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Publié par Edouard Boulogne

Pas seulement Ségolène, mais tout le hara socialo, et quelques idiots  utiles "de droite" se pressent ces jours-ci à Jarnac, (lieu de naissance, et de sépulture de FM) , pour célébrer le grand homme, son intelligence, ses vertus, etc, etc.

J'ai le souvenir des vers de Baudelaire (on les apprenait alors à l'école primaire ) :

Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs"...

Je ne jetterai donc pas la pierre à l'ancien chef de l'Etat. Mais je célébrerai, à ma façon, l'événement en publiant l'article que je publiai à l'occasion de son décès dans le journal Guadeloupe 2000.

Je n'y vois rien à corriger. EB

 

 

 

 

 

 

La mort de F. Mitterrand 15 ème anniversaire. Un-personnage-balzacien.jpg  ( François Mitterrand, un personnage balzacien ). 

 

 

La Bruyère écrit avec justesse qu'il y a du péril à dire du mal des puissants pendant qu'ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts. A ma modeste place de journaliste politique, j'ai combattu Mitterrand, de son vivant, de toutes mes forces, pour des raisons de philosophie politique d'abord, mais aussi parce que je n'ai jamais aimé son personnage. Un personnage joué d'ailleurs avec un talent fort remarquable. Mais un personnage faux, ambigu, trouble, équivoque, somme toute nuisible pour la France.

On le voit, je ne peux me résigner à rejoindre le choeur naïf, et surtout hypocrite, de ses innombrables laudateurs. N'est pas François Léotard qui veut !

Et je ne peux davantage me résoudre à garder le silence, parce que mon travail d'éditorialiste me l'interdit, certes, mais aussi et d'abord par une sorte d'impérieuse obligation de conscience.

Quand 93 % de Français, nous dit-on, gavés de propagande idolâtre, donnent dans la sensiblerie la plus mièvre et font du président défunt le plus important homme d'Etat français du 20esiècle, il est important de raviver les mémoires et la petite flamme salutaire de l'esprit critique, au risque de déplaire aux biens pensants. "Allons,mon âme ! Puisqu'il le faut, soyons inconvenant !"

Un habile homme____________________________

Mitterrand, pourtant, était un séducteur. J'ai admiré en lui, très tôt, le rhéteur incomparable, capable, en tribun, d'enflammer les vastes foules moutonnières ( "Odi profanum vulgus et arceo" ' ), moins lyrique qu'un Malraux, moins emphatique aussi, non moins efficace, plus varié dans son répertoire, la voix âpre, coupante, assassine. Il savait être charmeur.

Dans l'entretien, voix nuancée, roucoulante, détonnante parfois, comme d'un adolescent qui mue, pour mieux surprendre l'interlocuteur, l'adversaire, l'accompagnant de sourires pas toujours carnassiers, souvent enjôleurs, enveloppants, d'une complicité sympathisante feinte, suggérant l'estime octroyée, malgré les divergences. Tactique terriblement efficace. Plus d'un corbeau se fit avoir. Quand Léotard dit : "Quel grand homme c'était !", on comprend qu'il a été possédé, et l'on traduit : "// semblait me trouver tellement intelligent !". J'avoue, quand il se produisait, n'avoir, malgré l'easpération constante, jamais zappé, contrairement qu'avec Balladur !

A mes yeux, notre personnage ne trouve grâce que sur le plan de l'esthétique. François Mitterrand était un acteur, un aventurier qui jouait pour lui-même pour se plaire. Un homme de gauche, un de ses anciens ministres, déçu (parmi d'autres), Max Gallo, a tracé de lui le portrait que je crois le plus exact : "Sa seule fin était de s'accomplir, de jouir pour lui-même du monde, de se contempler narcissiquement dans les événements dont il n'était pas important qu 'il les suscitât ou qu'il les dominât, mais qu'il fût en leur centre, afin d'éprouver les sensations les plus vives (...), n'en finissant de se déguster comme un grand cru qui toujours surprend et comble".

Bravo Gallo ! C'est (presque) du Montherlant !

Je ne crois pas, pour ma part, que c'est d'un tel artiste -- "Qualis artifex pereo"\ * - que la France a besoin, dans la phase critique de son histoire qu'elle traverse.

