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Publié par Edouard Boulogne

 

Le trois août 1914, la guerre commençait qui allait durer quatre ans. Quatre années d'épouvantes, sans doute les plus effroyables de l'histoire des guerres, jusqu'à cette date.

En vacances à Baden, par un clair après midi d'été, l'écrivain Stefan Sweig raconte dans ses mémoires, LE MONDE D'HIER, Souvenirs d'un européen ( éditions Belfond ), la façon dont il apprit la déclaration de guerre, de cette guerre qui devait engendrer celle de 1940-1945, lesquelles devaient entraîner la fin de ses illusions, et en 1943 son suicide, et celui de son épouse.

Sweig fut de ces grands intellectuels cosmopolites, « pourris » de ( vraie ) culture, dans la tradition des lumières, qui croyaient au progrès, pas seulement technique, mais des moeurs, consécutifs, précisément à l'expansion du savoir.

C'est l'effondrement, au moins apparent, de cet idéal qui devait entraîner également son désespoir, et sa mort.

Le dossier que je propose à votre attention commence par la proposition d'un lien qui nous conduit à Paris, il y a trois jours, où retentit, à Notre Dame de Paris, le tocsin ( qui s'éleva comme une plainte désespérée, en 1914, aux clochers de toutes les églises de France).

Il se poursuit par la publication d'un extrait des mémoires de Sweig, qui méritent d'être lus dans leur totalité.

Il s'achève par un extrait musical du Requiem de Benjamin Britten, qui vous est abondamment présenté plus loin, musicalement, mais aussi par des textes que je vous laisse découvrir.

Certains de ses documents sont photographiés. Pour les agrandir, il suffit de cliquer sur les images.

 

E. Boulogne.

 

( I ) Le tocsin commémoratif :

 

https://www.youtube.com/watch?v=MSQdJI9sTos

 

 

( II ) Comment Stefan Sweig apprit la déclaration de guerre, par un jour ensoleillé d'été.

 

Les premiers jours de la guerre de 1914

 

Même sans la catastrophe qu'il déchaîna sur l'Europe, cet été de 1914 nous serait demeuré inoubliable. Car j'en ai rarement vécu de plus luxuriant, de plus beau, je dirais presque de plus estival. Jour après jour, le ciel resta d'un bleu de soie, l'air était doux sans être étouffant, les prairies parfumées et chaudes, les forêts sombres et touffues avec leur jeune verdure. Aujourd'hui encore, quand je prononce le mot été, je ne peux que songer involontairement à ces radieuses journées de juillet que je passai à Baden, près de Vienne. Je m'étais retiré dans cette petite ville romantique, que Beethoven choisissait si volontiers pour séjour d'été, afin d'y consacrer ce mois à mon travail, dans une profonde concentration, et de passer ensuite le reste de l'été chez Verhaeren, mon ami vénéré, dans sa modeste maison de campagne, en Belgi­que. A Baden, il n'est pas nécessaire de quitter la petite ville pour jouir du paysage. La belle forêt des collines se glisse insensiblement entre les maisons basses de style Biedermeier, qui ont conservé la simplicité et la grâce de l'époque beethovenienne. Dans les cafés et les restau­rants, on s'attablait partout en plein air, on pouvait se mêler à son gré au peuple gai des curistes qui se promenaient en voiture dans le parc de l'établissement de bains ou s'égaraient sur des chemins solitaires.

