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Publié par Edouard Boulogne

 

( Le Scrutateur a peu parlé jusqu'ici de la crise syrienne. C'est que j'ai en mémoire la jolie formule du général de Gaulle «  je partis vers l'orient compliqué avec des idées simples ». Ce n'était qu'une formule, et je ne voudrais pas contribuer à trop de simplification en faisant chorus avec la pseudo information diffusée par « nos » médias, dont le bavardage quotidien s'apparente à la désinformation la plus infantile, du moins pour ceux qui ne contentent pas de gober, un verre de spiritueux à la main, et de coca pour les plus demeurés, «  assis » devant l'oracle télévisuel, des débilités à la Bernard-Henri Lévy.

Certes, la famille Assad n'est pas des plus sympathiques – c'est le moins qu'on puisse en dire – mais son représentant actuel est-il le « montre » que l'on nous dit ( l'expression a été utilisée par l'un de nos envoyés très spéciaux, ce midi sur LCI )? Et ses opposants sont-ils les représentants de la « démocratie », que l'on nous présentent?

La réalité, comme toujours est plus complexe que ce qu'en pensent « les indignés » de toutes les époques, chers à ce brave M. Stéphane Hessel.

C'est pourquoi, sans prendre parti, pour un camp, ou pour l'autre, j'ai été extrêmement satisfait de découvrir cet article d'Alain Chouet, qui a le mérite de connaître la région pour y avoir vécu de longues années, et d'avoir une formation qui l'autorise à porter un jugement, qui on le verra est nuancé, tout en étant décapant.

Oui, les choses ne sont pas simples. J'en demande pardon aux supporters du Paris-St-Germain, dont le Qatar s'est rendu maître, comme de beaucoup d'autres choses, en France et ailleurs.

La légèreté des puissances occidentales finira par nous cuire. Edouard Boulogne ).

 

Les passages soulignés dans le texte l'ont été par Le Scrutateur. De même que le titre est de notre rédaction.

 

 

NOS MINISTRES, JUPPE HIER, FABIUS AUJOURD’HUI SONT-ILS MAL RENSEIGNES,

MAL CONSEILLES, OU NAÏFS ?

Invité de l'Association Régionale Nice Côte d'Azur de l'IHEDN (AR29), le 27 juin 2012,

Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, reconnu

bien au-delà de l'Hexagone pour son expertise du monde arabo-musulman, a livré aux

auditeurs son sentiment au cours d'une conférence qui a connu un vif succès.

............................................................................

.....

L'expression "printemps arabe" est censée faire référence au « Printemps des peuples » de

1848. Depuis la révolte de Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, la contagion s'est étendue de

la Tunisie successivement à l'Égypte, à la Libye, à Bahrein, au Yémen et enfin en Syrie.

Contrairement à ce qui a pu être dit, ces contestations populaires, d'une ampleur et d'une

intensité très variables, n'ont pas été le fait des "réseaux sociaux", dans des pays où l'accès à

Internet est réduit à une minorité de personnes "branchées" et où les moyens de blocage du

Net sont très développés. Même si les aspirations de ces divers peuples visaient à chasser

des dirigeants corrompus pour favoriser l'instauration d'une démocratie, les manifestants en

reprenant le slogan « Dégage ! » (« Erhal » en arabe) entendaient réclamer un meilleur

partage des richesses pour améliorer leurs conditions de vie, obtenir des emplois et retrouver

une certaine dignité (« karama » en arabe). En fait, ces révoltes, révolutions ou encore «

réveil arabe » ont en commun d'avoir été financées par le Qatar et d'autres monarchies du

Golfe et d'avoir été encadrées par les Frères musulmans. Le résultat ne s'est pas fait attendre

: on en voit déjà les effets en Tunisie, en Libye et bientôt en Égypte. La question que l'on est

en droit de se poser est : par quel miracle, les Européens ont-ils pu soutenir à ce point des

mouvements qui vont à la fois à l'encontre des intérêts mêmes de ces populations et aussi des

nôtres. Si la démocratisation de ces pays ne nous laisse pas indifférent, les voir retomber

dans une nouvelle forme de soumission plus insidieuse n'augure rien de bon pour l'avenir.

Depuis plus d'un an, ce printemps arabe n'en finit pas. La Syrie est le dernier pays à avoir été

pris dans une tourmente qui a mis le pays à feu et à sang.

