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Publié par Edouard Boulogne

Ah! Ces békés! par Jean Lafosse-Marin.



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( Le texte que l'on va lire date de quelques mois. Nous avons attendu que les tensions s'appaisent pour en rendre plus facile la compréhension par les hommes de bonnes volonté. Le titre ( on l'aura deviné) est du Scrutateur).





1

Jean LAFOSSE-MARIN

 

Sèvres le 20 avril 2009

10, rue de la Borne au Diable

92310 Sèvres

jean.lafosse-marin@wanadoo.fr

P. Vincent Cabanac

et l’équipe de rédaction

La Documentation Catholique

18 rue Barbès

92128 Montrouge Cedex

Monsieur l’Abbé et toute l’équipe de Rédaction,

Depuis de nombreuses années je suis abonné et lecteur attentif de la Documentation Catholique. J’y

trouve l’essentiel des textes de l’Eglise et des déclarations des autorités ecclésiales pour alimenter ma

réflexion et ma foi. Mon attention a été retenue par la note (1) de la page 303 du dernier numéro, N° 2420

du 15 mars 2009, liée à la lettre pastorale de Mgr Méranville.

Vous écrivez au début de cette note :

 

« Les békés sont des créoles blancs, descendants des

esclavagistes qui avaient colonisé la Martinique au XVIIe siècle. Ils représentent à peine 2 % de la

population et détiennent la plupart des richesses de l’île. »

 

Surpris, je vous demandais, par lettre du 31 mars dernier, de m’indiquer vos sources : « d’où tenezvous

cette définition des « békés » ainsi que leur proportion et le niveau de leurs propriétés » ? J’aurais

souhaité connaître votre réponse.

Je dois vous dire combien je suis consterné par le contenu et la formulation de cette note. Je le suis

encore plus comme chrétien ; je suis triste, vraiment, que de tels termes et déclarations, aient pu être écrits

dans une revue dont l’objet est de porter les paroles d’amour et de fraternité de l’Eglise. Enfin comme

« béké » ; j’y vois, ainsi que des personnes de mon environnement, pas nécessairement « békés »,

l’expression d’une totale méconnaissance, voire d’une hostilité, d’autant plus vive que ces propos sont, je

vais vous le démontrer, infondés. Nous y voyons même l’expression d’une incitation à la haine contre

eux, … haine raciale ?

Voici donc lancé au monde francophone, aux chrétiens et aux intellectuels ouverts aux événements et

aux déclarations catholiques, par une revue catholique qui fait autorité, un commentaire erroné, sans

nuance, non étayé, qui de plus, par les termes utilisés, apparaît porteur de rancoeurs, voire de haine.

Je regrette d’avoir à être un peu long, mais cela me paraît nécessaire.

􀂾

 

D’où tenez-vous cette définition des békés ? Je ne la retrouve nulle part, hors des ragots médiatiques

diffamants.

En effet, les dictionnaires Larousse et le Petit Robert définissent le « béké » par :

 

« Créole2

martiniquais ou guadeloupéen descendant d'immigrés blancs »

 

 

 

 

« un blanc et plus spécialement : blanc par opposition à noir ». Si l’on se tourne du côté de

1

 

Le texte complet de la note est : « Les békés sont des créoles blancs, descendants des esclavagistes qui avaient colonisé la Martinique au

XVIIe siècle. Ils représentent à peine 2 % de la population et détiennent la plupart des richesses de l’île. Mgr Méranville fait ici allusion à

l’émoi provoqué en Martinique début février par les propos hostiles au métissage tenus dans un reportage du Canal + par le béké Alain

Huyghues

 

2

 

Selon le Larousse le mot créole vient de l’espagnol criollo et du portugais crioulo, signifiant « Noir né dans les colonies ». « Se dit d'une

personne dont les ascendants sont originaires d'Europe et qui est née dans les anciennes colonies européennes. »

 

Pour le Nouveau Petit Robert « Créole, n. et adj.1670 ; altération de criolle, criollo a 1643 ; de l’espagnol Criollo, du portugais crioulo

« serviteur nourri dans la maison

 

 

 

Voir http://www.touscreoles.fr/index.php?2008/07/24/17lasignificationdutermecreoleatelleevolue qui s’interroge sur l’usage actuel

de ce mot.

