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Publié par Edouard Boulogne

Le développement extrême de la violence, notamment juvénile, actuellement en Guadeloupe, inquiète à juste titre.

Le Scrutateur, hier, a publié plusieurs des articles que nous avons publiés depuis deux ans dans notre département, pour contribuer à la solution du problème.

Mais ce problème est complexe et vaste. Il concerne le monde entier présentement.

Il comporte un nombre considérable de paramètres traduisant tous une crise profonde de la culture.

 

Pour aider à y réfléchir, j'ai choisi de vous présenter d'importants extraits d'un rapport présenté en 2002, sous l'autorité d'une grande universitaire française ( philosophe ) madame Blandine Kriegel. Au ministre de la culture de l'époque M. Aillagon. Rapport qui malheureusement semble avoir été mis sous le boisseau comme trop souvent. Ceux qui voudront le lire intégralement, pourront cliquer sur le lien : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/024000584/index.shtml

L'extrait substantiel qui suit apporte déjà des éléments de réflexion importants.

Le Scrutateur.

 

Kriegel-Violence-a-la-TV-.jpg

 






( …. )

La violence à l’école.

 

Ce sont particulièrement les enquêtes du rapport Debarbieux sur les violences en milieu scolaire et les statistiques qu’il a fournies sur la victimisation qui ont montré l’ influence indiscutable parmi les jeunes, en particulier sur les élèves des collèges défavorisés, de la montée de la violence à l’école. L’enquête, commencée en 1994-95, poursuivie en 1998-99 dans trente-trois établissements a interrogé plus de vingt mille élèves de collèges âgés de onze à dix-sept ans, et permis de montrer une corrélation entre l’établissement défavorisé et le développement de la violence, ou encore dans la perception du sentiment d’insécurité.

Le racket, les insultes, les vols, les coups, la violence ressentie, l’agressivité perçue entre élèves et professeurs, les attaques racistes, font apparaître que les plus jeunes, les plus faibles, 10% des élèves de milieu défavorisé sont en réelle souffrance

. En 1995, 24% des élèves des établissements populaires pensaient que la violence était très présente dans leur établissement, trois ans plus tard, ils sont 41%. De même, les professeurs étaient 7% en 1995 à estimer qu’une forte violence existait dans leur collège, en 1998, ils sont 49%. En 1995 36% des victimes du racket pensaient que la violence était très présente dans leur établissement, elles sont 60% à le penser en1998. Comme le dit la conclusion de l’enquête de 1998 et de 1999 de Debarbieux ce qui apparaît donc très nouveau dans l’enquête récente est le fait que la classe devient un lieu plus fréquemment cité comme réponse à la question ouverte : où y a t-il de la violence ?».

Un autre fait nouveau, mis en évidence cette fois par les Hautes Etudes pour la Sécurité intérieure et les statistiques policières sur la violence scolaire, est l’augmentation des faits de violence à l’égard des enseignants et du personnel de l’Education Nationale qui montre une tendance forte à la hausse, +41,5% en ce qui concerne les coups et blessures volontaires avec armes ou interruptions temporaires de travail de plus de huit jours, +86,4% pour les violences légères et les voies de fait, +10,6% pour les vols. Les dégradations volontaires à l’encontre deétablissements ont augmenté dans le même temps de 17%. Il s’agit donc pour Debarbieux, d’une violence tournée contre l’école et contre son personnel.

A cette violence, violence dans la société, violence à l’école, violence touchant désormais ceux qui devaient attendre leur protection des adultes responsables, que personne ne pouvait plus feindre d’ignorer, on a cherché des réponses sociales et pénales que nous n’envisagerons pas ici, mais on a aussi, et dans la foulée, interrogé les contenus de la télévision. La télévision, qui se veut un miroir fidèle de notresociété, a -t-elle une responsabilité ?

 

La responsabilité de la télévision.

 

Pour répondre à cette question, nous reprenons ici les études de Laurent Bègue et Sébastian Roché qui ont proposé une synthèse des études actuellement en cours parmi les sociologues.

Les images de la télévision incitent-elles à la violence? Accusée naguère d’être lavitrine criminogène d’une société d’affluence, suspectée encore de narcotiser les esprits au point de représenter «un danger pour la démocratie » (Karl Popper et JohnCoudry, 1996), la télévisionest depuis plusieurs décennies dans le collimateur de nombre de critiques. Le réalisateur Oliver Stone a été assigné en justice après que son film, Tueurs Nés, a été cité comme référence par les auteurs d’un assassinat (Le Monde, 28-29 juillet 1996). La controverse de l’ultra-violence, déjà présente lors de la sortie d’Orange mécanique de Stanley Kubrick (1971), se retrouve périodiquement actualisée par des films comme Nikita de Luc Besson (1990), Reservoir Dogs (1992) de Quentin Tarentino,

Trainspotting de Danny Boyle (1995), Baise-moi de Virginie Despentes (2000), ou encore Scream

Des élus dénoncent la« maltraitance télévisuelle»et ses effets «barbarisant» en écho à l’opinion, qui considère majoritairement que le nombre de scènes de violence à la télévision a «atteint un niveau inquiétant jamais connu auparavant »(sondage IFOP-Santé Magazine, janvier 2002) et que la violence vue à la télévision est l’une des causes de l’augmentation des conduites délinquantes.

Le temps considérable que les enfants et adolescents passent devant le petit écran renforce cette préoccupation. Une enquête réalisée par l’UNESCO en 1998 dans 23 pays auprès de 5000 jeunes de 12 ans indiquait que ceux-ci y consacraient quotidiennement trois heures en moyenne, soit 50% plus de temps qu’à n’importe quelle autre activité.

Selon cette même enquête, cinq à dix scènes de violence seraient diffusées par heure. En France, une enquête quantitative du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel réalisée en 1994 avait répertorié près de dix scènes violentes par heure dans les fictions des chaînes nationales. C’est dans ce contexte qu’ont été conduites d’abord un bon nombre de recherches expérimentales de laboratoire pour mesurer l’impact de la télévision sur le comportement.

