Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

 

St-Sylvestre.jpg ( Une image de notre "St-Sylvestre", assez vulgaire, bien caractéristique de l'époque que nous vivons ). 

 

( 31/12/2011 ) St-Sylvestrons avec le père Hugo, par Edouard Boulogne.

 

bust_victor_hugo_1802_85_aged_hi.jpg ( Un buste de Victor Hugo dans sa maturité ). 

 

Il y a plus d'une façon de « St-Sylvestrer » ( que l'on veuille bien me pardonner cet aventureux néologisme ! ). L'image ci-dessus en évoque deux. Mais parmi d'autres, je vous en propose une troisième, qui est mon choix, et ce n'est pas la première fois en cette nuit où, conventionnement, l'humanité bascule d'une année à une autre dans l'infini sablier du temps.

A priori, ce soir n'est en rien différent de celui d'hier ou de demain. Pourtant, nombre d'individus vont, comme d'ailleurs à l'occasion d'autres nuitées pareilles, s'enivrer d'une façon ou d'une autre «  dans la fête servile » comme dit Baudelaire, où, solitaire, ressasser quelque vieux sujet de douleur, dans l'interminable ennui de la nuit.

J'ai souvenir d'une soirée de Noël ( Noël, qui ne me fut jamais morose ) , en Alsace, il y a près de cinquante ans, ou un homme qui avait l'âge de mon père m'avoua son infinie solitude, au coeur de groupe joyeux où nous étions. «  Tout ce monde qui festoie, me disait-il, ça me plonge dans un cafard fou ». Il devait se suicider deux mois plus tard. Hors cette confidence, il fit face pourtant, tout le réveillon, si j'ose dire, "joyeusement".

A la St-Sylvestre, en ce qui me concerne, je sors rarement, et je veille toujours bien plus tard que d'habitude, sans pour autant m'abandonner au spleen.

J'écoute de la musique, seul, ou avec quelque (s) amis privilégié (s). Et je lis, à haute voix, ou silencieusement quelque auteur qui sera le compagnon privilégié de ce soir là.

Victor ( Hugo ) a souvent été cet auteur. Je voudrais dire pourquoi. 

 

(I) Hugo le petit ?


Cet homme est un océan, un monde, un Univers où se côtoient  le meilleur et le pire.

André Gide, dans la préface à son Anthologie de la poésie française raconte qu'au cours d'une conversation en Angleterre, entre poètes et écrivains de haut niveau, à une question sur qui serait, à son avis, le plus grand poète français, répondit : «  C'est Victor Hugo, hélas! ».

C'était assez bien vu. 

V.HUGO-002.JPG ( Victor Hugo, dans la petite édition Nelson, à couverture bleue, élégante et peu coûteuse, par laquelle j'ai connu le poète. Les couvertures ont été bien abimée, en 1989, par le cyclone.....Hugo ! ). 


Entre 1955 et 1960, j'ai été moi, Edouard, amoureux fou du plus mauvais Hugo, selon les critères gidiens, je le reconnais aujourd'hui. Mes yeux se sont ouverts sur les insuffisances de mes amours littéraires de l'époque, et cependant, je dois l'avouer simplement, sans parvenir à m'en repentir.

En 1955, j'avais 13 ans. J'étais féru de poésie, et prenais tout le temps que j'aurais dû consacrer à mes devoirs de mathématiques, pour rimailler sans trêve ni remord. J'avais aussi l'âme humanitaire, et, sans y apercevoir de contradiction, j'étais un fanatique de l'empereur (Napoléon 1er...évidemment ).

C'est ainsi que naquit mon culte hugolien. 

V.HUGO-001.JPG ( Autre édition, ancienne, de 1883, Hugo vivait encore ). 

 

Dans une vieille histoire de la littérature qui avait accompagné mon père durant l'année scolaire 1933-34, je trouvais au chapitre sur Hugo ces vers ( du « petit »Hugo ) :

 

« Dieu! Pourquoi l'orphelin dans ses langes funèbres

Dit-il: « j'ai faim »? L'enfant n'est-ce pas un oiseau?

Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau »?

H-de-la-Litterature-.jpg ( Cette Histoire illustrée de la littérature française a appartenu à mon père, Albert Boulogne, et lui a servi durant l'année scolaire 1933-1934, au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre ). 


