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Publié par Edouard Boulogne

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S'il était honorable de désespérer, le scrutateur désespérerait. Mais il n'en est pas question, n'est-ce pas! Charette oblige!

La campagne électorale pour l'élection présidentielle, à peine commencée, charrie un torrent énorme, et excrémentiel, de vilenies, d'approximations et de mensonges. Plus qu'on l'ait jamais vu? Cela n'est pas certain. Il y a des constantes humaines, et cela sous tous les régimes. « Ecarte toi de moi », dit le roi Ferrante, dans La reine morte, de Montherlant. « tu fais ton haleine contre ma bouche, et elle ne sent pas bon ».

Revenons à notre « grande » élection. Jean d'Ormesson nous en parle dans le texte ci-dessous.

On peut n'être pas d'accord avec l'auteur d'Au plaisir de Dieu. Du moins pas sur tout. Et le Scrutateur, si l'on sait ( quand on le lit régulièrement ) pour qui il ne votera en aucun cas, ne prendra pas de position officielle, du moins pour le premier tour ( Il en sera sans doute autrement pour le second, où le dégoût pour l'un des survivants pourrait être insurmontable ).

Je publie, aujourd'hui, l'article de monsieur Jean, moins pour son choix apparent, que pour la manière dont il l'exprime. La langue française a encore quelques chantres forts, quelques raffinés ciseleurs. Ne nous privons pas de nous en rassasier par suite de quelques mouvements superficiels d'humeur. D'autant plus que l'exécution du François Hollande, est tout à fait allègre, piquante et roborative.

LS.

 

Triomphe et tombeau de François Hollande

Par Jean d'Ormesson.

Il n'est pas sûr, il est peut-être même improbable, au vu des sondages d'aujourd'hui, que Nicolas Sarkozy soit réélu dans six mois pour un second et dernier mandat. Les mesures de rigueur annoncées par François Fillon ne sont pas accueillies - c'est le moins que l'on puisse dire - par un enthousiasme excessif.

Mme Le Pen à l'extrême droite, M. Bayrou au Centre, Mme Aubry à gauche, M. Mélenchon à la gauche de la gauche se déchaînent contre elles. Les syndicats les condamnent. Une bonne partie de la droite modérée elle-même ne peut pas se résoudre à se prononcer en faveur d'un président qui, à ses yeux, a avili et compromis ses fonctions par son comportement.

La victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d'être éclatante. Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.

La question n'est pas de savoir qui l'emportera en mai 2012. On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen. Il n'est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu'à se persuader de leur chance de l'emporter.

Tout sauf Sarkozy. N'importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel. Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est mondialement connu en Corrèze. Ce n'est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires.

Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe. Par temps calme et sans nuages. Il n'est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C'est une espèce d'entre-deux : un pis-aller historique. Ce n'est pas Mitterrand : ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n'est pas Jaurès ni Léon Blum : c'est Albert Lebrun. Ce n'est pas Clemenceau : c'est Deschanel. Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l'élire à l'Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête.

C'est vrai : Sarkozy en a trop fait. Hollande, c'est l'inverse. Car n'avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n'est pas exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République. C'est qu'à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d'être d'accord entre eux - je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande - ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s'allonger), 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s'agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n'a jamais osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie). Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.

Aussi n'est-ce pas dans la perspective de l'élection de 2012 que je me situe.

> C'est avec le souci du jugement de l'histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaître, a fait pas mal d'erreurs. À voir comment se présente la campagne d'un Parti socialiste qui semble n'avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu'avec M. Sarkozy. Les déclarations d'intention ne valent rien. Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu'estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France? M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus traîné dans la boue qu'aucun dirigeant depuis de longues années. Il a pourtant maintenu le pays hors de l'eau au cours d'une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n'est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l'Europe et l'euro.

Pour affronter le jugement de l'histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu'à l'absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon. Bonaparte Premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités. Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l'idée d'être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin.

Je veux bien croire - je n'en suis pas si sûr - que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé. J'imagine très bien l'explosion d'enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l'élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée. Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou 2015.

 

Jean d'Ormesson. 

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colette6444 10/05/2012 08:25


malheureusement je pense comme vous!!!

hello 13/01/2012 12:21


Merci pour cet article que je n'aurais lu nulle part , Oui c'est  le tout sauf Sarkozy qui prends le dessus dans toutes les conversations ! or il n'y en a pas de meilleur que lui (ou de
moins mauvais) pour maintenir notre pays en équilibre; et lui faire traverser cette crise;


François Hollande ne m'inspire pas de sympathie , il ne suffit pas d'etre un "brave type" pour prendre les rennes d'une nation , surtout quand on n'a pas d'autre programme que la "mort " de son
rival. De plus Mr Sarkozy n'est pas la caricature qu'on en fait : il a fait des réformes vite oubliées qui paraissent normale aujourd'hui , mais étaient impensables il y a peu de temps:


ainsi l'instauration du service minimum dans les transports pour en citer une; a changé la vie des usagers; on a vite oublié ces personnes qui tentaient l'impossible pour aller travailler les
jours (tres nombreux) de grèves . Par tous les temps !!! c'était tout simplement un SCANDALE  dont on est débarassé!


aucun président n'avait eu le courage de s'y atteler. Les français en réalité , veulent un roi ; un homme au dessus des combats qui serait le père de la nation:


Hélas ils l'ont tué! et François Hollande n'est pas son remplaçant

Oupédisa 11/01/2012 02:10


Ce sont deux dangereux aventuriers, deux faux pions, et il faut quand même dire que l'un d'entre eux est lâche, incapable, et ridicule et qu'il s'appelle François Hollande.


 

sceptissimo 10/01/2012 23:34


N'en déplaise aux satisfaits de la presidence qui s'acheve, le pire n'est pas  certain quoiqu'en dise l'académicien

Alain Gaudart 10/01/2012 22:54


Cher Scrutateur,


il manque la dernière phrase de cet élégant texte de Jean d'Ormesson, particulièrement importante: "je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou 2015".


Amicalement,


Alain Gaudart