Liebert et Baron (1972) ont présenté à des enfants de 5-6 ans et de 8-9 ans des extraits d’émissions d’une durée de trois minutes environ présentant soit un programme violent (un extrait de feuilleton populaire à l’époque comprenant entre autres, deux bagarres, un coup de couteau et deux coups de feu), soit un programme sportif excitant (athlétisme). Après avoir vu les films, les enfants étaient conduits dans une autre pièce et placés devant un tableau de bord comprenant deux boutons, l’un étiqueté «blessé» et l’autre «aider», ainsi qu’un signal lumineux étiqueté « prêt».

On leur disait que dans une autre pièce se trouvait un autre enfant, en train de tenter de jouer à un jeu afin de gagner un prix, et que chaque fois que le signal « prêt » serait allumé, ils pourraient, en appuyant sur le bouton de leur choix, apporter de l’aide à l’enfant dans sa tâche ou le blesser. On les informait en effet que s’ils pressaient le bouton « blesser», cela avait pour conséquence de rendre brûlante une poignée manipulée par l’enfant dans son jeu et donc lui faire mal. Les sujets étaient ensuite laissés seuls dans la pièce, et le voyant «prêt » s’allumait à vingt reprises.

Les résultats ont montré que les sujets qui avaient vu le film violent, garçons ou filles et quel que soit leur âge, administraient significativement plus de brûlures à la victime.

Un degré de réalisme plus élevé a été atteint dans une série d’expérimentations de terrain, dont celles de Leyens et ses collègues (1975) est un bel exemple. Ils ont commencé à observer durant plusieurs jours les comportements agressifs et non- agressifs de garçons vivant dans une institution pour adolescents ayant des difficultés d’intégration sociale, en Belgique. Puis, durant les cinq jours suivants, ils ont présenté, en soirée, à certains divers types de films violents ( film de guerre, policier, western...) et aux autres un film neutre.

Les comportements ultérieurs des sujets dans leur vie quotidienne, et notamment l’agressivité qu’ils manifestaient envers leurs pairs, ont effectivement montré que certaines formes d’agression se sont développées chez les sujets ayant été exposés cinq jours consécutifs à des films violents.

Puis, des études longitudinales beaucoup plus importantes ont été conduites.

L’une des recherches les plus citées de la littérature est laColumbia CountyLongitudinal Study (CCLS) démarrée en 1960 par Huesman, Eron, et leurscollègues (1984) se fondant sur un échantillon de 856 enfants âgés de 8 ans. Lors de la première vague de l’étude, des informations ont été recueillies sur les émissions préférées par les enfants en même temps que des mesures d’agressivité fondées sur un questionnaire de comportements auto-rapportés et sur des évaluations issues des pairs et des parents. Des mesures et diverses informations sur les sujets ont été prises en 1970 (735 sujets), puis en 1982 (427 sujets).

Les résultats ont montré que chez les garçons, des émissions suivies à 8 ans étaient liées de manière modeste à un indicateur d’agressivité onze ans plus tard (r=.31). Huesman et Eron ont également mis en évidence que les garçons qui avaient vu beaucoup d’émissions violentes à 8 ans avaient, à 30 ans, un casier judiciaire plus chargé que les autres. Ces effets n’étaient pas réductibles à des facteurs comme la classe sociale des sujets, leur fonctionnement intellectuel ou les styles éducatifs de leurs parents.

D’autres travaux longitudinaux réalisés par la suite dans d’autres pays ont répliqué cet effet chez les garçons et les filles (voir Huesman et Eron, 1986). En 2000-2002, soit plus de quarante années après la première cueillette de données, une nouvelle vague de l’étude CCLS, actuellement en cours d’analyse, a été lancé par Eron et Dubow auprès des sujets ayant participé à l’étude de 1960 (mais incluant aussi leurs enfants), faisant de ce programme l’une des études longitudinales les plus longues et les plus ambitieuses jamais réalisées en sciences sociales.

On s’est également adonné à des analyses dites épidémiologiques sur la violence avant et après l’apparition de la télévision.

L’impact des émissions violentes sur les conduites consiste à examiner l’incidence des conduites violentes d’une aire géographique bien délimitée avant et après l’introduction de la télévision.

Joy et ses collègues (1986) ont étudié l’agressivité d’enfants juste avant l’introduction de la télévision, et deux ans après, dans une ville canadienne, en comparant les évolutions des enfants de deux autres villes similaires recevant une seule chaîne canadienne et trois chaînes américaines.

Les résultats indiquaient que l’agressivité physique avait augmenté de 160% deux ans plus tard dans la ville où avait été introduite la télévision (tandis qu’elle avait augmenté beaucoup plus faiblement dans les autres villes).

L’examen de recherches fondées sur des méthodologies différentes montre qu’un effet semble se dégager, suggérant que les émissions de télévision violentes seraient impliquées dans la violence.

Les travaux les plus souvent cités comme ceux d’Eron, Huesman, ou Centerwallont eux-mêmes fait l’objet de critiques méthodologiques (voir notamment Fowles en 1999). Il ne serait pas possible de conclure à un effet en se fondant uniquement sur des exemples choisis, même très convaincants.

Ce qui , par contre, permet de trancher, c’est la mise en perspective systématique d’études comparables, soit en examinant séparément leurs résultats et en déterminant si les effets attendus se produisent le plus souvent, soit en procédant à une méta-analyse, qui consiste dans le calcul de la significativité statistique de leurs résultats agrégés. Ce travail a été réalisé par Hearold (1986), qui a sélectionné 230 études (impliquant plus de 100 000 sujets). Paik et Comstock (1994) ont sélectionné quant à eux, sur la base de leur qualité méthodologique, 217 études publiées entre 1950 et 1990. D’autres études similaires ont également été réalisées par d’autres chercheurs (Bushman et Huesman, 2001 ; Geen et Thomas, 1986 ; Hogben, 1998 ;Wood, Wong et Chachere, 1991).

Dans tous les cas, les émissions violentes étaient effectivement liées, quoique modestement, à l’apparition de comportements plus agressifs à court et à long terme, les liens les plus forts s’exprimant dans le cas des études expérimentales.