Je n'ai pas attendu la lecture de Gide pour juger de la vacuité poétique de ces vers de mirlitons, à peine meilleurs que ceux que je commettais, en ces temps « préhistoriques » de mon existence qui va, encore !

Mais, cela dit, peut-être cet humanitarisme, qui, a postériori, peut paraître inutile, est-il ce qui manque le plus, à l'enseignement aujourd'hui.

L'âme juvénile est, au sortir de l'enfance, à l'affut de sentiments, d'émotions. Elle s'en imprègne. On discerne l'enjeu.

Je n'étais pas le seul à m'émouvoir sur des poèmes du même modèle du cher vieux Victor, tel, La Mort du chien ( et le relisant, dans mon livre de lecture de la classe de 7ème, j'ai ressenti, aujourd'hui encore, quelque chose du mouvement d'âme de jadis )

 

« Un groupe tout à l’heure était là sur la grève, 
Regardant quelque chose à terre. - Un chien qui crève ! 
M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est. - 
Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait. 
L’océan lui jetait l’écume de ses lames. 
- Voilà trois jours qu’il est ainsi, disaient des femmes, 
On a beau lui parler, il n’ouvre pas les yeux. 
- Son maître est un marin absent, disait un vieux. 
Un pilote, passant la tête à sa fenêtre, 
A repris : - Ce chien meurt de ne plus voir son maître. 
Justement le bateau vient d’entrer dans le port ; 
Le maître va venir, mais le chien sera mort. - 
Je me suis arrêté près de la triste bête, 
Qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête, 
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé. 
Comme le soir tombait, le maître est arrivé, 
Vieux lui-même ; et, hâtant son pas que l’âge casse, 
A murmuré le nom de son chien à voix basse. 
Alors, rouvrant ses yeux pleins d’ombre, exténué, 
Le chien a regardé son maître, a remué 
Une dernière fois sa pauvre vieille queue, 
Puis est mort. C’était l’heure où, sous la voûte bleue, 
Comme un flambeau qui sort d’un gouffre, Vénus luit ; 
Et j’ai dit : D’où vient l’astre ? où va le chien ? ô nuit !

 

Evidemment faible, sur le plan poétique ( toutes choses égales, bien entendu, Hugo est toujours un impeccable maître en prosodie ) et philosophique ( ô ce vers : « d'où vient l'astre? Où va le chien? Ô nuit »., comme Gide, ici , a raison) le texte n'en est pas moins adapté à merveille à la psychologie juvénile. Et aujourd'hui encore. Les pédagogues de la troisième république l'avaient bien compris.

Je le sais, recevant assez souvent la visite de tout jeunes voisins, petits guadeloupéens d'une dizaine d'années qui ont repéré le vieux prof à la retraite ( ça peut toujours servir à aider, pour les devoirs !). Ces enfants, ont l'esprit vif, quoique limité par l'enseignement qu'ils reçoivent. Je les teste, et Hugo, (d'autres aussi), lu comme il faut, expliqué comme il faut, suscite beaucoup d'intérêt de leur part,  à l'ère des play-stations.

J'évoquerai encore, dans la même veine, avec les mêmes remarques, éloges et critiques mêlées, cet autre poème Le mendiant, dont voici un extrait :

 

« Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts. 
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas 
De la montée, et rêve, attendant, solitaire, 
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre, 
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu. 
Je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu. 
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait, 
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre. 
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre, 
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu. 
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu, 
Étalé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé. 
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé 
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières, 
Je songeais que cet homme était plein de prières, 
Et je regardais, sourd à ce que nous disions, 
Sa bure où je voyais des constellations ».



En ces lointaines années du milieu du siècle dernier que j'évoque, je connaissais par coeur les chapitres de mon livre d'histoire sur les guerres napoléoniennes, et en particulier sur la « campagne de France », en 1814,  quand « le petit caporal », se battait, ( seul contre tous !!! ) Anglais, Prussiens, Autrichiens, Russes, avec une énergie, un génie, un courage, intacts.

Hugo chantait tout cela magnifiquement, et je le déclamais à tout propos et hors de propos, saoulant mon entourage, l'exaspérant, malgré sa patience.