Les pires conjectures formulées au premier semestre 2011 concernant les mouvements de

révolte arabes deviennent aujourd’hui réalité. Je les avais largement exposées dans divers

ouvrages et revues [1] à contre courant d’une opinion occidentale généralement enthousiaste

et surtout naïve. Car il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis

depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale

et pluraliste, la démocratie et la liberté allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule

vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés.

Une fois passé le bouillonnement libertaire et l'agitation des adeptes de Facebook, il a bien

fallu se rendre à l'évidence. Le pouvoir est tombé dans les mains des seules forces politiques

structurées qui avaient survécu aux dictatures nationalistes parce que soutenues

financièrement par les pétromonarchies théocratiques dont elles partagent les valeurs et

politiquement par les Occidentaux parce qu'elles constituaient un bouclier contre l'influence

du bloc de l'Est : les forces religieuses fondamentalistes. Et le « printemps arabe » n'a mis

que six mois à se transformer en « hiver islamiste ».

En Tunisie et en Égypte, les partis islamistes, Frères musulmans et extrémistes salafistes se

partagent de confortables majorités dans les Parlements issus des révoltes populaires. Ils

cogèrent la situation avec les commandements militaires dont ils sont bien contraints de

respecter le rôle d'acteurs économiques dominants mais s'éloignent insidieusement des

revendications populaires qui les ont amenés au pouvoir. Constants dans leur pratique du

double langage, ils font exactement le contraire de ce qu’ils proclament. En, Égypte, après

avoir affirmé sur la Place Tahrir au printemps 2011 qu'ils n'aspiraient nullement au pouvoir,

ils revendiquent aujourd'hui la présidence de la République, la majorité parlementaire et

l'intégralité du pouvoir politique.

En Tunisie, et après avoir officiellement renoncé à inclure la charia dans la constitution, ils

organisent dans les provinces et les villes de moyenne importance, loin de l'attention des

médias occidentaux, des comités de vigilance religieux pour faire appliquer des règlements

inspirés de la charia. Ce mouvement gagne progressivement les villes de plus grande

importance et même les capitales où se multiplient les mesures d'interdiction en tous genres,

la censure des spectacles et de la presse, la mise sous le boisseau des libertés fondamentales

et, bien sûr, des droits des femmes et des minorités non sunnites.

Et ces forces politiques réactionnaires n'ont rien à craindre des prochaines échéances

électorales. Largement financées par l'Arabie et le Qatar pour lesquels elles constituent un

gage de soumission dans le monde arabe, elles ont tous les moyens d’acheter les consciences

et de se constituer la clientèle qui perpétuera leur domination face à un paysage politique

démocratique morcelé, sans moyens, dont il sera facile de dénoncer l'inspiration étrangère et

donc impie.

La Libye et le Yémen ont sombré dans la confusion. Après que les forces de l'OTAN,

outrepassant largement le mandat qui leur avait été confié par l'ONU, ont détruit le régime

du peu recommandable Colonel Kadhafi, le pays se retrouve livré aux appétits de bandes et

tribus rivales bien décidées à défendre par les armes leur pré carré local et leur accès à la

rente. L'éphémère « Conseil National de transition » porté aux nues par l'ineffable Bernard

Henri Lévy est en train de se dissoudre sous les coups de boutoir de chefs de gangs

islamistes, dont plusieurs anciens adeptes d'Al-Qaïda, soutenus et financés par le Qatar qui

entend bien avoir son mot à dire dans tout règlement de la question et prendre sa part dans

l’exploitation des ressources du pays en hydrocarbures.

Au Yémen, le départ sans gloire du Président Ali Abdallah Saleh rouvre la porte aux forces

centrifuges qui n'ont pas cessé d'agiter ce pays dont l'unité proclamée en 1990 entre le nord

et le sud n'a jamais été bien digérée, surtout par l'Arabie Séoudite qui s'inquiétait des

foucades de ce turbulent voisin et n'a eu de cesse d'y alimenter la subversion

fondamentaliste. Aujourd'hui, les chefs de tribus sunnites du sud et de l'est du pays, dont

certains se réclament d'Al-Qaïda et tous du salafisme, entretiennent un désordre sans fin aux

portes de la capitale, Sanaa, fief d'une classe politique traditionnelle zaydite – branche

dissidente du chiisme – insupportable pour la légitimité de la famille séoudienne.

Seul le régime syrien résiste à ce mouvement généralisé d'islamisation au prix d'une incompréhension généralisée et de l'opprobre internationale.

