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Publié par Edouard Boulogne

L'article de ce jour m'est suggéré par celui de l'édition de France-Antilles ( édition martiniquaise ) qui invite à venir écouter la conférence suivie d'un débat de l'intellectuel Pap Ndiaye sur «  la condition noire » en France. On lira cet article en cliquant sur le lien proposé dans la première partie de notre dossier.

Le Scrutateur se donne beaucoup de mal, chaque jour que Dieu fait, et consacre beaucoup de temps ( et ce travail n'est pas un passe-temps, mais un engagement au service des sociétés françaises des Antilles, pour que s'y développent l'esprit positif de réconciliation, de fraternité, et de vraie responsabilité, mais en un langage dru excluant toute fausse « aménité » dévirilisante. ). La peine que me procure ce travail, commencé il y a plus de cinquante ans, m'est toutefois plus équilibrante, et profitable pour ma vie d'homme, que tant et tant de divertissements qui sont offerts aux retraités d'aujourd'hui ( les enfants du baby-boum des années 40 ), ces innombrables croisières, et voyages qui peuvent constituer de bonnes distractions, si elles ne sont pas que pièges à fuir les réalités et à remplir les caisses des profiteurs de la société de consommation. Si j'apporte ces précisions, en apparence à côté du sujet annoncé, c'est que j'espère qu'il sera « payé » en retour par l'attention des lecteurs de tous âges, et en particulier des jeunes, plus vulnérables que d'autres aux manipulations en tous genres dont nous sommes l'objet.

Le Scrutateur n'a pas la prétention de tout savoir, ni celle d'avoir toujours raison.

En revanche, il a la volonté de se tenir informé, de réfléchir à partir des outils culturels qu'il a acquis, et mis en oeuvre, au fil de décennies de travail, d'étude et d'enseignement de la philosophie, mais aussi de la littérature, et de l'histoire.

Il espère donc être lu, médité, et complété, prolongé, critiqué aussi, de façon positive.

Le dossier du jour a pour but de proposer des éléments de réflexion sur les questions soulevées par M. Pap Ndiaye,

Trop souvent, les thèmes de l'esclavage, du racisme, etc, ne sont exposés que dans une perspective politicienne et/ou névrotique, nullement historienne ( au vrai sens du terme. Il y aurait une distinction rigoureuse à opérer, par exemple entre l'histoire -science humaine- faillible, mais rigoureuse, et soucieuse d'honnêteté , et la « mémoire » qui charrie plus d'erreurs et de ressentiment qu'autre chose ).

Comme éléments de réflexion ( à propos de la conférence débat de M Ndiaye ) je propose d'abord la préface du remarquable ouvrage de l'écrivain noir ( que je crois devoir le préciser, dénote déjà le « climat » créé par des agitateurs, climat peu propice à la recherche de la vérité ), Alain Mackambou, Cette préface prend la forme d'une lettre à son fils.

Le deuxième éléments de réflexion critique est la réédition d'un article que j'avais publié en 2007 sous le titre : Avez-vous la fièvre scarlatine?

Malgré les apparences l'article qui porte ce titre traite bien du même sujet. Et si je le réédite, c'est parce que je crois qu'il peut être utile à bien des lecteurs ( et notamment à mes compatriotes « noirs », ( même remarque que ci-dessus ) surtout les jeunes. Après tout, comme dit l'auteur de l'article de France-Antilles, M. Ndiaye a longtemps vécu en France sans problème particulier. C'est au cours d'un séjour aux USA qu'il se découvre noir, et qu'il projette de créer le problème de la condition noire en France.

Bonne lecture.

 

Edouard Boulogne.

 

 

( I ) La condition noire : essai sur une minorité française, de Pap Ndiaye ( article paru dans France Antilles de la Martinique du 08 mars 2014 ).

 

http://www.martinique.franceantilles.fr/loisirs/sortir/la-condition-noire-essai-sur-une-minorite-francaise-249739.php

 

 

 

( II ) Le sanglot de l'homme noir ( Alain Mackambou ).