Reste à savoir dans quelles conditions et par quels mécanismes s’actualisent ces effets.

Les effets de la violence télévisée.

Lorsquune personne est exposée à la violence télévisuelle, les effets physiologiques immédiats sont de même nature que si cette personne était exposée à une situation de violence réelle, à savoir une augmentation du rythme cardiaque et de la pression sanguine. Dans son audition devant la Commission, le Professeur Didier Sicard, Président du Comité Consultatif National d’Ethique, a montré sur ce point l’identité du comportement entre les singes et les humains. Les effets émotionnels à court terme de l’exposition à la violence télévisuelle sont des réactions de crainte, d’anxiété et de détresse

A long terme, l’exposition fréquente à des scènes de violence contribue à une désensibilisation du spectateur qui s’habitue à la violence. Les résultats de recherches ont montré que les enfants qui avaient été exposés à un film violent réagissaient beaucoup moins rapidement que les autres après avoir vu ce qu’ils croyaient être une vraie bagarre et mettaient plus de temps à intervenir pour y mettre fin.

A long terme est acquis un répertoire de «solutions violentes » prêtes à l’emploi en situation de conflits. Certains auteurs parlent également de l’acquisition de «scripts» agressifs, c’est-à-dire de structures cognitives contenant les connaissances stockées d’une personne quant à un domaine comportemental particulier. Les messages peuvent induire une perception plus favorable de la violence, qui est consolidée à long terme. De nombreux travaux, comme ceux de Gerbner et ses collègues (1982) ont également montré que certaines personnes qui sont acculturées à la violence télévisuelle en viennent à surestimer leur risque d’être victime d’agressions, ce qui augmente leur anxiété et leur sentiment d’insécurité et fait diminuer la confiance qu’ils accordent aux gens en général, ils ont le sentiment de vivre dans « le grand méchant monde», selon la formule de Gerbner.

Les films violents ont également des effets néfastes, en ce qu’ils induisent des croyances erronées concernant le viol.

Une scène de violence sexuelle typique montre un homme pénétrant une femme de force, qui, après avoir résisté, finit par en redemander. Des recherches expérimentales (par exemple, Linz en 1989) indiquent que l’exposition même courte à un film présentant une scène similaire suffit effectivement à augmenter l’adhésion à ce que les anglo-saxons appellent les « rape myths», qui n’ont rien d’anodin :dans un texte classique, Diane Scully et Joseph Marolla(1984) ont montré que la rhétorique selon laquelle «les femmes veulent dire oui quand elles disent non»est très prégnante dans le discours des auteursd’agressions sexuelles.

L’exposition à des scènes violentes a plusieurs effets bien identifiés. A court terme, la violence vue à la télévision est copiée, notamment chez les jeunes enfants. L’effet de désinhibition fait s’émousser le sentiment de culpabilité normalement associé à l’acte violent. L’effet d’attraction correspond à la recherche de produits culturels violents suite à l’exposition à des émissions violentes. Enfin, les effets comportementaux à long terme des émissions violentes sont les généralisations à des nouvelles situations.

Depuis les années 60, les preuves d’une influence de la télévision sur les comportements violents se sont accumulées

. Plusieurs articles méthodologiques indiquent que les émissions concernant des scènes violentes ne sont pas sans conséquences sur les téléspectateurs, notamment les enfants. L’incidence des émissions violentes sur les conduites est toutefois réduite et les processus à l’œuvresont loin de se résumer à des automatismes mimétiques. Il est plus raisonnable de dire que pour certaines personnes et dans certaines situations, les émissions violentes ont un effet.

Mais, si cet effet est modeste, des chercheurs comme Huesman affirment qu’on aurait tort de négliger ses conséquences au niveau sociétal. Pour fixer un ordre de grandeur, Huesman et ses collègues indiquent que la taille de l’effet est statistiquement comparable à celle qui relie la consommation du tabac au cancer du poumon.

Il a été montré que la mise en évidence des conséquences des actes violents sur les victimes ou encore l’insistance sur le caractère fictif ou esthétique des scènes contribuait à diminuer significativement l’agressivité subséquente du spectateur. Plusieurs recherches suggèrent que l’existence de compétences critiques chez le spectateur permet de limiter réellement les effets de la violence.

Les résultats les plus indiscutables, peuvent, selon Sébastian Roché, être considérés comme des «hard facts », des faits établis par des chercheurs qui ont consacré plusieurs années voire plusieurs dizaines d’années à ce sujet. La méthode utilisée, celle de la consultation des méta-analyses (système de quantification des milliers d’études sélectionnées en fonction de leur validité scientifique) ou des études longitudinales qui permettent de répondre à la question des causalités. Il n’existe pas d’études françaises dans ces synthèses car ces dernières ne répondent pas encore aux critères scientifiques préalables à la sélection (nombre d’enquêtes, méthode d’échantillonnage, groupe de contrôle, test avant/après). Ces études précises ont obtenu le consensus des experts

:Les sociétés savantes American Psychological Association, American Academy of Child, American Medical Association etc. concluent à l’existence d’un rapport de cause à effet (causal connection), même si les médias mettent parfois en cause cet effet (comme certains cigarettiers le lien entre cancer et tabac). Il en existe plus de 3 500 qui montrent une corrélation entre consommation d’images violentes et comportements agressifs.

L’étude longitudinale actualisée la plus importante (Johnson et Alii, 2002) porte sur :707

familles, durant 17 ans, (1975 à 1991-1993), tirage aléatoire des familles ( NY state) et tirage aléatoire des participants, mesurant le nombre d’heures devant la télévision (60 % des programmes de télévision ont une dose de violence, programmes pour adultes avec 3-5 actes par heure et 20-25 dans les programmes pour enfants!) ;ce qui fait dire aux scientifiques que cette étude tend à minorer l’effet télévisuel pour prendre en compte les effets à court terme d’exposition plus les effets à long terme, 10 ans après ou plus. L’étude veut arbitrer entre deux théories : l’usage plus ou moins intense de télévision est proportionnel ou non à un accroissement de la violence, et la consommation de télévision violente dérive de la préférence pour la violence et n’a donc pas d’effet.