La veille de ce 29 juin, qui dans la catholique Autriche est la fête de saint Pierre et saint Paul, de nombreux hôtes étaient déjà arrivés de Vienne. En clairs vêtements d'été, joyeuse, insouciante, la foule affluait dans le parc devant le kiosque à musique. La journée était douce ; le ciel sans nuages s'étendait au-dessus des larges couronnes des châtaigniers, et c'était un vrai jour à se sentir heureux. Les vacances approchaient pour les adultes, pour les enfants, et avec ce premier jour férié de l'été, c'était comme s'ils aspiraient par avance tout l'été avec son air plein de félicité, son vert nourri, son oubli des soucis quotidiens. J'étais assis à l'écart de la foule du parc et lisais un livre — je me souviens que c'était Tolstoï et Dostoïevski, de Merejkovski —, je le lisais avec une attention concentrée. Cependant, le vent dans les arbres, le gazouillement des oiseaux et la musique du parc qui flottait dans l'air étaient également présents à ma conscience. J'entendais distinctement des mélodies sans en être gêné, car notre oreille est si capable d'adaptation qu'une rumeur soutenue, une rue bruyante, un ruisseau bouillonnant, s'installe complètement dans notre conscience au bout de quelques minutes et qu'au contraire seule une rupture inattendue du rythme nous fait dresser l'oreille.

C'est ainsi que j'interrompis involontairement ma lecture quand soudain la musique se tut au milieu d'une mesure. Je ne savais pas quel morceau jouait l'orchestre de l'établissement de bains. Je sentis seulement que la musique avait cessé tout d'un coup. Instinctivement, je levai les yeux de mon livre. La foule qui se promenait entre les arbres comme une seule masse claire et flottante semblait elle aussi se transformer ; elle aussi interrompait subitement son va-et-vient. Il devait s'être passé quelque chose. Je me levai et vis que les musiciens quittaient leur kiosque. Cela aussi était singulier, car le concert durait d'ordinaire une heure ou plus. Il fallait que quelque événement eût provoqué cette interruption. En m'appro­chant, je remarquai que les gens se pressaient en groupes agités devant le kiosque à musique autour d'une commu-

nication qui, de toute évidence, venait d'y être affichée. C'était, comme je l'appris au bout de quelques minutes, la dépêche annonçant que Son Altesse impériale, l'héri­tier du trône François-Ferdinand et son épouse, qui s'étaient rendus en Bosnie pour assister aux manœuvres, y avaient été victimes d'un assassinat politique. ( pages 267 à 269 )

 

 

 

( III ) Publié par Edouard Boulogne

En hommage aux morts des guerres : le War Requiem, de Benjamen Britten.

 

 

 

WAR REQUIEM.
La guerre de 1914-1918, fut, de l'avis général, et surtout de ceux qui y ont participé, et survécu, l'une des plus atroces de l'histoire. Benjamen Britten, l'un des plus grands musiciens brittaniques du 20ème siècle, en hommage aux victimes de tous les camps, écrivit le War Requiem, dont je propose ici l'ouverture.
C'est une grande oeuvre. Il ne manque pas de grands Requiem, de tonalités différentes. Certains grandioses et tragiques comme ceux de Berlioz et Verdi; celui baroque de Mozart; celui tout en intériorité grâve de Fauré, celui plus conventionnel, à mon avis, de Cherubini, sans oublier le Requiem en grégorien de l'Eglise catholique, et d'autres.
Mais, quand il y a dix ans, au soir d'un deuil qui me toucha cruellement, je voulus choisir une oeuvre à écouter, qui convenait à mon état intérieur, c'est l'oeuvre de Britten qui s'imposa à mon besoin, et dont je ne pus, alors, écouter que "l'ouverture"..
Devant le champ du malheur, l'auteur ne se livre à aucune fioriture, à aucun effet, à aucun brillant exercice d'école.
Cette harmonie "dissonante" exprime avant tout, avec sobriété,  l'étonnement grave, la stupéfaction, la désolation sans limite.
D'autres palettes du talent de Britten paraîtront dans la suite de cette grande oeuvre. Mais le "ton" est déjà donné.
Ecoutez.
Mon but est de donner envie d'acheter l'oeuvre, de se la procurer, pour l'écouter, s'en imprégner, chacun à son rythme. Exercice indispensable en ce temps de disette spirituelle.

 

Le Scrutateur.