 

Extrait de l'ouvrage d'Alain Mackambou : Le sanglot de l'homme noir, éditions du Seuil, collection Points ).

 

Cher Boris,

 

La France et l'Afrique ont des rela­tions pour le moins complexes. Les livres d'histoire t'ont sans doute appris plus que je ne pourrais te dire à ce sujet. Dans ces relations, il y a eu des hauts et des bas. Certains te diront qu'il faut en vouloir à la France, la charger de tous les péchés du monde. Pour ma part, je suis de ceux qui soutiennent que l'histoire africaine reste à écrire avec patience, avec sérénité. Ne faire pencher la balance ni d'un côté, ni de l'autre. D'autres Africains réclame­ront plus d'Afrique, et dans leur zèle ils parviendront à te convaincre que, puisque le continent noir est considéré comme le berceau de l'humanité, l'Europe devrait se plier, payer le mal qu'elle nous a fait subir pendant les siècles d'esclavage, les décennies de colonisation, et que sais-je

encore.

Dans Le Sanglot de l'homme blanc, Pas­cal Bruckner évoque le « mal » des Euro­péens, cette culpabilité qui viendrait de la haine qu'ils ont d'eux-mêmes lorsqu'ils se penchent sur leur passé, en particulier sur les pages du colonialisme et du capita­lisme1. ( 1. Pascal Bruckner, Le Sanglot de l'homme blanc. Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi, Seuil, 1983.

La mauvaise conscience fausserait le regard qu'ils portent sur le tiers-monde et l'orienterait vers une vision gauchiste, sim­pliste, manichéenne. Une manière bien à eux de se repentir et de chercher la rédemp­tion. Bruckner exhorte les Européens à être fiers de ce qu'ils ont accompli plutôt que d'être continuellement habités par un sen­timent vain de repentance.

 

Détournant le titre du philosophe, je te dirai qu'il existe de nos jours ce que j'appellerai « le sanglot de l'homme noir ». Un sanglot de plus en plus bruyant que je définirai comme la tendance qui pousse certains Africains à expliquer les malheurs du continent noir — tous ses malheurs — à travers le prisme de la rencontre avec l'Europe. Ces Africains en larmes alimen­tent sans relâche la haine envers le Blanc, comme si la vengeance pouvait résorber les ignominies de l'histoire et nous rendre la prétendue fierté que l'Europe aurait vio­lée. Celui qui hait aveuglément l'Europe est aussi malade que celui qui se fonde sur un amour aveugle pour une Afrique d'autrefois, imaginaire, une Afrique qui aurait traversé les siècles paisiblement, sans heurts, jusqu'à l'arrivée de l'homme blanc venu chambouler un équilibre sans faille.

Ces Noirs en sanglots se réclament soit de Marcus Garvey, qui prêchait le retour des descendants d'esclaves noirs en Afrique, soit de Cheikh Anta Diop, grand histo­rien sénégalais qui soutenait contre vents et marée que l'Egypte ancienne était nègre et que les philosophes occidentaux avaient pillé sans vergogne la pensée afri­caine depuis l'Antiquité. Dans leur transe, ils ressasseront jusqu'à l'usure les thèmes de la « conscience noire », de la « Renais­sance africaine ». Ils convoqueront à cet effet Elijah Muhammad, le dirigeant de la Nation of Islam1, ( 1. Mouvement religieux et nationaliste noir des États-Unis né dans les années trente, interdi­sant, entre autres, les mariages interraciaux, et considérant les Blancs comme une race inférieure dont la fin du règne serait proche. En 1964, Mal­colm X, une des personnalités charismatiques de ce mouvement, claque la porte et crée le sien, The Muslim Mosque Inc. Il condamne le racisme anti­blanc de la Nation of Islam au retour de son pèle­rinage à La Mecque et sera assassiné une année après dans des conditions qui demeurent jusqu'à ce jour mystérieuses, même si beaucoup soupçon­nent la Nation of Islam ), ou Malcolm X, qui fut un temps son fils spirituel. Ils n'oublieront surtout pas les panafricanistes du conti­nent noir — Kwame Nkrumah et Amilcar Cabrai — et le guerrier Chaka Zulu, qui conquit, en Afrique du Sud, un territoire plus vaste que la France. Ils s'abstiendront de souligner que ce légendaire guerrier devint despote et causa la mort de plu­sieurs millions d'Africains à cause de sa tyrannie.