 

Le Littré discute ce mot de façon intéressante et indique que « Les enfants des Espagnols qui sont nés aux Indes sont appelés criollo ou criolla;

les nègres donnaient ce nom aux enfants qui leur étaient nés aux Indes, pour les distinguer de ceux qui étaient nés dans la Guinée, leur

patrie.... les Espagnols ont emprunté d'eux ce nom

 

, GARCILASO DE LA VEGA, Hist. des Yncas, t. II, p. 460, trad. française par J. Baudoin, 2 vol.

in

12, Amsterdam, 1704

 

12, Amsterdam, 1704. »

 

12, Amsterdam, 1704

3

 

Elodie Jourdain, dans le second volume de sa thèse d’Etat de lettres à la Sorbonne : « Le vocabulaire du parler créole de la Martinique » Lib.

C.KLINCKSIECK, 11 rue de Lille, 1956, page 171. Les notes 1 et 2 discutent longuement les étymologies des mots « béké » et « Créole ».

2

la littérature à travers, par exemple, le lexique des particularismes lexicaux de Joseph Zobel (1915-2006)

 

4,

un auteur antillais contemporain qui fait autorité, il ressort qu’il parle de « béké » pour dire

 

« blanc

créole »

 

5.

Ainsi nulle part, dans les références sérieuses, on ne trouve votre définition du «béké ». Pourquoi

l’avoir ainsi formulée ? Quelles sont vos motivations ? L’avez-vous réfléchie ?

􀂾

 

Votre note étiquette brutalement les « békés », sans complaisance ni précision, d’un terme en

« iste », qui n’est dans aucune de leurs définitions et dont on connaît tout le poids négatif et péjoratif

par les siècles d’horreurs que ce terme transporte. Pourquoi ?

Ici, l’emploi du mot

 

« esclavagiste » appliqué aux seuls « békés » laisse entendre qu’ils portent toutes

les responsabilités de l’esclavage aux Antilles, qu’ils sont les seuls coupables et qu’ils sont encore, dans

ces départements, pourtant régis et contrôlés par les lois de la République Française, dans la mouvance de

ce qui s’est passé il y a plus d’un siècle et demi et qui est interdit depuis dans tous les pays du monde.

C’est ce que ressent le lecteur, qu’il fasse ou non preuve de sens critique. Est-il sérieux de laisser penser

que perdurent, dans ces départements français, des comportements,

 

« des méthodes d’une autre

époque

 

»6, au nez et à la barbe de l’Etat Français, du Préfet de région, du Procureur de la République, des

sénateurs et députés élus par la population, qui retrouvent régulièrement leurs homologues dans les

Assemblées, des Présidents de la République qui visitent fréquemment ces départements et y font même

des réunions de chefs d’Etats ? Au nez et à la barbe des milliers de touristes qui s’y rendent régulièrement

et des congressistes qui y viennent pour des colloques internationaux ? Cela signifierait alors que l’Etat

Français, avec la complicité des descendants des colons, a maintenu et entretient dans les DOM, malgré

l’abolition de l’esclavage et leur statut de département, un

 

 

« système d’économie des plantations »,

comme cela est précisé dans le préambule de l’Accord Jacques Bino, signé en présence du Préfet qui

d’ailleurs n’a pas, à notre connaissance, officiellement désapprouvé ces termes. N’est-ce pas insensé ? Le

leader du LKP s’est exprimé sans détour :

 

« Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir

l’esclavage ».

 

Personne ne s’insurge. Dans quel monde vivons-nous ? Alors que les conventions

collectives du travail elles-mêmes sont strictement celles négociées et appliquées en Métropole. Il est

surprenant, n’est-ce pas, que se laissent prendre à ce type de propos des personnes en responsabilité ou

présentées comme faisant moralement ou intellectuellement autorité

 

 

7.

