venant en aide aux familles monoparentales -, elle quitte le plateau de Balance ton poste , agacée par une remarque de l'animateur la réduisant à un rôle de comparse auprès de l'intellectuel. Certains de ses amis se détournent d'elle. « Une occasion de faire le tri » , se résigne-t-elle. À son domicile comme à son bureau chez CNews, la journaliste reçoit des tombereaux d'insultes.

Remake de “Scream” et calibre .38

Dans la rue, elle, d'ordinaire interpellée par des fans, se fait cracher dessus par un adolescent l'accusant d'être « la femme à Zemmour » . Jusqu'au jour où les intimidations sont montées d'un cran, transformant son quotidien en mauvais remake de Scream : « Je peux tolérer toutes les critiques, mais pas les menaces de mort. » Après s'être ouverte sur les réseaux sociaux de ces violences, elle reçoit un coup de fil de soutien de Marlène Schiappa et un SMS d'Emmanuel Macron avant d'être reçue à l'Élysée par le directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, et son conseiller en communication, Joseph Zimet. « Christine est pugnace, courageuse et dure au mal. L'émission était sans cesse dans le viseur de ses contempteurs, prêts à dézinguer avec un calibre .38 le moindre dérapage. La pression était très forte, nous avons accompagné l'émission avec plus d'attention que les autres et insufflé une forme de “câlinothérapie” à Christine pour qu'elle tienne », reconnaît la direction de CNews, encore aujourd'hui souvent à l'autre bout de l'oreillette en régie, au cas où.

Puis la tempête médiatique autour de l'émission a fini par passer. Les audiences battant régulièrement des records, l'équipe décide de fêter, un soir de février, son succès autour d'un dîner au Récamier (Paris VIIe ). Du patron de CNews, Serge Nedjar, à l'équipe technique, tous sont là, détendus après des semaines à essuyer toutes sortes d'avanies. « Cette soirée a agi comme un déclic, je crois que c'est à ce moment-là que l'équipe s'est transformée en véritable bande. C'est important, parce que cela se voit sur un plateau », analyse Christine Kelly, qui donne à chacun en coulisses du « mon chéri » ou « mon cœur ». « Christine est chaleureuse, marrante et met une ambiance formidable ! », loue Éric Zemmour. « Puis, elle n'est pas si politiquement correcte que son passé au CSA laisse supposer », lui reconnaît-il. « L 'homme est capable de faire abstraction de ses émotions au service de ses idées. C'est un gladiateur prêt à mourir pour elles », admire de son côté Kelly en revenant sur l'agression dont a été victime le chroniqueur « Lorsqu'il est arrivé à CNews, rien ne laissait paraître qu 'il avait été agressé. Il ne nous en a jamais parlé. Rien ne justifie d'humilier un être humain. Ni ses idées. Ni ses actes. La grandeur, l'éducation, l'intelligence poussent à aller vers l'autre pour comprendre et discuter ».

Elle n'est pas si politiquement correcte que son passé au CSA laisse supposer…

Face à la brutalité des réactions pendant les premières semaines de l'émission, a-t-elle songé à tout arrêter ? Si la question l'a effleurée, elle l'a vite balayée, paradoxalement sensibilisée aux principes de la liberté d'expression depuis son passage au CSA… « Animer un débat, ce n'est pas légitimer un discours ! Notre société souffre de son individualisme, chacun cherchant à imposer sa propre pensée et sommant l'autre de se taire. Cet égoïsme, dérive de la liberté d'expression, est une véritable forme de dictature à laquelle il n'était pas question que je me soumette ! », revendique l'ancienne “sage” du CSA - de 2009 à 2015, chargée entre autres de l'épineux dossier du pluralisme politique dans les médias. « Elle a fait, durant son mandat, un travail remarquable », salue Michel Boyon, ancien président du “gendarme de l'audiovisuel”, citant pêle-mêle certains de ses dossiers comme la promotion du sport féminin ou l'accessibilité des programmes aux malentendants. L'entrée au CSA de Christine Kelly a permis à l'icône télégénique de LCI d'acquérir une tout autre dimension.