Tu seras surpris d'entendre le nom de Martin Luther King, pourtant partisan de la non-violence, car les Noirs en sanglots n'hésiteront pas à déformer et amalgamer des pensées plus subtiles et différentes qu'ils ne veulent l'admettre.

La « conscience noire » n'est en réa­lité qu'une démonstration, là où on se serait attendu à une construction afin de ne pas consacrer son énergie à faire le « bilan des valeurs nègres », comme l'écrit Frantz Fanon1. ( 1. Frantz Fanon, Peau noire masques blancs, rééd. « Points Essais », Seuil, 1995, p. 186.). À certains égards, elle devient une démolition pure et simple de l'homme de couleur qui, au lieu de s'occuper de son présent, s'égare dans les méandres d'un passé cerné sous l'angle de la légende, du mythe, et sur­tout de la « nostalgie ».

Les Noirs en sanglots sont persuadés que notre survie passe par l'anéantisse­ment de la race blanche, ou, tout au moins, par l'inversion des rôles dans le cours de l'histoire. À leurs yeux, le Blanc devrait, même pendant quelques heures, ressentir ce que signifie d'être un Nègre dans ce monde. Or, dans leur inconscient, comme l'affirmait Fanon, ils traînent le rêve d'être des Blancs jusqu'à la fin des temps : « Le Noir veut être comme le Blanc. Pour le Noir, il n'y a qu'un destin. Et il est blanc. Il y a de cela longtemps, le Noir a admis la supériorité indiscutable du Blanc, et tous ses efforts tendent à réaliser une existence blanche1. » ( 1. Frantz Fanon, op. cit., p. 185 ). Le psychiatre marti­niquais se demande d'ailleurs : « N'ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu'à venger les Noirs du XVIIe siècle ? » Et pour ceux qui se lamentent encore sur une prétendue gloire ancienne du conti­nent noir, le verdict de l'auteur de Peau noire masques blancs reste plus que jamais d'actualité :

« Que surtout l'on nous comprenne. Nous sommes convaincus qu'il y aurait un grand intérêt à entrer en contact avec une littérature ou une architecture nègres du IIIe siècle avant Jésus-Christ. Nous serions très heureux de savoir qu'il exista une correspondance entre tel philosophe nègre et Platon. Mais nous ne voyons absolument pas ce que ça pourrait chan­ger dans la situation des petits gamins de huit ans qui travaillent dans les champs de canne en Martinique1... » ( 1. Frantz Fanon, op. cit., p. 187 ).

Mon cher petit, la pire des intolérances est celle qui vient des êtres qui te ressem­blent, ceux qui ont la même couleur de peau que toi. Le fanatisme trouve son ter­rain d'expérience d'abord entre les hommes d'une même origine, avant de s'étendre peu à peu sur d'autres « races » avec une virulence alimentée par l'esprit de ven­geance.

Étudiant en droit à Paris dans les années quatre-vingt-dix, je passais des heures à écouter les « militants de la parole nègre » prêchant devant Beau­bourg. Nombre d'entre eux n'avaient pas lu Cheikh Anta Diop qu'ils convoquaient dans leurs discours. Convaincus d'être les disciples de l'historien sénégalais — dont la pensée était pourtant axée sur la science et le désir de comprendre le continent noir -, ils affichaient l'ambition exécrable de soulever une race contre une autre. Propagandistes démagogiques de la vingt-cinquième heure, ils exhortaient les Blancs à s'agenouiller devant l'antériorité des civilisations nègres. Or, à bien y réflé­chir, je me demandais alors s'il n'y avait pas quelque chose d'agaçant dans cette manière de revendiquer la primauté des origines.