Le mot

 

« esclavagiste » contient en lui-même, à juste titre, un poids énorme de dénigrement ; appliqué

aux « békés » d’aujourd’hui, est-ce fondé ? Est-ce honnête ? Est-ce chrétien ? Ce n’est pas seulement

réducteur et stupide, c’est faux. Si vous vouliez vraiment les situer par rapport à la colonisation et à

l’esclavage, il aurait été plus juste d’écrire, par exemple:

 

« les békés sont des créoles blancs, descendants

des colons immigrés aux Antilles, arrivés au cours et après la colonisation européenne et l’esclavage»

 

.

 

􀂾

 

Qui sont les « békés », ces « créoles blancs » dont vous parlez ? Ils descendent8 de différents types

de colons

 

9, arrivés d’Europe tout au long de la colonisation, laquelle ne s’est pas arrêtée à l’abolition de

l’esclavage. Dans les premiers temps, il y eut quelques nobles cadets de famille, mais surtout des marins,

des soldats, des commerçants, des ouvriers, des agriculteurs, des engagés (blanc travaillant 3 ans sur une

plantation), des indigents envoyés de force aux Antilles. Les femmes, peu nombreuses au début de la

colonisation, étaient pauvres et de milieu modeste ; certaines, orphelines, étaient aussi envoyées de force.

Certaines familles « békés » descendent également d'étrangers tels que des hollandais de confession

protestante, chassés du Brésil, qui amenèrent la culture de la canne à sucre. Il y eut aussi des anglais,

envoyés pendant les périodes où l’Empire colonial britannique possédait l’île.

A la Guadeloupe, les « békés » de la période de l’esclavage furent en grande partie massacrés en 1794

sous la dictature de Victor Hugues, alors commissaire de la République. Ainsi les blancs présents en

Guadeloupe proviennent très majoritairement de la métropole bien après l'abolition de l'esclavage en 1848

et surtout au cours de la seconde moitié du 20

 

ème siècle. De même, à la Martinique de nombreux blancs

4

 

Auteur, entre autres, du livre bien connu « La rue CasesNègres », Paris, Froissart, 1950. 314 pages

5

 

http://pagespersoorange.fr/andre.thibault/ZobelExtractionAutomatique.pdf

6

 

Expression irresponsable, jamais justifiée malgré des demandes d’explication, du Secrétaire d’Etat à l’Outremer, le 14 mars sur France 2.

7

 

On retrouve l’écrivain Patrick CHAMOISEAU, pourtant prix Goncourt, lorsqu’il parle de manière péremptoire et sans justification d’ «une

tutelle coloniale qui maintient les Antillais dans l’irresponsabilité et la dépendance »,

 

alors que le statut de ces départements n’est pas

différent de celui des autres départements métropolitains.

 

8

 

Voir par exemple pour le début le la colonisation le livre de Léo Elizabeth : «La société martiniquaise aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1664

1789 »,

 

 

« un blanc peutêtre l’engagé d’un noir libre » « Dans la catégorie des blancs et assimilés, entre 1660

et 1667, une personne sur quatre vit sous la dépendance d’une autre. »

 

, page 31. Ou encore même page : « Plus souvent, le capitaine du

navire qui l’a transporté (l’engagé) le vend à l’arrivée à un habitant pour trente six mois, jusqu’à la décision du 28 février 1670. Pour attirer les

candidats, la durée du service est alors ramenée à 18 mois ».

9

 

Au sens Petit Robert de « Personne qui est allée peupler, exploiter une colonie – Habitant d’une colonie ressortissant de la Métropole ».

3

sont arrivés, après cette date, de toutes régions françaises ou européennes. Ces derniers sont aussi appelés

« békés » dans le langage courant. Une très forte proportion des « békés » a disparu, avec la totalité des

habitants de Saint-Pierre, lors de l’éruption du Mont Pelé le 9 mai 1902. Encore aujourd’hui des

européens arrivent avec un billet d’avion aller sans retour.

Ainsi quel poids ces braves gens majoritairement modestes, souvent sans instruction, avaient-ils pour

décider quoi que ce soit ? N’étaient-ils pas le plus souvent ou bien de simples aventuriers en mal

d’exotisme, pour les volontaires, ou bien des exécutants, aucun n’ayant de pouvoir sur les décisions

concernant la colonisation et l’esclavage, prises en hauts lieux, dans les salons des capitales ou autres

villes françaises ou européennes, dans les Assemblées nationales ?