Avant de développer ce sujet, je crois devoir faire une mise au point puisque d'aucuns

croient déceler dans mes propos et prises de positions des relents d'extrême droite et de

complaisance pour les dictatures.

Je me rends régulièrement en Syrie depuis 45 ans et y ai résidé pendant plusieurs années. Je

ne prétends pas connaître intimement ce pays mais je pense quand même mieux le connaître

que certains de ces journalistes qui en reviennent pleins de certitudes après un voyage de

trois ou quatre jours.

Mes activités m'ont amené à devoir fréquenter à divers titres les responsables des services de

sécurité civils et militaires syriens depuis la fin des années 70. J'ai pu constater qu'ils ne font

ni dans la dentelle ni dans la poésie et se comportent avec une absolue sauvagerie. Ce n'est

pas qu'ils ont une conception différente des droits de l'homme de la nôtre. C'est qu'ils n'ont

aucune conception des droits de l'homme…

Leur histoire explique en grande partie cette absence. D'abord, ils puisent leur manière d'être

dans quatre siècles d'occupation par les Turcs ottomans, grands experts du pal, de

l'écorchage vif et du découpage raffiné. Ensuite, ils ont été créés sous la houlette des troupes

coloniales françaises pendant le mandat de 1920 à 1943, et, dès l'indépendance du pays,

conseillés techniquement par d'anciens nazis réfugiés, de 1945 jusqu'au milieu des années

50, et ensuite par des experts du KGB jusqu'en 1990. Tout ceci n'a guère contribué à

développer chez eux le sens de la douceur, de la tolérance et du respect humain.

Quant au régime syrien lui-même, il ne fait aucun doute dans mon esprit que c'est un régime

autoritaire, brutal et fermé. Mais le régime syrien n’est pas la dictature d'un homme seul, ni

même d'une famille, comme l'étaient les régimes tunisien, égyptien, libyen ou irakien. Tout

comme son père, Bashar el-Assad n'est que la partie visible d'un iceberg communautaire

complexe et son éventuel départ ne changerait strictement rien à la réalité des rapports de

pouvoir et de force dans le pays. Il y a derrière lui 2 millions d'Alaouites encore plus résolus

que lui à se battre pour leur survie et plusieurs millions de minoritaires qui ont tout à perdre

d'une mainmise islamiste sur le pouvoir, seule évolution politique que l'Occident semble

encourager et promouvoir dans la région.

Quand je suis allé pour la première fois en Syrie en 1966, le pays était encore politiquement

dominé par sa majorité musulmane sunnite qui en détenait tous les leviers économiques et

sociaux. Et les bourgeois sunnites achetaient encore – parfois par contrat notarié – des jeunes

gens et de jeunes filles de la communauté alaouite dont ils faisaient de véritables esclaves à

vie, manouvriers agricoles ou du bâtiment pour les garçons, bonnes à tout faire pour les

filles.

Les Alaouites sont une communauté sociale et religieuse persécutée depuis plus de mille

ans. Je vous en donne ici une description rapide et schématique qui ferait sans doute hurler

les experts mais le temps nous manque pour en faire un exposé exhaustif.

Issus au Xè siècle aux frontières de l'empire arabe et de l'empire byzantin d'une lointaine

scission du chiisme, ils pratiquent une sorte de syncrétisme mystique compliqué entre des

éléments du chiisme, des éléments de panthéisme hellénistique, de mazdéisme persan et de

christianisme byzantin. Ils se désignent eux mêmes sous le nom d’Alaouites – c'est à dire de

partisans d'Ali, le gendre du prophète - quand ils veulent qu’on les prenne pour des

Musulmans et sous le nom de Nosaïris – du nom de Ibn Nosaïr, le mystique chiite qui a

fondé leur courant – quand ils veulent se distinguer des Musulmans. Et – de fait – ils sont

aussi éloignés de l'Islam que peuvent l'être les chamanistes de Sibérie.

