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Publié par Edouard Boulogne

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( Voici une rubrique du Scrutateur, qui doit vous intéresser. Elle ne fait pas double emploi avec les commentaires d'articles. Ceux-ci, en augmentation lente, mais constante, est faite de vos réactions aux articles.

« La voix des lecteurs »vous donne la parole, la possibilité d'enrichir notre blog de vos idées, réflexions, poèmes, réactions propres à l'actualité en général.

Bien entendu je ne publierai que ce qui ne s'en prend pas, éventuellement, aux personnes, au-dessous de la ceinture comme on dit.

Les articles signés seront plus particulièrement bien venus. Mais il y a, je le sais d'excellentes raisons, qui ne relèvent pas de la couardise, mais plutôt de ce qu'on appelle le devoir de réserve, à l'anonymat, ou au pseudonyme. Ces articles seront pris en compte. Mais il faudra, que je puisse identifier les expéditeurs de façon précise. Ma discrétion à leur égard étant assurée.

Maintenant, chers lecteurs, à vous de jouer.

 

Edouard Boulogne) .

 

PS : Les propos de lecteurs, n'expriment pas toujours le point de vue du Scrutateur. Ils s'expriment librement. Le Scrutateur n'intervient que pour écarter les attaques qui viseraient des hommes et des femmes, de façon insultante, «  au-dessous de la ceinture » comme on dit.

 

 

Un de nos lecteurs, Sully de Chazeau, réagit aux réactions nauséeuses de certains idélologue, après le geste humoristique et sympathique de teddy Riner, juste après sa victoire aus JO de Londres, le mois dernier. Nous le remercions d'avoir choisi Le Scrutateur guadeloupéen pour exprimer avec une rigueur toute philosophique les sentiments de la plupart d'entre nous. Et je le félicite pour la rigueur de son analyse. LS.

 

Je souhaite qu'on lise attentivement la totalité de ces deux articles qui sont complémentaires.

 

( I ) « De l’hégélianisme en général, de Teddy RINER en particulier »

Par Sully de CHAZEAU.

 

Il y a dans les commentaires consacrés à l’affaire Teddy RINER, un aspect sous-jacent qui, jusqu’alors, de la part des analystes, n’a fait l’objet d’aucun éclairage. Et qui, de ce fait, fut le grand absent des échanges musclés que généra cette affaire.

 

Il importe donc de combler ce manque et de projeter une pénétrante lumière sur ces  soubassements intellectuels par trop ignorés.

 

D’où la présente contribution à la compréhension d’une affaire qui, comme un fulgurant ippon (1), nous désarçonna vigoureusement.

 

UN  FAIT  REVOLUTIONNAIRE

Les faits sont amplement connus : à peine avoir conquis la gloire olympique, voilà qu’un judoka - de race noire, s’allonge de tout son corps pour poser un délicat baiser sur les chaussures dorées de son entraîneur - lui de race blanche.

 

Le comble – pour nous, c’est que ce judoka est un guadeloupéen. Et certainement le plus grand que la Guadeloupe ait  jamais donné à l’Olympisme.

 

Dès lors, ce fait mondialement diffusé constitua illico presto, pour nous originaires des Antilles, un véritable Evènement. C’est-à-dire un acte révolutionnaire et dans sa forme et dans sa nature.

 

Les pseudo maîtres à penser professionnels ne se sont d’ailleurs pas trompés, en réagissant violemment à ce geste singulièrement « idéologicide » - notamment pour la vision manichéenne du monde qui, depuis les années 50-60, constitue le substrat idéologique d’une partie de l’intelligentsia guadeloupéenne.

 

L’ETERNEL  SCHEMA  HEGELIEN

Le premier à réagir fut le directeur de publication du site d’information « CARAIBCREOLENEWS ». Pour lui, le geste de Teddy RINER n’est autre que le baiser de la honte pour ne pas dire de l’immonde (2).

