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Publié par Edouard boulogne

Un témoignage sur Gérard Lauriette.


Cette semaine Gérard Lauriette (dit aussi « papa yaya ») est mort. Il avait été le maire de Capesterre Belle-Eau (en Guadeloupe), et, auparavant, instituteur. Un instituteur turbulent, au point d’être révoqué, dans les années 1960. C’est que Lauriette n’entendait agir, pédagogiquement s’entend, que dans une perspective de rupture avec un enseignement au service, disait-il, du « colonialisme ». C’est dans cette logique qu’il préconisait une pédagogie fondée sur l’enseignement du créole, et en créole, à une époque où cette militance,  était plutôt mal vue, (dans la lignée des vues de l’abbé Grégoire, et de la politique pédagogique issue de le Révolution Française), et, pas seulement du point de vue académique. Elle n’était pas encore devenue une mode.

A l’époque, Lauriette me fut présenté comme un « fou », passablement paranoïaque.

Ce n’est que bien plus tard, au tout début des années 80 que j’eus mon premier rapport sinon personnel, du moins plus direct avec ce curieux personnage. Sur RFO-Guadeloupe (à l’époque FR3), j’avais été l’invité de Jacqueline Maussion pendant une heure dans le cadre de son émission « Un micro, une voix ». Nous y avions parlé de toutes sortes de choses, et notamment de culture antillaise, des rapports sociaux, et notamment socio-ethniques dans la Guadeloupe de cette époque.

Gérard Lauriette avait été à l’écoute de cette émission. Quelques jours plus tard, il faisait parvenir à madame Maussion une longue lettre à mon intention, lui demandant de me la faire tenir pour une publication éventuelle dans le journal Guadeloupe 2000 (il écrivait d’ailleurs curieusement « Horizon 2000 » faisant ainsi une amusante confusion avec une boutique de vêtements de la rue Peynier, où mon journal et moi n’étaient pas en odeur de sainteté).

Cette lettre était intéressante, (je viens de la relire) et constitue, certes un document, et sur la personnalité de G.Lauriette, et sur certains aspects de l’âme antillaise. Mais, malgré toute ma bonne volonté, et bien qu’elle constituât pour l’essentiel un éloge très sympathique d’un de mes grands oncles,  du côté maternel, qui était son voisin, section Bananier, 1 je ne pus me résoudre à la publier.
Elle impliquait, nommément, trop de gens, dans des détails de vie privée (vrais ou faux ? de toute façon, invérifiables, et disqualifiants. Par exemple : M. X, qui aurait « dérespecté » (orthographe créole de Lauriette respectée, elle !)- mademoiselle Z. Monsieur X, d’ailleurs, dont tout le monde « savait » « qu’il faisait l’amour avec une ânesse qu’il soignait lui-même alors qu’il avait un palefrenier »(sic) etc, etc. 
Gérard Lauriette commençait à m’apparaître, sinon pour « fou », au sens clinique du terme, du moins comme un rien marginal, « loufoque » serait le terme le plus exact.

Quelques années passèrent.

En 1984, nous étions dans la période « folle » de la Guadeloupe, mise en péril par les exactions terroristes de quelques écervelés, indépendantistes (« séparatistes » est le mot adéquat), poseurs de bombes, et auteurs de libelles délirants. On sait que je fus parmi les opposants résolus à empêcher la submersion de notre bonne île (et que nous y parvîmes !).

C’est ainsi que je fus invité à participer, un soir, au Centre des métiers d’art de Bergevin, à Pointe-à-Pitre, sur le sujet de la « culture » Guadeloupéenne, (évidemment). Il s’agissait d’un débat contradictoire, et public, qui devait avoir lieu entre Gérard Lauriette et moi. Je me rendis sur les lieux de « l’affrontement », devant une centaine de personnes, dans une ambiance disons « chaude », accompagné d’une dizaine de jeunes gens du MJAF (Mouvement de la Jeunesse pour les Antilles Françaises, qui avait été créé par un jeune très dynamique Jean-Marc Hémery, journaliste à Guadeloupe 2000) 2

Le débat eut lieu. Je crois que j’en possède encore les cassettes enregistrées. Il fut « chaud », mais surtout pittoresque.

Par exemple Lauriette exaltait la culture orale, intuitive, celle des sages d’Afrique, des griots, de l’échange fraternel aux pied du baobab séculaire, au cœur du village africain, (sur la « terre mère » !) tellement plus sympathique et efficace pour la vraie connaissance que cette culture de l’écrit, livide et glacée « venue du pays des blancs, venue du froid ». Mais dix minutes après, le même « prophète » exaltant lui-même ses propres méthodes pédagogiques ouvrait une énorme valise, pleine de livres et brochures « que j’ai publiés, disait-il, pour l’édification des jeunes Guadeloupéens ». La pédagogie « du froid » n’était donc pas toute mauvaise ! !

