Blog destiné à commenter l'actualité, politique, économique, culturelle, sportive, etc, dans un esprit de critique philosophique, d'esprit chrétien et français.La collaboration des lecteurs est souhaitée, de même que la courtoisie, et l'esprit de tolérance.
12 Février 2017
1 ) Scène de lapidation. 2 et suivantes. Cicéron fustige Catilina au Sénat de Rome il y 2000 ans. Détail du tableau. Catilina isolé et vaincu.
C'est le deuxième texte de madame Lizotte que je publie sur « l'affaire Fillon », cette tentative, par delà la personne de l'ancien premier ministre, d'extinction de la France et de ce qu'elle représente pour ceux qui pensent encore. Aline Lizotte, philosophe, théologienne et enseignante d'origine Québécoise, habite Solesmes et dirige l'AFCP (l'association pour la formation chrétienne de la personne).
Le deuxième texte est plus remarquable encore que le premier.
Je sais bien qu'on lit de moins en moins actuellement, en dehors des SMS et du visionnage paresseux de liens internet sinon toujours vicieux, du moins insipides et soporitifs et/ou vulgaires.
Je suis de ceux qui ne se résignent pas.
Je lis, j'écris, je tente de faire lire, comme je l'ai fait durant des décennies à des générations d'élèves.
Ce blog n'a d'autre intention, que de maintenir un niveau de lecture pour un lectorat qui existe, conscient du danger de l'abâtardissement de nos pensées, et de nos âmes. Et, ce lectorat je le retrouve en vous lecteurs du Scrutateur. D'abord les fidèles entre les fidèles ( 500 par jour, sur le deul scrutateur, en moyenne. Et il y a aussi le lectorat plus modeste de facebook ).
En certaines périodes de crise, comme présentement le chiffre s'élève. Du premier au 10 février compris, la statistique gonfle, 48000 lecteurs, en moyenne toujours, avec une poussée de 12025 lecteurs dans la seule journée du 03 février.
Pour un petit blog guadeloupéen, je crois pouvoir dire que ce résultat n'est pas négligeable.
Et si je m'en réjouis vivement, ce n'est pas je tiens à le dire par je ne sais quel ridicule vanité d'un retraité qui comparerait ses statistiques quotidiennes avec celles des jours précédents, avec une joie sénile.
Si je me bats contre la fatigue, pendant mes heures de confrontation avec un clavier d'ordinateur, c'est parce que je me bats, en fait, pour faire progresser des idées, des valeurs qui sont celles qui sont en péril en ces jours, et dont l'érosion explique la chute de notre société, la crise dans la jeunesse, les signes certains du déclin face à des idéologies de mort.
L'on pensera que j'en fais trop à propos du harcèlement politique à l'encontre de François Fillon.
Je ne suis pas naïf. François Fillon n'est qu'un homme politique, avec ses qualités et ses défauts. Mais, excusez moi, on a vu pire à propos d'hommes et de défauts. Et ce que l'on vise à travers lui, ce ne sont pas ses défauts, ( qui n'en a ? ). C'est autre chose qu'Aline Lizotte nous explique ci-dessous dans un article vibrant et profond.
Un dernier mot avant de lui laisser la parole. Pensez à ceci : si 48000 lecteurs partagent son article, le communiquent à leurs amis, en discutent, en promeuvent les idées et l'inspiration, n'auraient-ils pas le sentiment de contribuer au bien public?
Hardi ! Mes amis. Il n'y a pas de combat perdu, tant qu'on n'a pas appris à se battre, et qu'on n'a pas livré bataille.
Le Scrutateur.
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Une seule issue, la colère du peuple Quousque tandem abutimini, vos, patientia nostra ?1
(Oui, jusques à quand abuserez-vous de notre patience ?)1
L'affaire Fillon, qui semble se tasser, mais non se régler, dépasse largement la personne même de l'ancien premier ministre. C'est toute une partie de l'électorat qui a été prise à la gorge et qui devient l'otage d'un pouvoir occulte, dont on pressent qu'il existe et que l'on ne saurait nommer. Les faces sont masquées, non identifiables, les complots rampent, les acteurs les plus impliqués se réjouissent de leur coup, les vrais auteurs espèrent que cette invraisemblable comédie aura pour eux son happy end. Les élus de la Droite s'énervent et demanderaient à leur chef de se retirer. Voir leur champion anéanti devant leurs yeux n'a rien d'agréable. Le chef est là pour leur faire partager la victoire, non pour les amener à la défaite. L'assemblée triomphante de La Villette est déjà oubliée Il ne faut pas gagner hier, il faut gagner demain ! Et demain, leur répètent les sondages du moment, est incertain. Qu’attend-on ? Que le Parquet financier proclame un jugement ? Oui, mais ce Parquet, qui a été d’une célérité inhabituelle pour intervenir, pourrait, pour les mêmes raisons, être d’une lenteur épuisante à donner ses conclusions ! Et les élections approchent ! Sur les lèvres et dans les cœurs, une seule question : Fillon s'en sortira-t-il ? Comme si s'était la bonne question !