 

https://www.youtube.com/watch?v=O06a7sspY3c



Paroles du Libera me, en latin et en français :

 

 

LIBERA ME
Libera me, Domine, de morte aeterna, in die illa tremenda : quando coeli movendi
sunt et terra ; dum veneris judicare saeculum per ignem.
Tremens factus sum ego, et timeo, dum discussio venerit, atque ventura ira.

Dies illa, dies irae, calamitatis et
miserirae, dies illa, dies magna et amara valde.
Dum veneris judicare saeculum per ignem.
Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis.
Libera me, Domine …etc…

Délivre- moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable où le ciel et la terre seront ébranlés ; quand tu viendras éprouver le monde par le feu.
Voici que je tremble et que j’ai peur devant le jugement qui approche et la colère qui doit venir.
Ce jour là sera jour de colère, jour de calamité et de misère, jour mémorable et très amer . Quand tu viendras éprouver
le monde par le feu.
Donne- leur, Seigneur, le repos éternel,
et que la lumière brille à jamais sur eux.

Délivre- moi, Seigneur…etc

 

 

En Anglais :

 

English Tranlations for the lines in Latin:

De profundis clamavi ad te domine
(Out of the depths I cry to thee, O Lord)

Domine exaudi vocem meam de profundis
(Lord hear my voice out of the deep)

Libera me domine de morte
(Deliver me O Lord from death)

Aeterna
(Eternal)

Libera
(Free)

Read more: http://artists.letssingit.com/libera-lyrics-libera-1mmjjqg#ixzz39N6mqvJE 
LetsSingIt - Your favorite Music Community 

 

Paroles du poème de Wifred Owen qui a fourni à Benjamin Britten le canevas des paroles de son Libera me, dans le fameux Requiem de cet auteur.

 

Strange Meeting

It seemed that out of the battle I escaped
Down some profound dull tunnel, long since scooped
Through granites which Titanic wars had groined.
Yet also there encumbered sleepers groaned,
Too fast in thought or death to be bestirred.
Then, as I probed them, one sprang up, and stared
With piteous recognition in fixed eyes,
Lifting distressful hands as if to bless.
And by his smile, I knew that sullen hall;
And by his dead smile I knew we stood in Hell.
  With a thousand fears that vision's face was grained;
  Yet no blood reached there from the upper ground,
  And no guns thumped, or down the fluies made moan.
  "Strange, friend," I said, "Here is no cause to mourn."
  "None," said the other, "Save the undone years,
  The hopelessness. Whatever hope is yours,
  Was my life also; I went hunting wild
  After the wildest beauty in the world,
  Which lies not calm in eyes, or braided hair,
  But mocks the steady running of the hour, 
  And if it grieves, grieves richlier than here. 
  For by my glee might many men have laughed, 
  And of my weeping something has been left, 
  Which must die now. I mean the truth untold, 
  The pity of war, the pity war distilled. 
  Now men will go content with what we spoiled. 
  Or, discontent, boil bloody, and be spilled.
  They will be swift with swiftness of the tigress, 
  None will break ranks, though nations trek from progress. 
  Courage was mine, and I had mystery; 
  Wisdom was mine, and I had mastery; 
  To miss the march of this retreating world 
  Into vain citadels that are not walled. 
  Then, when much blood had clogged their chariot-wheels 
  I would go up and wash them from sweet wells, 
  Even with truths that lie too deep for taint. 
  I would have poured my spirit without stint 
  But not through wounds; not on the cess of war. 
  Foreheads of men have bled where no wounds were. 
  I am the enemy you killed, my friend. 
  I knew you in this dark; for so you frowned 
  Yesterday through me as you jabbed and killed. 
  I parried; but my hands were loath and cold. 
  Let us sleep now…

  • See more at: http://allpoetry.com/Strange-Meeting#sthash.GZQfYcPc.dpuf

 

Notice sur Wilfred Owen, par N.Lesueur.