 

La grille de lecture est ici fort simple : un arrière petit fils d’esclave s’avilissant piteusement devant un blanc – incarnation par excellence soit du petit fils d’esclavagistes ou plus généralement du monde de domination raciale de type européen, en l’occurrence français.

 

On retrouve donc ici l’éternel schéma hégélien du Maître et de l’Esclave (3). Modernisé de nos jours par l’opposition irréductible « dominant-dominé », « exploiteur-exploité », « pwofitè-maléré », etc.

 

Bref, une ritournelle connue depuis belle lurette.

 

Or, cette singulière conception du monde – en noir et blanc, fut promptement combattue par M. Serge ROMANA, qui la jugea rétrograde et part trop exclusive.

 

Si sa brillante démonstration impressionne par son admirable franchise, elle surprend toutefois par son appareil argumentatif.

 

Que fait en effet M. ROMANA pour justifier ses propos ? Il nous ramène justement à Hegel. Et au schéma classique « Maître-Esclave », il oppose héroïquement la dichotomie « Maître-Elève » (4).

 

Pour lui, rien de bien grave, nous sommes en présence de la gratitude exprimée par un Elève envers son Maître en art martial (5). Un entraîneur qui - tout de même, lui a permis de se hisser parmi les plus grands dieux de l’Olympe.

 

On peut regretter la forme nous dit subtilement M. ROMANA, mais on ne peut pour autant condamner le fond.

 

Sauf que, ici comme ailleurs, c’est le fond qui décide de la forme. Et, dans le cas qui nous intéresse, sommes-nous certains que les interprétations hégéliennes – qui nous sont ainsi proposées, soient vraiment celles qui conviennent ?

 

Nous sommes donc en face d’une même école de pensée – l’hégélianisme, dont le marxisme n’a été, sur certains points, qu’une simple copie.

 

LA  SÈVE  HEGELIENNE

Les deux interprétations proposées se nourrissent ainsi de la même sève hégélienne. Celle qu’on appelle en philosophie « le travail du négatif ».

 

Pour comprendre concrètement de quoi il s’agit, revenons aux archétypes interprétatifs qui nous sont proposés.

 

Pour M. Danick ZANDWONIS, nous sommes dans la dialectique du Maître-dominant (le positif) et de l’Esclave-dominé (le négatif). On se trouve par conséquent dans un étau d’airain dont chaque terme constitue un statut.

 

Dans le cadre de cet étau, le processus prétendument vertueux veut que l’Esclave-dominé (le négatif) agisse pour opérer un changement de position. Qu’il renverse la donne et devienne ainsi  le nouveau Maître-dominant, tandis que l’ancien Maître-dominant, du fait de ce renversement, deviendrait à son tour le nouvel Esclave-dominé.

 

À ce stade du raisonnement, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de recourir, au début du XXIème siècle, à un tel mécanisme de pensée, dans l’un des domaines les plus ouverts qui soient : celui du sport olympique.

 

L’une des rares sphères internationales où le racisme est publiquement et fermement déclaré persona non grata. Et où la concorde des peuples et des races, des nations et des individus, semble constituer une seconde nature.

 

Dès lors, pas étonnant que M. ZANDWONIS se fasse vertement  traiter de récupérateur opportuniste (6).

 

Pour M. ROMANA, nous sommes au contraire dans la dialectique du Maître-dominant (le positif) et de l’Elève-dominé (le négatif).

 

Dans le cadre de cet étau, le processus prétendument vertueux veut que l’Elève-dominé (le négatif) dépasse le Maître-dominant (le positif). Que l’Elève-dominé (le négatif) parvienne à un niveau de connaissance et de maîtrise supérieur à celui du Maître qui, par ce renversement de situation, deviendrait alors le nouvel Elève de son ancien apprenti.

