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Publié par Edouard Boulogne

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Le réalisme politique est cette attitude qui consiste, notamment en vue de ce que l'on croit le meilleur pour demain, à suspendre, aujourd'hui, et à plus ou moins court terme, une politique morale, ( pour lui substituer une politique dite « réaliste ») en vertu de deux règles confirmées par l'expérience, d'abord que la morale et la politique sont deux univers distincts, ensuite que le mieux est souvent l'ennemi du bien, l'enfer pavé de bonnes intentions, lesquelles intentions pouvant conduire là où l'on n'avait pas l'intention d'aller.

Le « réaliste politique » n'est pas, par essence, un cynique qui ne croit en rien qu'à son propre pouvoir et aux moyens de le garder quel qu'en soit le prix.

Mais rien n'est simple, même pour les politiques les plus malins et retors.

En 1940, c'est au nom d'un réalisme politique ( la victoire de l'Allemagne semblant acquise pour une très longue période ) que le maréchal Pétain accepte de prendre la tête de ceux qui préconisent une collaboration avec Hitler. Il s'agit selon eux de gagner du temps, de tenter, en rusant avec l'ennemi, de refaire une France qui, un jour, plus ou moins proche, serait capable de reconquérir son indépendance et sa grandeur.

A la même époque, à Londres l'appel du général de Gaulle apparaît comme le comble de l'irréalisme, ( sauf pour lui et ses partisans, alors ultra minoritaires ). C'est pourtant de Gaulle qui en 1944 paraitra comme ayant été le vrai réaliste.

C'est toujours de Gaulle, pourtant très anti-communiste, qui, en 1944 encore, s'en va négocier à Moscou avec Staline. Il s'agit alors pour lui, de s 'assurer une alliance ( dangereuse, certes, et provisoire ) équilibrant celle des anglo-saxons, dont la France a toujours le plus extrême besoin, mais qu'il soupçonne, non sans raisons, de n'être pas absolument désintéressés dans leur lutte contre le nazisme.

Etc.

Rien n'est simple dans les rapports humains et en particulier dans le domaine de la politique.

Qu'en est-il, aujourd'hui, en cette fin d'année 2011, pour la politique menée par les principales nations occidentales dans le bassin méditerranéen, face au monde arabe, dans cette pétaudière que les médias orchestrent « poétiquement » sous l'expression de « printemps arabe ».

Depuis janvier 2011 et « la révolution de jasmin »( encore de la poésie, là où elle n'a que faire. Méfiance ! ), en Tunisie, en Egypte, en Lybie, et maintenant en Syrie ( voire même en ….Russie ), des convulsions nombreuses nous sont présentées par des gouvernements, dont le nôtre, comme autant d'étapes vers l'avènement de la démocratie, et du début d'une ère nouvelle.

Certes, il y a bien ces « frères musulmans », entre autres, qui suscitent des inquiétudes ici et là. Mais, réalisme oblige ( nous dit-on ) on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs.

« Tout ça s'arrangera » ( air connu ).

Que l'orchestration de cette politique iréniste soit confiée à Bernard-Henri Lévy n'est pas rassurant.

Jamais on ne vit confier, par de Gaulle, la conduite de la politique étrangère de la France, à un bobo parisien.

Certes on ne peut préjuger, absolument, de la nocivité de la politique occidentale en méditerranée.

Mais, il est souhaitable que dans de vieux pays comme les nôtres, une critique constructive s'élabore, pour éclairer les citoyens qui votent et sont censés choisir, pour faire pression ensuite, dans cette exacte mesure sur la politique des Etats.

D'où l'effort du Scrutateur pour diffuser, et mieux faire connaître deux analyses autorisés, et non conformistes, celles de deux personnalités bien différentes l'une de l'autre, mais convergentes, comme on va le voir : MM Mezri Haddad, et Bernard Lugan.

Bernard Lugan est universitaire, spécialiste de l'Afrique.

Mezri Haddad est connu de nos lecteurs. Il est Tunisien, vit et travaille en France. Le Scrutateur a publié de lui, en 2006, des extraits d'une étude sur les évènements des banlieues en France.

Il l'a appris, et nous a adressé des remerciements, et des encouragements à continuer notre travail d'information et de réflexion.

Bonne lecture.

 

Edouard Boulogne.

 

( I ) De la Tunisie.....

 

http://tunisie-secret.over-blog.com/article-tunisie-mezri-haddad-la-face-cachee-de-la-revolution-tunisienne-85487655.html

 

Tunisie Mezri Haddad La Face cachée de la Révolution tunisienne...