 

Wilfred Owen naquit le 18 mars 1893 à Oswestry dans le Shropshire, d'une famille de souche probablement galloise. Son père, homme cultivé, lui communiqua ses goûts littéraires. Il fut toute sa vie profondément attaché à sa mère dont il commença par partager les convictions religieuses; après des études secondaires, il prit un poste auprès d'un desservant de paroisse en milieu rural, ce qui le mit en contact avec la misère des campagnes. Elle développa chez lui une profonde compassion pour les deshérités, mais précipita aussi ce qu'il appela "le meurtre de sa fausse foi". Un poste de précepteur dans une famille de Bordeaux lui offrit la possibilité de se familiariser avec les poètes français. C'est en France que la guerre le surprit : il vit arriver ses premiers blessés à Bordeaux. Rentré en Angleterre, il s'enrôla en octobre 1915, reçut un entraînement, et fut envoyé sur le front Ouest à la fin de 1916. Un long hiver de stagnation commença dans la boue des tranchées jusqu'en avril 1917 quand un obus éclatant près de lui détermina une grave commotion cérébrale nécessitant son renvoi en Angleterre. Il fut hospitalisé jusqu'en novembre, puis affecté à l'est de l'Angleterre; le temps fut marqué par un approfondissement de ses convictions pacifistes. Devant la poussée allemande de 1918, il obtint cependant de retourner sur le front; il passa la Manche le dernier jour d'août 1918. Décoré de la Military Cross le 1er octobre, il fut tué le 4 novembre en cherchant à faire passer à ses hommes le canal de la Sambre. La majorité des poèmes de Wilfred Owen furent écrits pendant la dernière année de sa vie.

N. LESIEUR.

 

Extrait de l'importante notice sur le War requiem, de Britten, publié par la marque Decca ( un album de deux disques remarquables où des chanteurs remarquables et l'orchestre du London Symphony Orchestra, est dirigé, en 1963, par Britten lui-même :

 

 

« Le War Requiem présente, à dessein, des correspondances entre textes et des corrélations entre thèmes, si claires qu'il n'est nul besoin de les commenter. Tout est graphiquement illustré : la fugue bondissante, impétueuse, athlétique de Quam olim Abrahae promisisti dépeint la jeunesse européenne prête à marcher au combat avec ardeur; la récapitulation pianissimo est aussi nettement son fantôme, sa paille — la musique de la jeunesse éparpillée comme balle à la suite du défi opposé par Abraham au commandement divin dans la Bible selon Owen. Et bien que pour la première et unique fois des forces disparates s'unissent dans le Libéra me, la vraie réconciliation a lieu dans le simple et mélodieux Agnus Dei qui est le point tournant de l'oeuvre, sa brièveté sans rapport avec son importance. Ici se retrouvent Owen et le texte liturgique; ils s'unissent pour proclamer de façon poignante le principe fondamental du christianisme, la charité. Plomer écrit: «Owen fut un héritier de la tradition chrétienne. Il dit clairement sa déception d'une civilisation chrétienne qui ne pratique pas ce qu'elle professe, comme il l'écrit dans son poème sur le calvaire détruit au bord de la route. Owen, imprégné d'idées de compassion et de réconciliation (impliquant toutes l'espérance) se montre lui-même essentiellement chrétien; c'est pourquoi l'élévation de ses poèmes au rang d'un des plus solennels rites chrétiens en une synthèse musicale est curieusement juste» et nulle ne l'est peut-être plus que dans la sereine beauté de l'Agnus Dei ».

Août 1914 : Une tragédie effroyable, et l'amorce d'un suicide européen ( avec Stefan Zweig et Benjamin Britten ).
Août 1914 : Une tragédie effroyable, et l'amorce d'un suicide européen ( avec Stefan Zweig et Benjamin Britten ).
Août 1914 : Une tragédie effroyable, et l'amorce d'un suicide européen ( avec Stefan Zweig et Benjamin Britten ).
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