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4 Février 2009
Tribune libre : La vision en noir et blanc de monsieur Domota ( le Titre
est du Scrutateur).
Par Thierry VERSON 03.02.2009 l 02h07

( Je publie cet article - paru aussi sur le site Caribecréole – en tribune libre, pour signifier qu'il n'engage pas la rédaction de notre blog, même si, à titre personnel, j'en partage largement les analyses. Je tique un peu lorsque M. Verson parle de la possibilité d'élection en France « d'une présidente de la République noire et musulmanne ».Non parce qu'elle serait noire, mais parce qu'elle serait musulmanne. Cela impliquerait que les valeurs de la France seraient devenues musulmannes, et je ne suis pas sûr, que les Français d'aujourd'hui, - et surtout les Françaises - seraient heureux du port obligatoire, par exemple du tchador, et de tout ce que symbolise ce vêtement! Cette réserve faite, lisez ce texte fort judicieux).
Eh bien on finit enfin par y arriver. Le problème de la couleur de peau; une bonne analyse des problèmes mais une mauvaise identification des causes. Oui la partie la plus pauvre et la plus
démunie de la population de Guadeloupe est noire... mais ce n'est pas un problème de race, c'est un problème de démographie, d'histoire, de classe sociale et le résultat d'une politique, parce
qu'on n’a pas donné aux noirs l'enseignement et l'égalité des chances assez tôt et qu’il a fallu du temps pour changer les mentalités. On sait tous pourquoi ce sont les mulâtres qui sont montés
les premiers dans l'échelle sociale, parce que les anciens maitres leur ont donné l'éducation. Ca n'a pas empêché les noirs de faire aussi leur chemin et de monter cette échelle sociale, mais
tout le monde n'a pas pu la monter, comme il y a aussi des blancs qui sont restés en bas de l’échelle en métropole. Dans un pays ou il n'y a que 4% de blancs, il me semble quand même
statistiquement logique que les plus pauvres soient noirs, (je dis bien statistiquement logique, je ne dis pas que la pauvreté est normale), de la même manière qu'en métropole un certain nombre
de blancs sont dans la même situation de pauvreté. Les temps sont passés, le racisme n’est plus de mise et il n’y a plus que des cons ignares pour prétendre que la race fait la valeur d’un homme.
Il est faux de prétendre que la société actuelle est raciste, même si il reste encore des discriminations qui sont plus dues aux différences sociales qu’aux différences de race. Je propose à qui
le veut de faire le test d’un jeune blanc mal fringué ou d’un jeune noir bien habillé dans une cafeteria de Paris et on comptabilise les réactions. Je vous garantis que l’appréhension est sociale
et non raciale. Je ne sais si Mr Domota est sincère ou manipulateur, mais il veut en fait racketter l’histoire et rendre responsables de la situation actuelle des gens qui n’étaient pas nés à
cette époque, qui n’ont pas participé à ces injustices et qui ne les ont pas approuvées. Si on était resté dans cette logique, on en serait encore à faire payer aux Allemands les exactions de
1870 et pourquoi pas faire encore payer aux Anglais le supplice de Jeanne d’Arc et les Algériens entre autres en seraient encore à nous faire payer les méfaits de leur colonisation. La société
française a évolué, elle est aujourd’hui multiraciale, la Loi s’efforce de donner leur chance à tous, au point même de parler de discrimination positive, au point d’imposer les CV anonymes. Mr
Domota parle d’un Mr météo blanc mais oublie qu’on a aujourd’hui un présentateur du 20h noir et que les noirs, comme les femmes, comme toutes les minorités franchissent au fur et à mesure toutes
les marches de l’égalité et qu’aucune ne leur est interdite. On pourrait même faire mieux que les Américains et élire la première femme noire et musulmane présidente de la république. Mr Domota
oublie aussi de préciser le pourcentage de blancs dans les télévisions locales… pas sûr que le rapport de 4% de blancs y soit respecté. Faut dire que si il n’y a que 20 personnes dans une
station, on va avoir du mal à trouver un métro qui accepte de se couper un membre pour respecter un parfait quota… ou alors il faut prendre un handicapé amputé et comme ça en plus la station
