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26 Septembre 2008
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La méthode Kadamé 26 sept. |
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Rwanda : la méthode Kagamé Hubert Martin Un journaliste réputé de gauche, Pierre Péan, est traîné en justice par SOS Racisme pour incitation à la haine raciale. En cause : quatre pages d’un livre fort bien documenté, Noires fureurs, blancs menteurs [1], sur les événements tragiques du Rwanda de 1994. Ce livre, qui résulte d’une enquête approfondie et honnête, a surtout pour ses accusateurs le tort de rappeler quelques vérités sur ce pays. Bien que le journaliste ait été défendu par des personnalités aussi diverses que Hubert Védrine ou Bernard Debré, la véhémence des accusations portées contre lui à l’audience dépasse l’imagination : un de ses contradicteurs l’a même comparé à Hitler ! Il est possible dans un livre ou un article en France ou en Europe de dire du mal de n’importe quel chef d’État dans le monde sans que cela tire à conséquence ni même qu’il y ait des réactions. À cette règle, une exception : si dans un livre ou un article quelqu’un s’avise de dire la vérité sur le régime de terreur instauré par Paul Kagame au Rwanda, il sera immanquablement assailli de pétitions indignées, il fera l’objet de harcèlement médiatique et internautique, ou encore de poursuites judiciaires ruineuses comme c’est aujourd’hui le cas de Pierre Péan. Pierre Péan avait pu dans des ouvrages antérieurs mettre en cause impunément la « Françafrique » et particulièrement son homme clef, le président Bongo du Gabon, pourtant très introduit à Paris et disposant de la manne d’un pays pétrolier. Malheur à lui de s’être attaqué à Kagame : depuis la parution de son livre, le harcèlement n’a jamais cessé. L’armée française en cause Un des intérêts du livre de Pierre Péan est de laver de tout soupçon nos forces armées intervenues dans ce pays dans le cadre de l’opération Turquoise et accusées de génocide par le pouvoir rwandais. Cette accusation, étayée de faux notoires, avait trouvé au cours de l’été quelque crédit auprès de journaux français dont Le Monde. Tous les ingrédients d’une habile opération de communication avaient été réunis : une commission d’enquête (pour faire ONU ou Congrès des États-Unis, fleurer la démocratie et la défense des droits de l’homme, etc.), un rapport (bien plus fort qu’un communiqué ou une harangue !), le choix du moment de la publication de ce rapport pour donner à l’opération le maximum de retentissement : début août quand l’actualité est au point mort dans le pays occidentaux et que les grands quotidiens ne savent plus sur quoi titrer. Tous ceux qui prennent les Africains pour des amateurs ne savent pas bien à qui ils ont affaire avec Paul Kagame et l’équipe qui dirige aujourd’hui le Rwanda. Certes, ces gens ne sont pas près de développer leur pays qui est l’un des plus pauvres du monde : l’économie n’est pas leur fort. Mais pour ce qui est de la manipulation politique, nos dirigeants doivent se persuader qu’à côté des gens au pouvoir à Kigali, ils ne sont que des enfants de chœur. Une opération de manipulation Profitant de la légèreté, de l’ignorance et du mépris ordinaire de nos dirigeants pour les Africains, le président Kagame a décidé de harceler la France jusqu’à ce qu’elle soit reconnue coupable par l’opinion publique française (c’est à moitié fait) et internationale (c’est fait aussi sauf en Afrique où les dirigeants savent ce qui s’est vraiment passé). Est-il nécessaire de rappeler que la vérité est à l’inverse ?
Le pseudo-rapport de Kagame intervient en outre au moment où les juristes chargés de punir les coupables de génocide devant le tribunal international d’Arusha ont ouvert au fil des séances les yeux sur le véritable rôle de Kagame dans les massacres de 1994 et sur la nature du régime qu’il a mis en place : ils se montrent aujourd’hui de plus en plus réticents à s’appuyer sur la justice rwandaise. Mais il faut aussi compter avec l’immense orgueil de cet homme qui a décidé d’humilier la France. Il connait parfaitement les ressorts de la communication internationale, ceux de la mauvaise conscience européenne, du goût de l’autodénigrement (même quand il n’y a pas matière) d’une partie de nos médias, il dispose d’un réseau impressionnant soigneusement tissé (et dont les articulations restent à élucider [3]) en Europe. Surtout Kagame n’a aucun scrupule. Les procès totalitaires ont montré comment un procureur parfaitement cynique arrivait au moyen d’accusations véhémentes à éveiller le sentiment de culpabilité même chez les innocents, aisément déstabilisés par une rhétorique dont ils n’avaient même pas l’idée. Le Quai d’Orsay, face à cette opération, ne trouva rien d’autre à faire que de rappeler notre volonté de réconciliation avec le régime de Kigali. Alors que c’est précisément cette volonté, exprimée par une visite incongrue de Bernard Kouchner auprès de son « ami » Kagame qui est sans doute à l’origine de cette escalade dans l’audace. « Oignez vilain, il vous poindra ! » M. Kagame a beau connaître, mieux que la plupart des Africains, les ressorts des sociétés démocratiques, il en est un qu’il faut lui rappeler, c’est que dans une société ouverte, on ne plaisante pas avec la vérité. [1] Pierre Péan, Noires fureurs, Blancs menteurs, Fayard 2005 [2] Il faudrait aussi prendre en compte, pour avoir une vision complète de la question, les massacres de Hutus par les Tutsis intervenus à plusieurs reprises au Burundi. [3] Le lobby rwandais a pour noyau la diaspora tutsie chassée de son pays par la révolution de 1962 et dont seule une petite partie est revenue au pays en 1994, mais il s’est acquis dans les medias ou l’université en France, en Belgique, en Suisse, des complicités que rien n’explique sinon la naïveté ou des préjugés anticolonialistes habilement manipulés. |
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