Les facteurs qui sont « contrôlés » sont les troubles psychiatriques, pauvreté, niveau scolaire des parents, intelligence verbale, négligence vis-à-vis de l’enfant (childhood neglect), caractéristiques du quartier (peu sûr).

Les résultats montrent que la négligence vis-à-vis de l’enfant, caractéristiques du quartier, pauvreté, niveau scolaire des parents sont corrélés avec le temps passé devant la télévision, que l’âge et le sexe sont corrélés avec l’agression, pas avec la télévision consommée à un âge donné (14 ans), que la consommation de télévision à 14 ans explique les agressions subséquentes (agressions avec blessures, vols avec violence ou avec menace d’arme). Par exemple, si l’exposition à la télévision est inférieure à une heure par jour, le taux d’auteurs d’actes agressifs est de 5,7 %, et si elle est supérieure ou égale à trois heures par jour, on atteint 25,3 %.

Sachant que le contrôle du profil personnel (avoir commis des violences avant l’exposition) ne suffit pas à expliquer l’augmentation des agressions en fonction de la consommation de télévision, et que la consommation de télévision à 22 ans provoque des agressions subséquentes, même si on contrôle l’agressivité à 14 ans (qui n’est pas liée à une plus grande consommation de télévision après cet âge) et également sa consommation avant cet âge : on peut en conclure que la sélection des programmes violents par des jeunes violents ne suffit pas à expliquer le niveau d’agressivité des jeunes.

De plus, la consommation extensive de télévision aide à comprendre les interactions entre les facteurs de risque dans l’environnement et les agressions commises. L’effet est encore plus fort si le jeune a une « histoire personnelle de violence» ; dans ce cas les taux d’auteurs d’agressions passent à 8 % , si la consommation est inférieure à une heure par jour et à 60 % si elle est supérieure ou égale à trois heures par jour.

En conclusion, il existe à la fois des liens directs et indirects (des années après l’exposition) ; il existe des effets sur les enfants, mais également les jeunes adultes, les explications usuelles (sans exposition aux images) ne suffisent pas ; il existe un effet net de la consommation des programmes TV, c’est à dire une fois toutes les autres variables prises en compte .

L’existence d’un effet net signifie que les dimensions suivantes ne sauraient expliquer les effets des images violentes : le caractère plus ou moins artistique, les intentions de l’auteur (du film, programme) par exemple en ce qui concerne le sens de la violence (violence gratuite ou non), (on peut se demander d’ailleurs si l’enfant les perçoit), la discussion en famille, le souci familial pour la discussion avec l’enfant.

Ces dimensions peuvent jouer un rôle (par ex. la discussion), mais étant donné que les aspects éducatifs sont pris en compte et que les images ont un effet même dans ce cas là, on doit les placer au rang de facteurs qui introduisent des variations mais pas de facteurs décisifs. Ces résultats ne sont pas des explications des mécanismes psychologiques et sociaux en jeux.

Leur force est précisément de montrer les faits même si l’on ne sait pas toujours l’expliquer. Parmi les conséquences qui prouvent l’existence d’un effet de la télévision, on trouve donc comme on vient de le voir, une baisse de l’inhibition et de la culpabilité, (une désensibilisation), l’acquisition de solutions violentes , le déclenchement de comportements appris ailleurs, l’acquisition de stéréotypes (les femmes qui disent non veulent dire oui), l’excitation ou activation physiologique (sur l’effet immédiat) ; l’imitation pure et simple ( reproduire une scène donnée) est un phénomène qui existe mais considéré comme la moins pertinente. Remarque finale : les études montrent les variations des comportements en fonction de la durée d’exposition. Il ne s’agit pas de tout ou rien (télévision ou pas télévision) mais d’une quantité d’images violentes.

 

 

Autrement dit, la responsabilité de la télévision sur le comportement des jeunes téléspectateurs, la responsabilité des images violentes quant à certains comportements, qui avait été présumée par une série d’examens de laboratoire, ou par des observations empiriques des médecins et des magistrats, a également été mesurée comme un effet net proportionnel au temps passé devant l’écran.

Personne, aujourd’hui, ne peut plus prétendre l’ignorer

. Sur l’effet de la violence, à la télévision à l’égard du comportement des jeunes et sans préjuger s’il s’agit d’un effet direct ou d’un effet seulement indirect, on peut néanmoins conclure à l’existence d’un pouvoir et d’un danger de la violence télévisée, même si on attend encore des études françaises de même ampleur que les études américaines. Comme le souligne Georges Gerbner dans un article des Cahiers de la sécurité intérieure consacré aux médias et à la violence (n°20, 2èmetrimestre 1995): « la violence télévisée ne reflète ni la liberté d’expression des créateurs ni la demande du public, mais est le produit d’un système de marketing planétaire. Elle exerce un effet d’incubation culturelle en contribuant à long terme à une dévalorisation du monde.»

 

Si la violence à la télévision doit être comprise dans un scénario complexe, elle est aussi un révélateur de nos relations sociales. Dans la mesure où elle capture plus encore qu’elle ne captive le public, en particulier celui des jeunes, il faut alors analyser les effets psychologiques de la violence et la parole est donnée ici aux psychologues, aux psychanalystes, aux pédiatres.

 

L’évaluation psychologique de la violence sur les enfants.

 

Concluant l’étude qu’il a menée sur les enfants sous influence pour répondre à la question « les écrans rendent-ils les jeunes violents? », le psychiatre Serge Tisseron remarque que les images violentes ont des effets très différents des autres images, qu’elles provoquent des émotions désagréables : langoisse, la colère, la peur, la honte.

Les enfants, angoissés et malmenés par ces images, manifestent un grand désir de parler de ce qu’ils ont éprouvé pour en maîtriser les effets. De même, ils adhèrent plus massivement à des repères de groupe qu’à des repères personnels.

