Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Edouard Boulogne

Qu'est-ce que le « revenu universel » de M. Hamon ?
Qu'est-ce que le « revenu universel » de M. Hamon ?
Qu'est-ce que le « revenu universel » de M. Hamon ?

Cette idée de « revenu universel » est dans l'air. Elle séduit des personnes aussi bien à droite qu'à gauche. Mais ces personnes sont assez largement minoritaires.

Si elle est devenue en quelques semaines « l'idée force » du Benoit Hamon, l'un de ses adversaires les plus résolus était … Arnaud Montebourg, jusqu'à …. ce matin/

Mais ce soir M. Montebourg s'est rallié à … Benoit Hamon.

La gauche est décidément la grande spécialiste des retournements de veste.

Je vous propose pour y réfléchir cet article très clair de Valeurs Actuelles.

 

Le Scrutateur.

_________________________________________________________________________

 

Le mirage du revenu universel

Des marxistes aux ultralibéraux en passant par les socialistes, de l'Alaska à la Finlande jusqu'au Brésil, le revenu d'existence séduitde toutes parts.

 

Décryptage d'une lubie démago.

Sur le papier, l'idée d'un État nounou pourrait sembler sédui­sante: recevoir une allocation mensuelle de quelques centaines d'euros, de la naissance jusqu'au décès... C'est le principe du revenu uni­versel qui s'est (un peu) invité dans les débats de la primaire de la droite, et qui se trouve aujourd'hui au centre de celle de gauche, au nom de l'augmentation du pouvoir d'achat.

Utopie? Folie financière? Ce débat, qui transcende le traditionnel clivage gauche-droite, a le mérite de poser la question de la corrélation entre travail et revenus au moment où les change­ments apportés par le numérique vont bouleverser le marché du travail et que les carrières ne sont plus aussi continues qu'avant. Il interroge aussi sur la perti­nence et l'existence du modèle français de protection sociale face à une aug­mentation inexorable de la précarité et de la pauvreté dans notre pays.

Les partisans du revenu universel y voient un moyen de réduire la pauvreté et de redonner au travailleur une indé­pendance par rapport à son employeur et au marché du travail. Une liberté que les opposants au revenu universel dénoncent. Si certains estiment que le revenu universel encouragera l'oisiveté, d'autres jugent qu'il serait plus perti­nent d'unifier les aides existantes au sein d'une seule et même allocation plafon­née et fiscalisée. Il y a aussi la question du financement qui est encore loin d'être tranchée, or le coût est connu: 300 mil­liards d'euros minimum!

Quelques expérimentations ont déjà eu lieu dans le monde. L'Alaska a mis en place l'Alaska Permanent Fund, financé par les revenus du gaz et du pétrole (le montant varie chaque année). Tony Blair a créé en Grande-Bretagne (ce pays a aussi refondu son système d'aides sociales) le Child Trust Fund remplacé par le Junior Individual Saving Account.

Interrogés en juin 2016, les Suisses se sont déclarés à 76,9 % contre tout revenu inconditionnel. Les promoteurs de cette initiative avaient demandé à la population de se prononcer sur la créa­tion d'une aide mensuelle de 2500 francs suisses par adulte et de 625 francs suisses par mineur. « C'est un vieux rêve, un peu marxiste, plein de bons sentiments irré­futables, mais sans réflexion écono­mique », juge Charles Wyplosz, directeur du Centre international d'études moné­taires et bancaires à Genève.

C'est ce que pensent aussi les Fran­çais: 64 % d'entre eux, selon un sondage Odoxa, pensent que cela « créera une société d'assistés » ; la même proportion pense que le revenu universel « incitera les Français à ne plus travailler et à se contenter de leur revenu universel ».

 

Qu'est-ce que le revenu universel ?

 

Appelé encore revenu d'existence, revenu inconditionnel, revenu social ou revenu de base, c'est une allocation mensuelle versée à tous (universalité), de la nais­sance jusqu'au décès (individualité), sans condition de ressources ni d'emploi (inconditionnalité). Selon ses tenants, son montant peut varier entre 400 et 100O euros. Elle peut être cumulable avec d'autres revenus.

