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Publié par Edouard Boulogne

 

( Comme annoncé, l'Ecole de danse Liliane Bimont a rendu hommage à Dominique et Liliane Bimont en offrant hier soir à un public, nombreux et ravi le ballet de Thaïkowski Le lac des cygnes. Au début de la soirée, j'ai eu l'honneur et le plaisir de prononcer le petit discours que voici ). 

Diane-et-Liliane-a-Paeis.-.JPG ( Diane et Liliane Bimont à Paris, il y a peu d'années ). 

 

Mesdames,

Messieurs,

Chers parents, et chers amis de l'Ecole de danse Liliane Bimont,

 

 

C'est un grand honneur pour moi, et un plaisir d'avoir été choisi par Diane Bimont, pour présenter le spectacle qu'elle donne ce soir en l'honneur de ses parents récemment enlevés à son affection et à notre admiration.

En ce qui me concerne, avant de les connaître, dans leur rayonnante présence charnelle, j'en savais déjà quelque chose, par ouï-dire, dès le début des années 1960.

Il était alors souvent question d'une école de danse, qui transmettait son savoir et son idéal de discipline et de beauté, en un vaste appartement sis au quai Lardenoy à Pointe-à-Pitre.

Sa réputation ne se bornait pas à la rigueur de son enseignement. Le nom de Bimont consonait, aussi, avec gentillesse et ouverture d'esprit.

Je partis faire mes études supérieures à Paris. A mon retour, l'école s'était déplacée, rue Achille René-Boisneuf, dans la maison même où le grand Saint-John-Perse avait passé son enfance, et qu'il évoque dans certaines pages d'Eloges.

La danse classique avait rejoint, tout naturellement, la très grande poésie.

Et, durant mes années d'absence, l'école s'était métamorphosée en une INSTITUTION. 

T-de-Laprade.-.JPG ( Deux élèves de Liliane, dont Thierry de Laprade, prémturément enlevé aux siens ). 

Ce n'est pourtant que plus tard, vers la fin des années 70, que je m'approchai de plus près du couple devenu célèbre. Par certains de mes élèves qui étaient également ceux de Liliane, Nano, comme ils disaient, notamment le regretté Thierry de Laprade, et aussi, parce que Dominique, qui lisait la revue mensuelle Guadeloupe 2000 que je dirigeais, m'approcha pour me proposer de couvrir, gratuitement, l'évènement que constitua la première route du rhum.


Dominique-Bimont.jpg ( Dominique Bimont, récemment. Il avait 80 ans ). 

 

Il le fit magnifiquement, et cet article ne fut que le premier d'une longue série.

Arrivé en Guadeloupe un peu avant Nano, à la fin des années 50, Dominique était un personnage.

Très vite après l'avoir connue, il se déclara à Liliane, qui, pince sans rire, lui donna son plein accord, à condition qu'il se mit à la danse. Et c'est ce qu'il fit, non sans talent, si j'en crois ceux qui l'ont vu évoluer. Il reste des images de cette aventure là.

Mais la vocation de Dominique c'était le monde de l'image, et du reportage télévisuel en plein essor en ces années là. Il apprenait vite, et ne tarda pas à devenir un expert en matière de reportages, de montage d'images, tant sur FR3 Outre-mer, puis RFO, qu'enfin sur Canal 10 dont il fut de la première équipe dirigée par Michel Rodriguez. Sur Canal X encore, il fut passionné par les émissions sur l'histoire des Antilles dont maître Félix Rodes était l'âme, il m'en parla souvent avec une très grande admiration mêlée dans le même mouvement d'une légère pointe d'ironie dont il ne se départait jamais.

Un soir de 1982, j'étais invité à souper chez les Bimont, rue Boisneuf. Max Moinet, rédacteur en chef de FR3, à cette époque, était là. Au moment où, vers les 20h30, ses derniers élèves étant partis, Nano nous rejoignait, il nous apprit qu'il avait été aussi, sur la fin de la guerre, à Saint-Quai Portrieux, dont il était originaire, un résistant; avec des détails. Nous en étions au-delà du 3ème whiskie, et je me demandai si le cher Dominique, qui avait la descente facile, malgré une forte capacité de résistance , n'avait pas un peu « brodé ». Car en 1944, notre ami n'était encore qu'un très jeune adolescent. Mais je dus revenir de mon soupçon, quand quelques semaines plus tard, il me montra un livre qui venait de paraître, témoignage d'un de ses chefs de réseau, avec une dédicace détaillée, qui tendait à confirmer ses dires, livre préfacé par une célébrité qui fut, aussi, chef de réseau, sous le pseudonyme de Morland, mais plus connu sous le nom de...François Mitterrand.

Non! Liliane ne s'était pas « donnée » à n'importe qui.

Liliane Bimont, naguère, au micro de Jacqueline Maussion, a dit qu'elle était sans doute née pour être une artiste, et plus précisément dans le domaine de la danse.