Pour toi, mon fils, il s'agit de com­prendre ce que cette « primauté » pour­rait t'apporter, et en quoi il est dangereux de t'en contenter, puisqu'il te faut agir sur le présent, te soucier de ton avenir et de celui de la descendance que tu auras. Les Noirs ont été les premiers, disent les Afri­cains en sanglots ? Je leur réponds : Tant mieux ! Et je leur pose la question qui les dérange d'ordinaire : Que faire mainte­nant ?

En France, où tu es né et où tu vis, je ne connais pas de mouvement de « conscience noire » qui prenne son présent en main, puisque nos « militants » ont encore le regard fixé sur le rétroviseur. Ils ont, de ce fait, érigé une union fondée sur ce passé mythique au lieu de l'asseoir sur leurs préoccupations quotidiennes. Der­rière ces idéologies communautaires de façade, c'est indirectement un appel à la pitié pour le Nègre qui est lancé. Or le salut du Nègre n'est pas dans la commi­sération ni dans l'aide. S'il ne fallait que cela, tous les damnés de la terre auraient changé le cours de l'histoire. Il ne suf­fit plus de se dire nègre, de le hurler sur une place publique, pour que dans la mémoire de l'autre défilent quatre siècles d'humiliations. Il ne suffit plus de se dire originaire du Sud pour exiger du Nord le devoir d'assistance. Car l'assistance n'est que le prolongement subreptice de l'asser­vissement.

Par ailleurs, être noir ne veut plus rien dire, à commencer pour les Nègres eux-mêmes. Tant qu'ils attendront leur salut du côté de la commisération, leurs seuls interlocuteurs seront leurs propres frères : non pas pour leur rappeler que leurs nations sont indépendantes depuis les années soixante, mais pour leur cracher les boniments des faux prophètes censés parler au nom d'une communauté noire qui n'existe pas en France. Et d'ailleurs, qu'est-ce qui la justifierait ?

Les Africains ne se connaissent pas, avais-je souligné dans Lettre à Jimmy1. ( 1. Lettre à Jimmy, Fayard, 2007. ). L'Afrique étant diverse et éclatée, la culture de tel pays n'est pas forcément la même dans tel autre. Les défenseurs de la colonisation pourraient arguer que l'Europe avait permis le dialogue entre les différentes populations du continent noir, puisque, pour se comprendre, le plus sou­vent les Africains utilisent les langues qu'ils ont héritées de leurs anciens maîtres. Il manque aux Noirs vivant en France, voire en Europe, étrangers les uns à l'égard des autres, une prise de conscience fondée sur une autre logique que celles de la couleur de peau et de l'appartenance à un même continent ou à la diaspora noire. Cette prise de conscience, les Noirs amé­ricains l'ont développée tout au long de leur histoire tumultueuse. Parce qu'ils savaient que la terre où ils avaient échoué avec les chaînes était l'espace dans lequel ils devraient lutter pour se faire accepter et devenir enfin des Américains. Par conséquent, l'idée d'une communauté noire fondée sur le passé et non sur l'expérience vécue sur le sol français, avec les Français, serait une chimère soudée par la régres­sion et le repliement. En adoptant la pos­ture systématique de ceux qui voudraient installer une communauté en France tirée de l'exemple des Noirs américains, les Africains en sangkots rejoignent le camp de l'égarement, celui de la réflexion en rac­courci. Leur anémie - couvée longtemps et confondue avec les affres de leur misère quotidienne — passe de génération en génération. Je t'ai adressé cette missive comme une sonnette d'alarme afin que tu ne tombes jamais dans ce piège. Tu es né ici, ton destin est ici, et tu ne devras pas le perdre de vue. Demande-toi ce que tu apportes à cette patrie sans pour autant attendre d'elle une quelconque récompense. Parce que le monde est ainsi fait : il y a plus de héros dans l'ombre que dans la lumière.