 

Une idée ancienne

 

En 1516, le philosophe britannique Thomas More évoque dans Utopia une île où chaque habitant bénéficierait d'un pécule pour vivre indépendamment de ses conditions de travail. En 1797, dans la Justice agraire, le journaliste britan­nique Thomas Plaine imagine un fonds alimenté par les propriétaires terriens pour financer un revenu versé à chaque individu dès sa majorité.

Aux XIXe et XXe siècles, après des socialistes utopiques, la notion de revenu universel trouve des défenseurs parmi les économistes libéraux. Le monéta­riste Milton Friedman soutient la thèse d'un revenu "permanent" pour combattre la pauvreté. Il développe l'idée d'un crédit d'impôt universel ou impôt négatif (négative incarne fax).

En France, c'est principalement à partir des années 1980 que l'idée fait son chemin chez les économistes. En 1989, Yoland Bresson crée, avec Henri Guitton, l'Association pour l'instaura­tion d'un revenu d'existence (Aire). Déjà en 1986, Bresson faisait partie des fon­dateurs du réseau européen Basic Income Europe, qui reçut le soutien des ONG comme Emmaùs ou ATD Quart Monde. C'est sous l'impulsion de ce réseau qu'ont été successivement créés le revenu mini­mum d'insertion (RMI) en 1988, devenu en 2009 le revenu de solidarité active (RSA), ainsi que la prime pour l'emploi, versée de 2001 à 2015.

 

La leçon de l'étranger

 

Entre 1968 et la fin des années 1980, des expériences ont été menées au Canada, dans la petite ville de Dauphin, et aux États-Unis, dans la Silicon Valley, mais jamais au niveau national. En Alaska, depuis 1982, presque toutes les per­sonnes y ayant résidé l'année calendaire complète bénéficient d'un revenu incon­ditionnel l'année suivante, financé par les revenus du pétrole et du gaz.

C'est au Brésil que l'initiative d'un revenu de base est la plus spectaculaire. En 2003, le président Lula crée la Boisa Familia, versée aux familles sous trois conditions: la vaccination des enfants, leur inscription à l'école et un plafond de revenus. Ce revenu de base, qui ne manque pas de susciter des critiques pour son coût (0,5 % du PIB) alors que le pays sombre dans les difficultés finan­cières, est inscrit dans la Constitution.

Depuis le 1er janvier, la Finlande, sous l'impulsion du premier ministre Juha Sipilà, teste auprès de 2000 chômeurs de longue durée le versement d'un revenu inconditionnel d'un montant de 560 euros, en plus du maintien des aides au logement et des aides sociales. Le gouver­nement estime que ce revenu test pourrait progressivement être étendu à tous les chômeurs. Si tel était le cas, la mesure serait financée par une augmen­tation de la taxation forfaitaire des salaires à 43 % et/ou par une augmen­tation de l'impôt sur le revenu.

 

Les partisans du revenu universel

 

Le revenu universel d'existence est une des grandes idées (démagogiques) conte­nues dans le programme de Benoît Hamon afin d'« éradiquer la grande pré­carité et contribuer à définir un nou­veau rapport au travail et au temps libre ». Il prévoit une hausse de 10 % du RSA dès 2018, versé aux ayants droit et aux jeunes de 18 à 25 ans quelles que soient leurs ressources, suivie de la géné­ralisation du revenu universel, d'abord sur condition de ressources (moins de 2 000 euros net) puis à tous les Français pour un montant mensuel de 750 euros. La droite a aussi ses tenants du revenu universel. En 2003, Christine Boutin proposait de mettre en place le divi­dende universel, «fruit d'un legs gêné-rationnel matérialisant les droits et les devoirs »: une allocation mensuelle de 330 euros versés sans condition, de la naissance jusqu'au décès. Huit ans plus tard, Dominique de Villepin, alors presque candidat à l'élection présidentielle, rêvait d'un revenu citoyen de 850 euros, sans contrepartie et dégressif en cas de cumul avec un salaire, «pour garantir la dignité des Français », en remplacement des allocations existantes. Frédéric Lefebvre, député des Français résidant en Amérique du Nord, voulait lui aussi « sup­primer le maquis de système d'allocations, d'aides sociales » et les remplacer par une allocation de 500 à 600 euros de la naissance jusqu'à la majorité, puis de 800 à 1000 euros. Lors de la primaire de la droite et du centre, Nathalie Kosciusko-Morizet proposait de créer une flot fax de 20 % payée par tous, assor­tie d'un revenu de base de 470 euros au-delà de 18 ans et entre 200 et 270 euros en dessous, se substituant au RSA, à l'ASS et à la prime d'activité.