L’exposé de Sophie Jehel devant la Commission a confirmé l’étude qu’elle avait menée avec Divina Frau-Meigs sur les Ecrans de la violence , à savoir que la télévision française n’est nullement à l’abri des représentations violentes qui peuvent être très importantes aux heures de grande écoute. Elle note en effet que sur les programmes de soirée, le taux de violence des programmes proposés en première partie de soirée sur le network américain est plus bas que le taux observé sur les chaînes françaises. Le taux de séquences violentes par heure observé en France et aux Etats-Unis sur les programmes de première partie de soirée est à l’avantage des chaînes américaines5 . Sophie Jehel et Divina Frau-Meigs ont souligné les enjeux culturels de la violence sur la formation de la psychologie des jeunes : l’idéalisation de rapports fondés sur la force, le brouillage des rapports fondamentaux avec leffacement d’un cadre juridique et symbolique et l’absence de sanctions.

Elles ont rappelé la part de transgression de la loi que comportait le personnage des mercenaires comme Rambo, Superman, Robocop, Rick Hunter, de même que la surenchère dans la perversité des crimes. Plus généralement, les scénarios d’action qui véhiculent la violence à répétition proposent une vision manichéenne du monde.

La menace vient de l’autre, l’autre qui suscite avant tout la peur.

Les héros, sans subjectivité ni histoire, sont « voués à vaincre et à incarner l’immortalité tel le personnage de Highlander. La conséquence de cette sur-dramatisation dans les programmes pour enfants est la même que dans les autres types de programme... Elles nuisent à la qualité du récit et sont particulièrement problématique s’agissant des programmes spécifiquement destinés aux enfants.»

 

L’influence des spectacles violents sur le petit enfant.

 

Dans une audition devant la Commission le 10 septembre 2002, le pédiatre Julien Cohen-Solal dont les ouvrages sont internationalement connus, a souligné que l’enfant est littéralement fabriqué par la relation qu’il entretient avec ses proches, sa mère, et particulièrement avec les stimulations du monde ambiant. Il ne (4Paris, Armand Colin, 20005Les Ecrans de la violence, enjeux économiques et responsabilités sociales, Economica, Paris, 1997 ) vient pas au monde comme une cire vierge, rappelle le pédiatre. Il est déjà génétiquement déterminé par des milliers de siècles d’évolution pour devenir un homme et non pas une alouette, et aussi pour parler,. Lorsqu’il n’existe pas d’environnement humain, l’enfant demeure un être sauvage et meurt comme en témoignent les expériences de Frédéric II en 1274.

L’enfant est fondamentalement un être culturel où le langage joue un rôle essentiel. Julien Cohen-Solal rappelle que le nouveau-né est prêt à communiquer avec ses semblables, que déjà, il a un système sensible très développé. Son audition est excellente : à quelques jours, il est capable de différencier les syllabes, ba et pa par exemple, et reconnaître la voix de sa mère et la langue maternelle. Il a déjà une vision des couleurs même s’il est très hypermétrope, il touche, il pointe. Son odorat est considérable : il reconnaît à cinq jours l’odeur de sa mère et le goût du lait. Il a des capacités de reconnaissance transmodales, c’est-à-dire qu’il peut passer d’un canal sensoriel à l’autre pour un même objet. Cet appareil sensible entraîne des compétences globales de recognition, de mémorisation et de compréhension qui sont attestées par la lallation, le gazouillis, puis par l’apprentissage de la langue. Dans ces relations précoces, ce qui est fondamental est l’ interaction et la capacité qu’a l’entourage de comprendre le petit enfant et d’apporter de bonnes réponses à ses demandes. C’est ce phénomène qui crée la dépendance affective entre le bébé et sa mère, l’attachement, et qui le conduit aux représentations mentales, à la pensée réflexive, à la confiance en soi, données absolument fondamentales pour la construction du langage dans sa complexité.

Reprenant à son compte de nombreux travaux sur l’enfant et la télévision, Julien Cohen-Solal souligne l’importance de l’influence de la télévision sur l’enfant et en particulier la nocivité des trop longues heures passées devant la télévision.

Un document du Conseil de l’Europe, datant de 1995, révélait que le temps passé par les enfants devant la télévision se situait entre une heure quinze par jour pour les enfants de moins de 5 ans et deux heures cinquante-cinq pour les 10-14 ans. Aux USA, ces chiffres sont allés jusqu’à quatre heures quotidiennes et on a pu constater des lésions sur les coudes des enfants qui regardaient la télévision allongés par terre.

Observant que les chercheurs ont été unanimes pour montrer que la télévision fait partie de l’écologie naturelle chez l’enfant moderne et qu’elle exerce une attraction particulièrepuisque, tout petit, le bébé est déjà attiré par les points brillants qui bougent, Julien Cohen-Solal a rappelé que le bébé est formaté pour la tétée et non pour la télé et qu’il est très dommageable que les enfants puissent la voir en moyenne deux heures par jour, surtout seuls le matin. Cela a des conséquences en matière de sommeil . Ils provoquent notamment de la somnolence des enfants à l’école.

Rappelant que l’image est caractérisée par une force intrusive particulière, il conclut aux effets parfaitement nuisibles de la vision des images violentes à la télévision, comme si, dit-il, le malaise engendré par ces images était validé par les adultes. Parmi ces images violentes, il faut compter des images pornographiques qui constituent une forme d’effraction violente dans l’intimité affective des enfants par l’exposition trop précoce à la sexualité des adultes. Julien Cohen-Solal reprend la conclusion du chercheur américain Gerbner dèjà cité : « l’environnement d’images violentes finit par produire une société dans laquelle la violence réelle n’est plus considérée comme quelque chose d’ évitable mais comme une fatalité et où chacun se sent bientôt le devoir d’être violent avec les autres parce qu’il est persuadé que les autres ne vont pas tarder à l’être avec lui.»

 

L’influence des spectacles violents sur l’enfant et l’adolescent.

 

S’intéressant à l’influence de l’image télévisuelle sur la construction de l’enfant, le Docteur, pédopsychiatre et psychanalyste, Marielle David, dans une contribution écrite, note que notre inquiétude par rapport à la violence télévisuelle est motivée par la levée totale de l’interdit de la représentation dans les spectacles violents et pornographiques.

