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Publié par Edouard Boulogne

La destruction de l’économie Antillaise est désormais à l’ordre du jour

Avec 37% d'augmentation depuis le mois de mars, le e.commerce représente actuellement plus de 20% du tonnage généré par le flux marchand à la Martinique, selon une étude des transitaires en douane,  Pour ce qui concerne la Guadeloupe c'est 18%.
Pourtant, d'après Monsieur Claude Florentiny, le représentants des transitaires en douane, le e.commerce dérégularise totalement nos économies insulaires .

Les études sur l’avenir du commerce traditionnel menacé par les achats sur internet ne sont pas légion en Martinique et Guadeloupe . Mais nonobstant ce vide imputable aux organismes de la place , on peut d’ores et déjà  pronostiquer la progression inéluctable des actes d’achat passés par internet dans les années qui viennent. La dernière étude en date sur le sujet , le rapport prospectif sur l’e-commerce de l’institut Nielsen diffusé début septembre , prévoit que « les ventes en ligne de produits de grande consommation au niveau mondial dépasseront les ventes en magasin d’ici à deux ans ».
La Covid-19 et la révolution numérique vont accélérer l’ancrage du commerce en ligne dans les habitudes de consommation, nécessitant une transformation à marche forcée des modèles économiques, avec un risque pour l’emploi.

Une nouvelle révolution est en marche. Après la révolution mécanique, de masse, l’automatisation, nous assistons à l’introduction des nouvelles technologies dans notre quotidien professionnel et personnel.

Le marché du e-commerce est en constante évolution  en Martinique et Guadeloupe et occupe une place de plus en plus importante dans les habitudes de consommation et d’achat des martiniquais et guadeloupéens. Pour illustrer les proportions que prennent ce phénomène, nous avons décidé de procéder au recyclage d’un ancien article que nous avons actualisé pour les besoins de la cause afin que nul n’ignore !
La prospective est un art difficile et le pire n’est jamais sûr. Mais une révolution schumpeterienne – la fameuse « destruction créatrice » – au terme de laquelle des emplois auront disparu pour laisser la place à d’autres, encore largement inconnus, ne fait aucun doute, quelles que soient sa violence et son ampleur. « La vraie question est de savoir ce qu’on fait maintenant pour anticiper le chaos . Quel nouveau modèle économique et social pour la Guadeloupe et la Martinique ? Quelle politique pour le marché de l’emploi, pour accompagner la génération qui sera impactée ? Que pensez d’une Taxe sur les robots ? Faut il envisager un Revenu universel, éventuellement temporaire ? Les politiques auront à se pencher rapidement sur les moyens de prévenir la vague de faillites et de licenciements qui arrive.

Cela étant dit, voilà les chiffres clés du e-commerce en  Guadeloupe en 2019 sensiblement identique à ceux de la Martinique avec de très légères nuances :

1. Les achats et préférences en ligne à la Guadeloupe.

85 000 guadeloupéens ont acheté sur un site internet durant ces 6 derniers mois.49% ont l’intention d’acheter à nouveau sur internet durant les 6 prochains mois.44% des cyber acheteurs achètent un produit immédiatement après s’être renseigné.80% des internautes qui se renseignent sur un site vont acheter sur ce même site.68% n’ont pas de préférence entre les sites en ligne et les autres. Seuls 5% des acheteurs ne se renseignent pas avant d’acheter.

2. Les produits en ligne les plus achetés à la Guadeloupe.

Les voyages et billets d’avion représentent 37% des achats en ligne, soit un panier moyen de 1 201€……….6 achats sur 10 sont des vêtements, chaussures, ou de la lingerie, soit 59%, et le panier moyen est de 88€.Les produits culturels comme la musique et les films correspondent à 31% des achats en ligne, soit un panier moyen de 38€. Pour certains autres produits comme par exemple les pièces de voitures, des sites proposent maintenant une livraison à domicile directement sur le territoire guadeloupéen. Nous sommes en présence d’un phénomène dont nous sous estimons la dangerosité pour l’avenir économique de notre pays. Et pourquoi,  ça c’est grave !

Voilà une question qui va bientôt régulièrement hanter les observateurs de la scène du commerce de détail en Martinique comme en Guadeloupe . En effet, on va vraisemblablement voir disparaître au cours des prochaines années de nombreuses enseignes de commerce traditionnel, alors que le commerce en ligne bondit d’une année à l’autre. On peut certainement s’interroger sur ce que l’avenir nous réserve sur ce front…  la prolifération des offres en ligne fait énormément diminuer les parts de marché et les ventes du « magasin traditionnel ». Et dans bien des cas, c’est sa survie qui est en jeu. La tendance au déclin va se poursuivre notamment pour les centres villes . Des fermetures sont à prévoir, certains commerces vont assurément disparaître.

