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10 Mars 2026
Comme un feu de broussaille qui, allumé de la main de l’homme, favorisé par la sécheresse et attisé par la tempête, se propagerait à toute une forêt… Une semaine s’est tout juste écoulée depuis le début de l’opération conjointe lancée par Israël (« Lion rugissant ») et les États-Unis (« Epic Fury ») et la guerre, telle une tache d’huile et de sang, s’est étendue jusqu’à l’Arabie, aux Émirats, à l’Irak, à l’Azerbaïdjan, au malheureux Liban (comme d’habitude), à Chypre (ce qui n’était pas prévu), voire au-delà, jusqu’au lointain Sri Lanka. Pour commencer… Le Royaume-Uni lui-même, et la France, volens nolens, sont en passe de se faire aspirer par le conflit en cours. Il n’est pas jusqu’aux Kurdes – pauvres Kurdes, nouveaux Juifs errants en quête d’un État et, pour cela, idiots cyniquement utilisés puis immanquablement abandonnés - qui ne soient une fois de plus appelés à se mobiliser.
Quant au régime iranien, bête féroce aux abois, aveuglé par les bombardements, vomi par la majorité du peuple qu’il opprime depuis un demi-siècle et qu’il massacre depuis des mois, il tire au hasard, tous azimuts, sur tout ce qui lui paraît dangereux, hostile ou seulement ami de ses ennemis. Ce qui fait du monde. Aux aspects strictement militaires et aux conséquences humaines de l’impitoyable confrontation entre les adversaires s’ajoutent des retombées économiques encore difficiles à calculer mais dont on peut déjà prévoir qu’elles seront alimentées et aggravées par la peur moutonnière des uns et les spéculations intéressées des autres.
Au fil des jours, on a découvert avec étonnement, pour ne pas dire plus, que pas moins de 400.000 ressortissants français, donc nos concitoyens, résidents permanents ou visiteurs occasionnels, s’étaient retrouvés pris au piège par l’extension à la péninsule Arabique, a priori neutre, des menaces, puis des attaques lancées par l’Iran, indifféremment contre des bases militaires installées sur place par l’Occident, des raffineries par nature vulnérables ou simplement des hôtels de luxe, des immeubles et des tours surgis, ces dernières année, des sables du désert, et des sites touristiques, plages, parcs d’attractions. On a également pris la mesure des traités d’alliance offensive et défensive hâtivement et inconsidérément négociés puis conclus, en dehors de toute consultation parlementaire ou populaire , entre la France – l’État français – et le Qatar ou autres nouveaux amis réputés anciens de notre pays dans la région. On s’est également avisé, à cette occasion, des conséquences auxquelles pourrait nous amener et nous obliger le respect de notre signature.
Pour revenir aux Français présents sur ce qui est devenu, en quelques jours, une zone de guerre, fraction du vaste champ de bataille ouvert le 28 février, une partie d’entre eux a été naturellement et très normalement attirée et retenue par l’ampleur, l’activité et la rentabilité des chantiers, des contrats et des activités de toutes sortes qui ont soudain surgi là où ne poussaient ni la végétation ni aucune sorte de modernité. D’autres, influenceurs, narcotrafiquants ou chevaliers d’industrie, apprécient la tranquillité et les douceurs en tous genres que leur offrent généreusement des gouvernements et des sociétés peu regardants où leur argent et leur liberté sont à l’abri des inquisitions, des condamnations et des curiosités de la police, de la justice et, bien sûr, du fisc. Ce sont des parasites sociaux. Une troisième catégorie, bien différente, est constituée de familles aussi imprudentes qu’innocentes qui, plus attentives à la température de l’air et de l’eau que sensibles à la conjoncture, ont choisi de passer d’agréables vacances à ce qui s’est révélé une combinaison du mauvais endroit et du mauvais moment.
Ceux-là, pris dans le tourbillon d’événements dramatiques qu’ils n’avaient pas prévus, ont découvert, jusqu’à présent et heureusement sans en être les victimes, ce qu’est la guerre, pour de vrai, avec son bruit, sa fureur, sa violence et ses risques.
L’immédiate désorganisation de la vie, de la possibilité de se détendre, de se déplacer et tout simplement de dormir, et l’obsession soudaine de cet azur menteur d’où, comme le leur avaient garanti les agences de voyages, l’on n’a à craindre ni la neige ni la pluie mais d’où peut à tout moment tomber la mort, comme le savent, comme le vivent, comme le subissent, depuis les rivages de la Méditerranée orientale jusqu’aux bords de l’océan Indien, ces civils hagards, ces vieillards épuisés, ces mères terrifiées ou résignées, ces enfants qui n’y comprennent rien et qui, lorsque ils lèvent les yeux vers le ciel inaltérable, n’y découvrent que les taches noires qu’y font des avions devenus oiseaux de mort, le flamboiement des explosions et le panache de fumée qui monte au-dessus des villes en feu.
Parties prenantes ou parties prisées ? Spectateurs ou acteurs et, dans ce dernier cas, grands rôles ou simples figurants. Mis en face de leurs engagements, de leurs responsabilités, de leur ambiguïtés, se limiteront-ils, comme ils l’ont plus ou moins laissé entendre, à ces étranges attaques préventives ou ripostes défensives qui auraient le pouvoir miraculeux de démontrer à la fois leur participation à la lutte légitime du « monde libre », comme on disait dans les années 1950, contre la République islamo-charcutière tout en se prévalant de leur neutralité, comme en Ukraine où les mêmes se contentent de financer, de fournir en armes et en munitions, de conseiller, d’entraîner, de renseigner le gouvernement et l’armée de Volodymyr Zelensky et d’affirmer qu’ils ne sont pourtant pas en guerre contre la Russie de Vladimir Poutine ? Participeront-ils à la curée dans l’hypothèse où s’effondrerait la dictature des mollahs ? Se draperont-ils dans la toge immaculée des non-belligérants ? L’ouverture, de plus ou moins bonne grâce, de bases françaises et britanniques aux avions américains, comme le déroutage spectaculaire du Charles-de-Gaulle de la mer Baltique à la Méditerranée orientale, vont dans le sens d’une participation aux hostilités. La localisation de notre seul et beau porte-avions là où il est au mieux inutile, au pire encombrant, et l’absence, pour l’instant, de toute mission autre que celle de faire des ronds dans l’eau, vont en revanche dans celui de la gesticulation. Nous en avons pris l’habitude. Les ayatollahs ne nous en sauront pas gré. Trump non plus.
Car, en dépit de l’adage du cardinal de Retz, si souvent cité qu’il s’en est usé jusqu’à la corde, il est des circonstances où se réfugier dans l’ambiguïté est plus dommageable qu’en sortir.