 

Si l’on adhère au schéma hégélien de M. ROMANA, c’est le Maître-entraineur qui, par une révérence publique, aurait du faire allégeance à son Elève-judoka, reconnaissant ainsi qu’il a été artistiquement dépassé et que sa mission est définitivement achevée.

 

C’est justement ce que fait observer M. Frantz SUCCAB dans un article consacré à cette affaire et  publié sur « Facebook » (7).

 

Quelque soit la dialectique hégélienne proposée, on comprend aisément que l’élément négatif  du rapport (l’Esclave ou l’Elève) s’inscrit dans un processus progressif, qui doit aboutir in fine à un changement de condition.

 

UNE  DIALECTIQUE  DANGEREUSE

Mais précisément, dans le rapport « Maître-Esclave », ce caractère progressif donne à l’activité de l’élément négatif (l’Esclave-dominé) la nature d’une action messianique.

 

L’individu ou groupe d’individus – constituant l’élément négatif, acquièrent ainsi une vision téléologique et de leurs actions, et de leur l’histoire ; mais surtout de l’Histoire qui se résume de facto en une guerre perpétuelle sans merci entre l’élément positif (le Maître-dominant) et l’élément négatif (l’Esclave-dominé), pour qu’advienne à la fin des fins l’ultime lutte finale.

 

C’est une dialectique dangereuse, car elle présente un caractère totalitaire dans la classification des individus.

 

Ainsi, entre l’élément positif (le Maître) et l’élément négatif (Esclave ou Elève), il n’y a pas de place pour un troisième terme. Il n’y a pas d’entre deux. Pas de compromis possible. L’individu se trouve ainsi prisonnier d’un manichéisme absolu des statuts, auquel il ne peut échapper.

 

Dès lors, pas étonnant que M. ROMANA se fasse à son tour rudement traiter de renégat (8).

 

DEUX   INTERPRETATIONS   INOPERANTES

Pour M. ZANDWONIS, par son geste, M. Teddy RINER a commis un double crime.

 

D’une part, il initie un processus d’involution en rétablissant un ordre de rapport qui, depuis 1848 jusqu’à nos jours, semblait définitivement aboli.

 

Autrement dit, par son geste, M. RINER fait régresser l’élément négatif en travaillant non pas à son émancipation, mais au maintien de son statut de dominé par le rétablissant du rapport « Maître-Esclave » où précisément le blanc est l’élément dominant et le noir l’élément dominé.

 

D’autre part, en s’abaissant devant un blanc - c’est-à-dire l’élément positif, Teddy RINER a trahi la cause de ses congénères toujours prisonniers eux de l’exploitation coloniale.

 

Ce faisant, il se discrédite et ne peut donc plus être considéré comme l’un des leurs. Et ceux qui comme M. ROMANA justifient son acte, doivent être inscrits à la même enseigne (9).

 

À l’opposé, pour M. ROMANA, Teddy RINER est un jeune homme de 23 ans qui, par ce geste, a voulu remercier son entraineur. Et il faudrait - semble-t-il nous dire, classer son acte mal inspiré dans ce que Milan KUNDERA (10) a qualifié d’ « insoutenable légèreté de l’être » (11).

Ces deux interprétations rendent-elles compte du caractère éminemment révolutionnaire du geste de M. Teddy RINER ?

 

Je ne le pense pas. Car ni le comportement, ni les propos de Teddy RINER ne démontre une intention volontaire ou involontaire de s’inscrire dans une conception hégélienne des rapports entre les hommes.

 

Mais alors que doit-on penser ?

 

*****

(1) Dans l’art du Judo, nom donné à la prise victorieuse. Le ipponest au Judo ce que le KO est à la boxe anglaise.

(2) Voir l’article de M. Danik ZANDWONIS intitulé « Le judoka « français » Teddy Riner a-t-il décroché la médaille d’or de la honte ? » publié sur le site d’information « CARIBCREOLENEWS ».

