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Publié par Edouard Boulogne

Courrier-lecteurs

 

 

 

Cher Scrutateur, 



Il y avait hier soir sur France 2 un volet du magazine "Envoyé spécial" consacré à la défiscalisation dans les DOM. L'avez-vous regardé ? Moi si ! À mon corps défendant.

 

Ce que j'en pense ? Que c'est consternant d'observer les perroquets s'en donner ainsi à coeur joie ! Une telle désinformation, en principe, est impensable et pourtant c'est la réalité : pas une fois on a cherché à cerner le sujet autrement que pour servir l'objectif d'une propagande "anti-niches fiscales".

 

Au cas où vous n'auriez pas vu cet "Envoyé spécial", je vous en résume les grandes lignes.

 

Tout est parti d'un médecin de la région de Grenoble, "défiscalisant" au profit d'un planteur de cannes de la Réunion. Puis nous nous sommes transportés là-bas, à la Réunion, afin de voir travailler la machine à couper la canne que ce médecin avait contribué à financer au lieu de payer sa contribution directement au Trésor public. Le planteur enthousiaste et reconnaissant expliquait tout l'intérêt de cette acquisition pour lui, et surtout pour son exploitation agricole - ainsi que pour la filière dans laquelle celle-ci s'inscrit. Puis on nous a invité à nous rendre dans une entreprise de défiscalisation après que le commentaire eut indiqué qu'il y avait des dizaines d'engins de travaux publics en arrêt (saisis) et que ceux-ci seraient vendus une bouchée de pain aux enchères lorsque les délais légaux seraient écoulés. Le bureau de défiscalisation, incarné par  un vieux monsieur très bien, a convenu de certains effets pervers de la défiscalisation, dès lors que celle-ci peut s'exercer n'importe comment, en particulier par ceux qu'elle est destinée à aider dans leur activité professionnelle. Puis retour sur les "victimes" : quelques "entrepreneurs" (que je ne permettrai pas de qualifier) qui se sont suréquipés sans la moindre perspective de rentabiliser leurs leasings et qui en veulent au système qu’ils dénoncent après avoir cru au Père Noël, autrement dit après avoir cru qu'il suffisait d'acheter des équipements ultra performants de manière disproportionnée pour créer des marchés, de la demande, des appels d’offre, etc. Puis visite à la FEDOM à Paris pour "démontrer" que la défiscalisation, c'est un lobby, une niche fiscale, etc. tout en illustrant le propos d'une image de circonstance : "Toute niche a son chien", dit le commentaire. Le “chien”, dans ce cas particulier, est incarné par la FEDOM. Bref, à en croire le très spécial envoyé, la défiscalisation ne serait qu'une combine au service d'une association de malfaiteurs qui ne se connaîtraient pas forcément entre eux. Le représentant de la FEDOM a néanmoins pu affirmer qu'il avait résulté de la défiscalisation un incontestable profit pour l'économie, les équipements privés et l'emploi dans les DOM.

 

L'employé de "Envoyé spécial" ne s’est par ailleurs pas privé de répéter des dizaines de fois qu'il s'agissait d'une niche fiscale, que c'était une forme de fraude, que l'on privait l'État de recettes, et tutti quanti.

 

Une telle volonté de travestir la réalité - à moins que ce ne soit pure ignorance - est affligeantissime :

 

a) C'est comme si les taxes n'existaient pas (TVA + octroi de mer sur toutes les marchandises générées par la défiscalisation en tant que moteur d'une activité économique qui ne s'exercerait pas sans ces nécessaires incitations)....

 

Car l'État ne perd pas d'argent du fait de la défiscalisation, et celle-ci a sauvé les collectivités territoriales qui regorgent d'argent dans les DOM (ce qui alimente les poussées indépendantistes, dès lors que la richesse de celles-ci – dans le cadre de la décentralisation (et plus si volonté politique) – permet d'entretenir l'illusion d'une prospérité quasi magique. Les élus indépendantistes ou assimilés, du reste, ne se privent, ni de se servir, ni de recruter des pairs, ni de semer de l'argent pour récolter de la communication, de la reconnaissance et des voix).