Et cela ne leur a pas porté bonheur…. Pour toutes les religions monothéistes révélées, il n’y

a pas pire crime que l'apostasie. Les Alaouites sont considérés par l'Islam sunnite comme les

pires des apostats. Cela leur a valu au XIVè siècle une fatwa du jurisconsulte salafiste Ibn

Taymiyya, l'ancêtre du wahhabisme actuel, prescrivant leur persécution systématique et leur

génocide. Bien que Ibn Taymiyyah soit considéré comme un exégète non autorisé, sa fatwa

n'a jamais été remise en cause et est toujours d'actualité, notamment chez les salafistes, les

wahhabites et les Frères musulmans. Pourchassés et persécutés, les Alaouites ont dû se

réfugier dans les montagnes côtières arides entre le Liban et l'actuelle Turquie tout en

donnant à leurs croyances un côté hermétique et ésotérique, s'autorisant la dissimulation et le

mensonge pour échapper à leurs tortionnaires.

Il leur a fallu attendre le milieu du XXè siècle pour prendre leur revanche. Soumis aux

occupations militaires étrangères depuis des siècles, les bourgeois musulmans sunnites de

Syrie ont commis l'erreur classique des parvenus lors de l'indépendance de leur pays en

1943. Considérant que le métier des armes était peu rémunérateur et que l'institution

militaire n'était qu'un médiocre instrument de promotion sociale, ils n'ont pas voulu y

envoyer leurs fils. Résultat : ils ont laissé l'encadrement de l'armée de leur tout jeune pays

aux pauvres, c'est à dire les minorités : Chrétiens, Ismaéliens, Druzes, Chiites et surtout

Alaouites. Et quand vous donnez le contrôle des armes aux pauvres et aux persécutés, vous

prenez le risque à peu près certain qu'ils s'en servent pour voler les riches et se venger d'eux.

C'est bien ce qui s'est produit en Syrie à partir des années 60.

Dans les années 70, Hafez el-Assad, issu d'une des plus modestes familles de la communauté

alaouite, devenu chef de l'armée de l'air puis ministre de la défense, s'est emparé du pouvoir

par la force pour assurer la revanche et la protection de la minorité à laquelle sa famille

appartient et des minorités alliées – Chrétiens et Druzes - qui l'ont assisté dans sa marche au

pouvoir. Il s'est ensuite employé méthodiquement à assurer à ces minorités – et en

particulier à la sienne - le contrôle de tous les leviers politiques, économiques et sociaux du

pays selon des moyens et méthodes autoritaires dont vous pourrez trouver la description

détaillée dans un article paru il y maintenant près de vingt ans.[2]

Face à la montée du fondamentalisme qui progresse à la faveur de tous les bouleversements

actuels du monde arabe, son successeur se retrouve comme les Juifs en Israël, le dos à la mer

avec le seul choix de vaincre ou mourir. Les Alaouites ont été rejoints dans leur résistance

par les autres minorités religieuses de Syrie, Druzes, Chiites, Ismaéliens et surtout par les

Chrétiens de toutes obédiences instruits du sort de leurs frères d'Irak et des Coptes d'Égypte.

Car, contrairement à la litanie que colportent les bien-pensants qui affirment que « si l'on

n'intervient pas en Syrie, le pays sombrera dans la guerre civile »…. eh bien non, le pays ne

sombrera pas dans la guerre civile. La guerre civile, le pays est dedans depuis 1980 quand un

commando de Frères musulmans s'est introduit dans l'école des cadets de l'armée de terre

d'Alep, a soigneusement fait le tri des élèves officiers sunnites et des alaouites et a massacré

80 cadets alaouites au couteau et au fusil d'assaut en application de la fatwa d'Ibn Taymiyya.

Les Frères l'ont payé cher en 1982 à Hama – fief de la confrérie - que l'oncle de l'actuel

président a méthodiquement rasée en y faisant entre 10 et 20.000 morts. Mais les violences

intercommunautaires n'ont jamais cessé depuis, même si le régime a tout fait pour les

dissimuler.

Alors, proposer aux Alaouites et aux autres minorités non arabes ou non sunnites de Syrie

d'accepter des réformes qui amèneraient les islamistes salafistes au pouvoir revient très

exactement à proposer aux Afro-américains de revenir au statu quo antérieur à la guerre de

sécession. Ils se battront, et avec sauvagerie, contre une telle perspective.

Peu habitué à la communication, le régime syrien en a laissé le monopole à l'opposition.

Mais pas à n'importe quelle opposition. Car il existe en Syrie d'authentiques démocrates

libéraux ouverts sur le monde, qui s'accommodent mal de l'autoritarisme du régime et qui

espéraient de Bashar el-Assad une ouverture politique. Ils n'ont obtenu de lui que des

espaces de liberté économique en échange d'un renoncement à des revendications de

réformes libérales parfaitement justifiées. Mais ceux-là, sont trop dispersés, sans moyens et

sans soutiens. Ils n'ont pas la parole et sont considérés comme inaudibles par les médias

occidentaux car, en majorité, ils ne sont pas de ceux qui réclament le lynchage médiatisé du

« dictateur » comme cela a été fait en Libye.

