Blog destiné à commenter l'actualité, politique, économique, culturelle, sportive, etc, dans un esprit de critique philosophique, d'esprit chrétien et français.La collaboration des lecteurs est souhaitée, de même que la courtoisie, et l'esprit de tolérance.
12 Juin 2015
L'être humain est-il spontanément respectueux de la vie? Et plus particulièrement de la vie humaine? Bien qu'il faille prendre garde ( et les philosophes plus particulièrement, par méthode ) aux évidences trop faciles, je suis porté, pour ne pas avoir à écrire tout un livre d'examen de la question, à répondre par la négative à la question posée.
L'expérience quotidienne, mais aussi l'étude de l'histoire universelle, sont là pour rappeler à l'humilité les humanistes à la petite semaine.
Sans même évoquer la Shoah, les massacres, par millions de leurs opposants par les communistes au XX ème siècle, les éliminations quotidiennes par milliers des résistants au projet d'Etat islamique, il suffit de s'examiner soi-même, humblement, lucidement pour vérifier l'adage selon lequel « l'homme est un loup pour l'homme ». Si nous étions sincères avec nous-mêmes, nous vérifierions que le nombre de fois où nous avons, spontanément envisagé, comme une solution, la mort ( accidentelle, bien sûr ) de ceux qui s'opposent à nous, parfois pour des riens, est...grand.
Ah! vous aussi!
Que nous le constations avec amertume n'est pas la marque d'une originalité particulière, ni le signe d'une bonté « d'élus », mais plutôt l'indice de la civilisation qui nous nous a éduqué, laquelle ne s'est pourtant pas toujours abstenue de trucider allègrement le « prochain », au nom du Bien, évidemment.
De « la » civilisation, disais-je? Soyons honnêtes. De très grandes civilisations ( la Chine millénaire, l'Inde des grands jours, l'Egypte ancienne, Rome, et celle même du grand Hadrien, et de « moi Auguste » ) n'ont pas eu le respect des autres autres très chevillé à l'âme. Et seule l'absence des moyens génocidaires techniques, ont empêché l'éradication totale des Egyptiens par les Hittites, des Hittites par les Egyptiens.
Disons, que l'extermination de l'homme par l'homme n'est devenue un péché devant Dieu, que dans le christianisme, n'empêchant pourtant point les croisades ( même si elles avaient leurs justifications politiques, morales, religieuses, car rien n'est simple. Pensons à la « croisade » contre l'Allemagne nazie, dont les effets eurent, malgré la justice de la cause, …. des effets « pervers » abominables ).
Mais enfin une longue imprégnation de la prédication chrétienne, a créé cette notion des « droits de l'homme », dont, volens, nolens, nous nous réclamons presque tous, du moins en Occident, même quand « l'âme chrétienne » a déserté notre intellect.
Cette désertion n'est-elle pas la cause du progrès des idéologies anti-humanistes ( masquées ) qui donnent à nos pays, trop souvent, le spectacle de bateaux ivres?
La persistance d'un reste «d'âme chrétienne » n'est-elle pas la raison qui explique que ce que l'on appelle « l'affaire Vincent Lambert » ou la « polémique Vincent Lambert », fait problème, je veux dire cette question du maintien ou non en vie, de cet homme, profondément handicapé.
Viendra-t-il un jour où nous considérerons un Vincent Lambert, comme un obstacle à notre confort, comme un déchet, dont il faut se débarrasser, tels ceux qui « ont fait leur temps » et que l'on fait disparaître, comme les ordures de nos quartiers ( du moins des beaux quartiers )?
Notre société, dite moderne est matérialiste, essentiellement hédoniste, c'est-à-dire ordonnée à la recherche du plaisir ( sensible ). Malheur à ceux qui nous font de l'ombre, et nous causent de la gène, comme ces animaux chats, chiens ( surtout « de race » ! ) que nous avions achetés pour notre plaisir, pour parader, pour « faire gorge », et que nous abandonnons, n'importe où, quand ils ont cessé de nous « plaire », par exemple au moment de partir en vacances.
Ah! « l'humanisme » dont nous nous rengorgeons! « Words, words, words »? comme disait le personnage de Shakespeare.
Soyons clair! Je ne prétends pas trancher dans la querelle qui oppose entre eux les membres de la famille Lambert.
Je suis comme, non pas tous les Français ( combien d'entre eux se moquent éperdument de la question. ) mais comme ceux qui « s'interrogent ». Je tente de continuer à m'interroger, c'est à dire à tenter de maintenir ce minimum d'inquiétude spirituelle sans laquelle une société n'est plus qu'un zoo. Encore moins qu'un zoo, car chez les animaux, dans les limites de leur patrimoine génétique, subsistent encore, l'instinct maternel, et quelques autres, quand l'homme privé de toute idéal moral ou spirituel se ravale, en deça de tout noblesse, en ce quelque chose sans nom, intraduisible en toute langue.
L'affaire Lambert, est une de ces « situations limites » dont ont parlé les philosophes Karl Jasqers et Gabriel Marcel, que l'encyclopédie wikipédia caractérise ainsi : « Le terme de situation limite renvoie généralement à un concept du philosophe et psychiatre allemand Karl Jaspers. Il désigne le moment où l'individu est intérieurement (et pour des raisons extérieures ou non tout à fait diverses) confronté à des données existentielles qu'il ne peut modifier, et que Jaspers répertorie le plus souvent comme la mort, le hasard, la souffrance et la culpabilité. Pivot d'une existence, vivre une situation limite implique de faire possiblement l'expérience de l'angoisse et du désespoir: l'homme se trouve alors devenir authentiquement lui-même, sans faux semblant et dissimulations esthétiques. C'est également en fonction de cette expérience que l'homme fait ou non le choix de faire un pas vers l'englobant et la transcendance. ».
Je ne peux me permettre de « trancher » dans ce débat familial, qui ne prend cependant son sens que dans le cadre d'une conception de l'homme où celui-ci est quelque chose de plus que nos « frères » animaux comme disait François d'Assise, que dans une civilisation où le bien-être, le plaisir, sont certes des valeurs, mais pas les valeurs suprêmes, où l'on accepte de se gêner, et même de souffrir pour devenir un homme digne de ce nom.
« L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connait tant qu'il n'a point souffert », disait le poète.
Le drame de Vincent Lambert, a le mérite de rappeler des vérités essentielles, et que s'il y a des « intégristes » ( terme dont il ne faut pas abuser, sauf à courir le risque de parler sans savoir ce que l'on dit, et d'insulter qui ne le mérite pas ) de la vie à tout prix, il y a aussi des « intégristes » de la mort de l'homme, de son rabaissement consenti au dessous des animaux.
C'est le grand dramaturge Ionesco qui dans son Journal écrivait : « Lorsque l'homme ne se préoccupe pas du problème des fins dernières, lorsque seules l'intéresse le destin d'une nation politique, de l'économie, lorsque les grands problèmes métaphysiques ne font plus souffrir, laissent indifférents, l'humanité est dégradée, elle devient bestiale ».
Le Scrutateur.
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Deux documents indirectement liés au sujet de cet articles :
( 1 ) Situations avec spectateurs ( Université Paris-Sorbonne ) : http://pups.paris-sorbonne.fr/sites/default/files/public/files/product-preview/situations_avec_spectateurs-extrait.pdf