satisfait à son obligation en la matière. :o) (juste un peu d’humour pour rester cool… on ne fait que discuter). Mr Domota oublie aussi de préciser que si il reste bien des injustices à combattre
dans ce pays, il faut tenir gré à la société française d’avoir financé les DOMS. Dans les îles des Caraïbes, ils sont beaucoup aujourd’hui à regretter que les Français n’aient pas vaincu les
Anglais quand ils comparent leur situation à la notre. Il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Oui la Guadeloupe s’est construite sur des rapports de race et de classe depuis 400 ans, comme la France depuis 1000 ans et comme toute société. Il n’y a jamais eu, malheureusement de société
égalitaire et anarchiste dans le monde, sauf peut-être certaines tribus amazoniennes. Que le haut de l’échelle économique soit blanc est historiquement logique, puisque les grandes fortunes
étaient blanches. Est-ce que ça veut dire qu’il est interdit à un noir de faire fortune ? Est-ce que beaucoup de blancs ne se sentent pas non plus exclus de ce milieu de l’argent ? Est-ce que
vous croyez qu’il est facile à un gamin blanc lambda dans une famille moyenne qui ne peut pas lui payer de grandes études de devenir l’égal de toutes ces stars du pognon qui protègent jalousement
leurs privilèges. Et même si il y arrive, il sera snobé, ce sera un parvenu ! Le racisme de couleur c’est has been, le racisme social c’est plus « in »; il n ‘est pas meilleur et il nous touche
tous.
Quant à la fonction publique, ce n’est qu’une question de temps pour que les noirs y prennent leur place en Guadeloupe tout en haut de l’échelle, parce que dans le contexte actuel, je ne sais pas
si il y a beaucoup de noirs qui réclameraient le poste de préfet, compte tenu du comportement « collaborateur » qu’on leur reprocherait aussitôt, sans compter les insultes habituelles qu’on
entend proférer à l’égard des noirs qui tiennent des postes importants quand ils ne se soumettent pas. J’ai un exemple très précis en tête si besoin est et qui pire concernait une femme… pas
besoin de rapporter les insultes, n’est-ce pas, je suppose qu’on les connaît tous. Le problème est le même en Corse par exemple ou les Corses restent rarement en place plus de deux ans pour leur
éviter de se faire prendre dans les pressions des clans. Le jour ou la connerie et l’obscurantisme ne règneront plus en maître en Guadeloupe on pourra avoir enfin des haut fonctionnaires noirs…
non pas parce qu’ils sont noirs, mais parce qu’ils sont compétents et que leur couleur de peau ne sera pas un obstacle. Par contre, je suis choqué par le fait que gérer la misère des
Guadeloupéens ne soit pas considéré par Mr Domota comme une tâche noble. Mine de rien c’est plutôt un aveu inquiétant de sa part, à lui qui est justement parti en croisade contre la misère, parce
que je n’ose croire que la misère des plus pauvres des Guadeloupéens n’ait servi qu’à planquer les revendications anticoncurrentielles des nantis que sont les gérants de station service,
chouchous de l’UGTG. Cette histoire de pouvoir et de couleur est une gigantesque connerie, comme si un métro dénonçait le fait d’être toujours contrôlé dans PAP par des flics noirs !!! .
Passons maintenant à l’emploi :Je ne crois pas à la fable d’une enseigne qui fait venir des caissières de Paris, comme je ne crois pas à la fable d’un chef d’entreprise qui favorise
systématiquement un métro ; j’attends toujours qu’on me cite ces entreprises de Jarry qui n’embauchent que des blancs. J’en fréquente des chefs d’entreprise, des noirs comme des blancs et leur
réflexe c’est toujours le même : d’abord avoir le besoin, ensuite embaucher un mec de compétence et si possible le payer le moins cher et surtout ne pas être emmerdé. Il n’y a pas de problème de
couleur, Ce sont les syndicats avec leur attitude hostile qui foutent la trouille aux patrons au point de leur faire craindre d’embaucher certains candidats qui pourraient s’avérer dans la même
mentalité. Qui peut reprocher à un patron de ne pas employer un cadre qu’il soupçonne d’être sur les positions de l’UGTG. Est-ce que l’UGTG embaucherait des candidats noirs ou blancs qui seraient
antisyndicalistes et taupe du MEDEF ? On ne peut reprocher à personne de ne pas aller contre ses intérêts.