Le Web marchand, l’ami qui nous fait faire des économies, mais qui va détruire à terme notre niveau de vie et mettre en faillite la grande majorité des commerces traditionnels de la Martinique et de la Guadeloupe.

L’internet a plus de 20 ans, il a changé nos vies en nous donnant un accès rapide à l’information, à la culture, à la connaissance. Ce sont aussi les réseaux sociaux, qui amènent de nouvelles façons de communiquer ou le web marchand, qui permet de nouvelles manières d’acheter et de consommer des Biens et des Services.

Mais les processus commerciaux du Web Marchand, du E-commerce vont tuer l’économie marchande Martiniquaise et guadeloupéenne . Comment ? C’est malheureusement très simple.

Voilà une autre question qui corrobore mes observations de la scène du commerce de détail tant dans le centre ville de Fort-de-France, de pointe à pitre que de basse-terre . J’ai vu disparaître au cours des dernières années de nombreuses enseignes de commerce traditionnel, alors que le commerce en ligne s’ancre dans les habitudes d’une année à l’autre.
Le paiement d’un Service par Carte Bancaire sur un site web est extrêmement simple : Il suffit de mettre sa commande dans un panier virtuel, de remplir le formulaire de paiement avec son numéro de carte, de sécuriser le paiement d’une manière ou d’une autre et de se faire instantanément livrer le Service qu’on vient d’acheter.

Mais analysons un peu plus en détail le processus sous l’angle unique de la facturation et du flux de trésorerie qui paye cette facture. Dit autrement : quelle est la société qui facture et qui encaisse l’argent ?
C’est tout simplement une société étrangère à la Guadeloupe et à la Martinique . Dans ce nouveau modèle économique, le consommateur est totalement satisfait, car il paie nettement moins cher, mais posons nous la question de savoir à quel prix pour l’économie et l’emploi en Martinique et Guadeloupe ?

Prenons le cas d’une entreprise implantée aux Antilles françaises , qui avait un modèle économique traditionnel, c’est à dire que les magasins payaient des droits de franchise, payaient des loyers, employaient des salariés, payaient de la publicité, de la TVA, des charges et taxes, etc.

Aujourd’hui, quand vous achetez sur internet , il n’y a aucune activité économique ni en Martinique et en Guadeloupe, donc pas de rentrée d’argent , à part peut-être l’octroi de mer . Tout est géré en France hexagonale ou aux Etats Unis, de manière centrale et unique pour le monde entier, la facturation est externe à la Martinique et à la Guadeloupe.

Qu’est ce que ça veut dire ? Tout simplement que des millions d’euros , quittent aujourd’hui la Martinique et la Guadeloupe et partent à l’étranger. En échange, il n’y a aucun emploi créé en Martinique et Guadeloupe , aucun loyer, aucune taxe, pas de TVA, pas d’Impôts sur les Sociétés.
C’est la théorie économique de la destruction créatrice .

Vous pouvez dire aussi : « C’est la théorie de la destruction créative . On détruit des emplois dans des centres-villes obsolètes comme Fort de France, Pointe-à-Pitre et basse-terre, pour les recréer ailleurs dans des secteurs modernes comme les centres commerciaux de la Galleria, de Genipa ou encore de destreland ou milenis en Guadeloupe. Ces centres sont virtuellement eux mêmes d’ores et déjà condamnés à terme par l’ultime étape d’une fuite des ressources financières dans le net . La revue spécialisée « Linéaires » a enquêté  sur « le mal des hypers », avançant « les vrais chiffres ». Le magazine professionnel rappelle qu’entre 2014 et 2019 , les hypermarchés de Carrefour, Auchan et Casino ont perdu plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et par voie de conséquence ont accumulés les pertes d’exploitation.
Les habitudes des consommateurs changent. Le déport des achats non-alimentaires vers l’e-commerce et les grandes surfaces spécialisées explique aussi la désaffection des hypermarchés et supermarchés.

C’est malheureusement vrai aussi pour les commerces traditionnels , mais là, on les(les ressources financières) perd désormais en Martinique et Guadeloupe pour les recréer à l’étranger et on remplace des flux de trésorerie qui restaient aux Antilles  , qui faisaient tourner l’économie locale par une sortie définitive d’argent vers l’étranger.

La seconde remarque que je fais est que la valorisation des importations est nettement supérieure avec ce processus, donc ce phénomène vient aggraver la balance commerciale de la Martinique et de la Guadeloupe qui devient encore plus déficitaire .
Alors que faire si l’on considère qu’on ne peut arrêter le progrès technique ?