 

Ton père.

 

 

( III ) Avez-vous la fièvre scarlatine? http://www.lescrutateur.com/article-5955328.html

 

Avez-vous la fièvre scarlatine? par Edouard Boulogne.

Publié le 10 mars 2007 par Edouard boulogne


Il ne faut pas négliger les pouvoir de l’hypnose ? Et la plus courante (non la moins dangereuse !) n’est pas celle des cirques, ou des music-halls, où les victimes rejetés en arrière, yeux révulsés sont la proie passive du mage. 
L’hypnose est bien plus commune et banale que l’on croit, présente à tous les moments et niveaux de la vie sociale. Les politiques, dans leurs numéros de séduction, connaissent (quand ils ont du talent) les moyens d’action subreptice sur notre fragilité, tout comme les maîtres du commerce, par la publicité, de plus en plus confiée à des professionnels de l’influence subliminale, savent nous vendre ce dont nous n’avons nul besoin. 

Nous avons tous expérimenté les pouvoirs de la suggestion. 

Nous allions par exemple, gaillardement, jusqu’à la rencontre de cette vieille peste de Philipine (féminin de Philippe, un peu tombé en désuétude, hélas !), Carabosse de malheur, experte en détection des maux imaginaires. 
-« Oh ! mon cher ami, que vous arrive-t-il ? Vous avez l’air tout enchoufriné ! Vous êtes pâle. Ne seriez vous pas fiévreux ? Prenez garde, on vient de détecter le premier cas en Guadeloupe de la Tchoucoungounia. Allez voir le docteur ». 
N’êtes vous pas déjà moins gaillard ? Et gare si vous rencontrez, dans la foulée, Arsinoé, autre teigne, vieille rivale de l’autre en prophéties malencontreuses. Vous voici bon pour la cure, au Matouba, (non remboursée par la sécu si vous n’êtes fonctionnaire !).

On trouve dans le « Barbier de Séville », de Beaumarchais, et dans le délicieux opéra qu’en a tiré Rossini, une scène croustillante, qui va dans le sens de mon propos. 
On sait que ce vieux barbon de Bartholo veut épouser, contre son gré, sa pupille Rosine ; que Bartholo est assisté de Bazile, autre barbon ; que le jeune comte Almaviva, voudrait bien sauver Rosine, à son profit, des griffes de Bartholo, et qu’il reçoit à cet égard l’aide précieuse du Barbier de Séville : Figaro. 
Il se trouve, qu’au terme d’une époustouflante intrigue, (que me garderai bien de reproduire ici pour t’imposer le plaisir, lecteur, de relire toute la pièce) tout ce beau monde se retrouve en situation fort équivoque, et par le génie de Figaro, aidé sans doute du malicieux Eros, coalisé pour écarter Bazile qui vient faire une arrivée intempestive au coeur d’un ingénieux petit complot.

Il faut qu’il s’en aille. Et voici comment s’y prennent les conjurés qui ont eu la malice de se rallier fort innocemment Bartholo lui-même. 
Le chœur se déchaine, pépie, jacasse, avec ardeur, esprit, malice : 

-« Mon cher Bazile, qu’avez-vous ? Vous êtes pâle comme un mort !
-Je suis pâle, ? Suis-je pâle ? 
-Oui ! Comme un mort !
-C’est la fièvre scarlatine !
C’est la fièvre scarlatine ! ! Vite allez vous mettre au lit »

Et la suite, qui était prévisible : Bazile qui se portait comme un charme ne se sent plus très bien. 
De sa voix de basse il s’écrit : « Je suis pâââle comme un mort ! J’ai la fièvre scarlatine ! ! Vite ! ! Allons nous mettre au lit » ! (Citation de mémoire, l’esprit y est)

Prenons garde, amis, au fausses fièvres, scarlatine ou non. 