La réalité du problème de l’emploi en Guadeloupe est à plusieurs facettes comme on vient de le voir. Tout d’abord, c’est le besoin économique qui crée l’embauche et les syndicats dans leur manie
irresponsable de faire grève à tout va, en utilisant tous les moyens et tous les prétextes plutôt que de privilégier la discussion et la concertation sont les premiers à favoriser un chômage qui
n’en demande pas tant, compte tenu de la récession mondiale. Le jour ou tout le monde comprendra que c’est l’entreprise qui fournit en amont l’essentiel des impôts et taxes qui permettent de
financer la collectivité, on aura fait un grand pas. Il ne peut pas y avoir de Guadeloupe si il n’y a pas un tissu d’entreprises dynamiques et bénéficiaires, et surtout si on n’arrive pas à créer
des entreprises de production. C’est la première condition pour être un jour autonome, bien plus important que d’avoir un préfet noir qui agira de la même manière qu’un préfet blanc parce qu’il a
été formé pareillement et qu’il a les mêmes ordres. La deuxième facette de l’emploi c’est la compétence et donc l’enseignement et la formation. Mr Domota est cadre ANPE, il n’est pas chef
d’entreprise et quand je constate sa naïveté , je m’étonne moins que nos gamins aient tant de mal à trouver un emploi. Un diplôme c’est que dalle, parce que les diplômes n’apprennent pas à
travailler en entreprise, parce qu’il faut que les entreprises forment leurs salariés et que ça a un coût. Quand un jeune postule, on commence toujours par lui demander quelle expérience il
possède, et sans expérience il va en avoir du mal à dénicher un boulot. Mr Domota se scandalise qu’un BAC+2 soit employé à faire les chambres, mais un de mes amis est cadre dans un entrepôt chez
ED en métropole et il me disait que ce sont les manutentionnaires qu’ils embauchent à BAC+2. La difficulté des jeunes à trouver un emploi n’est pas un scoop Guadeloupéen, c’est une malédiction de
notre société qui ne sait plus quoi foutre de ses jeunes ni de ses vieux. Pire encore, les jeunes étudiants qui cherchent des stages ou ils sont exploités d’une manière éhontée n’y arrivent même
pas et sont obligés de faire jouer le piston. Eh oui, c’est ça le problème c’est que le piston reste le meilleur argument pour trouver un emploi et qu’un gamin originaire d’une famille
d’ouvriers, noir ou blanc ne risque pas d’avoir le réseau social nécessaire pour se faire pistonner. D’ailleurs est-ce que les cadres syndicaux n’utilisent pas ce même moyen pour trouver des
stages et des emplois à leurs gosses et à ceux de leurs obligés ? Bien sûr que oui, comme tous ceux qui le peuvent,
Contrairement à ce que j’entends, je prétends que l’enseignement de base en Guadeloupe est moins performant qu’en métropole ou il part déjà en brioche depuis un moment et qu’il lèse les chances
des jeunes. Je prétends que les enseignants ont une part importante de responsabilité dans un système qu’ils ont asservi à leur confort. Je prétends aussi que l’enseignement est inégalitaire
parce qu’il est payant. Tout ce qui concerne l’enseignement devrait être gratuit parce que c’est une des bases de la république instituée il y a fort longtemps par un certain Jules Ferry et que
c’est cet enseignement obligatoire, gratuit et laïc qui a permis à la France de décoller. Pour faire juste rappelons aussi que Jules Ferry était un fervent partisan de la colonisation… ceci peut
rassurer Mr Domota, il a le droit de se tromper sur une partie de ses revendications, pourvu qu’il sache soutenir les bonnes, l’histoire ne retiendra que ça… donc il a le droit à une seconde
chance :o). Je prétends aussi que les études en dehors de la Guadeloupe doivent être financées par la collectivité sous forme de prêt à rembourser en argent ou en années de travail au service de
la Guadeloupe, par ex mais à hauteur véritable des budgets nécessaires et non avec des augmentations de bourse ridicules de 200€.
