Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Identité : Attention aux dérives!





( Le Scrutateur poursuit sa recherche sur les thèmes de la culture, de l'identité, des identités culturelles. On peut se reporter dans nos archives à la "catégorie" Identité culturelle, à droite de l'écran pour avoir accès aux principaux articles sur ce thème. D'autres études y seront consacrées dans les jours qui viennent. J'y attache de l'importance, parce que les "états généraux" en cours, y consacrent sous les étiquettes de la mémoire et de l'identité, une importance certaine, abondamment illustrée, sous l'angle d'une idéologie discutable pour le moins, par des médias aux ordres des séparatistes antillais. J'insiste donc auprès de nos lecteurs pour qu'ils y réfléchissent, et soient en mesure de participer efficacement aux débats en cours. Si, ici ou là, un mot un peu difficile ou technique surgit, on aura recours aux....dictionnaires! C'est ce que je recommandais toujours aux élèves, en présence de leurs parents, lors des rencontres "parents-professeurs". Et les parents opinaient...toujours! Et puis, je lisais la semaine dernière, dans le Figaro Magazine, un intéressant article sur la mémoire, où un éminent professeur de médecine affirmait que le meilleur moyen de lutter contre la maladie d'Alzheimer était de garder une activité intellectuelle soutenue, aussi longtemps que possible et de solliciter au maximum les "petites cellules grises" chères à hercule Poirot.
L'article de ce jour, est la reproduction, telle quelle, d'une page d'un journal personnel que je tenais dans les années 1980, et qui en date du 18 août 1984, traitait, dans le style du diariste des dérives possibles de "l'identitarisme". E.Boulogne). 

(Journal : Mardi 18/08/84).



* Article intéressant de Bernard JOLIBERT, professeur de philo, à la Réunion, dans la Revue de l’enseignement philosophique de juin-Juillet 84, (34 ème année).

L’auteur constate l’abus fait des notions d’identité culturelle, et le développement du « culturalisme ».

La recherche des identités culturelles s’effectue au détriment de l’humanisme.

Longtemps la culture a été conçue dans une perspective progressive. La culture était vue comme le développement progressif d’un modèle d’humanité, c’était la culture générale, celle qu’il convenait d’acquérir, à grand effort, la culture humaniste, dont Erasme, Montaigne, Thomas More, avaient été des figures éminentes. .

Depuis quelques décennies c’est le contraire. Le mot culture, sous l’influence d’anthropologues, et d’ethnologues, a pris un autre sens. Il est devenu synonyme de : système des mœurs d’une collectivité quelconque, façons de faire la cuisine, d’endormir les enfants, coutumes concernant la vie commune. Par exemple, la coutume pour des parents de vendre leurs enfants, d’exciser les jeunes filles, de pratiquer l’anthropophagie, etc. Chaque culture est prise en soi, comme formant un tout, valant par lui-même. Toute dépréciation de cette culture étant une sorte d’aliénation.

Relativisme redoutable qui met sur le même plan le mode de vie et les représentations mentales d’un groupe de « nazillons », avec les plus hauts degrés de raffinements de la cour de Versailles, ou, sur un autre plan, d’un monastère bénédictin.


*(Référence au Protagoras de Platon).


Mais l’ethnocentrisme à tout crin (pour lequel il n’y a plus de jugement de valeur acceptable, où toutes les cultures se valent) suppose un référent. Car « de simples différences ne permettent pas de fonder une vie commune ».

« Qu’on le veuille ou non, qu’on l’avoue ou qu’on le nie, l’emploi pluriel de "culture" renvoie à son emploi au singulier où un modèle humain se trouve nécessairement impliqué ».(p.42).

Jolibert pense qu’il faut distinguer les mots « culture » et « civilisation ».

Pour lui la vraie culture est supérieure à la civilisation, (même à celles qui ont atteint un haut degré de raffinement), en ceci que la civilisation comporte un aspect statique. (Je vis selon les critères de mon groupe, même s’ils sont élevés; je suis dans le domaine de l’avoir).La culture (référence à l’étymologie, (colere : cultiver le sol) est dynamique. Elle implique un travail de soi sur soi et un perfectionnement en direction d’un modèle d’humanité : référence à Montaigne et à « la forme entière de l’humaine condition ».

« Par glissement, l’homme cultivé, ce n’est pas celui qui appartient à une civilisation (comment le contraire est-il pensable ?), mais celui dont le travail a développé les qualités humaines ».

Les crispations identitaires loin de développer le sens du relatif débouche sur le racisme et l’exclusion de tout ce qui n’est pas le groupe.(xénophobie, racisme).

Il faut donc distinguer soigneusement, et se rendre compte qu’il y a dans l’homme un invariant, ce qui fait qu’un Platon ou un Shakespeare sont et peuvent être compris partout et à toute époque.

« La véritable culture fait peu de progrès et son urgence à elle n’est pas de se trouver au dernier cri des modes, mais de ne jamais perdre de vue ce que Montaigne désignait par « l ‘humaine condition ». De fait, elle s’occupe de tout autre chose que de l’immédiat, elle vise des choses simples qui touchent la vie : le désir, la mort, l’amour, l’espoir, la souffrance, le devoir, etc. Elle cherche de possibles solutions dans ce que les hommes, indépendamment de l’époque et du lieu, ont pu tenter de répondre à leurs angoisses éventuelles. On voit alors que l’actualité culturelle véritable, les racines réelles s’étendent aussi loin que l’humanité elle-même. Vaut donc au titre de culture non ce qui ferme chaque civilisation sur elle-même, mais ce qui au contraire ouvre en elle à l’universel, c’est-à-dire ce qui est constitutif de la condition humaine en général ».

Evocation par Jolibert (page 47) de tous les petits Goering au petit pied qui sortent leur revolvers (ou leurs machettes) dès qu’il est question d’une culture qui s’écarte quelque peu de leurs petits particularisme locaux.

En Guadeloupe non plus les « petits Goering » ne manquent pas, qui pourtant défilent en rangs serrés, dès le premier son de trompe, ou de conque de lambi, au nom des « droits de l’homme ».

Ce qu’ils ne semblent pas voir, c’est que la notion même de « droits de l’homme », perd tout sens si l’on ne se réfère à une essence universelle de l’Homme. Sinon, de quel homme s’agit-il ? Du Chrétien, du Musulman, du Bambara, de l’homme conçu par Marx, par Hitler ?

Edouard Boulogne.


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article