 

b) “On” met l'accent sur les entrepreneurs en défiscalisation qui sont, c'est vrai, des financiers : comme si les financiers n'étaient pas égaux à eux-mêmes depuis la nuit des temps ?

 

c) “On” oublie de souligner la cupidité (et la sottise) de ceux qui, sans le moindre discernement, entendent exercer une activité en se suréquipant. Comme si le suréquipement créait le marché et les appels d'offre ! Prendre le Père Noël comme chef de projet, ce n'est jamais une très bonne idée, mais, surtout, le commentaire a soigneusement passé sous silence tout ce qui pouvait montrer le côté "branquignol" ce genre de Perrette (accessoirement, un petit détail montre toute la finesse de La Fontaine, c’est que "La Laitière et le pot au lait" succède immédiatement au "Coche et la Mouche" - un génie, ce La Fontaine).

 

d) Certes, la défiscalisation s'est vraisemblablement un peu dévoyée dans la mesure où elle est devenue une fin en soi et non plus un mécanisme utile et intelligent, mais de là en ignorer l'intelligence et l'intérêt pour le bien commun, c'est de l'ignorance ou de la mauvaise foi, ou peut-être les deux, mais il n'y apas la moindre trace d'information dans une telle démarche que nous avons jadis connue dans d'autres circonstances.

 

Pour la petite histoire, la rétorsion sur la défiscalisation opérée par l'irremplaçable M. Jégo en 2008 a provoqué - directement - 2 000 chômeurs dans le secteur du BTP à la Martinique, dès les mois qui ont suivi. Et celui-ci a continué à faire le malin par la suite, ce qui nous montre bien ce qu'est la nature humaine sans un minimum de santé mentale.

 

La défiscalisation a soutenu l'emploi, permis la mise à niveau et la création de nombreuses industries, permis à l'agriculture de perfectionner ses conditions d'exploitation (comme c'était montré dans le reportage qui,par ailleurs cherchait à nous faire penser que c'était mal), entraîné une forte augmentation de l'infrastructure touristique (destinée, en principe à être une panacée - en tout cas, si les Domiens voulaient bien se comporter autrement qu'en rentiers -, permis la réalisation de nombreux logements, y compris de constructions personnelles à fin de résidence principale, et, par la même, provoqué l'explosion des taxes foncières qui atteignent de surcroît des montants records malgré la multiplication des "sources", c'est-à-dire la quantité de logements bâtis. Sans parler, comme je l'évoquais plus haut de la TVA et  de l'octroi de mer sur tous les matériaux importés, plus le volume de charges sociales et de cotisations payées, etc. etc. etc.

 

Maintenant, l'homme étant ce qu'il est, les paysages en ont souffert, et bon nombre d'usagers pris de boulimie capitaliste ont évidemment laissé libre cours à leurs bas instincts, encouragés en cela par l'air du temps, et par une autre boulimie - administrative, celle-là - qui est tellement budgétivore, "qu'il faut faire du fric" par tous les moyens afin d'alimenter la bête qui ne laisse pas le moindre répit à ceux qui ont la pénible charge de la nourrir de leur travail ou de leur patrimoine.

 

Bref, la niaiserie de ce reportage toxique m'aurait traumatisé si elle ne s'inscrivait pas dans le cours - hélas ! - "normal" des choses auxquelles nous avons eu le loisir de nous habituer très progressivement, tant les choses sont venues de manière régulière et dans une synergie qui ne laisse aucun doute sur le tour que prendra l'avenir si l'on veut bien considérer les causes, les en-cours et les effets.

 

Et, comme par hasard, cette émission a été programmée le jour même ou Valérie Pécresse y allait de son petit couplet (assorti de grandes leçons de morale) sur la chasse aux (présumés) fraudeurs, l'anathème sur paradis fiscaux et toute la quincaillerie qui sert à ce genre cuisine "allégée" - tellement digeste que Margot en perd du poids sans le moindre effort, et devient si séduisante aux yeux de... DSK, pour qui elle serait prête à voter en gloussant de bonheur, si l'on ne trouvait de la paille de cachot dans l'acier dont on fait les politiciens inoxydables.