  • Le livre choc 

  •  

  • Mezri Haddad : “Ce qui sentait le jasmin les premiers jours, dégage depuis quelques mois une odeur nauséabonde, celle du tribalisme et de l’obscurantisme“

    Pas encore dans les librairies, “La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident, une alliance à haut risque“ par Mezri Haddad, promet d'être le livre de la rentrée. Nous vous en livrons ici quelques extraits.

  • (…) Malgré les épreuves subies et la cruauté de la situation, j’ai fait le choix de me relever et de marcher. Marcher, même si je ne vois pas ma route, car la route n’existe que par sa propre marche. Et j’espère qu’en lisant ce livre, tous les grands serviteurs de l’Etat qui ont été honnêtes et intègres dans l’exercice de leur fonction, tous les anciens ministres qui ont loyalement servi la Tunisie et les Tunisiens depuis l’indépendance, tous les destouriens qui étaient probes et fidèles à l’esprit des fondateurs de ce grand parti nationaliste qu’on a décapité, tous les chefs d’entreprise et hommes d’affaires qui ont contribué à l’essor économique du pays en dépit du clientélisme et de la corruption, tous les opposants sincères qui ont préféré la légalité en composant avec le régime, tous les intellectuels ou journalistes dont la résistance passive ou le mécontentement réel n’ont pas été jusqu’à l’immolation par le feu à «Sidi Bou Saïd», comme Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid… que toutes ces personnes qui ont été humiliées après le 14 janvier, qu’on a complexées, culpabilisées, menacées, stigmatisées, désignées à la vindicte populaire, vont redresser la tête et se dire: nous n’étions ni sous le nazisme d’Hitler, ni sous le fascisme de Mussolini, ni sous le totalitarisme de Staline, ni sous la théocratie de Khomeyni, ni même sous l’autocratie du Shah.

     


    Nous étions sous une dictature banale que nous n’avons pas su ou pu abolir; une dictature qui était la moins sanguinaire du monde arabe, économiquement la plus prospère du continent africain, même si elle était les dix dernières années l’une des plus médiocres sur le plan politique (…).

     

    (….) Je dis cela car, dans cette nouvelle Tunisie que j’observe de près depuis janvier 2011, je vois que la passion démocratique s’exprime aux dépens de la passion patriotique, et dans certains cas même, contre elle. C’est que le moment par lequel la Tunisie passe est, en effet, très grave. Et je ne parle pas encore de la crise politique que traverse l’ensemble du monde arabe. Ce qui sentait le jasmin les premiers jours après la chute du régime tunisien, dégage depuis quelques mois une odeur nauséabonde, celle du tribalisme et de l’obscurantisme en Tunisie; celle des cadavres par milliers en Libye, en Syrie et au Yémen, sans parler des autres pays qui sont ciblés par les stratèges américains, ceux-là mêmes qui avaient conçu le projet néoconservateur du Grand Moyen-Orient. Et on veut faire croire aux peuples que toutes ces révolutions sont spontanées! Que cette Grande Discorde (Fitna Koubra) est une bonne chose pour le monde arabe!

    Que je vous le dise tout de suite: derrière cette ivresse de la liberté et ce triomphe de la démocratie, se profilent trois poisons mortels: la tentation de l’intégrisme, la sublimation de l’anarchisme et l’abandon de la souveraineté. Au cas où mes compatriotes ne le sauraient pas encore, il y a pire que la dictature: l’anarchie. Et il y a plus tragique que l’anarchie: la guerre civile. Et il y a plus affligeant que la guerre civile: le retour du colonialisme (…).

    (…) «Honorable correspondant» d’aucun service étranger, jamais membre d’aucun parti politique, d’aucune ONG, d’aucun réseau d’influence, d’aucun club, d’aucune loge maçonnique, je suis suffisamment indépendant pour affronter toutes celles et tous ceux qui entendent brader l’indépendance de la Tunisie, après avoir fait perdre à ce pays, en huit mois, ce qu’il a acquis en 55 ans de patient labeur: la sociabilité, la civilité, la citoyenneté, le sentiment d’appartenir à une nation et non pas à des tribus. Quatre précieux acquis qui seront encore plus difficile à rétablir que le redressement d’une économie déjà très gravement atteinte. N’eut été la détermination d’un Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, qui a été à la bonne école du patriotisme bourguibien et qui essaye, contre vents et marées, de maintenir l’Etat en frayant un chemin à la démocratie, la Tunisie serait déjà aujourd’hui plus bas que terre (…)».