Tant et si bien qu'à peine nommée, son nom est murmuré pour rejoindre le gouvernement Fillon. En 2009, les départements d'outre-mer sont à feu et à sang. La hausse du prix des carburants embrase les territoires un à un et la colère se répand comme une traînée de poudre. La crise s'enlise, tout comme le secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo, qui joue dans la résolution du conflit sa place au gouvernement. Une petite phrase prononcée par Nicolas Sarkozy au cours d'un dîner à l'Élysée consacré à la situation des Ultramarins vient alimenter la rumeur. « Cette fille est vraiment très forte, elle est vraiment très bien. Il faudra s'en souvenir le moment venu… », lance-t-il à la cantonade à l'issue de cette réception où Christine Kelly s'était retrouvée à côté du président. La rumeur prend une telle ampleur qu'elle fait la une du Daily Telegraph , poussant l'Élysée à un démenti formel. Elle s'en amuse encore aujourd'hui et nous confirme que la proposition lui a bien été faite à deux reprises, dont l'une par Nicolas Sarkozy lui-même au cours d'un thé à l'Élysée. « Passionnée par sa nouvelle mission au CSA », elle a préféré la décliner, « ne souhaitant pas se voir plus grande qu'elle ne l'était ».

Malgré un parcours dont aucun ne rougirait, la journaliste nous confie manquer cruellement de confiance en elle. Une faille qui s'est creusée dans l'enfance, à l'ombre des cocotiers. Sous le soleil de Lamentin en Guadeloupe, les coups pleuvent régulièrement. Sa mère la frappe, sous le regard absent d'un père alcoolique, secondant volontiers dans la violence son épouse. La blessure est un moteur : alors, elle s'acharne au travail pour se sentir légitime. Tente d'apparaître là où elle n'est pas attendue.

Vraie-fausse ingénue

Comme ce jour où elle claque la porte de LCI, où elle présentait la matinale, direction Le Grand-Bornand pour se plonger dans l'écriture d'un livre enquête, l'Affaire Flactif (Calmann-Lévy, 2006). « Pour certains de mes confrères moqueurs de LCI, je ne lisais que Plantu dans le Monde … » Il faut croire que cela l'a piquée au vif. Un an après la parution de son premier livre, rebelote. Elle se met à nouveau en congé de LCI pour écrire cette fois-ci la biographie de François Fillon ( François Fillon, le secret et l'ambition, Éditions du Moment, 2007). « J'avais été épaté par la qualité de l'enquête de son premier bouquin. On ne connaissait rien de lui alors que se profilait un ticket avec Sarkozy. Tenace et séductrice, elle a enfoncé les portes et est parvenue à apprivoiser la famille et l'entourage, notamment les parents de François Fillon », l'encense Yves Derai, son éditeur aux Éditions du Moment. « Comme elle aime jouer à l'oiseau des îles qui minaude et bat des cils, on a vite fait de la prendre pour une diva alors qu'elle est hyper solide et bosseuse », la défend Julien Arnaud, son ami et ancien collègue à LCI. « Écrire a été pour elle une manière de se sortir de cette image de bimbo que certains ont voulu lui coller », abonde Yves Derai.

Lorsqu'elle a été nommée au CSA, beaucoup lui prédisaient un “enterrement de première classe”, tant il est difficile de revenir à la lumière des plateaux télé après s'être engouffré dans l'ombre du Conseil. « Christine n'était pas du sérail et malgré tout elle est à ce jour la seule qui ait su rebondir », admire Françoise Laborde, son ex-camarade au CSA et ancienne présentatrice du journal télévisé sur France 2.

À la fin de son mandat, poussée par son éditeur, elle écrit son autobiographie, comme une carte postale envoyée pour éviter de tomber dans l'oubli alors qu'elle est contrainte, comme tout ancien “sage” du CSA, à une carence de trois ans avant d'exercer à nouveau dans l'audiovisuel. Son livre, Invitée surprise (Éditions du Moment), sorti au moment des attentats de 2015, ne sera vendu qu'à 2 000 exemplaires.

Mais c'est à la faveur d'une autre actualité que Christine Kelly va revenir à la lumière. Janvier 2017, l'affaire Fillon éclate. Seule biographe jusqu'ici de l'ancien Premier ministre, elle est entendue comme témoin par le Parquet national financier et conviée sur tous les plateaux télé pour lever le voile sur les mystères du couple Fillon. La vraie-fausse ingénue se retrouve dans le rôle de pièce à conviction. Deux ans plus tard, elle anime l'émission la plus explosive du Paf.


 

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Chantal ETZOL 30/05/2020 23:12

Sympathique de voir ses messieurs deviser autour de Christine kelly ave intelligence, respect et humour. Les débat entre Michel Onfray et Eric Zemmour fut passionnant. C'est ce qui fait la qualité de cette émission et son succès . Esprit français, esprit de finesse.