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27 Août 2025
usqu’à lundi, c’était une rentrée presque ordinaire. Une rentrée sociale annoncée encore une fois chaude, dont les échos parvenaient par épisodes aux oreilles inattentives des Français encore plongés dans l’indolence du mois d’août. Un bruit familier, presque régressif, rassurant. Ni la situation financière nationale catastrophique, ni la conjoncture économique faiblarde, ni le contexte international brutal ne semblaient devoir troubler notre folklore.
Radio France, le secteur des transports, celui de l’énergie, étaient les premiers sur le pied de guerre. La routine. Les taxis, les pharmacies, le commerce, ont ensuite rejoint la danse des préavis. Et puis est apparu un Opni (objet protestataire non identifié), ce fameux mouvement du 10 septembre né de la mouvance poujado-libérale des « Nicolas qui paie » et récupéré par la gauche, et en particulier par les experts revendiqués en « organisation de la bordélisation » de La France insoumise.
Ce mouvement entend mobiliser sur un mot d’ordre, « Bloquons tout », stupéfiant. Il faut au contraire tout débloquer. Et vite.
Le pays est en effet bloqué dans un débat social et par un paysage syndical enfermé dans la légende glorieuse des acquis sociaux payés à crédit. Aucun retour en arrière, aucune correction n’est supportable. Un jour férié de moins - sans parler de deux !-, une année de travail de plus avant la retraite, un mois de moins couvert par l’assurance-chômage sont autant de « vie volée », selon l’expression de la CGT. Rembourser un peu moins les médicaments ou désindexer une partie des retraites une année de faible inflation, c’est « faire les poches des Français », serine le Rassemblement national.
Ni les exercices, réussis, de pédagogie de François Bayrou, ni ses essais, loupés, de populisme « soft » (chaîne YouTube et mission sur les avantages des élus) cet été, n’ont changé l’état de l’opinion. La France qui dépense trop et mal, qui redistribue par la dette l’argent de ses enfants, qui ne travaille et ne produit pas assez, appartient à une réalité alternative.
Le pays est aussi bloqué dans une asthénie - c’est un motif d’arrêt de travail - économique. La croissance, certes miraculeuse dans le contexte, est anémique (0,3% au deuxième trimestre). Le taux d’épargne atteint des sommets (18,8% à la fin du premier semestre). Mois après mois, le climat des af- faires se dégrade. Dans un monde auquel Donald Trump imprime un rythme effréné, l’économie tricolore se fige. La France s’absente.
Le pays, comme paralysé, assiste à sa propre déchéance financière. Le mur du réel se rapproche. La distance qui nous en sépare se lit dans la courbe des taux d’intérêt. Ceux des obligations à 30 ans sont au plus haut depuis seize ans, à 4,38 %. L’écart qui sépare le coût de nos emprunts à 10 ans de celui de l’Italie s’est réduit à 8 points de base, contre plus de 100 points il y a deux ans. Cela signifie que la France est à 0,08% d’être la pire signature de la zone euro. Elle sera en première ligne pour la prochaine crise financière. Il y a quinze ans, lors de la crise des dettes souveraines, nous étions dans le ventre mou des élèves moyens de l’union monétaire, dans la roue de la qualité du crédit allemand.
Alors que partout ressutgit l’inquiétude sourde sur la soutenabilité des dettes publiques, la France se distingue aujourd’hui dans l’inconscience. C’est une rentrée ordinaire en France, mais en bien pire. Lundi, François Bayrou a voulu conjurer l’impasse politique. Le premier ministre voulait convaincre que, justement, cette rentrée n’était pas, ne pouvait pas, ne devait pas, être comme les autres. Que l’urgence de la reprise de contrôle sur la dette du pays devait s’imposer aux revendications catégorielles et aux calculs politiciens (à l’exception tout de même, un peu, des siens). «Toute forme de politique publique nécessite de vivre dans un même monde, ce qu’on peut appeler le “réel”», rappelle Gérald Bronner dans L’Express. Raté. Il n’y a toujours pas de diagnostic partagé. Les différents groupes sociaux et politiques poursuivent un agenda propre. Le Rassemblement national accepte la perspective du chaos, dût-il être mis au crédit de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier, ses alliés, y compris un Parti socialiste inconsistant, prennent sciemment le risque de porter le RN au pouvoir*.
C’est une rentrée qui ressemble à celle de l’an dernier, mais en bien pire. Le calendrier sera plus implacable encore. Nous allons vivre la scansion des menaces de dégradation de notre note souveraine par les agences : Fitch le 12 septembre, Moody’s fin octobre, Standard & Poor’s fin novembre. Si le gou- vernement de François Bayrou tombe, nous recommencerons une séquence sclérosante pour l’action : un gouvernement chargé des affaires courantes, en attendant la nomination d’un autre premier ministre, ou une autre dissolution... La construction du budget 2026, engagée dès le printemps, sera plus laborieuse et plus longue encore que prévu, avec pour hypothèse parfaitement crédible qu’à la fin de l’an- née, la France n’ait, une fois encore, pas de budget du tout. Cette possibilité est d’autant plus forte que les échéances électorales, que le personnel politique avait déjà en tête l’an dernier, deviennent cette an- née leur unique obsession. Préparer les municipales de 2026 et la présidentielle de 2027, voilà les priorités les mieux partagées sur les bancs de l’Assemblée.
La France semble évoluer dans un espace-temps singulier. En parlant de l’Europe, l’ancien patron de la Banque centrale européenne et ancien premier ministre italien Mario Draghi a rappelé il y a quelques jours que «le monde ne nous regarde pas avec bienveillance. (...) Il n’attend pas la lenteur de nos rituels communautaires pour nous imposer sa force.» Le constat s’applique à l’échelle française. Bloquer, débrayer, manifester, bordéliser, censurer... il n’y aura aucune mansuétude pour nos rituels de rentrée. ■
Bertille Bayart (in Le Figaro du 27/08/25)
* Aucune chance : il faudrait être fou pour donner la clé de la maison à quelqu’un qui veut y mettre le feu pour se faire cuire un œuf ou pour donner le pouvoir à une formation politique qui s’amuse à tirer sur une ambulance quand cette ambulance transporte une France malade avec des pneus déjà mal gonflés…
Il y a quelques personnalités remarquables au RN, mais sa tête est pourrie et sa « normalisation » rend le RN aussi suspect d’indifférence nationale que les autres partis dits « républicains » (en réalité publicains tout court), c’est-à-dire collecteurs d’impôts-magot.
Bagarres et cigares sont les deux mamelles de… Larépublique. Qui les tette fait la fête au son des trompettes. Les magots-crates ne veulent le pouvoir que pour en jouir dans l’usus et l’abusus, le pouvoir laxatif en premier.
Le Rassemblement national, s’il ne rassemblait que des sujets responsables prendrait sur lui d’être le bouchon qui fait obstacle à la Bérésina française en communiquant largement sur le fait qu’on ne guérit pas un malade en le tuant.
Chirac en 1980 avait déjà montré ses limites intellectuelles et morales en proposant au Fécal d’être son chausse-pied en 1981, puis en 1988 en opposant au Fécal son monopole du cœur pour chiens et chats au lieu de démasquer l’Arsouille.
Décidément, le politiquement français se fiche pas mal de l’avenir de la France et l’Assemblée soi-disant nationale n’est in fine et sans finesse qu’un crétinodrome.
(Note de l’Oncle Eusèbe, misanthropie notoire)