Elle est susceptible d’entraîner l’enfant et l’adolescent dans la violence, voire de les pousser adulte au meurtre et à la guerre. Réfléchissant sur certains films et sur le chanteur américain Marilyn Manson accusé par certains d’inciter au meurtre des personnes fragiles à partir de son autobiographie, Mémoires de l’enfer , le Docteur David rappelle que le chanteur qui s’est appelé Marilyn comme Marilyne Monroe et Manson comme Charles Manson, exhibe volontiers l’origine de sa perversité dans l’enfer qu’était pour lui la cave de son grand-père, où pré- adolescent avec un copain, il avait découvert tout l’attirail d’un exhibitionniste. Une question inquiétante se pose alors: l’accès aux médias des spectacles pervers ne modifie-t-il pas incontestablement le contrat social, en permettant leur exhibition ?

On ne peut se détourner de cette interrogation : le conflit qui s’ensuit n’est-il qu’un conflit de générations qui se résoudra de lui-même ou une atteinte grave de la structure psychique de l’enfant. La télévision, remarque le Docteur David, comme l’écran en général, institue un dispositif inverse de celui de la psychanalyse. Alors que Freud fait parler ses patients dans une chute du regard pour mieux articuler le fantasme et la parole, la télévision amène de l’image au cœur du lieu où se joue pour chacun au départ de sa vie, l’articulation des pulsions et du langage.

Le dévoilement par l’écran a pour conséquence un affaiblissement de l’interdit de l’inceste, de l’interdit de l’exhibitionnisme, de l’interdit du viol , bref, un oubli des interdits majeurs qui régulent la sexualité des adultes, lesquels sont passibles de la loi lorsqu’ils les transgressent. Il existe alors une contradiction grave manifeste entre l’obligation professionnelle de dénoncer les crimes sexuels, l’aggravation des peines d’une part et la facilitation par l’image des fantasmes pervers, d’autre part. La télévision est née en un temps où se marquait clairement l’autorisation de la représentation à condition qu’elle respecte les interdits de la société. Très vite, le cinéma a autorisé la représentation du meurtre, mais le passage à l’acte demeurait interdit. Le film de guerre a servi de révélateur : peu à peu, un glissement s’est opéré. La barrière qui existait entre fantasme et réalité est devenue floue ; le voile a chuté, et une violence d’ une autre nature s’est révélée : celle de la jouissance de faire souffrir l’autre. Curieusement, ce dévoilement de la violence perverse s’est appelé violence gratuite dans la nomenclature européenne. Appellation étrange qui supposerait qu’il existe une violence payante, elle-même autorisée pour tous les lieux et pour tous publics.

Qu’est-ce que les psychanalystes peuvent dire de la violence payante?

Freud a définitivement résolu la question en révolutionnant la connaissance de l’enfant. Il a révélé qu’il n’est pas un ange mais un être de chair animé de pulsions sexuelles qui évoluent au cours de sa jeune vie pour se refouler après six ans. Il existe une pulsion de mort qui s’oppose à Eros. Perdre dans un arrachement violent quelque chose à quoi l’ on tient pour gagner autre chose qui mène à une plus grande satisfaction, tel est le paradoxe de la pulsion de mort qui devient pulsion de destruction si elle ne trouve pas une nouvelle satisfaction et si son pari a raté.

Nombre de films américains violents jouent de ce ratage, souligne le Docteur David.

Perdre pour gagner, telle est l’opération de violence payante qui respecte le jeu pulsionnel quand il renonce à Eros qui lui aussi est une force qui devient violente par excès et peut permettre au sujet la construction de sa propre psyché. Dès lors, la « violence gratuite » est celle qui sort de ce jeu pulsionnel pour affirmer la jouissance gratuite et perverse.

La destruction de l’autre n’est là que pour satisfaire la jouissance de détruire l’autre, de le déposséder de ce qui lui permet d’être le maître de sa jouissance. Celui qui l’exerce n’y perd-il rien?

Ne fait-il que déstabiliser l’autre?

La clinique nous montre que la perversion est plus complexe et que le jeu est perturbé par le retournement masochiste sur la personne elle-même dans un mécanisme inconscient. La télévision a donc pour danger d’actualiser cet affrontement, estime le Docteur David. Il faudrait que les enfants soient épargnés, car plus tard, à l’adolescence, chaque sujet devra surmonter cette rencontre, cette «tuché», avec un appui des anciens qui ne devraient pas leur manquer.

Comme l’a souligné Dominique Ottavi, Professeur de psychologie à l’Université Paris 8, la résistance au développement de la violence chez les adolescents a été très problématique dans l’école et dans la société.

Jusqu’à une date récente, il a été très difficile de regarder en face le problème de la violence scolaire. En dehors des moments éducatifs proprement dits (cours, classe), il était fréquent de considérer que « les enfants se débrouillent entre eux».

Supporter la violence des autres, ou l’exercer soi-même, par exemple dans la cours de récréation paraissait relativement normal, « ça ne concerne pas l’adulte, on ne peut pas être toujours derrière, ils doivent être capables de régler ça...»

Lorsqu’il y a eu passage de la bagarre à la violence potentiellement meurtrière, avec le « jeu du foulard » qui consiste à s’étrangler, ou le « jeu du CRS», qui consis te à taper à plusieurs un individu soi-disant choisi au hasard, il a fallu un certain temps pour l’admettre.

Même remarque en ce qui concerne la violence contre les enseignants, actuellement l’objet de mesures législatives.

Le « chahut», perturbation de linstitution, a fait place à l’agression personnelle, soit au travers les biens (voiture, domicile), soit directement sur les personnes. Il a fallu beaucoup de temps pour briser un mur de silence, même du point de vue des syndicats.

Depuis les années 60, le terrain de la violence à l’école, sur le plan théorique, a été occupé par une littérature qui mettait en avant une violence de l’institution, et expliquait la violence des jeunes comme une réaction à cette première violence; la contrainte liée aux apprentissages ou aux comportements a été interprétée comme une normalisation, sans parler de la violence symbolique chez Bourdieu. Tout ceci a pu être pertinent mais s’est transformé en obstacle épistémologique.