 

Bref ! Une fois de plus l'information nous a promené dans l'intoxication en dissimulant la forêt avec un arbre dont les fruits sont certes visibles, mais qui n'est pas la seule essence que l'on doive prendre en considération sur le sujet.



Bien à vous,



André Derviche

 

 

 

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La Défiscalisation 09/08/2014 12:46

C'est pas faux ...

André Derviche 03/05/2013 15:44


Cher Nicolas, vaste question, courte réponse : la situation actuelle ressemble plus que jamais à des travaux pratiques sur les Fables de Lafontaine. En résumé, plus ça va, plus l'anilmalerie se
révèle dans l'hommerie. Autrement dit, plus ça change, plus c'est la même chose. Sauf qu'à force de faire l'ange, on finit par faire vraiment la bête. Jamais "ils" n'ont été aussi affreux, sauf,
peu-être vers 1792-1793-1794, lors de la "République" originelle. Fondamentale, même... À vous aussi je souhaite bonne chance (entre les projectiles).

Nicolas 03/05/2013 14:44


Bonjour,


en venant par hasard sur votre article, j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire.


Alors merci pour ce moment de détente et de vérité.


Cela étant, j'aurais voulu avoir votre point de vue sur la situation actuelle car je n'ai pas l'impression que quoi ce soit ait changé depuis que le PS est au gouvernement.


Merci et bonne continuation.

Claude HOUËL 25/11/2011 23:22





Fallait-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?


 


Je suis relativement d’accord avec A. Derviche sur son analyse concernant  le reportage.


quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a des puces.


La défiscalisation n’est plus en vogue et constitue une proie facile à donner en pâture .


Il suffit en effet d’en retenir les effets les plus pervers en minimisant les retombées positives et tout le monde de s’y engouffrer.


Les journalistes ont beau jeu de se saisir de l’aubaine car ils font leur miel de ce qui va mal.


Ils ne sont pas les seuls coupables. Il faut bien admettre que l’idée de départ , logique et généreuse qui consistait à attirer des capitaux dans les Dom pour


Favoriser l’emploi à travers le développement économique, a été en dépit de succès indéniables, l’objet d’un détournement de destination.


Les dispositions ont dés le départ, choisi des secteurs exclusif (BTP, tourisme, agriculture, transport par exemple) alors qu’il aurait fallu choisir comme seul critère la création d’emploi, tous
secteurs confondus.


Cela a produit des  « effets d’aubaine » qui ont conduit des entrepreneurs à choisir leur activité plus en fonction des facilités offertes qu’en fonction d’un savoir-faire.


On a crée de toute pièce des chasseurs de primes là où on avait besoin d’exploitants sérieux  puis à les transformer en accros aux subventions.


Pour aider les vocations, de savantes officines se sont chargé des « montages de dossiers » à présenter, contre généreuses rétributions, aux  investisseurs, aux banquiers et au services fiscaux pour agrément.


Dés lors les projets les plus grandioses naissaient avec la bénédiction de l’état, à partir du moment où les « critères » juridiques et financiers étaient  respectés à la lettre.


Dans cette démarche, l’emploi n’était plus la réalité et comme l’avantage était proportionnel aux sommes investies, la tentation fut grande de voir grand en s’équipant


bien au delà du nécessaire.


Avec le recul on ne peut que constater ces dérives, qui n’ont pas été systématiques, mais qu’il est facile aujourd’hui de mettre en avant.


La logique aurait voulu qu’il soit fait une analyse sincère et indépendante des impacts économiques et sociaux du système.


Comme d’habitude le gouvernement fait l’impasse de cette analyse et préfère arrêter un dispositif qui avait des côtés positifs, au lieu de le réformer dans ses excès.


C’est la solution la plus facile en terme de communication.


On voit bien que les journalistes, s’ils sont coupables d’une présentation partielle subjective et  idéologique, partagent leur culpabilité avec
beaucoup d’autres comme les banquiers, les cadres de Bercy et bien entendu les pseudo-entrepreneurs qui crachent aujourd’hui dans la soupe du chien qui n’a plus sa niche.