Des archives notariées nombreuses permettent d’établir, qu’aux Antilles même, des personnes noires

libres possédaient aussi des esclaves. Doivent-elles être aussi qualifiées d’

 

« esclavagistes » ?

Les colons, volontaires ou non, exploitaient les terres des colonies, possédées par la Métropole, en

utilisant la main-d’oeuvre qui leur était envoyée, à savoir les esclaves. L’esclavage était pour ces gens des

colonies un fait mondial de société dont tout un chacun, vous le savez, profitait

 

10. On voit donc que ceux

qui doivent être effectivement nommés

 

« esclavagistes », ceux que le dictionnaire de l’Académie

Française définit par : «

 

Qui veut maintenir l'esclavage des nègres ou Qui en fait la traite », ne sont pas

d’abord à chercher de ce côté-ci, même si l’on doit reconnaître que certains ont participé à ce crime contre

l’humanité. N’occultons pas les autres, les principaux.

􀂾

 

Qui sont alors les responsables de l’esclavage ? Ceux qui véritablement « avaient colonisé la

Martinique au XVIIe siècle

 

» et qui sont les « esclavagistes », les vrais, ceux qui ont mis en place,

développé et maintenu le système ? Qui sont ceux qui se sont réellement enrichis ?

Est-il utile de le rappeler ? Ne vivaient-ils pas principalement en France et dans les autres pays

d’Europe ? N’était-ce pas eux qui conduisaient depuis leurs métropoles la politique de leurs empires

coloniaux gigantesques (la quasi-totalité du globe si on les cumule) et de l’esclavage, en se disputant les

pays colonisés, ne donnant par leurs directives que peu de chance de survie aux populations colonisées, à

leurs coutumes, à leurs cultures, à leurs langues, à leurs religion…, légiférant depuis leurs capitales, à des

milliers de kilomètres, définissant et codifiant les moyens de développer la colonisation et l’esclavage,

commanditant des expéditions militaires et négrières, armant des navires commerciaux ou négriers,

faisant piller les matières premières par leurs colons…? On connaît le trio et l’ordre dans lequel cela

fonctionnait : l’Armée, l’Eglise et le Marchand. Où « Le Code Noir »

 

 

11 a-t-il été discuté et voté ? Etait-ce

au Parlement français en 1685 à Paris ou bien dans les colonies, en l’occurrence dans les îles, qui étaient

chargées et contraintes de l’appliquer, par les relais que représentaient les Conseils Souverains (les

Parlements locaux) ?

Les peuples amérindiens qui habitaient les îles, les peuples autochtones de nombreux pays colonisés

par les puissances européennes, par exemple en Amérique du Nord et du Sud, n’ont-ils pas été éliminés

dans de vrais génocides, par les armées des puissances européennes colonialistes ? Les décisions ne

venaient-elles pas de leurs assemblées législatives et de leurs gouvernements pour implanter leurs colons

et exploiter les ressources ? Celles-ci étaient, dans le cadre du système de l’Exclusif, transférées sur le

continent européen entretenant le système colonialiste et esclavagiste. Pour ce faire, ils déversaient dans

leurs colonies des hommes et des femmes, tous n’étant pas nécessairement volontaires, et des esclaves.

Je ne m’étendrai pas plus, de nombreuses pages ont été écrites sur la question.

 

12

􀂾

 

Allons plus avant, demandons-nous quelle était la position de l’Eglise. Cette politique coloniale et ce

trafic d’esclaves ne profitaient-ils pas de la bénédiction des plus hautes autorités de l’Eglise sinon de son

assentiment explicite, quelle que soit l’époque que l’on scrute

 

13 ? Sur ce sujet aussi la littérature ne

10

 

Vous n’ignorez pas, qu’à la même période de l’esclavage dit « triangulaire », il y avait en méditerranée un non moins terrifiant trafic

d’esclaves blancs. Voir Robert C. DAVIS

 

« Esclaves chrétiens, maîtres musulmans » Ed. Jacqueline Chambon, 2006, 420 pages. Il est écrit

ailleurs :

 

« Environ un million à 1.250.000 Européens, pour la seule période comprise entre 1530 et 1780 – période de forte activité

barbaresque en Méditerranée et dans l’Atlantique – furent enlevés de force au cours des razzias sur les littoraux italiens, français, espagnol,

sicilien, corse en Méditerranée et dans l’Atlantique ».