Après l’enseignement parlons de la formation, c’est un fromage juteux et plein de trous, aussi merdique en métropole qu’ici et qui est à revoir complètement. Il y a un maquis de dispositifs et
d’aides, une multiplicité d’intervenants entre les collectivités locales et l’état et surtout une inadaptation des formations aux besoins des entreprises. Qu’on réforme la formation en un seul
pole, sous une seule et même responsabilité, qu’on développe la concertation entre syndicats, entreprises, formateurs et collectivités et surtout qu’on note et finance sur les résultats
obtenus.
Quant au fait que les jeunes Guadeloupéens qui veulent réussir doivent s’exiler, c’est malheureusement le cas et la chance de beaucoup de par le monde. Les Gallegos ont été les premiers, parce
que les plus pauvres à quitter l’Espagne pour aller créer des fortunes au Venezuela. La Bretagne était une région pauvre de la France qui a produit beaucoup d’émigrants et on peut parler de St
Domingue, de la Chine, du Bresil, de l’Afrique, des Philippines et de tant d’autres pays ; on peut parler des Etats-Unis et de l’Australie qui ont été fondés par des émigrés. La Guadeloupe
aurait-elle eu moyen de nourrir tous ses enfants si beaucoup n’étaient pas restés en métropole ? Certainement pas. Ce n’est pas encore une fois une originalité Guadeloupéenne née du racisme,
c’est un fait mondial et c’est une chance pour certains et pour certains pays, car il y a une richesse et une promesse de paix dans la mixité. Le devoir de notre société c’est de former des
gamins qui puissent gagner leur vie n’ importe où dans le monde et pas seulement dans un bureau de l’administration à PAP. Ce sont eux qui nous enrichiront en rapportant des devises au pays et
des enfants qui seront des Guadeloupéens du monde. Je regrette cette vision archaïque de Mr Domota qui semble cristalliser le monde et le bonheur autour de lui et de la Guadeloupe. Qu’importe
qu’on ait des petits enfants et arrière petits enfants de toutes les races et de toutes les couleurs si ils sont heureux. La mixité ferait-elle peur à Mr Domota ? Perdrait-il son principal
argument : l’opposition des noirs et des blancs ? Si nous sommes trop cons pour accepter les différences des autres, il est vraiment souhaitable pour la paix du monde que nos gamins le soient
moins que nous et essaient de mélanger couleurs et races. Si seulement on pouvait arriver à leur trouver un moyen de contraception pour les petits spermatozoïdes porteurs du chromosome de la
connerie et de l’égoïsme, nos gosses feraient faire à l’humanité le plus le plus gigantesque pas de son histoire.
En conclusion, oui Mr Domota a raison de stigmatiser les injustices qu’il dénonce, de se préoccuper du SIDA, des agriculteurs, des pécheurs, des chômeurs jeunes et moins jeunes, des mères
célibataires, de tous les autres et de l’injustice sociale, mais il a tort de cacher derrière la défense de certains nantis ou groupes de pression, il a tort d’être partial, il a tort d’utiliser
le désespoir et les attentes d’une partie de la population alors qu’il ne les satisfera pas et il a surtout tort de vouloir opposer blancs et noirs sur des problèmes qui ne sont pas des problèmes
spécifiques à la Guadeloupe et encore moins au racisme parce qu’il s’agit de problèmes mondiaux. Il n’a pas le droit de prendre le risque d’un affrontement racial pour satisfaire une vision myope
et fausse qui n’imprime que des images en négatif. Il y a autre chose à faire de la Guadeloupe que ce que syndicalistes et politiques sont en train d’en faire et il serait bon que chacun se
persuade qu’il est aussi capable que les autres de réfléchir, de décider et de proposer. Il n’y a pas d’homme providentiel, l’homme providentiel est toujours dangereux pour l’intelligence et la
démocratie. Alors pensez et proposez, pour qu’on arrive à changer le cours de l’histoire.
Thierry Verson.
www.caribcreole1.com