Si vous vous informez sur la Syrie par les médias écrits et audiovisuels, en particulier

en France, vous n'aurez pas manqué de constater que toutes les informations concernant la

situation sont sourcées « Observatoire syrien des droits de l'homme » (OSDH) ou plus

laconiquement « ONG », ce qui revient au même, l'ONG en question étant toujours

l''Observatoire syrien des droits de l'homme.

L'observatoire syrien des droits de l'homme, c'est une dénomination qui sonne bien aux

oreilles occidentales dont il est devenu la source d'information privilégiée voire unique. Il n'a

pourtant rien à voir avec la respectable Ligue internationale des droits de l'homme. C'est en

fait une émanation de l'Association des Frères musulmans et il est dirigé par des militants

islamistes dont certains ont été autrefois condamnés pour activisme violent, en particulier

son fondateur et premier Président, Monsieur Ryadh el-Maleh. L'Osdh s’est installé à la fin

des années 80 à Londres sous la houlette bienveillante des services anglo-saxons et

fonctionne en quasi-totalité sur fonds séoudiens et maintenant qataris.

Je ne prétends nullement que les informations émanant de l'OSDH soient fausses, mais,

compte tenu de la genèse et de l'orientation partisane de cet organisme, je suis tout de même

surpris que les médias occidentaux et en particulier français l'utilisent comme source unique

sans jamais chercher à recouper ce qui en émane.

Second favori des médias et des politiques occidentaux, le Conseil National Syrien, créé en

2011 à Istanbul sur le modèle du CNT libyen et à l'initiative non de l'État turc mais du parti

islamiste AKP. Censé fédérer toutes les forces d'opposition au régime, le CNS a rapidement

annoncé la couleur. Au sens propre du terme…. Le drapeau national syrien est composé de

trois bandes horizontales. L'une de couleur noire qui était la couleur de la dynastie des

Abbassides qui a régné sur le monde arabe du 9è au 13è siècle. L'autre de couleur blanche

pour rappeler la dynastie des Omeyyades qui a régné au 7è et 8è siècle. Enfin, la troisième,

de couleur rouge, censée représenter les aspirations socialisantes du régime. Dès sa création,

le CNS a remplacé la bande rouge par la bande verte de l'islamisme comme vous pouvez le

constater lors des manifestations anti-régime où l'on entend plutôt hurler « Allahou akbar ! »

que des slogans démocratiques.

Cela dit, la place prédominante faite aux Frères musulmans au sein du CNS par l'AKP turc

et le Département d'État américain a fini par exaspérer à peu près tout le monde. La Syrie

n'est pas la Libye et les minorités qui représentent un bon quart de la population entendent

avoir leur mot à dire, même au sein de l'opposition. Lors d'une visite d'une délégation

d'opposants kurdes syriens à Washington en avril dernier, les choses se sont très mal

passées. Les Kurdes sont musulmans sunnites mais pas Arabes. Et en tant que non-arabes, ils

sont voués à un statut d’infériorité par les Frères. Venus se plaindre auprès du Département

d'État de leur marginalisation au sein du CNS, ils se sont entendus répondre qu'ils devaient

se soumettre à l'autorité des Frères ou se débrouiller tout seuls. Rentrés à Istanbul très

fâchés, ils se sont joints à d'autres opposants minoritaires pour démettre le président du CNS,

Bourhan Ghalioun, totalement inféodé aux Frères, et le remplacer par un Kurde,

Abdelbassett Saïda qui fera ce qu'il pourra – c'est à dire pas grand chose - pour ne perdre ni

l'hospitalité des islamistes turcs, ni l'appui politique des néo-conservateurs Américains, ni,

surtout, l'appui financier des Séoudiens et des Qataris.

Tout cela fait désordre, bien sûr, mais est surtout révélateur de l'orientation que les États

islamistes appuyés par les néo-conservateurs américains entendent donner aux mouvements

de contestation dans le monde arabe.