 

Ou encore : « Au XVIIe siècle, il y eu davantage d’esclave blancs déportés

annuellement aux Amériques que d’Africains » :

 

Arnaud Raffard de Brienne : « La désinformation autour de l’esclavage », Ed. Atelier Fol’fer,

coll. L’Etoile du berger, 2006. Pages 44 et 45.

 

 

 

« Ces références font tomber l’argument selon lequel l’esclavage aurait été la conséquence

d’un racisme préexistant à l’encontre des noirs », p. 45.

Louis SalaMolins. PUF 1987, 292 pages

12

 

Voir par exemple :

 

Sous la direction de Marc Ferro « Le livre noir du colonialisme », Hachette, 1.120 pages

 

Gilles Manceron « Marianne et les colonies. Une introduction à l’histoire coloniale de la France », 320 pages

 

Olivier PétréGrenouilleau, « les Traites négrières, Essai d'histoire globale », éditions Gallimard, 2004

 

Olivier PétréGrenouilleau, « La traite des Noirs », Que saisje? PUF, Paris, 1997

 

Olivier PétréGrenouilleau, « Nantes au temps de la traite des Noirs », Hachette Littérature, Paris, 1998

13

 

Fautil donner des références ? Ainsi, par exemple, à deux périodes éloignées de l’histoire :

4

manque pas. Tout au long de l’histoire, l’Eglise n’a pas manqué d’arguties pour justifier l’esclavage.

Quelle était sa position sur l’esclavage dans le monde colonisé et dans les Antilles à l’époque dont vous

parlez ? Que nous disent par exemple les livres du Dominicain le Père Labat

 

14 ? On relève entre autre, à

titre de justification de la colonisation, le vecteur de l’esclavage, que l’Eglise devait contribuer à l’oeuvre

de civilisation conduite par les pays colonisateurs et de plus répondre à l’injonction de son Seigneur :

« Allez enseigner toutes les nations »

 

 

 

16 ; est-ce contestable ? Pourquoi l’Eglise, à quelque niveau qu’elle ait été, n’a-t-elle pas

pris clairement et fermement position contre ces pratiques ? Pourtant elle ne manquait pas de pouvoir

politique pour les remettre en cause. Diriez-vous aussi qu’elle était

 

« esclavagiste » ? Faut-il s’étendre ?

On aurait pu aller voir aussi dans d’autres religions

 

17.

􀂾

 

Comment qualifiez-vous les Africains qui pratiquaient aussi l’esclavage, depuis des siècles, à l’issue

de conflits entre ethnies ou de razzias et vendaient leurs frères noirs pour alimenter le commerce

d’esclaves avec les arabes et celui dit « triangulaire » entretenus par les puissances financières et les

armateurs européens ? Quelles responsabilités leur attribuez-vous ? Oseriez-vous déclarer que leurs

enfants d’aujourd’hui sont des

 

« descendants des esclavagistes » ? Cela aurait-il un sens ? Quelle nation

au monde n’a pas fait de même, à un moment ou un autre de son histoire ? Quelle proportion de

l’humanité actuelle devrait alors être dite «

 

descendant des esclavagistes » ? Comment les distingueraiton

? Les nommerait-on tous : « béké » ? N’est-ce pas inepte ?

􀂾

 

Où étaient les plus grands profiteurs du commerce de l’esclavage ? N’étaient-ils pas sur le territoire

européen, à titre d’exemple, pour les français, à Nantes

 

18, à Bordeaux, à La Rochelle, au Havre, dans les

grands et chics quartiers parisiens ou autres villes de province ? La colonisation et l’esclavage n’étaientils

pas essentiels aux économies européennes de l’époque ? Les Français, les Européens ne vivaient-ils

pas en nombre non négligeable de cette colonisation, du trafic et du travail des esclaves ? Sinon, pourquoi

les avoir mis en place, développés, protégés par des lois, par des textes. On sait bien que certains partaient

pour quelques années aux Antilles, afin d’en revenir fortune faite, ce qui leur donnait une reconnaissance

sociale et une entrée à la Cour

 

19.