L’école a donc été récemment très démunie devant l’augmentation de la violence, elle ne représente sans doute qu’un aspect d’une indifférence plus générale envers ce que les jeunes vivent effectivement.

Dans ces conditions, la télévision, bien que fréquemment accusée de provoquer cette violence, a été paradoxalement tolérée dans ses excès.

D’un point de vue éducatif, et à l’école en particulier, la télévision a été considérée comme un élément parmi d’autres d’un environnement difficile, une violence de plus, à laquelle l’enfant est censé pourvoir faire face.

 

Les effets de la pornographie sur les jeunes et les femmes.

 

Pour le Docteur gynécologue Anne de Kervasdoué, le sexe est en permanence représenté, exhibé ou suggéré, sur nos écrans de télévision de cinéma ou d’ordinateur, dans les films ou la publicité pour les produits de la vie courante les plus anodins. Il se substitue aux autres formes de sensualité. Une grande marque de cônes glacés a proposé pendant des années ses esquimaux sur une scène de fellation à peine déguisée sur fond de sado masochisme. Fait intéressant, depuis la rentrée, il est revenu à une représentation plus classique de l’esquimau savoureux pour le palais. Une affiche publicitaire laisse croire à une goutte de sperme sur la peau lisse et dorée; il s’agit en fait d’un gel solaire. Pour vendre, il faut séduire, et aujourd’hui la séduction ne semble passer que par le sexe, comme s’il était la seule source de rêve et de plaisir, le seul sens à satisfaire. On s’habitue à ces images qui paraissent socialement acceptées, mais on est tous saturés et parfois révoltés, comme l’attestent beaucoup de commentaires spontanés, émanant le plus souvent de femmes. La réduction de l’humain à sa seule dimension sexuelle Le fait d’être réduit à la seule dimension de la sexualité est une atrophie et une forme de violence.

Quant à la pornographie, la plupart des adultes délivrent la même réponse, mi-figue, mi-raisin :

« En tout cas ce serait absurde de l’interdire.» Tout est dit. Personne ne veut paraître liberticide. L’interdit est devenu interdit. Les images ont donné une légitimité à la violence et à la pornographie. Et pourtant dès que l’on avance des arguments, dès que s’élabore une prise de conscience, les avis se nuancent. Jusqu’où peut-on aller au nom de cette liberté?

N’y a-t-il pas de limites?

Les effets de la pornographie sur un adulte sain sont de moindres conséquences, car il a acquis la capacité de se distancier par rapport à la fiction, même « réaliste » et dénuée de poésie. Délibérément choisie et non imposée, pourquoi pas?

Mais il pourrait y accéder par internet ou les films ; cela implique, il est vrai, une démarche active qui laisse davantage de trace...

Le problème se pose très différemment pour l’enfant ou l’adolescent.

Pour se développer normalement, la sexualité a besoin d’étapes adaptées à la maturation psychique de l’enfant ou de l’adolescent. La représentation visuelle brutale ou répétée de scènes pornographiques à un stade trop précoce peut créer une émotion capable d’influer sur le cours normal de l’évolution du cerveau, perturber son équilibre intérieur et, en tout cas, imprimer durablement sa conception de la sexualité.

Avant d’avoir acquis une maturité sexuelle, l’adolescent peuple son imaginaire à partir de données tactiles agréables, de phrases lues, entendues ou chuchotées, d’intonations de voix, de gestes saisis ici ou là, de regards significatifs et d’échanges affectifs.

Quand l’image pornographiqued’où qu’elle vienne fait irruption dans sa conscience, son pouvoir émotionnel s’impose d’emblée, sans représentation ni explication. Elle brûle ces étapes. Les psychologues et les médecins, savent de par leur exercice clinique, qu’elle obligera par la suite à corriger en permanence l’image, voire à l’effacer pour en limiter l’impact. Pire, elle impose plus gravement que les mots, une certaine image de la sexualité.

Elle donne une fausse représentation des hommes et surtout des femmes qui peuvent se sentir agressées. Ces scènes les avilissent. Elles ne se reconnaissent pas dans ces personnages de femmes disponibles à tout instant, exhibant un appétit sexuel irréaliste, ou bien soumises abusivement au désir masculin.

Cette impression que la femme aime être violée est encore profondément ancrée dans les esprits, parfois jusqu’à l’exacerbation. Le viol récent d’une jeune fille par un groupe d’adolescents à peine plus âgés qu’elle et expérimentés, en témoigne et leurs explications sont confondantes : «On pensait que cela se passait comme ça, qu’elle aimait ça».

Quant aux hommes de 18 à 23 ans, ils semblent encore plus affectés de ne pouvoir afficher les mêmes performances que celles véhiculées par les médias. Certains en éprouveront de l’angoisse, d’autres useront de la violence, par peur de ne pas être à la hauteur.

Elle fixe des normes de comportement en matière de sexualité et déforme la réalité des attentes. Les jeunes filles se sentent, malgré elles obligées, plus ou moins consciemment de mimer leurs attitudes sur celles qu’elles voient à l’écran, contraintes d’accepter certaines pratiques sexuelles alors qu’elles n’en ont, bien souvent, aucune envie. Elles disent au gynécologue, ce qu’elles n’osent dire à personne. D’où la déception, le dégoût perceptible chez certaines voire le rejet.

Les plaintes les plus fréquentes en matière de sexualité viennent des adolescentes et des femmes de moins de 30 ans.

N’osant pas aborder le problème de front, elles font état de douleur. Plus de 50% des femmes de cette tranche d’âge trouvent les rapports douloureux, les redoutent et souvent les refusent pour cette raison.

La sexualité représentée à l’écran y apparaît facile, sans risque et sans conséquences.

Pourtant, une sexualité adulte implique certaines connaissances médicales sur le risque de grossesse et les moyens de s’en prémunir, sur les façons de se protéger des maladies sexuellement transmissibles et le sida dont on connaît la redoutable gravité, sur les différences psychologiques entre les hommes et les femmes. Le danger vient de cette inconscience et de cette indifférence aux émotions, aux risques encourus, aux sanctions, aux conséquences psychiques et physiques.

