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Le Scrutateur.

Blog destiné à commenter l'actualité, politique, économique, culturelle, sportive, etc, dans un esprit de critique philosophique, d'esprit chrétien et français.La collaboration des lecteurs est souhaitée, de même que la courtoisie, et l'esprit de tolérance.

Tribune : La France n'est pas en guerre civile … mais …

De la difficulté à réformer la France à la tentation autoritaire : pourquoi la crise sera durable , violente et douloureuse  après 2027 ? Par Jean-Marie NOL

 

La crise sociale et sociétale actuelle s'inscrit dans un contexte où les leviers économiques de court terme restent fortement contraints. L'interdépendance entre la stabilité sociale et les indicateurs macroéconomiques rend les solutions rapides complexes à mettre en œuvre. Les marges de manœuvre budgétaires des États sont limitées par des niveaux d'endettement élevés, ce qui restreint le financement de nouvelles mesures sociales d'envergure.

Par ailleurs la croissance est atone et une activité économique ralentie freine la création d'emplois de qualité et réduit les rentrées fiscales nécessaires au maintien des services publics (santé, éducation, transports).La fameuse expression « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » (prononcée à l'origine par Winston Churchill en 1940) est régulièrement invoquée dans le débat politique français pour symboliser un traitement de choc économique.La pertinence d'un discours de vérité ou de rigueur pour le prochain président de la République s'appuie principalement sur la dégradation des finances publiques et la nécessité de réformes structurelles, bien qu'une telle formulation divise la classe politique.Avec une dette publique qui dépasse les 3 600 milliards d'euros, certains observateurs et économistes estiment que le pays est face à un « mur budgétaire ». Pour rassurer les marchés financiers et stabiliser l'économie, un plan de réduction drastique des dépenses publiques s'avérerait inévitable.

Historiquement, proposer une politique d'austérité sévère ou un discours trop anxiogène est punitif dans les urnes en France. Des figures politiques ayant adopté des postures de rigueur stricte par le passé ont souvent échoué à se faire élire à la présidence de la République . L'idée serait plutôt de préparer psychologiquement l'opinion publique à des réformes structurelles profondes (sécurité avec le retour à l'ordre et l'autorité, retraites, temps de travail, fiscalité) pour redresser le pays. Mais tout cela aura des répercussions sur la cohésion sociale de la France. Ainsi la mobilisation des lycéens et étudiants est loin d'être close et la situation pourrait de nouveau s'enflammer en 2027 . En effet le chaos à venir après l'élection présidentielle va révéler toutes les failles de l'identité française ainsi que les fractures économiques à l'origine des inégalités de la société française .

« Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face. » En prononçant cette mise en garde le 3 octobre 2018, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, avait résumé l’un des dangers majeurs qui menacent la société française : la transformation progressive des fractures sociales, identitaires et territoriales en affrontements ouverts entre factions irréductibles . Huit ans plus tard, cette inquiétude résonne avec une acuité particulière. La France n’est pas en guerre civile, mais elle voit se multiplier les signes d’une dégradation du lien collectif qui pourrait, si rien n’est entrepris, rendre demain les confrontations plus violentes et la démocratie plus vulnérable.

La rupture du vivre-ensemble ne résulte pas d’une cause unique. Elle se nourrit de la crise du pouvoir d'achat, de la paupérisation de certains territoires, de la ségrégation urbaine, du sentiment d’abandon, de l’insécurité, des tensions liées à l’immigration, mais aussi de la défiance envers les institutions et d’une classe politique incapable de dépasser ses antagonismes. Lorsque les citoyens ne partagent plus les mêmes références, ne se font plus confiance et finissent par percevoir leurs concitoyens comme des adversaires politiques et idéologiques , la communauté nationale se fragilise. Les violences racistes, les radicalisations idéologiques et la brutalisation du débat public constituent alors des signaux d’alarme qu’il serait irresponsable de minimiser. Pour autant, le danger réside davantage dans l’accumulation des fractures et dans l’incapacité politique à les résorber.La crise du pouvoir d'achat s'installe dans la durée car elle résulte d'un effet de ciseau structurel : les prix se stabilisent à un niveau définitivement élevé alors que la croissance atone et la productivité en berne bloquent une revalorisation équivalente des salaires.

Le risque est précisément celui d’un engrenage avec la crise de la dette . Le choc inflationniste subi depuis 2022 (énergie, alimentation) est désormais intégré dans les coûts de production. Revenir en arrière nécessiterait une déflation (une baisse généralisée des prix), un phénomène économiquement destructeur que les banques centrales évitent à tout prix. Pour tenter de juguler l'inflation, les banques centrales ont fortement augmenté leurs taux d'intérêt. Cela a des conséquences directes sur les ménages et les États :

• L'accès au crédit est plus cher, ce qui réduit le pouvoir d'achat immobilier et augmente le coût des crédits à la consommation.

• Austérité budgétaire : Les États, lourdement endettés, doivent désormais rembourser une dette plus coûteuse. Ils disposent de moins de marges de manœuvre pour distribuer des aides (chèques énergie, boucliers tarifaires), et la tentation d'augmenter les taxes ou de réduire les services publics pèse indirectement sur le budget des ménages. À mesure que les citoyens perdent confiance dans la capacité de l’État à garantir leur pouvoir d'achat, leur sécurité, à faire respecter la loi et à assurer l’égalité des droits, la tentation d’un pouvoir autoritaire peut gagner du terrain en raison de troubles sociaux . Une société épuisée par les violences, l’instabilité politique et l’impuissance publique peut finir par privilégier la promesse d’ordre au détriment des libertés. C’est ainsi que les démocraties peuvent se fragiliser de l’intérieur : non nécessairement par un coup de force militaire , mais par une érosion progressive des contre-pouvoirs, une restriction des libertés publiques et la concentration du pouvoir au nom de l’urgence sécuritaire. La perspective d’un régime illibéral, voire autoritaire, ne relève donc pas d’une fatalité, mais d’un risque politique à prendre au sérieux.

Pour éviter cette dérive, la République doit retrouver son autorité sans renoncer à ses principes. Rétablir la sécurité, faire respecter la justice, combattre toutes les formes de racisme et de radicalisation, restaurer la mixité sociale et redonner des perspectives économiques aux territoires d'outre-mer abandonnés constituent les conditions d’une réconciliation nationale. L’autorité sans justice nourrit la révolte ; la liberté sans ordre fragilise la coexistence ; et les discours politiques qui désignent des communautés entières comme responsables des difficultés collectives aggravent les divisions qu’ils prétendent combattre.

La France se trouve ainsi devant une alternative décisive : reconstruire un socle commun de confiance ou laisser s’installer une logique de confrontation dans laquelle chaque camp finit par considérer l’autre comme une menace. La guerre civile n’est pas écrite, mais l’affaiblissement du lien national peut en créer les conditions. Et si la peur, l’insécurité et le désespoir conduisent les Français à réclamer un pouvoir toujours plus coercitif, le risque sera double : une société qui ne sait plus vivre ensemble et une démocratie qui, au nom de sa propre sauvegarde, pourrait finir par sacrifier ses libertés. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement d’éviter que les Français vivent face à face, mais d’empêcher qu’ils cessent de se reconnaître comme les membres d’une même communauté politique.

 

 

 

Jean Marie Nol économiste et juriste en droit public 

 

 

 

 

 

 

 

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