􀂾

 

Si, à la suite de tout cela, on nous disait, clamant à tout va : « les Blancs européens sont des

descendants des colonialistes esclavagistes qui ont colonisé 90 % du globe et qui détiennent aujourd’hui

la plupart des richesses des pays européens »

 

, comment réagirions-nous ? Si, de plus, ces propos visaient

particulièrement les chrétiens :

 

 

« les Blancs chrétiens européens sont des descendants des chrétiens

colonialistes esclavagistes qui ont colonisé 90 % du globe et qui détiennent aujourd’hui la plupart des

richesses des pays européens »,

 

que penseriez-vous ? Ce raisonnement et ces propos ne seraient-ils pas

outranciers, pervers et porteurs de haine

 

 

20, d’autant plus que l’Eglise et la France ont fait des démarches

de repentance ? Des « békés » martiniquais ont aussi fait une démarche de repentance en 1998

 

21, trois ans

avant la loi Taubira.

􀂾

 

Que sont devenus les « békés » après l’abolition de l’esclavage ? Certains sont rentrés en Europe et

aux Etats-Unis, d’autres blancs métropolitains ou européens sont venus rejoindre ceux qui étaient restés et

se sont implantés dans les îles ; ils sont aussi appelés « békés ». On parle de « békés France » pour les

blancs venant de Métropole et qui sont de première ou de seconde génération aux Antilles.

L’Eglise a été très présente et elle l’est toujours. Elle a été la principale éducatrice de la population

des îles, qu’elle soit noire, métisse ou blanche, à travers ses missionnaires spiritains et les religieuses

Dominicaines et de Cluny. Les Spiritains ont été curés et vicaires de paroisses et ont tenu des

 

Le 8 janvier 1455, le pape Nicolas V autorise le roi du Portugal à pratiquer la traite (itinéraire : AfriquePortugal). Réf : Louis SalaMolins :

« Le Code Noir »,

 

 

 

« Histoire des chrétiens d’Afrique du nord », sous la direction de Henri Teissier, p.118 en haut.

14

 

R.P. LABAT « Voyage aux Îsles de l’Amérique » (Antilles) 16931705. Editions Duchartre. Tome I : 366 pages ; Tome II : 478 pages.

15

 

Il a fallu attendre Vatican II pour sortir de cette logique. Heureusement que des théologiens comme Bernard Sesbouë ont mis un peu

d’ordre là dedans avec son beau livre

 

« Hors de l’Eglise pas de salut », chez Desclée. J’ai noté que la déclaration « Dominus Iesus » donne la

position actuelle de l’Eglise ; manifestement elle ne fait pas l’unanimité des théologiens.

16

 

Voir R.P. LABAT, Tome II, p. 33 et suivantes, par exemple.

17

 

Pour l’Islam, voir le livre de Malek CHEBEL « L’Esclavage en terre d’Islam, Fayard, 2007, 500 pages. Pensezvous que l’on puisse dire des

musulmans d’aujourd’hui qu’ils sont des

 

« descendants des esclavagistes » ? Quel sens cela auraitil ?

18

 

On avance 1.744 expéditions commanditées de Nantes entre le milieu du XVIIe et au milieu XIXe s. soit 41 % de l’ensemble (4.220) des

expéditions françaises pendant la même période (http://les.traitesnegrieres.free.fr/index2.html )

19

 

Alain GUEDE : « Monsieur de SaintGeorge, Le nègre des lumières », Actes Sud 1999, 400 pages.

20

 

De manière analogue, peuton présenter les Allemands d’aujourd’hui comme « des descendants des fascistes qui …» ?

21

 

http://www.touscreoles.fr/index.php?2008/02/20/10nousnoussouvenons

5

 

 

 .( A suivre)

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nicolas 07/02/2010 14:46



Cet article est certainement très intéressant mais les polices de
caractère différent utilisé rendent la lecture peu agréable. Passez tout le texte dans Word et choisissez une police uniforme. Merci