Parmi les pro-revenu universel, il y a certains libéraux qui voient là un moyen de pallier les déficiences d'un État pro­vidence (et donc de faire des économies de fonctionnement en en réduisant l'in­tervention) et de permettre à tout un chacun de partir à égalité. Gaspard Koenig propose notamment la création d'un revenu de liberté pour tous, le Liber.

 

Ceux qui s'y opposent

 

Parmi les plus virulents à gauche, figure Arnaud Montebourg: «Le revenu univer­sel est dans le champ stratosphérique de l'irréalisme. Ce serait d'abord un super ­prélèvement sur-les Français avant d'être un revenu. Cela reviendrait à augmenter de 50 % les impôts de tous les Français. » II en dénonce le coût, estimé annuelle­ment entre 300 et 600 milliards d'euros. Si Manuel Valls refuse la « société de l'assistanat et du farniente », il est pour le versement, dès 18 ans en fonction du niveau de ressources, d'un revenu décent compris entre 800 et 850 euros à toute personne qui réside sur le territoire natio­nal depuis quatre ans, après refonte d'une dizaine de minimas sociaux. C'est ce que le rapport de Christophe Sirugue préco­nisait avec la création du revenu mini­mum d'existence. Il y a encore quelque temps, Montebourg et Valls plaidaient pour la création d'un revenu d'existence qu'Arnaud Montebourg qualifiait de «nouvel humanisme». Vincent Peillon y est, lui, « philosophiquement opposé ».

À droite, si Alain Juppé ne s'est jamais vraiment exprimé sur le sujet, d'autres politiques, comme Nicolas Sarkozy, ont déclaré ne pas vouloir en entendre parler, préférant un autre système. Éric Woerth, chargé de l'élaboration du programme de l'ancien président de la République pour 2017 et ayant, ensuite, rejoint les équipes de François Fillon pour s'occu­per du programme présidentiel, plaide pour une allocation de vie, résultat de la suppression de très nombreuses aides sociales versée en fonction du revenu et du nombre de personnes à charge.

La fondation Ifrap, dans le quatrième des douze travaux pour 2017, intitulé "Pour une allocation sociale unique", qualifie le revenu universel de « mirage idyllique» l'estimant plus onéreux que le système actuel de protection sociale. Le think tank prône l'unification de 47 aides sous conditions de ressources en une allocation unique, plafonnée et fiscalisée, « à destination de ceux qui ne travaillent pas ou qui ne gagnent pas suffisamment, et qui ne cherche pas à se substituer aux revenus de remplace­ment de type chômage ou retraite ».

 

Marie de Greef-Madelin et Frédéric Paya

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Claude HOUEL 23/01/2017 00:27

Contrairement à l'Alaska nous n'avons ni gaz ni pétrole mais, paraît-il, nous avons des idées.
Ainsi le revenu universel financé par l'impôt, il fallait y penser…
Sachant que moins d'un français sur deux paye l'impôt sur le revenu, pour être, à l'origine , lui aussi, universel.
Sachant que les plus riches trouverons toujours le moyen d'y échapper.
Devinez qui va payer ? Les classes moyennes déjà exsangues !
Elles sont condamnées à court terme, c'est peut-être le but…
Mais alors, qui payera ? Certain que l'on continuera d'avoir des idées.
Cela dit, il en était de même pour l'utopie des 35 heures, qui sont devenues une réalité calamiteuse.
Wait and see.