(3) Dans son article susvisé, M. ZANDWONIS utilise expressément l’expression « Bwana de maître ».

(4) Voir la lettre de M. Serge ROMANA adressée à M. ZANDWONIS et publiée le 17/08/2012 sur le site d’information « CARIBCREOLENEWS ». Dans sa lettre sus-indiquée, M. ROMANA précise : « […] le rapport n’est plus de maître à esclave, mais de maître à élève.[…] ».

(5) Dans sa lettre M. Serge ROMANA affirme que : « […] il a été fabriqué par son entraîneur de judo « gaulois ». Teddy RINER lui doit tout. […] ».

(6) Ce reproche apparait clairement dans la prose de M. Frantz SUCCAB qui condamne le fait que « […] certains taiseux ou anba féy ou initil quand il faut parler sérieusement, se fassent à bon compte leurs olympiades idéologiques à l’occasion d’une bévue fortement médiatisée.[…] » (voir  l’article de M. Frantz SUCCAB intitulé « Baiser…Et grincements de dents » publié sur Facebook).

(7) Dans son article sus-présenté, M. SUCCAB précise : « […] Ce serait au contraire, tous ceux qui l’ont formé, encouragé, aidé qui lui devraient gratitude pour avoir su élever leurs efforts convergents (importants ou modestes) à l’échelle du sublime.[…] ».

(8) Envers M. ROMANA, M. ZANDWONIS ne prend pas de gants : « […] Tu as déjanbé, tu as choisi (tu en as le droit), d’être désormais un « néo-français descendant d’esclave ». Un concept que nous avons bien du mal à comprendre opéyi, mais qui n’est, en fait, qu’un reniement[…] » (Voir l’article de M. ZANDWONIS intitulé « Serge Romana : Peaux noires masques blancs et opportunisme ? », publié sur le 17/08/2012 sur le site d’information « CARAIBCREOLENEWS »).

(9) Toujours envers M. ROMANA, M. ZANDWONIS brandit l’excommunication : « […] Tu as choisi ton camp, j’admets ton choix de ne plus être de notre camp.[…] » (Voir l’article cité supra  « Serge Romana : Peaux noires masques blancs et opportunisme ? »).

(10) Ecrivain tchèque naturalisé français.

(11) Titre d’un admirable Essai psychologique de Milan KUNDERA.

 riner (1)

 

 

( II ) « Le baiser « rinérien » ou l’art d’être révolutionnaire »

Par Sully de CHAZEAU,

 

Il me semble que le geste de M. RINER revêt en réalité le caractère d’un évènement révolutionnaire, précisément en ce qu’il nous émancipe – ou plus justement - nous extirpe de l’étau d’airain de la dialectique hégélienne.

 

En somme, ce geste desserre l’étau dans lequel MM. ZANDWONIS et ROMANA voulaient enfermer notre compatriote. Il le libère de cette chaine idéologique.

 

Et ce faisant, il fait voler en éclats l’assignation messianique que la dialectique hégélienne tente d’imposer au jeune « Nègre » qu’est Teddy RINER. Comme l’enseigne admirablement Frantz  FANON, par son geste,  Teddy RINER ne tient nullement à être « l’esclave de l’esclavage ».

 

UN  ENRACINEMENT  PLURIEL  ET  INCLUSIF

C’est un geste révolutionnaire en ce sens que, par ailleurs, il est éminemment moderne. Mais d’une modernité toute « weillienne » (1). Car elle a pour concept majeur « l’enracinement ».

 

Le propre en effet de l’homme contemporain d’occident, c’est que son enracinement culturel ou identitaire n’est plus unique et exclusif, mais pluriel et inclusif.

 

L’individu occidental contemporain est un être aux enracinements culturels ou identitaires multiples. Et ce, sans qu’aucune hiérarchie soit établie entre ceux-ci.