Parvenir à l’harmonie de couple est tout sauf simple. En réduisant la sexualité à une mécanique, la pornographie la prive de ce qui en fait l’essentiel : le relationnel.

Elle fait abstraction de l’émotionnel.

Elle abolit le langage, l’échange, les manifestations affectives qui sont le fondement de la sexualité d’un couple.

Par ailleurs, on imagine les dégâts occasionnés par la pornographie sur le cerveau d’un enfant ou d’un très jeune adolescent, plus susceptible qu’un adulte de mêler réel et fiction. Ces images représentent à ses yeux la réalité des corps d’un homme et d’une femme qui pourraient être son père et sa mère; ce qu’elles racontent lui est incompréhensible. Elles abusent de son immaturité et de sa sensibilité particulière.

Ces images lui sont imposées, abusant de son immaturité et de sa sensibilité particulière. La pornographie, pour lui, s’apparente à un acte d’exhibitionnisme. Il se sent agressé et, en prime, voyeur malgré lui, sadique ou masochiste, selon les cas.

Lorsqu’on sait que certains estiment que la plupart des enfants de moins de douze ans ont vu une scène pornographique à la télévision. La plupart d’entre eux n’en parleront pas, ce phénomène est constaté après un viol ou un abus sexuel, excluant par là toute explication. On sait maintenant qu’ils élaborent, à partir de ce traumatisme initial, des mécanismes de défense.

La réception d’une image crue et brutale par le cerveau d’un enfant qui sent confusément que se nichent là des tabous a autant d’effet qu’un abus sexuel. Pour avoir écouté des dizaines de femmes abusées pendant leur enfance ou leur adolescence, le Docteur de Kervasdoué croit pouvoir affirmer que l’on retrouve chez les plus exposées mentalement, les mêmes mécanismes d’élaboration mentale. Il éprouve en voyant cette image un sentiment de trouble et ce culpabilité. S’il n’en parle pas, s’il rumine ces images et ces pensées, ce sentiment risque de se muer en angoisses diverses (phobies, obsessions, etc) ou en dégoût de la sexualité. Chez d’autres, il arrive que cette culpabilité, en créant des réactions défensives, peut promouvoir des rôles actifs , à savoir la recherche d’une agression pour se motiver et réactualiser les identifications à des agresseurs vus sur les écrans. Comme dans le cas d’un abus sexuel, la victime cherche à se revaloriser, de préférence en devenant elle-même bourreau.

La pornographie vue par l’enfant peut le conduire à des comportements pervers. La perversion naît à partir d’une réponse à une agression. La perversion vient d’une agression à partir de laquelle le sujet a élaboré des mécanismes de défense. Les pervers sont d’anciens agressés, comme l’attestent les faits divers sexuels. Les plus fragiles mentalement, c’est à dire les plus agressifs, les moins encadrés par la famille ou le milieu environnant, et ils sont nombreux, seront tentésde passer à l’acte, parfois dramatiquement.

La vision d’une scène violente ou la réalisation d’un tabou sexuel donne une fausse impression de déjà vu et de déjà fait pas sanctionné, et donc permis, et libère l’esprit de l’interdit. Toute l’élaboration mentale de l’interdit plus ou moins acquis au cours de l’enfance vole en éclats dès lors qu’il est transgressé sous ses yeux. En effaçant les limites entre l’imaginaire et la réalité, en banalisant les scènes agressives et les actes interdits, voire en les érigeant en normes, on invite le spectateur à y participer, on lui donne l’illusion de l’avoir réalisé et d’avoir transgressé l’interdit : la transgression devient alors permise. Autrement dit, l’évaluation que nous avons entreprise ne dément aucunement la synthèse qui avait déjà été proposée par le rapport du CIEM concernant les effets sociaux et psychologiques de la violence. « L’appauvrissement des scénarii, l’affrontement manichéen, l’absence de résolution des conflits, la déréalisation des effets spéciaux, la négation du point de vue de la victime, le sexisme, la xénophobie latente » qui avaient été dénoncées, ainsi que les effets particulièrement nocifs sur les enfants, aggravés chez les plus fragiles, conduisent à rechercher une transformation de la situation.

 

 

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Ch.Etzol 05/09/2013 21:53


Dans la mesure où le visuel est plus "subi" et ne permet pas le recul aussi aisément que le livre, un adulte a toujours la possibilité de ne pas regarder (sauf la pub des rues qu'on ne peur
éviter), si le film est trop violent ou évocateur d'évènements réels ou vécus. Pour des enfants et adolescents, on en reviendra toujous à la responsabilité des parents au sein des familles,
face au délitement de la société.Le tout interdit vers lequel on se dirige,après le : il est interdit d'interdire, ne remplacera pas "l'éducation du coeur", telle que la demande Saint Thomas
d'Aquin dans une prière    (3e stophe)  
Donne-moi,Seigneur                                                       
Un coeur vigilant que nulle pensée curieuse n'entraine loin de
Toi                             Un coeur noble que
nulle affection indigne
n'abaisse,                                             
Un coeur droit que nulle intention équivoque ne
dévie,                                           
Un coeur ferme que nulle adversité ne
brise,                                                        
Un coeur libre que nulle passion violente
ne subjugue                                            


Car je crains fort que contre la "trilogie du mal" : pouvoir,sexe argent, il n'y ait que la protection de la Sainte Trinité Divine qui permette de triompher.La lecture de
l'encyclique "lumen fidei" (largement inspirée de Benoit XVI) en est assez
significative                                                                            
Chantal Etzol 


 PS : En Italie (feuillet à l'appui),les catho ne disent pas de même nature que le Père, mais bien de même substance... c'est peut-être plus aisé de passer du latin à l'italien où est-ce en
France que nous avons le goût de changer le sens des mots, comme la Transsusbstantiation de M. le ministre de l' " Education Nationale". Ils éduquent et nous, nous nous contentons
modestement d'enseigner: affaire d'humilité.