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Le Scrutateur.

Blog destiné à commenter l'actualité, politique, économique, culturelle, sportive, etc, dans un esprit de critique philosophique, d'esprit chrétien et français.La collaboration des lecteurs est souhaitée, de même que la courtoisie, et l'esprit de tolérance.

La chronique de Jean-Marie NOL : La solidarité contre la rigueur qui vient avec les coupes budgétaires qui devraient impacter la Guadeloupe

La chronique de Jean-Marie NOL : La solidarité contre la rigueur qui vient avec les coupes budgétaires qui devraient impacter la Guadeloupe

La France entre progressivement dans une zone de turbulences économiques, financières et politiques dont l'issue apparaît de plus en plus difficile à maîtriser. Canicules en série, reprise des hostilités autour du détroit d'Ormuz: les perspectives économiques s'assombrissent de nouveau. Et la préparation du budget 2027 au cours de cet été va être encore plus compliquée que prévu avec ces dépenses nouvelles qui vont impacter fortement le budget de la France et auront comme conséquence d'accroître les déficits :  Incendies, tempêtes, sécheresses , canicule : un coût annuel qui peut atteindre jusqu'à 57% du PIB dans certains pays. Outre leur impact humain, la multiplication des événements climatiques extrêmes coûte également cher à l'économie mondiale et pénalise les systèmes financiers. Un nouveau rapport du réseau de banques centrales et superviseurs pour verdir le système financier, le Network for Greening the Financial System (NGFS), vient le confirmer. Après avoir étudié les impacts économiques et financiers d'événements climatiques extrêmes dans 28 pays, entre 2015 et 2025, il estime que les effets inflationnistes peuvent atteindre jusqu'à 17 points de pourcentage, tandis que les impacts annuels estimés sur le PIB varient de 0,03% à 57%.

En Jamaïque, l’ouragan Melissa de 2025 a ainsi entraîné une perte économique d’environ 57% du PIB jamaïcain et aux Fidji, le cyclone Winston de 2016 a provoqué une perte d’environ 30% du PIB. Pour l'ensemble de la France, le montant des sinistres dus aux événements naturels pourrait doubler entre 2026 et 2050 par rapport à la période 1989-2019, pour passer de 73,4 milliards à 143 milliards d'euros.

Ce qui, il y a encore quelques années, relevait d'un débat entre économistes sur la soutenabilité de la dette publique est désormais devenu une préoccupation centrale de l'ensemble des responsables politiques, des institutions financières et des partenaires européens. Le projet de budget pour 2027 illustre parfaitement cette nouvelle réalité. le gouvernement veut limiter à 0,4 % la hausse des dépenses ministérielles en 2027, hors dette et armée. Si les dépenses de l’administration centrale sont fixées à 708,4 milliards d’euros pour l’an prochain, celles de la Sécurité sociale « croîtront plus vite que l’inflation » pour leur part, pour s’élever à 838,3 milliards. Le gouvernement demandera enfin aux collectivités territoriales de ne pas augmenter leurs dépenses au-delà de l’inflation en 2027. Derrière les discussions techniques sur les déficits, les niches fiscales ou les économies budgétaires se dessine en réalité un constat beaucoup plus profond : le modèle français de dépense publique atteint progressivement ses limites financières. " Si les candidats (sérieux) à la succession d’Emmanuel Macron se gardent de le crier trop fort, tous savent qu’une méchante purge attend le pays après la prochaine présidentielle et qui comportera inévitablement des sacrifices. « On n’y arrivera pas sans augmentation de la fiscalité ou désindexation des pensions de retraite et coupes budgétaires drastiques. Mais aujourd'hui personne ne va l’assumer car, avec ça, vous ne gagnez pas les élections », soupire un spécialiste du sujet budgétaire. Depuis plusieurs décennies, la France a répondu aux crises successives par une augmentation constante de la dépense publique et de l'endettement. La crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19, le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine puis les nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont conduit l'État à multiplier les plans de soutien afin de préserver le pouvoir d'achat, les entreprises et les services publics. Cette stratégie a permis d'amortir les chocs économiques, mais elle s'est accompagnée d'une explosion de la dette publique, qui désormais dépasse les 3 500 milliards d'euros. Dans le même temps, le déficit public demeure durablement supérieur à 5 % du PIB, très loin des engagements pris auprès de l'Union européenne.