Dans une de mes « crises humanitaristes », je me laissai aller, nous sommes loin, ici, de Napoléon, à ce curieux éclat furieusement romantique, qu'Hugo développera de façon plus belle dans le Roman Notre Dame de Paris ( et dans tant d'autres oeuvres

:« J'aime l 'araignée et j'aime l'ortie

Parce qu'on les hait ».

 

C'était dans un salon à Sainte Marthe, ( est de la Guadeloupe). Maurice, mon grand père maternel, était là. Il me dit «  Toi, tu finiras socialiste »!

Qu'est-ce qu'un socialiste, dis-je?

C'est un communiste qui a mis des gants ».

Cette fois, j'avais compris, et j'étais vexé ( car je savais ce que c'était qu'un socialiste ! ) mais je ne pipai mot. Maurice était une crème d'homme. Mais il lui plaisait, souvent, d'endosser le rôle de Jupiter tonnant.

S'il n'était pas mort, il verrait aujourd'hui qu'il pouvait se tromper quelquefois, et Jupiter lui-même. En l'occurrence sur mon devenir.

 

 

( II ) Hugo? Un GEANT.

 

victor_hugo_en_mage.jpg ( Hugo fut un géant. Etait-il ce mage, que représente ici, cette caricature d'époque, à la fin de sa vie? Sans doute pas. Vieillissants, bien des auteurs se laissent prendre à ce petit jeux du prophète inspiré? Tel Edouard Glissant de nos jours ). 

 

Victor Hugo fut aussi... «  le meilleur » ( Gide dixit ).

Les dimensions d'un simple article ne me permettent pas de m'étendre autant qu'il faudrait sur ce point.

La référence majeure, ( mais il y en a d'autres ) me semble être le poème extrait de la Légende des siècles, le plus grand, sans doute, des recueils hugoliens.

Comme il ne me semble pas convenable de le découper, de l'annihiler ce faisant, je vous le livre en son entier, me contentant de souligner les vers qui me touchent au coeur, et cette fois à la tête, comme traits vivifiants :

 

« Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire,
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin,
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
-Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;

Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme.
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géant qu'il voyait,
Était encor mouillée et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme
'Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

'Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

 

'Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants,
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

'Mais, vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau.'

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle,
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

 

La respiration de Booz qui dormait,
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lis sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles ».

 

Tout en composant ce chef d'oeuvre prodigieux, Hugo n'en restait pas moins un auteur, un faiseur, un artisan du verbe. Et un ancien collégien, plein de malice, et de petites ruses, que son génie transposait.

C'est Charles Péguy, je crois, qui, tout aussi admirateur que nous, s'est posé la question de Jérimadeth. Cette localité, découvrit-il, n'existait pas en Israêl, ni aujourd'hui, ni hier. Aucun atlas ne faisait mention de ce lieu béni.

Il ne pouvait s'agir que d'un artifice de poète.

Hugo était coincé. Quoi faire rimer avec « se demandait »? Mais «  j'ai rime à dais », bien sûr. Ainsi naquit Jérimadeth, pour le bonheur de l'artiste, et le nôtre, et la glorification de l'esprit collégien.

 

Mais revenons à notre méditation « st-sylvestrienne. Et à la Légende des siècles, que j'ai lue, pour la première fois, en 1958, dans cette magnifique petite collection Nelson, reliée en rexine bleue, que j'achetai, grâce à la générosité de mon père, dès qu'il s'agissait de lecture ( et pas seulement en cela ), dans une petite librairie de la rue Schoelcher, « Intellect », sise à l'endroit où quatre ans auparavant se dressait l'Hôtel des Antilles qui brûla au cours d'un incendie tragique et meurtrier.

Dès ses premiers vers le grand Oeuvre de Victor Hugo me blessa par sa beauté.

Il s'agit d'une histoire, poétique du monde ». L'auteur nous dit qu'il en eut la vision.

Cela commence ainsi :

 

«  J'eus un rêve : le mur des siècles m'apparut.

C'était de la chair vive avec du granit brut,

Une immobilité faite d'inquiétude,

Un édifice ayant un bruit de multitude,

Des trous noirs étoilés par de farouches yeux,

Des évolutions de groupes monstrueux

(…....)

Tous les siècles, le front ceint de tours ou d'épis,

Etaient là, mornes sphinx sur l'énigme accroupis;

(…..)