 

Comme l’abeille qui, du nectar de différentes fleurs, fait son miel personnel, l’individu occidental contemporain, en fonction de ses besoins, s’appuie alternativement sur l’un ou l’autre de ses enracinements culturels ou identitaires.

 

Ce faisant, il ne renonce et ne veut renoncer à aucune part de lui-même. Car chaque enracinement est vécu comme un enrichissement et non une aliénation, un ajout et non un renoncement.

 

Bref, l’individu occidental contemporain est culturellement une somme composite. C’est - pourrait-on dire, le syncrétisme culturel ou identitaire fait homme.

 

Pour ce qui est du monde antillais, la chose est entendue. D’éminents intellectuels ont exposé ces considérations dans un fameux « éloge de la créolité » (2) ou encore à travers le concept de « créolisation » (3).

 

C’est en qualité d’athlète français que Teddy RINER s’est comporté, revendiquant hautement par ailleurs son appartenance à la nation française.

 

Mais ce n’est qu’une partie – et une partie seulement - de son enracinement et donc de son identité composite.

 

Cela ne signifie nullement - selon moi, que cette part de lui-même prévaut sur les autres. Croire le contraire serait commettre certainement une grave erreur de jugement et une terrible injustice.

 

L’ESPRIT  D’INNOCENCE

Mais alors que faire du baiser ? Il y eut dans l’histoire des baisers mythiques.

 

En premier lieu, celui incarnant la traitrise. Sur le plan religieux, c’est le baiser de Judas à Jésus (4). Dans l’ordre païen, celui de Néron à Agrippine (5).

 

À l’aune de ces exemples mythiques, on voit bien que le baiser « rinérien » ne relève nullement de la traitrise.

 

Car, dans le geste de M. RINER, on sent qu’il n’y a aucun calcul, aucune arrière-pensée.

 

C’est – pour reprendre une expression de Georges BERNANOS, un acte qui relève de « l’esprit d’innocence ». Celui qui, au mépris du danger, permet à un enfant, au grand dam de ses parents, de jouer sans se blesser avec le feu.

 

C’est cet esprit – nous dit BERNANOS, que doit posséder un peuple pour devenir une grande nation. Un homme, un vrai révolutionnaire (6). Pensons à DE GAULLE qui, en pleine débâcle de son pays, s’évertue à croire en une « certaine idée » de la France. À MOZART qui révolutionna la musique. Et surtout à Jeanne d’Arc !

 

Oui ! Le geste de Teddy RINER relève de cette innocence là. Et n’incarne nullement, selon moi, une quelconque traîtrise.

 

Sur ce point, M. ZANDWONIS fait fausse route. Et l’avenir seul nous dira, si Teddy RINER a vraiment renoncé à cette part de lui-même qu’est son enracinement guadeloupéen.

 

LE  BAISER  DE  LA  RECONNAISSANCE

En second lieu, il y a le baiser de la reconnaissance. M. ZANDWONIS doit bien le connaître puisque que ce fut le baiser du communisme international. Un baiser identitaire fortement idéologique.

 

Celui que par exemple, dans ses déplacements dans un pays communiste frère, Léonid Brejnev (7) donnait affectueusement, lors de son arrivée, à son homologue étranger.

 

Peut-être pourrait-on d’ailleurs retrouver certaines photos d’époque où des dignitaires « Nègres », rendant visite à leurs homologues soviétiques ou des pays communistes de l’Est, s’adonnaient goulûment à ce genre de rituel. 