Cette situation place désormais les gouvernements successifs face à une équation quasiment insoluble. Continuer à emprunter expose la France à une perte de crédibilité financière auprès des marchés et de ses partenaires européens. Réduire brutalement les dépenses publiques risquerait, au contraire, d'affaiblir davantage une croissance déjà fragile et d'alimenter les tensions sociales. Aucun responsable politique ne semble aujourd'hui disposer d'une solution indolore. C'est pourquoi le budget 2027 apparaît davantage comme un budget de transition que comme un véritable budget de redressement. L'objectif est avant tout de maintenir le pays à flot jusqu'à l'élection présidentielle, laissant au futur chef de l'État la responsabilité d'engager des réformes beaucoup plus douloureuses.

Les avertissements se multiplient pourtant. Plusieurs responsables politiques reconnaissent désormais publiquement que des sacrifices seront inévitables. Hausse de certains impôts, réduction des niches fiscales, désindexation partielle des retraites, diminution des dépenses publiques ou révision de nombreux dispositifs sociaux figurent parmi les hypothèses régulièrement évoquées. Les économistes mandatés par le ministère de l'Économie dressent eux aussi un constat sévère : sans changement majeur de politique économique, le déficit pourrait continuer à se creuser dans les prochaines années, éloignant encore davantage la France de ses engagements européens.

À cette fragilité budgétaire s'ajoute une conjoncture internationale particulièrement instable. Les tensions persistantes au Moyen-Orient entretiennent l'incertitude sur les marchés de l'énergie. Toute nouvelle perturbation dans le détroit d'Ormuz pourrait provoquer une flambée durable des prix du pétrole et du gaz, alimentant une nouvelle vague inflationniste. Les chaînes logistiques mondiales restent également vulnérables, maintenant sous pression les coûts du transport maritime, des matières premières, des plastiques industriels et des engrais agricoles. Ces hausses se répercutent progressivement sur les prix à la consommation, réduisant encore davantage le pouvoir d'achat des ménages.

Parallèlement, les entreprises françaises montrent des signes croissants de fragilité. Les études récentes de la Banque de France soulignent une dégradation progressive de la capacité de nombreuses PME et entreprises de taille intermédiaire à rembourser leurs dettes. La remontée des taux d'intérêt, le ralentissement de l'activité et la baisse des marges fragilisent une partie importante du tissu économique national. Cette évolution laisse craindre une multiplication des défaillances d'entreprises, des licenciements et un ralentissement durable de l'investissement privé.

Certes, certains observateurs rappellent que les ménages français disposent encore d'une importante épargne financière. Le patrimoine financier des Français atteint des niveaux historiquement élevés et le taux d'épargne demeure important. Mais cette réalité ne suffit pas à compenser les déséquilibres des finances publiques. Une part croissante de la dette française est détenue par des investisseurs étrangers, rendant le pays plus dépendant des marchés internationaux et plus sensible aux variations des taux d'intérêt. L'épargne privée ne remplace donc pas la nécessité de restaurer durablement l'équilibre des comptes publics.

Pour la Guadeloupe, ces évolutions nationales représentent une menace bien plus importante qu'il n'y paraît. L'économie guadeloupéenne demeure fortement dépendante des transferts financiers de l'État, des dépenses publiques, des investissements nationaux et des dispositifs de solidarité. Lorsque les finances publiques françaises se contractent, les effets finissent presque toujours par atteindre les territoires ultramarins, souvent avec plusieurs mois de décalage. Cette caractéristique constitue l'une des principales vulnérabilités structurelles de l'économie guadeloupéenne.

Or cette dépendance intervient au moment où le territoire connaît déjà ses propres fragilités. Après une année 2025 relativement favorable selon les indicateurs de l'IEDOM et de l'Insee, plusieurs signaux se détériorent simultanément. La hausse attendue des prix alimentaires, conséquence du renchérissement des coûts logistiques mondiaux, menace directement le pouvoir d'achat d'une population dont plus de 80 % des biens consommés proviennent des importations. Les ménages doivent déjà faire face à une augmentation des dossiers de surendettement, révélatrice d'une situation financière de plus en plus tendue.