Ce bloc flottait ainsi qu'un nuage qui roule;

C'était une muraille et c'était une foule;

(…..).

Et ce mur, composé de tout ce qui croula,

Se dressait, escarpé, triste, informe. Où cela?

Je ne sais. Dans un lieu quelconque des ténèbres. ».

 

Et ce ne sont que quelques vers du début du prologue, d'un ouvrage qu'on ne peut lire, bien évidemment comme un roman de gare, mais à petits coups, à petites lampées, en léchant, sur les flancs ardus du chef d'oeuvre, les visions hallucinées de notre Histoire, - entr'apercue par un homme de génie - , et leur « lumière noire » comme aurait aimé qu'on dise, Victor Hugo lui-même.

Pour une nuit comme celle que nous vivons, voici peut-être une lecture éclairante, parmi tant d'autres, que je devrai réserver pour une autre année.

 

Le_Sphinx_et_la_pyramide_de_Kheops-73c8e.jpg ( La pyramide de Khéops, en Egypte, et au premier plan, le sphinx de Giseh ). 

 

 

Je ne peux toutefois passer ce soir sur cet autre poème du même ouvrage au titre évocateur Les sept merveilles du monde.

Ces merveilles dans l'antiquité étaient au nombre de sept, comme chacun sait :

Le temple d'Ephèse

Les jardins suspendus de Babylone.

Le mausolée.

Le Jupiter Olympien.

Le phare d'Alexandrie.

Le colosse de Rhodes.

Les Pyramides.

Chacun de ces monuments du génie humain, ( dont seules subsistent aujourd'hui les Pyramides d'Egypte, et encore sont-elles mutilées ) est pourvu de la parole par Hugo.

Chacun vante sa supériorité, sa grandeur, son éternité assurée.

Sur la fin de cette trentaine de pages splendides, où la vanité humaine, plus que sa grandeur coule à gros bouillon, surgit la conclusion provisoire :


«  Et, comme dans un chœur les strophes s'accélèrent, '

Toutes ces voix dans l'ombre obscure se mêlèrent.

Les jardins de Bélus répétèrent : — Les jours

Nous versent les rayons, les parfums, les amours;

Le printemps immortel, c'est nous, nous seuls; nous sommes

La joie épanouie en rosés sur les hommes. —

Le mausolée altier dit : — Je suis la douleur;

Je suis le marbre, auguste en sa sainte pâleur;

Cieux! je suis le grand trône et le grand mausolée;

Contemplez-moi. Je pleure une larme étoilée.

La sagesse, c'est moi, dit le phare marin;

Je suis la force, dit le colosse d'airain;

Et l'olympien dit : Moi, je suis la puissance. —

Et le temple d'Éphèse, autel que l'âme encense,

Fronton qu'adoré l'art, dit : — Je suis la beauté.

Et moi, cria Chéops, je suis l'éternité.

Et je vis, à travers le crépuscule humide,

Apparaître la haute et sombre pyramide.

Superposant au fond des espaces béants 

Les mille angles confus des degrés géants»

 

(….)

« Alors, nous dit le poète, le ver du sépulcre chanta ».RTEmagicC_vers_de_terre_drilosphere-over-blogcom_txdam22064.jpg

 

  ( Le ver. " Je suis le ver. Je suis fange et cendre. O ténèbres,/ Je règne. Monuments, entassements célèbres, / Panthéons, Ramséïons, / Façades de l'orgueil humai n, si fières / Que l'homme devant vous doute s'il voit des pierres / Ou s'il voit des rayons, (.......) Victor Hugo ). 

 

Et « L'épopée du ver », qui suit, est une magistrale leçon d'humilité pour le genre humain, qui, si l'on en juge par la suite des évènements, depuis ces proclamations millénaires, est peu accessible aux leçons de l'histoire. Mais nous parlerons peut-être de l'épopée du vers à la St-Sylvestre 2013, si «  Dié vlé » comme on dit chez nous. De même que l'Hugo politique, dont j'avais prévu de parler sera évoqué une autre fois.

J'ai conscience d'avoir assez abusé de votre patience.

Bonne nuit, donc,

Bonne année 2012,

et à bientôt.



Edouard Boulogne.

 





Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article