Je m’amusai bien, ce soir là piquant, maintes fois, notre « personnage », soulignant ses contradictions, sans soulever de sa part, je dois le dire, autre chose qu’un certain agacement, parfois, et même aussi des sourires de connivence (pouvant vouloir dire « je vous remercie de ne pas tout prendre au sérieux de ce que je dis »).

Plus tard encore dans la soirée, Gérard mit l’accent sur l’utilité du paranormal (après tout n’avait-il pas fondé un parti politique « mystico-rationaliste » ?) en pédagogie, faculté où, selon lui, les descendants d’Africains avaient tout à apprendre aux prétentieux leucodermes.
Comme il se vantait de pouvoir caresser une femme à des kilomètres de distance, je me permis, en mon nom propre, mais aussi probablement, lui dis-je, en celui de nombreux assistants au débat, de lui poser la question du comment de la chose. « Papa Yaya, surpris, me foudroya du regard, se détourna, se gonfla comme un mérou, se donna trois secondes de réflexion, puis revenant à moi, me répondit dans un éclat de rire « ou pé ké kompwann, ou cè on blan ! ».

Nous rîmes tous.

Je me souviens de la fin de cette soirée bien étrange : papa yaya et moi nous tenant par la main, avec aussi « on neg et on zindien »,(lui était métis), le tout dans un tourbillon de gros-Ka. Notre guirlande était censée représenter la communauté Guadeloupéenne.

En bien d’autres occasions analogues de confrontations, mais aussi d’affrontements moins sympathiques, ai-je perdu mon temps, comme on me disait parfois (« coups d’épées dans l’eau » me fut-il dit. « Tant pis répondais-je ça permet au moins de nettoyer la lame » !).

Alors Lauriette ? Fou à lier ? ou loufoque? 

Le souvenir de cette soirée d’il y 22 ans, la lettre que j’ai évoquée, d’autres indices encore me font pencher pour l’indulgence à ses excès.

Et puis je pense souvent à cette boutade de Baudelaire : « Aux sots je préfère les fous ». Ce grand Charles là ajoutait … « dont je suis, chose hélas, certaine » !

Edouard BOULOGNE.




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eugene 17/11/2011 12:01



Etant apparenté au défunt Gérard lauriette. Je trouve que vous exagéré dans vos allégations en traitant mon grand cousin de fou... Et dans le fait que vous méprisé ces Guadeloupéens qui se sont
risqué pour essayer de sortir les Guadeloupéen du joug colonial des "béké" qui jusqu'à ce jour profite, exploite et méprise le peuple Guadeloupéen. Votre article est du plagia.



Edouard Boulogne 17/11/2011 13:41



Allons, allons! Je n'ai pas traité votre parent de "fou", mais d'un peu loufoque. Nuance! Ou alors de "fou" au sens où Baudelaire  s'appliquait à
lui-même cette appellation, en un sens figuré, évidemment. Comparer Baudelaire à Gérard Lauriette n'est pas nécessairement désobligeant!


Gérard lauriette n'était pas un imbécile, certes, et il est dommage que ses qualités ne soient pas automatiquement transmissibles. Mais lisez un autre texte
publié sur le Scrutateur, il  y a un mois "Papa Yaya dans le texte. "; Vous verrez que Gérard écoutait attentivement et avec bienveillance,
les propos du "vieux béké" duquel il parle, et avec intérêt mes propos tenus au micro de Jacqueline Maussion, bien qu'il ait ignoré, alors, que ce dernier, André Babin,  était mon grand oncle, du côté maternel.


Lauriette était un de ces hommes ultra sensibles, qui crient la nuit pour ne pas avoir trop peur d'un monde, qui, il faut bien le dire, est le plus souvent
terrible. D'où ses imprécations, mêlées à des paroles de tendresse, que je lui ai aussi entendu prononcer. 


Il était infiniment moins raciste que la plupart des  braillards de l'anti-racisme qui essayent de dissimuler leur vide intérieur par des éclats
d'autant plus sonores qu'ils sont plus vides. 


Merci d'avoir attiré l'attention sur notre grand compatriote, votre parent, même si je n'étais pas toujours d'accord avec lui, et sur les articles que je lui
ai consacrés dans mon modeste blog. 


Votre dévoué Scrutateur