Christian-Celeste-et--Ceaucescu--le-genie-des-c-copie-1.jpg ( M. de Chazeau n'aura pas émis de souhait en vain. Le Scrutateur s'est précipité sur la collection de Guadeloupe 2000, son grand frère, et n'aura pas eu de mal à retrouver cette photo dans l'édition n° 153, de mai-juin 1991. C'était l'heure où l'URSS, l'empire rouge de sang, glissait dans les flaques poisseuses de ses multiples crimes et forfaits. Cette photopgraphie est plus ancienne. Nous l'avions piquée au journal communiste L'Etincelle - d'où sa mauvaise qualité - . Elle n'en vaut pas moins son pesant d'or, puisqu'on y voit M. Christian Céleste, alors secrétaire général du PCG, en visite officielle à Bucarest, en Yougoslavie, serrer la main de M. Ceaucescau, dit le "génie des Carpathes", et grand criminel contre l'humanité. On notera l'attitude révérentielle du s'crétaire général, comme disait Georges Marchais, révérence mêmée de crainte. Fernandel - voir Don Camillo en Russie - n'est pas loin. " Vivement le retour en Guadeloupe en "peyi dominé"! semble dire la mimique. Légèrement en retrait, avec de grandes lunettes d'intellectuel, et à droite de C.Céleste, M. Moutoussamy, député -maire communiste de la Guadeloupe, sourire béat. En médaillon, et ajouté par la perfide rédaction ( ultra réactionnaire, de Guadeloupe 2000 ), légèrement constipé, M le Comte Henri de Bangou, alors maire communiste ( de Pointe-à-Pitre ). M. Bangou en 1991 découvrit enfin que ce que lui disait Guadeloupe 2000 depuis des lustres à savoir le caractère intrinsèquement pervers du Communisme était la vérité vraie. Il quitta alors LE parti pour fonder le PPDG, avec son ami de trente ans Daniel Géniès. Comme disait François Rabelais : " et notre éclat de rire énorme, est un des gouffres de l'esprit. ). 

Eh bien, le baiser « rinérien » est de l’ordre du baiser de reconnaissance. Mais pas dans le sens communiste.

 

C’est un baiser de reconnaissance – au sens de gratitude, dans l’acception chrétienne du terme.

 

Car ce geste nous rappelle un autre plus célèbre. Celui rapporté dans l’Evangile de Saint-Jean.

 

Pour montrer aux apôtres qu’un maître accomplis se doit d’être un maître-serviteur, Jésus se mit à leur laver les pieds. Pour l’époque, le geste du christ fut un acte révolutionnaire qui renversait tous les préjugés et interdits qui régnaient alors (8).

 

Mais ce fut également, pour  les gardiens du temple idéologique de l’époque, un acte immonde et donc irrecevable.

 

LE  MAÎTRE-SERVITEUR

Or, Teddy RINER est allé encore plus loin : en pleine gloire olympique, il aurait pu ignorer – comprenons littéralement « zapper », son entraineur. Ou mieux, attendre que celui-ci vienne le congratuler hors caméra.

 

Mais non. Au lieu de bomber du torse, d’affirmer sa toute puissance, ce nouveau maître de l’Olympe montre au contraire sa volonté de demeurer un maître-serviteur.

 

Dès lors, bien que maître universellement incontesté et inégalé du Jiu-Jitsu (9), Il continuera à révérer et servir humblement son entraineur. Mais d’une vénération toute « scarabéenne » (10). Et la portée de son geste ne va pas au-delà.

 

Quelle audace, pour notre époque fortement empreinte des stigmates du surhomme (11) ! Quel culot, dans un siècle où chacun se veut être un self made man !

Quelle magistrale leçon à nos contemporains qui ne veulent être redevables à quiconque !

 

Mais surtout, quel renversement ! La dialectique hégélienne est pulvérisée. Elle qui ne laisse point de place à la catégorie de « Maître-serviteur », mais exclusivement à celle de « Maître-dominant ».

 

Exit également  la dialectique hégélienne de la domination perpétuelle. Ici le dépassement du Maître par l’Elève n’est plus assujetti à l’idée de domination.

 

Dans le renversement « rinérien », le concept de dépassement est remplacé par celui d’accomplissement qui se nourrit de l’idée d’humilité et d’auto-reconnaissance.