(1 Quousque tandem, Catilina, abutere patientia nostra ? est une expression latine tirée de la première des quatre Catilinaires de Cicéron. Elle signifie : «Jusques à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ?» Ces mots violents constituent l’exorde du premier discours contre Catilina prononcé par Cicéron le 8 novembre 63 av. J.-C. pour démasquer et punir la deuxième conspiration de Catilina, une tentative de coup d'État contre la République romaine. Catilina était impudemment présent ce jour-là parmi les sénateurs, alors que sa tentative d'assassinat de Cicéron et son complot venaient d'être découverts).
Pour trouver la réponse, changer la question
Supposons le scénario le plus sombre : Fillon retire sa candidature à la présidence, il se désiste de la campagne électorale et, avec sa femme, ils partent quelques mois dans les Caraïbes. Les enquêtes du Parquet financier n'auront plus aucun intérêt et, dans six mois environ, un non-lieu sera probablement prononcé. Plus personne ne s'intéressera aux emplois supposément fictifs de Penelope ! Autrement dit, ce n’est pas aux actes légaux ou moraux du candidat que l'on s'intéresse. Mais c'est au candidat qui a remporté le vote incontestable que l'on sait, au soir de la primaire de la Droite, et qui représente une force politique dangereuse ! Et ce candidat n'est pas seul ! Il a déjà derrière lui quelques millions de citoyens qui ont manifesté avec leurs pieds et leurs mains quel type de personnalité, quel choix de société, quelle sorte de gouvernement ils souhaitaient. Ce n'était pas une force en fin de course ! C'était une force en début de course. Une force qui ne pouvait que grandir, se développer, et vaincre ! Cette force-là, il fallait la miner, la disséminer, l'anéantir, la faire mourir !
Il fallait dès maintenant lui couper sa voie électorale, lui voler son droit de s'exprimer. L'affaire Fillon, ce n'est pas une attaque maladroite sur la réputation d'intégrité d'un homme : c'est la spoliation concertée du droit moral du vote, l'attaque camouflée de l'authenticité d'une démocratie politique. François Fillon s'en sortira-t-il ? Non, si l'on continue à se centrer sur cette question. Car tout a été fait pour qu'il ne s'en sorte pas !
Comprendre le processus
Pour comprendre l'importance de la stratégie, il faut analyser minutieusement le processus. Le Canard enchaîné reçoit un dossier. Lequel ? De qui ? Le saura-t-on jamais ? Si, comme le laisse entendre la rumeur publique, c'est une fuite du Service des Impôts, ce dossier donne au journal une matière sur laquelle travailler. Car les salaires de Madame Fillon ont été déclarés. On fait simplement l'impasse sur cette faute grave contre l'obligation du secret professionnel, une faute grave qui relève du Code pénal ! Il faudra, un jour, faire la lumière sur cette faute grave.
Le journal commence son «travail». Il ne s'agit pas seulement de comptabiliser les montants et d'aligner les jours de travail. Il s'agit de faire de cette «matière» non un simple fait, mais une cible médiatique. Véritable mob trigger (déclencheur de la populace), le Canard enchaîné est spécialiste en ce domaine : rappelons-nous les diamants de Bokassa évalués bien au-dessus de leur valeur, les emplois fictifs reprochés à Juppé, etc. La technique est simple : dépouiller les faits de tout leur contexte, de toutes les circonstances réelles qui les entourent. Les rendre totalement nus. On exagère les chiffres – montant brut et non net –, on minimise les périodes de rémunération, on évite de dire que le geste est légal, que les montants ont été déclarés aux impôts. On présente Madame Fillon comme une «bonniche», alors qu'elle est juriste de profession, capable de fournir une contribution professionnelle à son mari, membre du Conseil municipal de son village, etc.