Je me souviens d’une lecture ancienne. Je ne vais pas au texte aujourd’hui, mais je garantis le sens et l’authenticité. C’était une page de Franz Fanon. 
Le célèbre psychiatre évoquait des scènes du métro parisien, ces femmes blanches au bras d’un noir, dévisagées par leur vis à vis au profil un peu « gaulois ». Il scrutait la pensée, si l’on peut dire, de ce « beauf » : « ils viennent nous prendre nos femmes, maintenant ».

Pensée raciste, et donc vilaine ! Car le racisme c’est mal, et personne, (enfin presque ! Et dans le principe !), n’en disconvient. Mais pensée suggérée, lecteur ami, et souvent suggérée, non avérée. Ah !ces pouvoirs de l’imagination tant évoqués par Descartes, Pascal, et ces grands classiques que l’on ne fait plus lire à nos jeunes gens, pour leur plus grand dommage ! L’imagination, cette puissance trompeuse, et si souvent cruelle, torturante ! Et si notre « gaulois » indiscret (« on ne dévisage pas les gens », me disait ma mère, dès l’âge le plus tendre), pensait au contraire, à sa façon, dans son style (et tous les « gaulois » ne sont pas incultes et beaufs) : « quel beau jeune couple, il est beau ce nègre, il lui donnera de beaux enfants » ? ? ! ! Mais pourquoi pas, ami lecteur ? Pourquoi pas ? Pourquoi les hypothèses iraient-elles toujours au pire ? Quel chancre de l’âme nous pousse à toujours choisir, les pensées les plus malheureuses, les plus lépreuses, les plus politiquement correctes ? 
La suggestion, l’hypnose n’y seraient-elles pas, parfois pour quelque chose ? 

Je pensais à ces choses en lisant l’autre jour, dans « France Antilles Hebdo », l’entretien d’Ele ASU, cette belle jeune Franco-Nigériane, qui présente les infos le matin sur Canal +. (entretien accordé à notre confrère François-Xavier Guilherm). 
Entre autres propos équilibrés, épanouis, mademoiselle ASU à la question « Avez vous eu à souffrir du racisme en France ? » répond : « Je suis un cas atypique. J’ai été élevée dans un milieu mixte avec une mère nigériane et un père Français. Je n’ai pas été élevée, ni focalisée sur la couleur de la peau des gens.  (C’est le Scrutateur qui souligne). J’ai eu comme tout le monde des problèmes personnels mais je n’ai pas souffert du racisme, pas que je sache ». 
Un peu plus loin, Ele ASU déclare : « Je considère que j’ai eu accès à l’arme fatale, la culture ».
Et cela aussi me paraît capital. Je n’aurai évidemment pas la sottise de nier l’existence d’un racisme en France. Et son inexistence, en ces temps d’immigrations en tous genres et à hautes doses, ferait de nos compatriotes des « dieux », quand nous le savons bien : nous ne sommes que des hommes.

Mais ces propos d’une jeune femme, sur l’importance de l’éducation, et de la culture, comme antidote aux marchands de malheurs, et autres hypnotiseurs de basses extractions, sont réconfortants. 
Rappelons qu’elle a eu des parents qui ne l’ont pas « focalisée » sur la question du racisme, qu’elle est belle, et cultivée ! 

Dès lors, le ressentiment, diable à l’âme tourmentée, s’en écarte à tire d’ailes. Il n’aime pas le bonheur ! Il n’aime que le malheur, et le malheur le lui rend bien. On dit qu’ils sont mariés ensemble. Fatale étreinte !

Gageons toutefois que ce scrofuleux ne désarme pas. Que dans sa déconfiture, il rumine sa vengeance. Ecoutons la radio, la TV. Nous l’entendrons, lecteurs ! La friture, ce sera lui.

Edouard BOULOGNE.

Publié dans Moeurs.

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Il faut lire Le sanglot de l'homme noir, d'Alain Mabanckou, par Edouard Boulogne.
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olindi 08/04/2014 23:09

Je vais le lire. J'aime beaucoup cet auteur. Bravo pour le travail que vous faites. Quelle magnifique synthèse. Vous êtes formidable Professeur !
Merci, Merci.