Il faut simplement restructurer sans plus attendre l’économie de la Martinique et de la Guadeloupe et la réorganiser avec des investissements massifs dans la production locale. Pour ce faire, il est urgent de changer de modèle économique et social.
Nous sommes en train de jouer avec le feu et ce avant même que la révolution numérique, la digitalisation ainsi que la robotisation dans les banques et les activités de service , et l’intelligence artificielle finisse le travail de destruction massive de l’économie traditionnelle Martiniquaise et Guadeloupéenne. La donne va changer brutalement , car c’est le secteur tertiaire qui est dorénavant touché alors même qu’il représente 82% des emplois en Martinique et plus de 85 % des emplois en Guadeloupe. A notre avis, et selon nos calculs,  l’impact sur les emplois perdus par la Martinique et la Guadeloupe serait de 69 % dans les 10-20 années à venir.

Au cours de ces derniers mois, j’ai pris conscience de la panique des économistes et d’un changement important en matière de théorie économique, car la dynamique libérale est grippée et la pandémie du Covid 19 a bouleversé le fonctionnement des économies et contredit les raisonnements de la science économique qui faisaient force de loi. Ce qu’il faut retenir c’est que nous sommes en présence d’une mutation : tout va très vite maintenant. Très, très vite.
A méditer ce proverbe créole : « Jou malè pa ni pran gad «  . (Il n’y a pas de « Prends garde » avant un jour de malheur. Signifie que le malheur arrive sans prévenir, de manière soudaine et donc il faut savoir anticiper )…

Jean-Marie Nol, économiste


 


 


 


 


 

 

 

 

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Claude HOUEL 08/11/2020 12:19

Du catastrophisme constructif ?
Monsieur Nol nous soumet une analyse factuelle très documentée et il faut l’en remercier.
Il en tire cependant des conclusion très pessimistes de nature à faire fuir ,en plus grand nombre encore les jeunes cerveaux dont nos iles ont grandement besoin.
En outre il ne propose pas réellement, même de façon esquissée , de solution aux crises à venir,
Peut-être une solution , sous-jacente, plutôt politique de changement de statut.
La France y est présentée comme l’étranger qui profite de l’économie numérique et n’assurera plus de transferts sociaux. C’est un peu réducteur.
Il met en avant une économie locale de remplacement.
Il n’analyse pas un certain nombre de facteurs locaux qui menacent notre économie .
Il semble méconnaître la faculté de l’homme à rebondir comme cela a été démontré par le passé.
Quelques exemples :
Il considère que le tourisme n’a pas d’avenir alors que c’est au contraire une grande chance pour nos îles et que cette industrie a démontré ses capacités à rebondir et à survivre à deux grandes crises pétrolières , à l’éruption de la Soufriére, à l’attaque des Twin Towers ou à des grèves de 44 jours, entre autres. Quand la crise du Covid sera derrière nous l’attractivité de nos destinations sera intacte.
Présenter le commerce numérique sous le seul angle de la menace contredit notre histoire : Chaque révolution technologique a effectivement amené la destruction d’économies archaïques , donc d’emplois mais elle a fait naître une économie de remplacement, plus moderne et créatrice d’emploi nouveaux. Il n’y aucune raison objective pour que cela ne continue pas.
Dans les années 60 nos bananes étaient chargées, à dos d’homme, sur des barges qui rejoignaient des cargos au large de Basse Terre , aujourd’hui le port moderne de Jarry permet de les charger en conteneurs. Le métier de docker n’a pas disparu mais s’est transformé.
Il conviendrait aussi de modérer l’impact du commerce en ligne qui se heurte à notre insularité : Il y a une multitude de marchands du web qui refusent de livrer chez nous, probablement parce que notre marché est trop petit et nos taxes différenciée en taux et en nature trop complexes.
Il aurait fallu également analyser en profondeur les raisons du choix du consommateur de choisir ce mode d’achat. La raison fondamentale est le prix . Il serait intéressant de démonter le mécanisme de formation des prix locaux sur les produits manufacturés pour voir pourquoi il existe un tel différentiel. L’impact du coût de transport et des taxes n’est pas pertinent car subi par les deux modes de commercialisation. Le surcout de stockage serait plus vrai. Mais il est un facteur qui n’est pas souvent mis en avant, c’est celui de la sur-rémunération de la fonction publique qui explique, en partie, le différentiel de prix.
En résumé M. Nol a raison d’attirer notre attention sur les changements qui nous attendent car cela nous permet de réfléchir aux solutions , mais il ne faudrait pas, par excès de pessimisme, décourager notre jeunesse.
Si il y a un danger c’est celui de la fuite de nos jeunes cerveaux vers d’autres horizons alors que leur talents nous manquent terriblement.
Eux seuls pourraient dépoussiérer nos très couteuses institutions, moderniser nos structures économiques et maximiser nos atouts, cela ne se fera pas sans grincements de dents et changements de mentalité mais cela se fera grâce à eux et grâce aux lanceurs d’alerte comme M. Nol.