Dans le même temps, le secteur du bâtiment et des travaux publics traverse une crise profonde. Hausse des coûts des matériaux, ralentissement des commandes publiques, retards de paiement et arrêt de nombreux chantiers affaiblissent un secteur pourtant essentiel à l'économie locale. Or le BTP irrigue une grande partie des activités économiques de l'archipel. Lorsqu'il ralentit, ce sont également les artisans, les transporteurs, les fournisseurs, les bureaux d'études, les commerces et de nombreuses petites entreprises qui voient leur activité diminuer.

Le risque est alors celui d'un enchaînement cumulatif. Une inflation persistante réduit la consommation des ménages. Une consommation plus faible affaiblit les commerces. Les entreprises investissent moins et recrutent moins. Le ralentissement du BTP détruit des emplois et réduit encore davantage les revenus distribués dans l'économie locale. Si, parallèlement, l'État réduit progressivement ses dépenses pour tenter de redresser les finances publiques nationales, les collectivités locales disposeront de moins de ressources pour soutenir l'activité économique et financer les grands investissements.

C'est précisément cette combinaison qui fait aujourd'hui craindre une phase de stagflation, c'est-à-dire la coexistence d'une faible croissance économique, d'une inflation durable et d'une dégradation progressive de l'emploi. Contrairement aux crises précédentes, cette situation serait particulièrement difficile à combattre puisque les marges budgétaires de l'État français seraient considérablement réduites par le poids de sa dette.

Cette perspective invite également à une réflexion plus large sur le modèle économique des territoires ultramarins. Depuis plusieurs décennies, la Guadeloupe s'est développée grâce à un système reposant largement sur la consommation, les transferts publics et les importations. Tant que l'État disposait d'importantes capacités financières, ce modèle pouvait absorber les crises successives. Mais si la France est désormais contrainte d'engager une politique durable de redressement budgétaire, cette logique atteint à son tour ses propres limites. Les territoires ultramarins devront progressivement renforcer leurs capacités productives, diversifier leurs partenaires économiques, développer davantage leurs exportations régionales et accroître leur autonomie économique sans pour autant renoncer à la solidarité nationale.

La véritable rupture historique réside peut-être là. Pendant longtemps, les difficultés économiques françaises étaient absorbées par une augmentation de la dépense publique. Cette possibilité semble aujourd'hui s'épuiser. Le prochain quinquennat pourrait ainsi ouvrir une période de transformation profonde de l'action publique française, marquée par des arbitrages budgétaires beaucoup plus sévères que ceux connus depuis plusieurs décennies.

Dans ces conditions, la Guadeloupe ne peut plus considérer les difficultés de l'Hexagone comme un phénomène lointain. Les contraintes budgétaires nationales, la fragilité de la croissance mondiale, les tensions énergétiques, les difficultés des entreprises françaises et la crise des finances publiques convergent désormais vers un même point : la capacité de l'État à soutenir durablement les territoires ultramarins sera probablement moins importante qu'auparavant. Pour un territoire aussi dépendant des transferts publics et des importations, cette évolution constitue un défi majeur.

L'inéluctabilité de la crise française ne signifie pas pour autant que la Guadeloupe soit condamnée au déclin. Elle signifie en revanche que le temps des abondantes marges financières publiques semble toucher à sa fin. Dès lors, la capacité du territoire à anticiper cette nouvelle donne, à accélérer sa diversification économique, à soutenir son appareil productif, à renforcer son insertion régionale et à attirer davantage d'investissements privés deviendra sans doute le principal facteur qui déterminera sa résilience face aux chocs économiques des prochaines années. Plus que jamais, les choix réalisés aujourd'hui conditionneront la capacité de la Guadeloupe à traverser une période qui s'annonce comme l'une des plus exigeantes depuis la départementalisation, alors de fait il va falloir apprendre à faire preuve de solidarité et serrer les dents .

 

 

 

Jean Marie Nol économiste et juriste 

 

 

 

 

 

 

 

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