 

Et dans cette dialectique renversée, le plus grand se doit d’être le premier et le plus zélé des serviteurs (12).

 

N’est-ce pas ici la conception chrétienne du leadership ! Conception qui veut que « les chefs doivent servir » (12).

 

Tel est – selon moi, la portée formidable du baiser « rinérien ». Acte ô combien révolutionnaire pour notre temps. Et bien dur à avaler pour la gent hégélienne. Chapeau mister RINER !

 

*****

(1) De Simone WEIL, philosophe français (1909-1943).

(2) Ouvrage manifeste publié par des écrivains parmi lesquels les martiniquais Patrick CHAMOISEAU et Raphaël CONFIANT.

(3) Concept que l’on doit à l’écrivain martiniquais Edouard GLISSANT.

(4) Voir, dans le nouveau testament, l’évangile de Saint-Marc au Chapitre 14, versets 43 à 47 intitulés « L’arrestation de Jésus ».

(5) Personnages principaux d’une pièce en V actes de Jean RACINE intitulé « Britannicus ». Dans cette pièce, l’empereur NERON théorise comme suit le baiser de trahison : « […] J’embrasse mon rival, mais c’est pour mieux l’étouffer. » (voir « Britannicus » Ed°HATIER-2012, Scène 3, Vers 1314, p. 87).

(6) Voir l’ouvrage de  G. BERNANOS intitulé « Lettre aux anglais ».

(7) Homme politique soviétique (1906-1982) qui dirigea l’Union soviétique du début des années 60 jusqu’au début des années 80.

(8) Voir, dans le nouveau testament, l’évangile de Saint-Jean au Chapitre 13, versets 1 à 17 intitulés « Le lavement des pieds ».

(9) Nom japonais du Judo.

(10) Du jeune Scarabée, l’un des personnages principaux de la série télévisée « Kung fu » du réalisateur américain Ed Spielman, diffusée en France dans les années 60. Selon moi, la vénération de M. RINER pour son entraîneur est du même acabit que celui du jeune Scarabée pour son Maître Po, un vieillard aveugle maître dans l’art du kung fu.

(11) C’est ce sentiment qu’exprime M. Frantz SUCCAB en écrivant : « […] D’ailleurs un homme, surtout un champion de quelque discipline, artistique, scientifique ou autre – ne doit jamais tout ni à sa mère ni à son père[…] » (voir article de Frantz SUCCAB intitulé «Baiser….Et grincements de dents» publié sur Facebook).

(12) Voir, dans le nouveau testament, l’évangile de Saint-Marc au Chapitre 10, versets 41 à 46 intitulés « Les chefs doivent servir ».

 

 

 

 

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Michel Vassilieff 16/09/2012 22:42


La remarque de Chirac était plus crue (comme tout officier de cavalerie qui se respecte): "Les emmerdes, c'est comme les avions de chasse, ça vole en escadrille".

Michel Vassilieff 16/09/2012 22:01


Réponse à la réponse de M. Boulogne (!). Comme me le disait un ami journaliste au Herald Tribune, quand arrivent les erreurs, elles arrivent en rafales: non, ce n'est pas "Bucarest en
Yougoslavie" qu'il fallait lire mais "Bucarest en Roumanie".

Edouard Boulogne 16/09/2012 22:15



Oh ! Chirac parait-il, prétendait que les ennuis arrivent en escadrilles!



Michel Vassilieff 16/09/2012 19:24


Photo très intéressante de Ceausescu, Moutoussamy et Céleste. Elle a, bien sûr, été prise à Bucarest et non à Belgrade comme indiqué dans le corps de la légende, qui se trouve en Serbie
(Yougoslavie à l'époque)...

Edouard Boulogne 16/09/2012 21:49



Merci pour cette précieuse correction que vous apportez. Dans la légende de la photo, c'est Bycarest en Yougoslavie qu'il fallait lire, et non Belgrade en Roumanie. Correction
faite.