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Publié par Edouard Boulogne

 La guerre de course en Guadeloupe, XVIIIè- XIXè siècles, ou Alger sous les tropiques.
Michel Rodigneaux (éditions l’Harmattan).

 

 

Guadeloupéen, bien connu dans son île natale où il a assumé d’importantes responsabilités, ainsi que dans la Caraïbe, et jusque dans l’Océan Indien, Michel Rodigneaux entreprend, l’heure de la « retraite » ayant sonné, une nouvelle carrière, celle d’historien.

Le courtois et tout à fait urbain Michel, en 2002, alors qu’il commence à approfondir les exploits et autres faits d’arme de son ancêtre Joseph Rodigneaux, (capitaine de corsaire, né aux Saintes à Terre-de-haut), tombe sur des archives en provenance du greffe du tribunal de première instance de Basse-Terre et du tribunal de paix de Gustavia (St-Barthélémy), qui le captivent, et l’engagent dans une étude approfondie de quatre années qui le conduiront à la composition de ce livre.

M.Rodigneaux ne se contente pas de préciser, (de façon bien utile tout de même pour le profane qui les confond volontiers) les différences qui ont existé entre pirates, flibustiers, et corsaires.

Même s’il y avait, parfois, des passerelles entre ces « corporations » peu ordinaires, les corsaires en représentent  l’élite. Ils sont les auxiliaires d’une marine légale, et n’attaquent « qu’en temps de guerre les navires ennemis ou ceux de pays neutres faisant du commerce illicite ». Surcouf, fut l’un des plus célèbres de ces aventuriers patriotes, au service du premier empire. Joseph Rodigneaux, (l’ancêtre) fut, parmi quelques autres, l’un de ceux qui entre 1789, et 1810 se mirent au service de la France, de la République, et avant tout de la Guadeloupe.

Michel Rodigneaux montre que cette institution spéciale, encouragée systématiquement et efficacement par Victor Hugues, avec peut-être moins de bonheur par les différents gouverneurs qui succédèrent au Conventionnel, permit à la Guadeloupe de survivre, tandis que, coupée de la métropole, alors en pleine révolution, et cernée par la marine anglaise, l’île fut à deux doigts, et à maintes reprises, au bord de la famine et de la disparition.

Si l’ouvrage est émaillé d’anecdotes qui passionnent, il est bien plus que cela.

« La Guerre de course en Guadeloupe » est moins un roman inspiré par l’histoire, comme souvent, qu’un véritable ouvrage d’historien, argumenté, appuyé sur de nombreuses archives, souvent inédites, et une considérable variété de lectures qui en font, sur le sujet dont il traite une véritable somme.

L’un des mérites de monsieur Rodigneaux, est de montrer, que l’île de la Guadeloupe, à travers la guerre de course, instrument de sa survie dans des années tragiques, fut à l’origine de décisions politiques lourdes de conséquences historiques de première grandeur, par exemple celle de vendre la Louisiane, alors française, au gouvernement américain.

Il faut admirer l’esprit de synthèse de l’auteur, sa patience de bénédictin, qui lui a permis de mettre de l’ordre dans l’écheveau compliqué des témoignages, actes juridiques commerciaux, administratifs, diplomatiques qui lui ont fourni la matière brute de son travail.

Un travail digne d’une grande thèse de doctorat, et que les amateurs d’histoire, pas seulement d’histoire de la Guadeloupe, ont le devoir de lire ; obligation doublée, grâce au talent de l’auteur d’un véritable plaisir.

 

Edouard Boulogne.

 

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