Le fait, une fois dépouillé de toutes les décisions humaines qui l'ont engendré, réduit à sa seule matérialité, devient ainsi une pâture bonne à être jetée aux chiens. L'on est sûr de l'effet qu'il produira, de l'effet que l'on veut qu'il produise. À partir de ce moment, l'homme politique pris dans les filets dans lesquels on l'a enfermé sera condamné, quoiqu'il fasse pour rétablir la vérité humaine de ses actes. Tout ce qu'il dira se retournera contre lui. Fillon dit qu'il n'y a qu'un compte en banque, au Crédit agricole de Sablé. On dit qu'il ment ! Obligatoirement, il doit avoir un compte administratif et un compte personnel ! Qu'il veuille simplement affirmer qu'il n'a pas de compte caché à Singapour, à Genève ou à Kuala-Lumpur ! Peu importe ! Il ne peut pas dire qu'il n'y a qu'un compte, puisqu’il en a deux ! Madame Fillon dit, en 2007, qu'elle n'a jamais été l'assistante parlementaire de son mari, autrement dit, elle ne joue, ni ne veut jouer, les Carla Bruni ou les Cherie Blair. On ne veut retenir qu'une chose : elle n'a pas travaillé pour son mari !Ce processus est connu ! C'est celui de tous les accusateurs publics, depuis Marc-Antoine, le Sanhédrin, Cromwell, Fouquier-Tinville et aliis. Contre ce processus, la défense est perdue d'avance ! Plus Fillon tentera de se défendre, plus il s'enfoncera ! Plus on se demandera s'il en sortira, moins il en sortira.
Ce n'est pas Fillon qui est vraiment accusé ! C'est le peuple lui-même ! C'est le peuple que le hollandisme finissant, moribond, a méprisé, ignoré, injurié, trompé, qui est attaqué. C’est ce peuple, qui a commencé à dire qu'on abuse de sa patience, qui est bafoué ! Ce peuple qui veut en finir avec les conciliabules des «énarques», avec les théories sociologiques des Pierre Bourdieu en matière d'éducation, avec les manipulations des Taubira et de ses amis, qu'on veut à tout prix faire taire. Ce peuple à qui l'on veut opposer un Macron télégénique, sans assise politique, sans expérience de gouvernement, aux théories économiques de Thomas Piketty.
Une façon de s'échapper du filet !
Tant que la Droite se dissociera de son chef et qu'elle continuera à douter d'elle-même, elle est finie. Bientôt, avant la fin de la campagne électorale, elle sera morte ! Ce ne sont ni les Juppé, ni les Larcher, ni les Bayrou, ni aucun autre qui maintenant, à 70 jours des élections, peuvent remplacer Fillon. François Fillon a mis trois ans à construire son programme, il a parcouru toute la France, il a interrogé toutes les catégories d'électeurs. Il a bâti un programme en consultant des experts et des hommes de terrain. On a tout à fait le droit de critiquer ses solutions, tout-à-fait le droit de dire sur quoi l'on n'est pas d'accord. On ne peut, tout de go, faire le jeu du pouvoir occulte, le mettre sur une tablette et croire que l'espoir que l'on a mis en sa personne se reportera sur un quelconque valet qui endossera sa livrée ! C'est de la pure folie. Forcer le retrait de Fillon pour la Droite, c'est se suicider. Une bonne partie des électeurs, dégoûtés, ne voteront pas ! L'absentéisme aidant, ni Macron, ni encore moins Hamon, plus rien n'empêchera le FN de l'emporter. Et si Macron, par miracle, l'emportait ? La République serait-elle gouvernable, face à quelle Assemblée législative ?
Il n'y a qu'une façon de sortir du tunnel ! Une seule ! La COLÈRE. Le peuple français doit dire qu'il en a assez d'être méprisé. Il doit le dire, haut et fort. Il doit le dire avec colère, c'est-à-dire avec la véritable vertu qui régule la colère : la vengeance. Car, la vengeance, nous dit saint Thomas, est la vertu de la colère (S.Th., IIa-IIae, q. 108). Elle a comme objet de détruire le mal, pour que le bien soit possible. Le peuple doit le dire non seulement dans le secret des urnes, mais il doit le dire partout, en famille, dans les salons, à l'usine, à son cercle d’amis. Il doit dénoncer les accusations fausses, dénoncer les manœuvres qui spolient ses droits. Il doit reprendre les mots d'ordre de son hymne national : Aux armes citoyens ! Non pas s'armer de Kalachnikovs, mais se munir du bouclier de la vérité dans l'intelligence, du feu de l'amour du bien commun dans la volonté, du courage dans l'irascible et de la tempérance dans les moyens.
Autrement, nous deviendrons un peuple d'esclaves ! Et cela, ce n'est pas français !
Aline Lizotte