    *La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident, une alliance à haut risque'', par Mezri Haddad, est préfacé par Samir Amin et paraitra pour son édition tunisienne à Arabesques.

    Mezri haddad : L’hiver sera-t-il islamiste?J’ai des choses importantes à vous dire“, murmure Ben Ali

 

 

( II ) ...A l'hiver occidental, par Bernard Lugan.

 

 

EDITORIAL :

 

Derrière la victoire des islamistes en Tunisie, en Libye et en Egypte, se cache une réalité ignorée de la plupart des observateurs qui en sont encore à opposer islam « radical » et islam « modéré », ne voyant pas que depuis le XXe siècle, deux grands courants parcourent le monde arabo-musulman sunnite[1] :

1) Synthèse du socialisme et du panarabisme, le « nassero-baassisme » a un temps prôné l’union du monde arabe avant de se fragmenter en plusieurs nationalismes sous l’influence de leaders charismatiques comme Gamal Abd-el Nasser en Egypte, Saddam Hussein en Irak ou même d’une certaine manière Hafez el-Hassad en Syrie. Alors que la realpolitik commandait aux Occidentaux de s’appuyer sur ces Etats, ils les ont au contraire combattus et l’échec du « nassero-baassisme » dont ils sont largement responsables, a créé un vide désormais comblé par l’islamisme politique.

2) L’islamisme politique a la même aspiration supranationale que le « nasserobaassisme », mais pour lui, c’est la religion islamique et non la langue arabe qui doit être l’élément fédérateur.

Durant des années, les Occidentaux se sont comportés à la manière des alouettes devant un miroir : attirés par la nébuleuse Al-Qaïda, ils sont partis à sa recherche en Irak et en Afghanistan, laissant ainsi le terrain libre à cet islamisme politique que BHL qualifie de « modéré ». Or, ce courant a pour objectif, non pas de faire sauter des bombes en Europe, mais de prendre appui sur la population immigrée musulmane pour y imposer son contre-pouvoir. En France, cela est déjà clairement le cas dans plusieurs émirats de la périphérie de villes comme Paris, Marseille ou Lyon, où les populations vivent de fait selon la loi islamique et où il ne reste plus à l’islamisme politique qu’à faire élire des municipalités - ce qui ne saurait tarder - afin de légitimer démocratiquement sa conquête territoriale.

 

conquete-islamique.jpg


Le moteur de cette gigantesque subversion qui se déroule sous nos yeux et que la bienpensance interdit de voir est l’Organisation des Frères musulmans, mouvement né en 1928 en Egypte et qui a reçu deux grandes idées de ses deux principaux fondateurs, Hassan Al-Banna et Sayyed Qutb.

1) Pour Hassan Al-Banna le panarabisme était une vision politique ethnoréductrice car tous les musulmans ne sont pas des Arabes. En revanche, l’arabe est bien la langue liturgique commune à tous les musulmans. Cette vision non raciale fait de l’organisation un modèle universel pour tous les croyants.

2) Pour Sayyed Qutb exécuté par Nasser en 1965, le monde était divisé en deux, d’une part le dar el-Islam et d’autre part le monde de l’ignorance (de Dieu) ou jahaliyya.

Le but des Frères musulmans est l’instauration d’un Etat islamique mondial, mais le réalisme commandant de procéder par étapes, la priorité est de renverser les régimes arabes nationalistes ou bien alliés de la jahaliyya ; si possible d’ailleurs avec l'aide de cette dernière, comme cela vient d’être réalisé en Tunisie, en Egypte, en Libye et demain en Syrie. Plus tard, une fois l’unification du dar el-Islam réalisée, la guerre sera menée contre la jahaliyya afin d’établir l’Etat islamique universel. Mais avant de passer à cette étape finale, il est nécessaire de la désarmer mentalement et de la rassurer en lui tenant les discours lénifiants qu’elle attend et dont sa lâcheté, autant que son masochisme, se satisferont avec à la fois soulagement et gourmandise.

Les cocus d’Occident qui rêvaient de démocratie en se pâmant devant le « printemps arabe » ont donc offert le pouvoir à leurs pires ennemis. Il est minuit moins cinq, docteur Schweitzer…

 

Bernard Lugan

 

[1] Pour ce qui concerne les chiites, la clé de compréhension est différent

 

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