Mais elle avait été préparée pour cela par une famille passionnée de musique et d'opéra. Toute petite, elle accompagnait ses parents aux spectacles de l'Opéra de Paris, et se familiarisait avec cette ambiance très particulière, mélange d'admiration, de respect, mais aussi de passions grandes ou petites, parfois médiocres.

Les querelles et rivalités très parisiennes, les coteries ne retinrent pas l'attention de la petite fille qui dès l'âge de six ans entra dans l'école de l'opéra où apprennent et évoluent les tout jeunes débutants, ceux que l'on appelle familièrement, les « petits rats » de l'opéra.

Le sérieux, l'acharnement au travail, l'amour de la danse et du beau, des dons innés, la conduisirent jusqu'au sommet, où ne parviennent que des élus fort rares. Liliane devint première danseuse étoile de l'Opéra de Paris.

Pendant des années elle régna sur la grande scène nationale, avant de la quitter, pour notre bonheur, à destination de la Guadeloupe.

Nous l'avons connue surtout comme professeur de danse. Un professeur peu ordinaire. D'abord par l'aura que lui donnait son statut prestigieux de première danseuse étoile, mais aussi par ses capacités pédagogiques, par la philosophie qui l'animait. Nano, perfectionniste dans le domaine de la danse, était parfaitement consciente que l'apprentissage d'un art si difficile était aussi un moyen de former l'homme en ces enfants, ces adolescents qui lui étaient confiés, mais aussi, même en ces adultes qui venaient à elle, pour apprendre et parfois seconder. Elle avait pour tache, par la difficulté surmontée au prix de quels efforts, de délivrer l'Homme, dans ces esquisses juvéniles.

Tous les témoignages concordent : débordant de gentillesse, pleine d'un humour subtil autant que discret, Nano était, dans le travail, d'une rigueur, d'une sévérité sans failles.

Comme Rivière, ce personnage de St-Exupéry dans Vol de nuit, par cette force de caractère et cette apparente absence d'indulgence, elle voulait sauver ses pupilles du narcissisme, si commun et si dérisoire, et de l'esprit de facilité, ces mortels ennemis de l'accomplissement de soi. Les sauver de la peur, mais aussi de l'ivresse de soi, par la rigueur.

Ses élèves le savaient, et lui en étaient, lui en sont reconnaissants. 


Adoree-de-ses-eleves.-.JPG 

Après le ballet, et sa tension vers le meilleur, on se détendait. Cette photo, d"une video, montre à quel point Liliane était une "idole" pour ses élèves. Ce n'est plus la grande 1ère étoile qu'on révère, mais une amie, presqu'une maman ). 


Et l'une des réussites de Liliane, non la moindre, c'est de s'être continuée, perpétuée, en la personne de Diane, sa fille.

Les-Bimont-et-alli-Janv-2013-032.JPG ( Ses plus jeunes élèves reconnaîtront-ils en cette petite fille, à peine plus âgée qu'eux, maintenant, leur professeur, la grande Diane ). 

Diane n'a eu droit à aucune facilité par rapport aux autres apprentis. Peut-être est-ce même le contraire. «  Je les sauve de la facilité, par ma rigueur ».

Et c'est une réussite. Si nous sommes ici réunis ce soir, c'est par le fruit du travail de Liliane, sans doute, mais c'est aussi, par la volonté et la grâce de Diane, la talentueuse, la continuatrice d'une tension constante vers la beauté. Et je me risque à citer ce vers de Malherbe, si adapté à la situation présente : «  Et les fruits passeront la promesse des fleurs ».

De l'Olympe où elle siège sans doute, à cette heure, - non loin de Terpsichore, sa muse préférée, celle de la danse, et bien que nous nous trouvions au paradis des heureux, - la chère Liliane, doit bien écraser sur sa joue, une larme discrète, de bonheur, évidemment, en murmurant, avec nous : «  Bravo! Bravo! Ma petite Diane ».

E.Boulogne. 

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grand steve 20/01/2013 21:13


Re


Transmettant à ma soeur votre article , elle me répond :


"C'est moi avec Thierry dans Giselle acte II photo prise au fort St. Charles"


Pour mémoire c'est la fille (et moi le fils ...) de Mme Grand professeur de piano


Pas de hasard ici bas


bonne soirée

Edouard Boulogne 20/01/2013 22:21



Votre soeur, que je n'ai pas reconnue sur le cliché, sans doute à cause de celui-ci, et du fait que Murielle ( c'est bien son prébom je crois ) n'avait pas encore été mon élève, en
terminale: et aussi votre mère, madame Grand, un autre "personnage" qui nous manque, qui manque à la Guadeloupe. 


Merci de ce billet, EB 



Steve Grand 20/01/2013 11:15


Merci M Boulogne pour ce bel hommage qui me rappelle l'ambiance de de la Rue Boisneuf 


Bonne jpurnée