Le chef d'un grand Etat doit être un exemple, et comme dit encore Bruyère : "Le caractère des Français demande du sérieux dans le souverain".

Un homme double

Acteur, jouisseur narcissique, François Mitterrand était aussi l'homme de la duplicité.

Passons sur l'épisode vichyssois, le serment de fidélité au maréchal Pétain son entrée dans l'ordre de la Francisque. Ce serait le moins mauvais Mitterrand, celui qui, dans le dégoûtant conformisme du "politically correct" de ces années 90, montrerait un certain courage, rappellerait la complexité de la situation dans la France occupée) que l'on pouvait alors, sans vraie contradiction, être à la t'ois maréchaliste et membre d'un réseau de résistance. J'ai employé le conditionnel, car la suite de la carrière de notre aventurierdonne à penser qu'il jouait peut-être déjà le double jeu. Etre du côté du vainqueur quel qu'il soit, pour jouir du pouvoir, et d'abord de soi, jouant l'homme de pouvoir.

Tel il fut toujours : pour l'Algérie française et pour la "décolonisation", anti-communiste et allié des communistes dans le "programme commun", donnant à espérer aux séparatistes de la France d'outre-mer, et les décevant cruellement (comme l'a rappelé pathétiquement Danick Zandronis dans une émission sur RFO-Guadeloupe). Il professait le culte de l'amitié, mais laissa tomber froidement le pauvre Bérégovoy, avant de tenter, au cours des obsèques, une pitoyable récupération, par un discours plein de fièvre feinte, frénétiquement éructé.

En revanche, il resta fidèle jusqu'au bout aux personnages les plus douteux dont un Patrice Pelât dont il dira : "Fallait-il que je me brouille avec lui parce que de pauvre il était devenu riche ?", ou encore de Bernard Tapie : "On ne va tout de même pas l'accabler parce qu 'il a réussi ?".

Or, l'on ne reproche pas à ces hommes-là d'avoir réussi ou d'être devenus riches, mais d'y être parvenus par la fraude, le vol, la concussion, la triche ; d'avoir cru que tout s'achète, y compris les victoires sportives, que l'argent est roi, qu'il est tout, qu'il est Dieu !

"L'arpent qui corrompt" avait pourtant longtemps fulminé Mitterrand, ( le style plein d'onction d'un évêque stendhalien qu'il affectionnait parfois. Oui le bateleur bavard qui l'a comparé à Talleyrand, cet ancien évêque qui aimait l'argent, pas si mal vu !

 

 

Mais il est temps d'arrêter mon réquisitoire. Je m'y livre contre le personnage, non contre la personne, et parce que l'hommage démesuré, pharaonique, qui lui a été rendu est trop scandaleusement tronqué, truqué, flagorneur, menteur. L'on n'y fait nul echo aux enquêtes approfondies, à défaut d'être exhaustives, d'un Montaldo dans ses "Mitterrand et les 40 voleurs" ou "Rendez l'argent !", qui mettent à nu la pourriture des dirigeants socialistes (mais pas eux seuls, hélas !), durant les deux derniers septennats.

Mais François Mitterrand est mort. Il est arrivé au terme de cette mystérieuse, merveilleuse, mais terrifiante (aussi) aventure de la vie humaine.

Devant son corps meurtri, flétri, ravagé par la souffrance, il faut, par-delà les désaccords, se recueillir, murmurer avec le poète : "Un homme est mort, un ancien enfant. et, avec tous ceux qui ont conservé la foi de la religion dans laquelle il est né et qui se confond avec l'histoire de la patrie, prier "pour lui (et pour nous) pauvre pécheur". Pour les vivants, le combat continue, et nulle pitié, nul pardon ne doivent faire oublier l'impérieux devoir de rappeler le caractère globalement négatif de ce parcours exceptionnel.

 

Edouard Boulogne.  

 

 

Tonton-vers-le-Paradis.jpg

( Dessin de Patrick, paru dans Guadeloupe 2000 de février 1996).

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Tartempion 10/01/2011 17:40



Il y a aussi Vichy : Vis, chie !


... le hasard ...



Candide 10/01/2011 15:44



Les noms des lieux sont parfois troublants.


Jarnac.


J'arnaque.