Ce ne sont évidemment pas ces constatations qui vont rassurer les minorités de Syrie et les

inciter à la conciliation ou à la retenue. Les minorités de Syrie – en particulier, les Alaouites

qui sont en possession des appareils de contrainte de l'État – sont des minorités inquiètes

pour leur survie qu'elles défendront par la violence. Faire sortir le président syrien du jeu

peut à la rigueur avoir une portée symbolique mais ne changera rien au problème. Ce n'est

pas lui qui est visé, ce n'est pas lui qui est en cause, c'est l'ensemble de sa communauté qui

se montrera encore plus violente et agressive si elle perd ses repères et ses chefs. Plus le

temps passe, plus la communauté internationale entendra exercer des pressions sur les

minorités menacées, plus les choses empireront sur le modèle de la guerre civile libanaise

qui a ensanglanté ce pays de 1975 à 1990.

Il aurait peut être été possible à la communauté internationale de changer la donne il y a un

an en exigeant du pouvoir syrien des réformes libérales en échange d'une protection

internationale assurée aux minorités menacées. Et puisque l’Arabie et la Qatar – deux

monarchies théocratiques se réclamant du wahhabisme – sont théoriquement nos amies et

nos alliées, nous aurions pu leur demander de déclarer la fatwa d'Ibn Taymiyyah obsolète,

nulle et non avenue afin de calmer le jeu. Il n'en a rien été. À ces minorités syriennes

menacées, l'Occident, France en tête, n'a opposé que la condamnation sans appel et

l'anathème parfois hystérique tout en provoquant partout – politiquement et parfois

militairement – l'accession des intégristes islamistes au pouvoir et la suprématie des États

théocratiques soutenant le salafisme politique.

Débarrassés des ténors sans doute peu vertueux du nationalisme arabe, de Saddam Hussein,

de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi, à l'abri des critiques de l'Irak, de l'Algérie et de la

Syrie englués dans leurs conflits internes, les théocraties pétrolières n'ont eu aucun mal à

prendre avec leurs pétrodollars le contrôle de la Ligue Arabe et d'en faire un instrument de

pression sur la communauté internationale et l'ONU en faveur des mouvements politiques

fondamentalistes qui confortent leur légitimité et les mettent à l'abri de toute forme de

contestation démocratique.

Que les monarchies réactionnaires défendent leurs intérêts et que les forces politiques

fondamentalistes cherchent à s'emparer d'un pouvoir qu'elles guignent depuis près d'un siècle

n'a rien de particulièrement surprenant. Plus étrange apparaît en revanche l'empressement

des Occidentaux à favoriser partout les entreprises intégristes encore moins démocratiques

que les dictatures auxquelles elles se substituent et à vouer aux gémonies ceux qui leur

résistent.

Prompt à condamner l'islamisme chez lui, l'Occident se retrouve à en encourager les

maneuvres dans le monde arabe et musulman. La France, qui n’a pas hésité à engager toute

sa force militaire pour éliminer Kadhafi au profit des djihadistes et à appeler la communauté

internationale à en faire autant avec Bashar el-Assad, assiste, l'arme au pied, au dépeçage du

Mali par des hordes criminelles qui se disent islamistes parce que leurs rivaux politiques ne

le sont pas.

De même les médias et les politiques occidentaux ont assisté sans broncher à la répression

sanglante par les chars séoudiens et émiratis des contestataires du Bahraïn, pays à majorité

chiite gouverné par un autocrate réactionnaire sunnite. De même les massacres répétés de

Chrétiens nigérians par les milices du Boko Haram ne suscitent guère l'intérêt des médias et

encore moins la condamnation par nos politiques. Quant à l'enlèvement et la séquestration

durable de quatre membres de la Cour Pénale Internationale par des « révolutionnaires »

libyens, elle est traitée en mode mineur et passe à peu près inaperçue dans nos médias dont

on imagine l'indignation explosive si cet enlèvement avait été le fait des autorités syriennes,

algériennes ou de tel autre pays non encore « rentré dans le rang » des « démocratures », ces

dictatures islamistes sorties des urnes.

À défaut de logique, la morale et la raison nous invitent tout de même à nous interroger sur

cette curieuse schizophrénie de nos politiques et nos médias. L'avenir dira si notre

fascination infantile pour le néo-populisme véhiculé par Internet et si les investissements

massifs du Qatar et de l'Arabie dans nos économies en crise valaient notre complaisance face

à la montée d'une barbarie dont nous aurions tort de croire que nous sommes à l'abri.

Nice le 27 juin 2012

Alain Chouet

« Our coverage of the Arab Spring was over-excited, admits BBC » : Head of news admits reporters may have failed

to explore both sides of the story. Countries where regimes were not overthrown were ignored, says BBC Trust

report by former UN director of communications. Two thirds of mobile footage and other user-generated content

was broadcast without any caveats

« La sortie de crise au Sahel passe par une refondation de la relation franco-algérienne » de Richard Labévière.

"Une analyse de la crise syrienne" de Frédéric Pichon in Cahiers EPEE, Xenophon n°24, publié le 29.6.2012.

« Les ambiguïtés du « Printemps arabe » : Texte publié sur les site internet de l’association des anciens des services

spéciaux de la défense nationale ( ) (2011) « Où en est Al-Qaida » : Table ronde au Sénat sur le thème : le

29.01.2010.

« L'Association des Frères musulmans : Chronique d'une barbarie annoncée » (2006) -- « The Association of

Muslim Brothers »

« Introduction à l'Atlas Mondial de l'Islam activiste » (2006)

« Violence islamique : quels acteurs ? quelles menaces ? quelles réponses ? »

« L'Islam confisqué : Stratégies dynamiques pour un ordre statique » (Texte publié en 1994 in « Moyen Orient :

migrations, démocratisations, médiations » sous la direction de Riccardo Bocco et Mohammed Reza Djalili aux

Presses Universitaires de France).

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Wopso 02/08/2012 17:58


2 coms trouvés sur la toile :


IL FAUT RAPPELER a tous les lecteurs
- que "l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH)" (fondé assez récemment) qui abreuve l'occident d'"infos" serait composé de 2 personnes (!) vivant dans la banlieue de Londres, et qui
reçoivent les nouvelles des sympathisants rebelles sur place. Rien à voir avec une ONG !
- que Reuters est plus une agence de desinformation qu'une agence honnete qui verifie ses sources. J'en suis reduis a la regarder la TV Russe pour avoir des nouvelles correspondantes a celles de
mes amis syriens sur place. Un Comble!
...
plus qu'on entend de bruit en France sur ce sujet; plus que cela signifier que en occident nous sommes sélectif et notre démocratie est sur demande;
Nous avons interdit à la chaine AL-JAZZERA de mettre la vidéo du terroriste MERAH je crois et la même chaîne est autorisé de fabriquer des vidéos sur la Syrie,
La Syrie n'est pas le paradis, M. ASSAD n'est pas parfait, mais il n'est pas pire que d'autres ici, je suis syrien et je sais de quoi je parle; mais bon quand Beranrd Herny Levy est le père du
printemps arabe cela veut dire ce qu'on veut faire de ce printemps.

castetsjj 30/07/2012 06:52


Bonjour Mr Boulogne,


Sur le Monde, un complément d'info sur la Syrie et les Alaouites pour éclairer la complexité du "conflit". Il reste bien peu de place à la raison pour porter un  jugement et trancher ; seuls
les morts ont la parole !


http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/07/27/letat-alaouite-en-syrie-une-remontee-de-lhistoire/


Bonne journée Cjj

Josué 28/07/2012 15:07


Vladimir Poutine Akbar!


Inchallah!


Bonnes vacances au Scrutateur

castetsjj 28/07/2012 10:16


Bonjour Mr Boulogne,


Décidément, vacances studieuses, merci de vous en distraire quelques minutes !


Merci pour cet éclairage dont je ne met aucunement en doute la pertinence et la véracité. Je sais que les synthèses à destination des Politiques sont le fait d'observations terrains, d'écoutes et
de recoupements des infos via les canaux diplomatiques habituels et nos services aux grands yeux et grandes oreilles... Tout au moins jusqu'au niveau des conseillers que nous payins très chers,
les infos sont techniques et apolitiques. Qu'en est-il après entre la corbeille et le bureua des décideurs, le mystère restera entier, l'inquisition et la question sont passés de mode chez nous.


Ma seule interrogation ? Comment des décideurs à tous niveaux formés par l'Etat et pour 'Etat, nos intellos à deux balles ( 68 très tard ) et nos philosophes ou avocats dépoitraillés en chemise
blanche et mèches rebelles, nos médias braillards et incultes aux ordres sont passés de l'état de bouffeur de curés malgré la loi de 1905, à adorateurs et commerciaux multicartes d'un Islam soi
disant modéré qui n'existe nulle part dans les pays à dominante islamique...


Bonne journée Cjj